Numéro 57 été 2000

Paroles de Ma

Satsang signifie Dieu lui-même dans son être essentiel. Sa (Cela) veut dire l’Atma qui est éternellement et spontanément lumineux. Quand il y a un rassemblement de personnes dans la lumière de cette atma, c’est le satsang. Satsang, l’association à l’Etre, est la seule association et tout le reste n’est que non-satsang. Là où il n’y a pas d’Etre, sat, là est la destruction. Le seul devoir de l’humanité est de renoncer complètement à la destruction, de s’en détacher totalement (asang-nisang) et de diriger son regard vers cette Lumière essentielle. C’est pour cela qu’il faut chercher à être dans un satsang permanent.

Si l’on veut connaître son monde intérieur il ne suffit pas d’abandonner le monde extérieur, car l’image de celui-ci est comme gravée en nous. Ce monde, jagat, est une réflexion, une évocation de l’Eveil, jagrat. Ne vous laissez pas hypnotiser par des bonheurs, ananda, éphémères et prenez refuge auprès du Seigneur qui règne au-dedans de vous (antaryamin). (Amritavarta hindi, janvier 2000)

(Extraits de satsangs pendant des Samyam Saptas, Amritavarta, avril 2000):

Dieu vous a pourvu de mains pour adorer le Seigneur, d’une bouche pour louer le nom du Seigneur, d’yeux pour voir l’image de Seigneur, d’oreilles pour entendre les paroles du Seigneur, de pieds pour faire le parikrama(circambulation) du Seigneur. Maintenant, qu’attendez-vous de plus?

Celui qui est assis dans son coin (kona) a trouvé le trikona, les trois mondes la terre et les mondes supérieurs et inférieurs).

Quand on a demandé à Ma pourquoi tout le monde l’aime, Ma a répondu: il y a relation avec l’Atma, c’est pour cela que vous aimez ce corps. Ce corps restera où vous l’installez et de la façon dont vous l’avez installé et il mangera ce que vous lui servez. Pour ceux qui n’ont personne tout le monde fait partie de leur famille. Ce corps n’a rien qui lui soit propre.

Quand on demandait de nombreuses fois comment atteindre la réalisation, Ma disait répétitivement: Suivez les conseils de votre Guru. Si l’on n’a pas trouvé le Guru, il faut répéter le Nom qu’on préfère.

Le Japa est ce qui devient une partie intégrante de votre être, sans laquelle vous ne pouvez vivre.

Le réel pranava (le Om fondamental qui était là à la création du monde et qui continue de résonner pour ceux qui savent l’écouter) survient quand il ne reste plus de différence entre le masculin et le féminin, quand tout le monde devient un, quand tout les noeuds, granthis, sont ouverts. Quand on a obtenu cela le pranava réel se manifeste

Questions à Vijayananda

Q : Quand une relation gourou-disciple intense est établie, il semble bien qu’en pratique elle soit très personnelle. Pourquoi alors tant insister sur son aspect impersonnel? N’est-ce pas introduiire une différence entre la théorie et la pratique qui n’a pas lieu d’être?

V : Il n’y a qu’un seul Gourou, c’est le Divin suprême (c’est ce que Ma disait). Les gourous physiques, humains, ne sont que des conducteurs du Pouvoir suprême. Le Sadgourou, le Gourour parfait n’est une personne qu’en apparence parce que le pouvoir divin passe à travers lui sans obstrction. Il et un conducteur parfait. L’amour intense que le disciple a pour son gourou ne s’adresse pas à la personne, mais au pouvoir divin qui rayonnne à travers cette personne. Il est vrai qu’il arrive souvent en debut de sadhana que le disciple devienne intensément attaché à la personne physique du gourou. Cet attachement est comme un transfert affectif qui permet au sadhaka de se libérer des attachements mondains et quand il est arrivé à maturité il sera libéré aussi de l’attachement à la personne physique du gourou. Il ne faut pas oublier cependant qu’il n’y a pas de volition de la part du gourou physique. C’est toujours le Divin suprême qui crée les liens et les défait selon le degrè de maturité du sadhaka. Le Gourou physique se comporte selon l’inspiration qu’il reçoit du Suprême. C’est ce que Ma nommait son kheyal.

Q : Dans la Gita on dit que le Divin est au-delà du sat et de l’asat. Pourquoi ne pas dire simplement qu’il est l’Etre pur?

V : En termes de pensée occidentale cela veut dire que le Divin suprême est au-delà du Bien et du Mal [sat signifie être mais aussi ce qui est substantiel, c’est à dire finalement aussi le Bien] et peut jouer (et joue en effet) tous les jeux. Dire qu’il et le sat pur voudrait dire qu’il et seulement dans la pureté immaculée mais il est plus que cela. Il est ce qui donne l’éclat à cette pureté mais il est aussi ce qui permet à l’impureté de se manifester. Les nuages noirs ne sont visibles que parce que le soleil qu’ils essaient de masquer est derrière eux; mais le soleil reste toujours ce qu’il est et n’est pas affecté par la noirceur des nuages bien qu’il ne soit visible que grâce à lui.

Q : Quel est le rapport entre karma et libre-arbitre.? (Swamiji a déjà répondu à cette question auparavant, mais il souhaite redire les choses plus clairement)

V : Tout ce qui nous arrive est le résultat de notre propre karma; mais le karma que nous produisons n’est pas dû à l’acte lui-même,mais au bhava (attitude mentale) avec lequel l’acte est effectué. Et nous sommes libres en ce qui concerne ce bhava. Par exemple, une mère peut battre son enfant avec colère ou le punir par amour pour corriger sa faiblesse. Une fois que nous avons lancé le karma nous ne pouvons plus le stopper: C’est comme lorsque vous jetez une pierre. Vous êtes libres de jeter la pierre mais vous ne pouvez contrôler les vaguelettes qu’elle produit dans l’eau.

Q : (une jeune femme de Paris) Swamiji, êtes-vous heureux?

V : Pour répondre à cette question, il faut déjà s’entendre sur la définition du bonheur. On raconte peut-être dans le Talmud ou dans un autre texte du judaïsme qu’un jour des rabbins se sont réunis pour discuter de ce qu’était le bonheur. L’un était d’avis que le vrai bonheur était d’avoir une belle femme, d’autres participants émirent toutes sortes de critères, pour l’un d’entre eux le bonheur était par exemple d’avoir de beaux WC dans sa maison…Le bonheur vient de la satisfaction des désirs. En génénral, cette satisfaction est temporaire, d’où un bonheur éphémère. La seule satisfaction complètement stable est dans l’unité avec le Suprême. Dans mon cas, j’éprouve facilement un bonheur intense dans la méditation, mais dans la vie quotidienne il s’agit plutôt de ce qu’on nommme shanti, terme qui signifie plus que ‘paix’: c’est une sérénité, un calme intérieur accompagnée d’une maîtrise du mental.

Q : Une lectrice de Jay Ma qui a eu de nombreux rêves de Ma et s’efforce de suivre son enseignement depuis plusieurs années là où elle est dit qu’elle a cependant de nombreux doutes quant à savoir si ses idées et sa pratique de sadhana sont justes.

V : Ne suivre que ses intuitions dans le domaine spirituel peut-être très dangereux. On a besoin de beaucoup d’humilité; pour cela, il n’y a rien de meilleur que de se souvenir combien de fois noss intuitions nous ont trompés. Dans ces circonstances, que faire si l’on n’a pas de gourou? Se référer à chaque fois au dharma: est-ce que la décision que je souhaite prendre va dans le sens du dharma ou de l’adharma, et ce moment-là on choisit toujours le sens du dharma. Si on ne réussit pas à faire ce discernement, il est alors meilleur de demander conseil à quelqu’un de réellement avancé spirituellement.

Q : Peut-on vivre sans désirs?

V : Pour la plupart, les désirs, le rajas est nécessaire. C’est ce qui peut les sortir de la torpeur, du tamas. Tout dépend du niveau des gens. On ne peut pas vivre sans amour. L’amour mystique est le seul où l’on puisse obtenir la fusion totale. La fusion de l’amour physique ne dure pas. (A un vieil homme qui souffrait de glaucome) Pour vous, il vaut mieux vous concentrer sur le coeur que sur l’ajna; mais ce n’est qu’un stade, un marche-pied pour pouvoir ensuite visualiser l’énergie dans le coeur de tous les autres et puis après de tout l’univers. A ce moment-là, vous débouchez sur le Sans-forme.

Q : Est-ce que finalement tout n’est pas l’effet de la grâce?

V : Cela dépend de ce que vous mettez exactement sous le mot grâce. Quand vous appelez ce que vous considérez être le Dieu personnel, il y a un écho qui vous revient qui en fait n’est pas différent de vous-même mais qui est au-delà de votre égo.

Q : Des fois, je réussis à pacifier mes émotions pendant un peu de temps, mais ensuite cela reprend de plus belle!

V : Il ne suffit pas d’atteindre une sorte de ‘paix intellectuelle’; il faut donner à la base du mental ce qu’il aime, c’est à dire par exemple un rasa intense de joie, pour qu’il soit vraiment attiré et stabilisé. Quand on est dans les émotions on est emporté. Quand on les dépasse, l’accent passe sur la conscience pure accompgnée de joie.

Q : Mais la joie est aussi une émotion?

V : Non, dans ce cas-là les émotions sont changeantes mais la joie de la pure conscience est stable; ceci dit, il y a des jours où l’on n’a pas d’émotions à diriger vers le Divin, à ce moment là on peut pratiquer l’atma vichara, ce qui suis-je’ par exemple. Si cela ne vient pas non plus, il y a quelque chose que vous pouvez faire pour arrêter le mental au moins momentanément; c’est d’arrêter votre respiration poumons vides ou poumons pleins, comme vous sentez. Vous rassembler toute l’énergie dans le coeur et de rester comme cela le plus longtemps possible. On peut aussi faire ses pratiques de méditations habituelles avec des concentrations sur différents chakras, mais se les représenter dans une sorte de double de son corps à un ou deux mètres en avant de soi.

Q : Faut-il voir le monde comme une illusion ou comme une réalité, ou comme le corps de la Mère divine?

V : Ramakrishna avait un maître védantin qui s’appelait Totapuri. Celui-ci avait eu le nirvikalpa samadhi; Ramkrishna n’avait pu l’obtenir à cette époque, mais il voyait le jeu de la Mère divine dans le monde, qui était rejeté par TotoPuri comme illusion, maya. Chacun a enseigné à l’autre ce qui lui manquait. Ramakrishna avait pu faire le lien, la navette entre le samadhi et la samsara. Védanta signifie l’accomplissement des Védas. En Inde, c’est la métaphysique qui correspond à la culmination des trois premiers ashramas dans le quatrième, c’est à dire le sannyasa. C’est le résultat de toute une formation du comportement et de pratique de la bhakti pendant le stade d’étudiant, de maître de maison et de vanaprastha (en retraite dans la forêt). Le védanta ne consiste pas en des discussions interminables plus ou moins psychologiques comme on le croit en Occident. Les occidentaux n’aiment

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pas trop l’idée ‘le monde n’est qu’un rêve’: Il faut comprendre qu’il ne s’agit que d’un stade, après on retrouve une réalité au monde mais avec un point de vue autre en ce sens qu’on n’y voit que la pure conscience. C’est ce que dit le zen : ‘au début les montagnes sont les montanges, ensuite elles ne le sont plus puis vient un stade où elles le sont de nouveau.’ Si on cherche à se concentrer directement sur la conscience pure, au bout d’un certain temps on s’endort. C’est pour cela qu’il faut un élément affectif, une joie, un amour dans la méditation.

Q : Il semble qu’il y ait beaucoup de ‘pensée positive’ dans le védanta. Ramana Maharshi par exemple conseillait souvent à ses disciples de lire la Ribhu Gita qui répète sans cesse ‘je suis le Soi, l’infini, le sans-limite’… Qu’en pensez-vous?

V : C’est pour les débutants. Pour ceux qui sont pous avancés, observer le mental sans le contrer est suffisant, c’est le meilleur moyen de le calmer.

Q : Que signifie ‘ouvrir les canaux d’énergie?’

V : Quand j’étais à Almora en 1954, j’ai travaillé pendant un an continûment sur l’ouverture des nadis. Grâce à cela, je savais que je pourrais obtenir une chasteté parfaite sans conflit intérieur ni répression et aussi une immunité contre les maladies. L’ouverture s’est faite en plusieurs phases. Un jour j’ai entendu Ma qui disait à sa mère en bengali : khuliatsé ce qui signifie ‘ça c’est ouvert’. J’avais ressenti quelque chose d’important. Cela sert de lire des livres comme le Yoga Tibétain d’Evans-Wentz: Cela donne une base intellectuelle et traditionnelle aux expériences qu’on peut avoir. Sinon on les interprète de façon personnelle et ça peut donner des résultats bizarres. L’intérêt des gurus qui enseignent des techniques de méditations très précises comme les tibétains, c’est que leurs disciples ont le sentiment de suivre un chemin fréquenté et sûr. Les nadis latéraux s’ouvrent sur les côtés du coeur. Il faut d’abord bien confirmer l’éveil de ceux-ci ensuite vient l’éveil du canal central qui correspond à un silence complet du mental. On parle aussi de l’éveil du Kurma nadi qui favorise une posture très ferme et bien redressée. De manière générale il faut repérer les pratiques qui mènent au silence du mental et les suivre à fond. Si l’on décide de faire descendre l’énergie jusqu’au muladhara, il faut déjà avoir une bonne purification mentale pour soutenir l’éveil sexuel que cela donne, et ce sans régression dasns la sadhana.

Il faut distinguer dans l’éveil des nadis s’il s’agit de la gauche ou de la droite. Leur rasas, goûts, saveurs sont différents. C’est une expérience psychophysiologique qu’on sent clairement et qui correspond aussi à un état mental. L’énergie peut également se bloquer dans l’ascension des nadis. Quand ceux-ci sont ouverts, il faut vivre en solitude. Les relations sexuelles sont impossibles.

Q : Dans ce cas-là, pourquoi le guru n’ouvre-t-il pas les nadis à un maximum de gens?

V : Il ne le fait pas, car s’il éveille l’énergie chez des disciples qui n’ont pas la pureté mentale nécessaire, elle va passer en direction des émotions perturbatrices.

Q : Est-ce que cette ouverture correspond à une pratique consciente ou est spontanée?

V : En fait, c’est une émotion intense qui pousse le prana dans les nadis. Cela peut être la colère, mais la meilleure émotion est un amour intense pour le Guru. Des Sadgurus comme Ma pouvait ‘ouvrir le tunnel’ comme un géant percerait une montagne d’un coup de pouce en disant aux ouvriers :’Terminez le petit travail par vous-même’. Quand on n’a pas l’ouverture des nadis, on n’est pas encore un vrai sadhaka. Au début, j’avais du mal à ouvrir les nadis quand les narines correspondantes étaient bouchées, après les deux phénomènes sont devenus indépendants. A un moment, je me suis mis à cesser de travailler les nadis pour faire du védanta, de l’observation pure du mental. C’était plus confortable, il y avait moins d’intensité émotionnelle; mais Ma me l’a reproché. Un jour, elle m’a dit en me regardant du coin de l’oeil en satsang :nadi khulne se kitna labh hê. ‘Dans l’ouverture des nadis il y a tant d’avantages’ J’ai donc repris la pratique d’ouverture des nadis. Tous ces phénomènes de nadi ne sont pas de la théorie, je les vois comme s’ils étaient en face de moi. Par leur ouverture, on peut expérimenter les rasas à volonté; mais il ne faut pas se perdre dans ceux-ci, ce serait un obstacle au samadhi que Patanjali appelle rasavada. Il faut expérimenter une première phase du retour sur soi qui revient de l’objet de sensation, par exemple du plaisir, jusqu’au plaisir lui-même qui reste une expérience locaalisée. Puis dans une seconde phase on revient à celui qui observe ce plaisir, et on arrive au niveau de la joie sans objet, à la subjectivité pure.

Q : Est-ce que le yogui visite les mondes subtils?

V : Il y a sept mondes supérieurs, parmi lesquels le Devaloka, le Brahmaloka, etc.. Cela est en lien avec la sadhana des sept chakras, à chaque niveau on a des visions, on se promène dans des plans subtils, enfin on s’amuse… Cependant, dans le Jnana, on ne tient pas compte de ces mondes subtils.

Q : L’ouverture des nadis est-elle nécessaire pour obtenir le samadhi?

V : Oui, le samadhi vient de l’union des deux courants d’énergie, posif et négatif. Lorsque ces deux énergie entrent en coalescence, il ya une félicité intense qui survient et c’est le samadhi.

A propos d’une photo de Ma où elle est jeune et elle a la tête penchée sur le côté, en extase :

V : Ce n’est pas un samadhi, c’est un bhav (un état intérieur spirituel passager et moins profond que le samadhi). Dans le samadhi, la colonne est droite, dans l’axe, cela facilite le passage de l’énergie jusqu’à l’ajna. Il y a perte de conscience du monde extérieur. En mettant la tête sur le côté, c’est à dire en s’appuyant sur une des deux nadis latérales, on évite cette perte de conscience et on reste au niveau du bhav.

Q : Est-ce que chez les Yoguis, il y a aussi des variations, des rythmes de l’énergie vitale?

V : Oui, cela m’arrive assez régulièrement. Il y a trois jours dans un pôle, négatif ou positif, et puis ensuite, assez rapidement, parfois en quelques minutes, ou en quelques heures, ça s’inverse. Ce qu’il y a d’intéressant à remarquer, c’est qu’il y a le plus souvent un catalyseur extérieur à ce changement : même en solitude, vous pouvez avoir une visite, ou un petit problème, etc… Si on n’est pas conscient de ce rythme, on projettera sur le catalyseur extérieur l’origine du changement d’humeur. Par contre, si on en est conscient, on se contentera d’observer ce phénomène de dvandva, de paires d’opposés qui fait partie des lois du corps, ou en Inde on dirait de notre prarabdha karma. En n’y réagissant pas, on ne crée pas de second karma venant compliquer le premier.

Q : Est-ce que vous pratiquez le mantra?

V : Quand je vaque à mes occupations quotidiennes, la cuisine, etc…je le récite pratiquement constamment. Mais lorsque je m’asseois pour méditer, je le laisse.

Q : Une visiteuse : Quand je vais chez quelqu’un et que je vois que les plantes sont mal soignées, c’est comme si je les entendais crier.

V : Moi-aussi, je ne cueille pas de fleur, même une feuille, car j’aurais le sentiment de créer une souffrance pour la plante. A Calcutta, vers le début de mon séjour en Inde, j’avais une relation spéciale avec un arbre de l’ashram. J’allais le caresser tous les jours. Il avait une branche desséchée. Un jour, j’ai eu l’idée de la caresser en disant intérieurement :’Si Dieu veut, des bourgeons vont venir sur cette branche aussi’. Le lendemain, ils sont venus. L’intéressant, c’est que quelques jours plus tard ils n’y étaient plus, quelqu’un avait sans doute dû les arracher. C’est comme si je ne devais pas pouvoir me vanter d’avoir fait un miracle.

Q : Le dépouillement aide –t-il à la sadhana?

V : Quand j’habitais à l’ashram de Bénarès, Arthur Koestler est venu me visiter. A l’époque, je n’avais pas de lit et il l’a mentionné dans son livre. En lisant ce livre par la suite, le manager de l’ashram, Panuda, a réalisé cela est est venu protester auprès de moi en me disant :’Pourquoi ne nous l’avez-vous pas dit plus tôt? Nous vous en aurions donné un!’ Et finalement il m’en a donné. Je ne suis pas du genre à demander. Ma elle-même vivait très simplement.

Q : Vous couchez-vous parfois pour cause de maladie?

V : Très rarement; pendant un demi-siècle ou plus je ne me suis jamais couché, il n’y a qu’en 1993 que j’ai dû être hospitalisé quinze jours pour dysenterie. En me couchant, je trouve que ce serait reconnaître ma défaite devant la maladie.

Q : Qu’est-ce que ça fait de vieillir?

V : C’est très bien; quand vous avez mis votre maison en ordre, vous retrouvez ce dont vous avez besoin tout de suite. Il en va de même avec votre mental quand vous avez travaillé sur vous-même. De plus, si vous avez été très intense dans votre sadhana, cette intensité même a pu être un obstacle. Avec l’âge elle diminue, et cela vous permet en fait de passer l’obstacle. Evidemment, je n’ai absolument pas peur de la mort. Cela m’aide aussi à profiter de mes vieux jours. Et puis, je peux communiquer avec de jolies jeunes femmes sans qu’il n’y ait aucune trace d’ambivalence… Je suis également dans le même état quand je médite et quand je suis avec les gens.

V : (Une disciple proche) Vijayananda, je voudrais que vous nous écriviez des maximes de sagesse.

Q : Un sage n’ira pas écrire des maximes de sagesse, cela ferait trop pédant. Ce qu’il y a de possible, c’est que ses disciples notent de ses paroles

Sauvée

Asha Saini

La veille du jour où je tape cet article, nous avons vu avec Vijayananda au satsang du soir à Kankhal le fils d’Asha Saini qui était présent à la maison le matin des évènements qui sont relatés ci-dessous. Il avait conseillé à sa mère de ne pas hésiter à prendre la route, qu’elle serait protégée, et effectivement elle l’a été.

Ce qui suit est le récit d’une expérience où j’ai frôlé la mort mais où j’ai été sauvée par la grâce de notre Ma.

Le 14 février 2000, je devais faire un court voyage en voiture en dehors de la ville. Après avoir fini ma sadhana du matin et avoir fait le pranam à Ma j’ai entendu une voix intérieure me donnant clairement l’instruction suivante: ‘Conduis prudemment aujourd’hui!’. Avec ces mots j’ai vu une image de la grande route que je devais emprunter ce jour-là. Je fermai la porte du temple et me rassurai en me disant que cette grande route n’avait pas beaucoup de circulation, qu’elle n’était guère dangereuse et que je ne devais pas me faire du souci sans raisons. (Inutile de dire que j’ai réalisé plus tard que cette ‘confiance’ n’était que l’oeuvre de mon égo qui essayait de se donner bonne contenance). Quand je quittais le temple j’entendis de nouveau la même voix répétant la même chose. Intriguée, je dis à mon mari que j’essaierai d’être prudente en chemin. Il regarda par la fenêtre avec moi et examina la condition de la route et l’enneigement: ‘Il n’y a presque pas de neige, dit-il, de toutes façons dans quelle direction te rends-tu?’ Je lui répondit que mon travail m’amènerait à prendre la N 19 à 25-30 km de Madison, dans le Wisconsin, où nous vivons. En réfléchissant là-dessus, il dit: ‘La N 19 n’a pas beaucoup de circulattion et de plus elle est d’habitude bien nettoyée par les chasse-neige en hiver.’ En entendant cela, j’ai été bien rassurée et j’ai pris la route quelque temps plus tard.

Tandis que je roulais sur la N 19, le message que j’avais entendu plus tôt dans la matinée me forçait à rester prudente en conduisant. Après avoir roulé dans un segment de la route limité à 100km/h, j’entrai dans une zone limitée à 70km/h. Parce que j’essayais d’être particulièrement prudente ce jour-là, j’ai réduit ma vitesse à 60 km/h. Mais tout d’un coup, sorti d’on ne sait où, je vis un énorme camion-remorque qui me coupait la route venant d’une route perpendiculaire à la mienne. A la place de laisser la priorité, il rentrait directement dans le traffic de la grande route, mon véhicule étant le premier à arriver sur lui. Comme le camion était très grand, il avait à négocier le tournant au plus large et coupait ainsi toute la nationale alors qu’il n’avait pas la priorité.

Maintenant, avec cet énorme poids-lourd tout d’un coup à une dizaine de mètres de moi et qui bloquait tout l’espace pour passer, j’étais obligée de me décider en une fraction de seconde. Comment me sauver? Cela semblait impossible. J’étais piégée sans aucun passage de quelque côté que ce soit. J’écrasai la pédale de freins. Le seul petit espace qui s’offrait à moi était à l’extrême gauche, dans la voie d’où sortait le poids-lourd. Je déviai vers ce côté de la nationale et mon car s’immobilisa dans un crissement de pneus à quelques centimètres seulement de l’arrière de l’énorme camion. Tout cela se déroula en quelques secondes. Comme le poids-lourd continuait, mon coeur battait la chamade et j’étais stupéfiée d’avoir échappé un collision directe sans la moindre égratignure.

Merveilleux! Qui sur terre peut faire ceci si ce n’est Elle? C’était pour moi un rappel vigoureux de sa présence immanente et de la vérité de sa parole:’Je suis toujours avec vous!’ C’était une expérience qui vous remet à votre vraie place et qui vous amène à vous exclamer avec humilité et gratitude:’Merci, Ma, pour garder un oeil protecteur sur vos enfants!’