JAY MA n°43


PAROLES de MA

 

Dieu tout-puissant est dépourvu de nom et de forme; pourtant tous les noms et toutes les formes sont siennes.

*

Essayez de voir Dieu en tout et en tous, y compris en vous-même.

*

Dieu lui-même se révèle de façon voilée même sous la forme d'individus qui paraissent être pêcheurs, ou dqns des souffrances qui semblent insurpportables.

*

A chaque respiration, essayez d' étre en communion avec Lui par son Nom. 

*

La nature du feu est de tout transformer en lui -même. D'une façon similaire, l'association avec Son Nom mène inévitablement à l'identification avec Lui.

*

Si vous vivez avec la conviction que Dieu est votre contact le plus proche, vous découvrirez petit à petit qu'il n'y a rien d'autre que Dieu. 

*

Ne relâchez jamais votre effort avant d'avoir atteint l'illumination. Qu'il n'y ait pas d'interruption dans vos tentatives, car une interruption produira un remous alors que votre lutte doit Être aussi continue qu'un écoulement d'huile, elle doit être soutenue, constante, comme le courant régulier d'un fleuve.

*

Qui appartient à qui en ce monde? En épuisant son karma, chacun doit s'efforcer d'accomplir le pèlerinage de l'existence. 

*

Après une vraie méditation, les plaisirs du monde deviennent ennuyeux, ils perdent tout attrait et saveur. Que signifie 'vairagya' ? Quand chaque objet du monde allume pour ainsi dire le feu de la renonciation, au point de nous rejeter sur nous-même comme si nous avions reçu un choc, il y a alors un éveil tant intérieur qu'extérieur. 

*

Le monde est en lui-même la matérialisation de la frustration, et donc le chagrin lié à l'absence de satisfaction complète ne peut que perdurer. C 'est pourquoi on dit qu'il y a deux sortes de courants dans la vie humaine: celui du monde, dans lequel un manque succède à un autre, est celui de l 'Etre authentique. La caractéristique du premier courant c'est qu'il ne peut jamais atteindre son but -au contraire le sens de manque, est perpétuellement restimulé, alors qu'en pénétrant dans le second courant l'homme s'établit dans sa nature authentique et fait aboutir les efforts qui en sont l'expression.

*

En toute situation, demeurer imperturbable. Ma dit toujours :'Que ce qui est, soit; en tous et en tout, il y a ananda; pas de souci à se faire : cela aussi est un grand miracle'.

*

Allez jusqu'à la limite de vos forces. Certes. Sa grâce est présente, mais utilisez vos forces pour creuser le canal; c'est en empruntant ce canal qu'il viendra à vous. Votre tâche consiste à faire vraiment tout votre possible.

*

Ayez une intensité intérieure aussi vive que celle d'une personne s'enfuyant d'une maison en flamme.

*

Le devoir de l'être humain : Éveiller en lui L'humamité, se détacher de l'animalité, choisir le bénéfique (sherya), se détacher de ce qui est désagréable (preya).

*

C'est le désir qui provoque le chagrin; mais la volonté de réaliser Dieu est en soi félicité ( ananda).

****

EDITORIAL par Jacques Vigne

 Onze ans après sa création par Danielle Pérez à l'instigation d'Atmananda, le journal Jay Ma continue; il y a eu un peu de flottement dans la parution depuis un an, principalement à cause de mon retour en France, et du temps qu'a mis l'administration indienne pour m'accorder un nouveau visa d'entrée renouvelable. Cela m'a amené à passer dix semaines cet été dans l'Himalaya népalais où j'ai pu faire une méditation intensive, puis un mois à Ceylan, avant de revenir à Kankhal le 11 novembre, en principe pour plusieurs années. Mon retour en France a eu l'avantage de me permettre de percevoir l'intérêt éveillé par Ma Anandamayi. J'ai fait des tournées de conférences et de stages à travers le pays, ainsi qu'en Belgique et en Suisse; bien que ces conférences aient eu pour thème général la méditation et la psychologie, je parlais un petit peu de ma vie à Kankhal et je mettais surtout à la disposition du public les livres ou polycopiés sur Ma en Français. Cet intérêt du public a été stimulé par la sortie de plusieurs titres à l'occasion du Centenaire de la naissance de Ma, en particulier la trilogie de Marol (cf rubrique 'nouvelles parutions'). Les 'Entretiens de Kankhal', un polycopié rapportant des questions réponses avec Vijayananda durant les cinq dernières années, ont touché par leur authenticité des personnes variées. Environ 170 exemplaires circulent maintenant dans le public; ce texte est repris avec des articles de Vijayananda sur Ma et une autre série d'entretien dans l'ouvrage 'Un Français dans l 'Himalaya ' en cours de parution aux éditions 'Terre du Ciel'. Il ne faut pas oublier pour comprendre l'impact de Ma en France, les films et ouvrages d'Arnaud Desjardins ainsi que "L'enseignement de Ma Anandamayi" traduit par Josette Herbert, qui d'après les informations données par Albin Michel a passé les vingt mille exemplaires vendus depuis la première publication en 1973.

 Il y a une relation particulière entre ceux qui suivent l'enseignement d'un

même maître spirituel, ceux qu'on appelle les 'gurubhai', les frères -ou soeurs - par le guru. Nous ressentons cela jour après jour à Kankhal avec des visiteurs qui viennent non seulement de toutes les régions d'Inde, mais aussi du monde entier. Nous le ressentons également dans le courrier que nous recevons avec Vijayananda. La fonction de ce Jay Ma est de concrétiser le lien entre ceux qui se sentent attirés par Ma, au moins dans le monde francophone. Il n'est pas toujours possible à Vijayananda de répondre rapidement et en détail aux lettres qu'il reçoit, mais les questions qui lui sont posées au début de chaque numéro peuvent contribuer à pallier cela. Peut-être que dans le prochain numéro votre question figurera, si vous nous autorisez dans votre lettre à la publier avec sa réponse. Ceux qui sont intéressés par un rapport détaillé entre psychologie et méditation peuvent lire mon ouvrage sur le sujet paru en mai dernier dans Spiritualité vivantes.

 Il a été écrit dans l'ambiance de Kankhal et est basé dans le fond sur l'enseignement de Ma, même si dans la forme j'ai fait attention d'utiliser un vocabulaire et des notions familières au public français au sens large du terme, faisant ainsi une sorte de travail de traducteur.

 Les prochains numéros comprendront régulièrement des textes d'Amulya Kumar Datta Gupta, un proche de Ma qui avait une formation universitaire et a rapporté avec beaucoup de clarté les conversations avec Ma ainsi que de nombreuses anecdotes qui nous donnent un aperçu sur la façon qu'avait celle-ci d'aider les gens sur leur chemin spirituel. Les contributions sont bienvenues; jusqu'ici, j'ai pu publier toutes celles que je recevais. Une ou deux fois seulement, j'ai fait une sélection dans des témoignages qui dans leur forme complète aurait occupé un an au moins de publication du Jay Ma... Vyasa (Ken Damjanovic) est en train de traduire le Yoga Vashishta Sara, un petit livret qui donne l'essence du Yoga Vasishta sous forme de courts aphorismes. Nous en commençons la publication par épisode dés ce numéro. On trouvera une table des matières en 3ème de couverture.

 Si vous décidez de vous abonner, nous préférerions que vous le fassiez pour deux ans directement en versant la somme de 80 francs.

Cela évitera à Danielle Pérez d'envoyer des courriers de rappel juste pour réclamer 40 Frs... Essayons de lui simplifier le travail; elle a accepté de rassembler les abonnements malgré une période d'activité professionnelle chargée qu'elle est en train de traverser. Son adresse est 79 rue de Paris, 92100 Boulogne, et son téléphone au travail en cas de nécessité est le 01 46 45 11 87. Pour ceux qui ont versé un abonnement en mai 95, nous reportons l'année et ils n'ont qu'à verser 40 Frs pour être inscrits jusqu'en décembre 98.

 Etant né à Paris et y ayant vécu pratiquement jusqu'à mon départ en Inde, je sais que la plus grande difficulté dans le rythme occidental n'est pas de s'abonner à un journal spirituel, mais de trouver le temps de le lire tranquillement quand on en reçoit des numéros...Dans le présent numéro, vous trouverez beaucoup de nouvelles et d'informations, car nous finissons juste l'année du Centenaire. Après, il y aura moins d'événements extérieurs à annoncer, mais comme le suggère Vijayananda en répondant ci-dessous à la dernière des questions, le fait que nous puissions être touchés maintenant par l'enseignement de Ma représente en soi un événement intérieur : et l'essentiel n'est-il pas à l'intérieur?

 


Une histoire de Ma

 

REFLETS D'ANANDA

 

Un collier d'or apparaissait au fond d'un lac, visible à travers des eaux claires comme du cristal. Des passants, en le voyant, avaient envie de s'en emparer et plongeaient dans le lac pour le récupérer; mais, fait étrange, chaque fois qu'ils atteignaient le fond, ils ne pouvaient pas y trouver trace de collier. Déçus, ils remontaient à la surface, mais quand ils regardaient de nouveau le fond du lac à partir du bord, le collier était encore visible. Cela les intriguait fortement, ils ne pouvaient percer ce mystère. Perplexes, ils se regardaient les uns les autres. Ils découvrirent que le collier était suspendu tout en haut d'une branche d'un arbre proche. A l'évidence, un oiseau l'avait volé quelque part et l'avait laissé là. En plongeant pour s'emparer d'un reflet, ils s'éloignaient en fait de l'objet réel.

 En finissant cette histoire, Ma ajouta :'De même, la source première de tout bonheur est l 'Etre Absolu. Le plaisir des sens que les gens du monde éprouvent ne sont qu'un reflet insignifiant de la félicité de Brahma (Anandamaya Brahma).'

 


 

QUESTIONS à VIJAYANANDA

 

1) Certains voient dans le Védanta un intellectualisme desséché. En quoi le Vedanta et l'amour sont-ils liés?

 - C'est un reproche qui a souvent été fait à ceux qui pratiquent exclusivement la voie de la Connaissance. Dans cette voie, l'élément intellectuel est utilisé au maximum, par La pratique de la discrimination entre ce qui est transitoire et ce qui est Réel; par l'observation du mental et la remontée à sa source -notre 'moi'; ou bien aussi par la recherche du "Qui suis-je", comme l'enseignait le grand sage Ramana Maharshi. Mais se limiter seulement à l'élément intellectuel, c'est du faux Védanta, c'est vouloir voler avec une seule aile. Il faut deux ailes pour voler, et la deuxième aile, c'est l'élément affectif, c'est la Bhakti. Le védantin en général n'adore pas de Dieu personnel (bien qu'il n'y ait aucun inconvénient à ce qu'il le fasse s'il en éprouve le besoin). Son amour est dirigé vers le Gourou, pas la personne physique du Gourou, mais vers celui qui est Gyana mourti, ]'incarnation de la Connalssance; Celui qui nous mène vers le Suprême Omniprésent, le Sans-Forme, l'Akshara Brahma qui est notre Soi REEL Pour le vrai Védantin, l'amour qu'il a pour son Gourou s'adresse à travers lui à cet EterneI Omniprésent impérissable, qui n'est affecté par rien, même pas par la dissolution finale. C'est un amour d'une haute qualité qu'il faut avoir éprouvé pour savoir ce que c'est.

En réalité, il n'y a pas deux voies différentes, celle de la Connaissance et celle de l'Amour. Gyana et Bhakti sont les deux aspects de la même sadhana; ils sont inséparables. Chez certains, Gyana est en surface et Bhakti dans les profondeurs; chez d'autres, c'est l'inverse.

 2) Dans les Oupanishads, on parle du rasa (l'essence du bonheur) qui motive toutes nos actions et pensées : pouvez-vous développer ce point?

 - Les mots sanskrits ont souvent des significations différentes selon le contexte dans lequel ils sont utilisés. Il en est ainsi pour le mot rasa; mais dans la Taittiriya Oupanishad, ce mot est utilisé dans un sens spécial (II7). Rasa ici est la substance même dont le Suprême est fait. Raso veisa : Cela en vérité est rasa. Dans tous les objets de nos désirs, ce que nous recherchons, c'est le plaisir qu'ils nous donnent, c'est à dire le rasa (le goût de ces objets`. Ces plaisirs sont seulement une réflexion du Rasa suprême. 'Celui qui obtient ce Rasa' dit l'Oupanishad, devient heureux (ananda bhavati). Tous nos mouvements, toutes nos pensées, même notre respiration sont mus par ce Bonheur Supréme qui remplit l'Espace.

 3) Est-ce que la méditation bouddhiste fondamentale, beaucoup basée sur l'observation des sensations du corps ne risque pas de renforcer paradoxalement l'attachement au corps?

 - L'observation des sensations du corps est une des méthodes utilisées dans la voie de la Connaissance, et n'est pas spéciale au bouddhisme. Les mouvements du mental peuvent toujours être ramenés à une sensation qui a été leur point de départ. Se familiariser avec ces sensations peut devenir une aide considérable pour connaître et maîtriser notre mental. Je ne crois pas que cette méthode puisse renforcer l'attachement au corps physique, parce que la découverte de ce que notre corps est en réalité, une usine de décomposition et de pourriture, devrait amener plutôt à un degout de notre forme physique; - mais cette méthode n'est pas à conseiller à des psychopathes ou à des hypocondriaques qui pourraient se découvrir toutes sortes de maladies imaginaires.

En règle générale, des psychopathes ou des aliénés mentaux ne doivent pas avoir accès à des pratiques spirituelles sérieuses.

 4) L'année du Centenaire de la naissance de Ma se termine. Elle nous a permis dé faire mémoire des aspects temporels de Ma, des évènements de sa vie, de ses paroles, etc... Comment maintenant méditer sur son aspect intemporel? 

- MA a dit qu'Elle était venue parmi nous parce qu'il y avait un appel qui l'avait attirée sur notre plan. Nous supposons qu'un groupe de personnes spirituellement développées et ayant une intense dévotion pour l'aspect féminin du Divin avaient lancé cet appel; mais en fait d'où venait- elle? Ces choses bien entendu ne peuvent pas se concevoir par le mental. Mais schématiquement nous pouvons dire qu'il existe une masse indivise et omniprésente de Conscience-Bonheur qui n'a pas de forme ni de lieu mais qui est le support et la base de tout ce qui existe. Les savants modernes s'en rapprochent quand ils parlent du 'Champ unifié' qui est à la base de tous les atomes, molécules, etc...

 Ainsi donc, ce qui nous est apparu sous la forme physique de MA était en quelque sorte une cristallisation de cet Omniprésent qui nous permettait d'entrer plus facilement en contact avec le Suprême. La forme physique a été retirée de notre champ visuel, mais le Suprême dont elle était la cristallisation est toujours le même, Il (ou Elle) répondra toujours à notre appel si nous le faisons avec une dévotion suffisamment intense. Bien sûr, la plupart des gens ne peuvent pas entrer directement en contact avec le Sans Forme et ont besoin d'un support visuel. Pour ceux qui ont été touchés par la splendeur de cette apparition divine qu'était Ma Anandamayi (même s'ils ne l'ont pas rencontrée personnellement), une photo, la lecture d'un livre ou une méditation devant son Samadhi (tombeau) peuvent produire l'intensité nécessaire pour que l'appel soit efficace.

 


LOST

In my house I searched for You

With a broken heart I searched for You

In my prayers I searched for You

Searched, and found You not.

 

I ran outside to loock for you

To ask the trees if they'd seen You

To ask the sun if she had seen You

They smiled, and answered not.

 

The rustling leaves, they spoke of You

They spoke of You as I rushed through

Their carpet of autumn gold for You

But my question they answered not

 

The giggling leaves laugted as they fell

Teasing me, teasing me with their spell

Your tricks, your love, they know so well

Sweet secrets! But me, they will not tell

 

I dance with tipsy evergreen yevs

They saw me drunk with love for You

And prevented me from passing through

Til I shared with them my love of You

 

Wherever I look I see signs of You

To make me chase You, You've left clues

You tease me, turn me round and round

Til I fall laughing, to the ground

 

The butterfly 's wings, they promise You

On them You have painted Your face a new

And on every leaf, on every tree

Thousands and thousands, dancing with glee 

 

Ecstatic images of You

And look! Your tears shine in the dew

I kiss the brambles, your tangled curls

You bite my lips with thorns like pearls

 

The stones sing rapturous praise for You

The trees fling leaves in the sky for You

The sun pours out her gold for You

The clouds weep tears of bliss for You

 

The deer they lead me back to You

Inside my house, there I find You

Inside my heart, Your dwelling true

O now I'm lost, I'm lost in You

 

O squirrels and hares, you beat the drum

And birds, you call the moon and the sun

We'll dance to that rythm that makes us one

My Beloved has come; My Beloved has come

 

Now every step I take's for You

And every breath I breath 's for You

And all my love is love for You

Every thing is You.

PERDU

Dans ma demeure je T'ai cherché

D'un coeur brisé je T'ai cherché

Dans mon oraison je T'ai cherché

Cherché, mais point trouvé.

 

J'ai couru à l'extérieur en quête de Toi

Pour demander aux arbres s'ils T'avaient vu

Pour demandere au soleil s'il T'avait vu

Ils sourirent, et ne repondirent point.

 

Les feuilles frémissantes, elles parlaient de Toi

Elles parlaient de Toi lorsque je me ruais au travers

De leur tapis d'automne doré en quête de Toi

Mais à mes questions elles ne répondirent point

 

Les feuilles, prises de fou rire, s'esclaffaient dans leur chute

Elles se jouent de moi, se jouent de moi et me séduisent

Tes ruses, ton amour, elles le connaissent si bien

Doux secrets! Mais à moi, elles ne révèleront rien.

 

Je danse avec des ifs enivrés, verdoyants à tout jamais

Ils m'ont vue intoxiquée d'amour pour toi

Et m'ont empechée de les quitter

Avant que je n'aie partagé avec eux mon amour pour Toi.

 

Où que se portent mes regards, je vois des signes de Toi

Pour m'inciter à te poursuivre, tu m'as laissé des indices

Tu m'as fait sortir de mes gonds et tourner en rond, tu m'as tournée et retournée

Au point qu'éclatant de rire, je me suis effondrée au sol.

 

Les ailes des papillons T'annoncent comme une promesse

Sur elles Tu as peint Ton nouveau portrait

Sur chaque feuille, sur chaque arbre

C'est par milliers qu'ils dansent de joie

 

Images extatiques de Toi.

Regarde! Tes larmes brillent dans la rosée

J'embrasse les mûriers sauvages entrelacés comme les boucles de Ta chevelure

Tu mords mes lèvres avec des perles en forme d'épines.

 

Les pierres chantent avec ravissement des louanges pour Toi

Les arbres font s'envoler leurs feuilles dans le ciel pour Toi

Le soleil déverse son or à flot pour Toi

Les nuages pleurent des pleurs de joie intense pour Toi

 

Les daims m'ont ramenée à Toi

Dans ma demeure je T'ai trouvé,

Dans mon coeur,Ta véritable résidence

O maintenant je suis perdue, perdue en Toi.

 

Et vous, écureuils et renards, vous jouez du tambour

Et vous, oiseaux, vous conviez soleil et lune

Nous danserons à ce rythme qui nous unit

Mon Bien-aimé est arrivé; Mon Bien-aimé est arrivé.

 

A présent, chacun de mes pas est pour Toi

Si je respire, je respire pour Toi

Et tout mon amour est pour Toi

Toute chose est Toi.

par Anna Hall

(Poème commencé chez les Petites Soeurs de Bethléem au Val Saint-Benoit en Bourgogne, et achevé à Kankhal en fin novembre 96)

Note : Ceux qui lisent l'anglais auront remarqué qu'Anna a évite de suggérer Si le 'You' divin était masculin ou féminin, s'il s'agissait du Père divin ou de la Mère divine. Dans la mesure où en français il faut faire un choix, nous avons décidé après discussion de garder le genre masculin qui est coutumier dans la littérature mystique occidentale.

 


YOGA VASISTHA SARA

 Traduit par Vyasa

(Alias Ken Damjanovic, qui étudie l'indologie et le sanskrit en plus de la préparation au CAPES de Lettres)

Préface :

La version anglaise du Yoga Vasishtha Sara est fondée sur la traduction de Swami Sureshwarananda, un fidèle âgé de Bhagavan Ramana Maharshi qui a fondé un ashram du nom de Vijnana Ramaneeya à Palghat, et a traduit plusieurs ouvrages de Bhagavan, ainsi que le Yoga Vasishtha Sara en Malayalam. Celui-ci a été publié par épisodes dans le 'Mountain Path', la revue éditée par le Sri Ramanashram, entre 1969 et 1971, et paraît maintenant sous la forme d'un livre pour une facilité de consultation.

 

Introduction :

Le Grand (Brihat) Yoga Vasishtha ou Yoga Vasishtha Maha Ramayana, comme on l'appelle également, est une oeuvre d'environ 32000 strophes en sanskrit, traditionnellement attribué à Valmiki, l'auteur du Srimad Ramayana. C'est un dialogue entre le sage Vasishtha et Sri Rama, dans lequel l'Advaita (la doctrine de la non-dualité) est exposée sous sa forme pure de ajatavada (theorie de la non-origine), avec, intercalées, des histoires qui l'illustrent. Cette oeuvre vaste a été abrégée il y a quelques siècles par Abhinanta Pandita, un savant du Cachemire, en 6000 couplets, sous le nom de Laghu Yoga Vasishtha. C'est un chef d'oeuvre en soi, comme l'original 'Brihat'. Bhagavan Sri Ramana Maharshi se référait souvent au Yoga Vasishtha, et en avait même incorporé six couplets dans son 'Supplément aux quarantes versets' (v. 21 à 27)

Un autre abrégé de cette oeuvre fut réalisé il y a longtemps par un auteur inconnu, en 230 couplets divisés en dix chapitres, le Yoga Vasishtha Sara (l'essence du Yoga Vasishtha), dont la traduction est ici présentée pour la première fois. En faisant cet abrégé, l'auteur a rendu un grand service à tous les sadhaks. C'est vraiment une mine d'or propre à une lecture et à une méditation renouvelées.

 

Chapitre I

 

Le détachement

 

1. Salutations à cette calme effulgence qui est sans fin et non limitée par l'espace, le temps, etc..., la pure conscience qui ne peut être connue que par l'expérience.

 2. Ni celui qui est complètement ignorant, ni celui qui connaît (la Vérité) ne sont habilités à étudier ce livre. Seul celui qui pense 'Je suis lié, je dois devenir libre' est fait pour l'étudier.

 3. Jusqu'à ce que l'on soit vraiment béni par le Seigneur suprême, on ne trouve ni le Guru approprié, ni l'Ecriture sainte qui convient.

 4. De même qu'un solide bateau, ô Rama, s'obtient chez un batelier, de même la méthode pour traverser l'océan du samsara s'apprend par la fréquentation des grandes âmes.

 5. Le grand remède, pour la maladie de longue durée qu'est le monde (samsara), est la poursuite de la question 'Qui suis-je? A qui ce samsara appartient-il?' qui la guérit entièrement.

 6. On ne devrait pas passer une seule journée dans un lieu ne possédant pas l'arbre d'un sage connaissant la Vérité, avec ses bons fruits et son ombre fraîche.

 7. Il faut approcher les sages, même s'ils n'enseignent pas. Même leurs paroles sur des sujets anodins contiennent la sagesse.

 8. La compagnie des sages transforme le vide en plénitude, la mort en immortalité, l'adversité en prospérité.

 9. Si les sages n'étaient concernés que par leur propre bonheur, en qui pourraient se réfugier ceux qui sont tourmentés par le chagrin du samsara ?

 10. Ce qui est transmis, ô âme bonne, à un disciple méritant qui est devenu sans passions, c'est la réelle sagesse. C'est la véritable signification des textes sacrés, et c'est aussi la sagesse qui comprend.

 


CELEBRATION DU CENTENAIRE DE MA A KANKHAL

 

Compte-rendu d'une disciple

 C'est entièrement par la grâce de Ma que je me trouvais à Kankhal durant les fêtes du Centenaire. Certaines obligations familiales m'appelaient à rentrer en Occident vers la fin; février (après plus de six mois en Inde), mais à la suite d'une communication téléphonique inattendue, tout s'arrangea comme par miracle -le billet d'avion à modifier, une soeur qui se chargerait des obligations jusqu'à une chambre près de l'ashram qui se libéra par hasard alors qu'eue avait été réservée depuis des mois... Par ailleurs, je vis deux occidentales qui avaient tout prévu pour être présentes et qui furent rappelées d'urgence au début des festivités à cause du décès d'un parent. Il faut dire que, n'ayant pas eu la chance de connaître Ma dans sa forme physique, j'avais un désir ardent d'être présente pour son Centenaire : c'était pour moi une petite compensation...

 Les célébrations commencèrent le 22 avril avec l'Atitudra Mahayajna et c'est à cette date que la plupart des fidèles de Ma arrivèrent. Bien qu'en tant qu'occidentaux et surtout non brahmines, nous n'ayons pas eu la possibilité de pénétrer à l'intérieur du bâtiment où se déroulait le Yajna, nous pouvions en faire des circambulations (toujours dans le sens des aiguilles d'une montre). On m'a dit que pendant toute la durée du Yajna il fallait en faire 108 au moins. Le grand bâtiment n'était pas fermé mais seulement entouré de moustiquaires et il était aisé d'observer les différents foyers où brûlait le feu sacré et autour desquels un grand nombre de pandits récitaient des montras en jetant du ghee et autres éléments sur les flammes. Il se dégageait du temple des sons paisibles et pleins d'intensité à la fois et nombre de fidèles s'asseyaient autour du bâtiment pour méditer. Le Yajna se poursuivit pendant deux semaines sans interruption à la fin desquelles eu lieu une cérémonie de clôture et une distribution de cendres à tous les assistants.

 Le 2 mai au matin, une puja eut lieu en l'honneur de la petite murti (statue) de Ma qui avait été préparée spécialement pour le Centenaire. Bien que très petite, la murti était imprégnée d'une beauté et d'une vie extraordinaires. Elle était constituée de huit métaux (ashta dhatu). Le lendemain dés 5 heures du matin commença la procession qui transportait la murti en grande pompe jusqu'à Harki-pèri, le lieu le plus sacré d'Hardwar à 5 km de l'ashram. La statue fut consacrée dans l'eau du Gange et ramenée à l'ashram pour être installée dans le temple de Shiva. Durant la procession plusieurs portraits de Ma, Didima et Bholanath se trouvaient sur des sortes de chariots tirés par des tracteurs et une immense photo de Ma était perchée sur le dos d'un éléphant dont le corps était entièrement peint. De longues files de fidèles se promenèrent ainsi au son des fanfares dans toute la ville et la bénédiction dans le Gange eut lieu vers 10 heures du matin.

 A partir du deux mai se déroula également le programme du Ras Lila sous une immense tente qui avait été érigée juste en face de l'ashram sur un terrain vague. La tente était souvent pleine et toute sorte de gens qui apparemment n'avaient pas pu obtenir de logement s'y reposaient la nuit.

Entre le 2 et le 6 mai la Durga Saptashati (les sept cent vers de louange à la Dévi, aussi appelés Chandi) furent répétés mille fois dans le hall de l'ashram, en face de la statue de Shankaracharya. Nombre d'occidentaux étaient présents, en particulier le groupe de français organisé par Claude Portal qui avait fait juste auparavant une retraite de plusieurs jours avec Swami Chidananda à Uttar Kashi. Il y avait aussi un groupe d'Italiens comprenant le Père Massimiliano Misi d’Assise. Ce dernier fut présenté à l'assistance par Swami Chidananda, et exprima son respect profond pour Ma et son message universel considérant les diverses religions comme des chemins variés allant vers le même but. 

Je pense que les deux cérémonies les plus sacrées et les plus intenses furent les deux pujas qui eurent lieu dans les nuits des 2 et 6 mai, et qui furent conclues le 7 par 24 heures de chant du Mahamantra, avec une procession de cent tambours bengalis (khôls) à travers Kankhal et Hardwar jusqu'à Harki-pèri. La tithi puja (le 6 mai) fut exceptionnelle. Bien qu'elle ait été censée commencer vers 2h 30 du matin, le hall du samadhi était déjà complètement plein vers lh. On ne pouvait y pénétrer que très difficilement, même si nous y avions disposé un asana pour réserver une place. Après avoir enjambé une cinquantaine de personnes, je suis parvenue à m'asseoir et à avoir une vue fabuleuse sur le Samadhi. Il était complètement submergé par toutes sortes de fleurs -des malas de lotus et de roses enchevêtrés et déposés sur des offrandes de saris de soie et de châles tous plus colorés les uns que les autres. La décoration était exquise et des montagnes de fruits et de sucreries bengalies étaient amassées sur le sol. On apercevait les flammes de bougies un peu partout et il y eut même un feu qui fut allumé à l'intérieur de l'endroit où avait lieu la puja. On fit également une puja spéciale à la Kumari (petite file de dix ans environ) toute vêtue de vert. A la fin de la nuit, environ 3500 personnes vinrent faire pranam et offrir des fleurs dans l'enceinte du samadhi de Ma, d'où se dégageait une atmosphère extrêmement sacrée et divine, et la présence de Ma se ressentait intensément. Vijayananda lui-même me confia que c'était trés proche du sentiment que l'on pouvait avoir lorsque Ma était encore dans sa forme physique. J'avais le sentiment qu'une immense vague de dévotion se formait et reformait sans cesse autour de moi. Un grand nombre de ceux qui avaient vu leur vie changée par sa présence divine et qui l'avaient aimée dans cette vie ou une autre avaient été rassemblés ici pour être témoins encore une fois de sa beauté, de son amour divin et de son omniprésence. Je me fis plusieurs fois la réflexion que durant ces quelques jours à Kankhal, ce n'était pas la vie sur terre que nous vivions; c'était un moment sacré dans lequel nous avions étés transportés.

  


INFORMATIONS

 

Activités pour le Centenaire en France

 

- Jean-Claude Marol a fait différentes conférences à propos de Ma, en particulier à la Mission Ramakrishna de Gretz et au Salon 'Vivre et travailler autrement', où les gens ont été trés touchés par les paroles et les diapositives de Ma.

- Le 23 mai a eu lieu à Espace-Expression, dans une salle archi-pleine, une conférence-débat sur Ma animée par Jean-Claude Marol avec la collaboration d'Elvire Ferle-Marol, de Claude Portal et de Jacques Vigne. L'intérêt du public ne s'est pas limité à la conférence elle-même, mais s'est manifesté par l'achat d'un nombre considérable de livres, polycopiés et cassettes de Ma. Les bénéfices de ces ventes ont été versés au fond de la Sangha de Ma, et destinés aux dépenses de santé des sadhus âgés.

- Comme il a été mentionné dans un article ci-dessus, Claude Portal a organisé un groupe qui a passé la semaine du Centenaire à Kankhal après cinq jours de retraite avec Swami Chidananda à Uttar-Kashi, dans les Himalayas.

- En France, nous avons fait une nuit de méditation près de Paris. La présence de Joëlle Mayeur qui a chanté des chants Bauls a donné une touche bengali à l'anniversaire. Vijayananda dit que la manière dont elle chante lui rappelle Ma quand il l'a connue dans les années 50.

- Swami Swaropananda, le secrétaire général de la Sangha de Ma qui a été son disciple depuis 45 ans et bien souvent son bras droit est venu deux semaines à Paris en juin. A 76 ans, c'était son premier voyage en Occident. Nous avons eu un satsang avec lui chez B.Pernel et Christophe Massin dont l'épouse Muriel, la fille des Desjardins, était aussi présente. Il s'est rendu également chez Claude Portal et Jean-Claude Marol, pour des temps de silence et d'échanges. Il était accompagné de Pushparaj, le jeune secrétaire népalais de l'ashram que ceux qui sont venus à Kankhal connaissent. Celui-ci pleurait d'émotion à son retour en Inde.

 

Publications

- Les trois livres de Marol sont 'Vie en Jeu' aux Editions Accarias/L'Originel, et avec photos 'En tout et pour tout' au Fennec et '...Une fois, Ma Anandamayi' au Courrier du Livre.

 - 'Perles de Lumière' à la Table Ponde

 - Les Carnets du Yoga (3 rue Aubriot, 75004) ont consacré leur numéro de janvier 96 à Ma, et il donne des témoignages inédits ainsi qu'une bonne vue d'ensemble de son enseignement (Prix :40Frs)

 - Le livre de BhaiJi 'Matri darshan' traduit par J.Vigne est paru aux Editions Terre du Ciel à Lyon juste pour le Centenaire de Ma en mai.

 - 'Un Français dans l'Himalaya' de Vijayananda doit paraître incessamment chez le même éditeur. Il comprendra ses articles sur Ma, des extraits de son livre 'In the steps of the Yogis' publié en Inde seulement en 1978, et des séries d'entretiens qui existaient déjà sous forme de polycopiés (cf en particulier "Les entretiens de Kankhal")

 - 'Aux sources de la joie', le premier livre sur Ma à être paru en Français en 1943 grâce à Jean Herbert doit être réédité l'an prochain. Il s'est trouvé que j'ai rencontré Marc de Smedt à Avignon en mai, et je lui ai donné un exemplaire de ce petit livre pour la réédition. Le lendemain, de retour à Paris, j'ai ouvert mon courrier et j'ai trouvé un autre exemplaire du même ouvrage, mais cette fois-ci en édition reliée de luxe. C'était Josette Herbert qui croyait l'avoir perdu, puis l'avait retrouvé en déménageant et avait eu l'intuition de me l'envoyer alors que nous n'en avions jamais parlé. Plus d'un demi-siècle après la publication, était-ce une coïncidence?

 Signalons également quelques publications qui, bien que n'étant pas sur Ma, lui sont reliées indirectement. 

- Un livre sur l'enfance de Marol aux Editions Le Fennec, où il nous fait part de sa riche expérience de stages de développement de la créativité avec des classes d'enfants à travers toute la France, et de ses réflexions sur ce que peut être l'enfance spirituelle.

 - Un numéro hors série de Nouvelles Clés sur la féminité de l'être qui doit ou vient de paraître. Marol y parle de l'amour courtois, et moi-même de la Mère divine en Inde.

 - Un livre d'enseignements de Swami Chidananda devrait paraître avec un autre ouvrage de Swami Shivananda pour Noël aux éditions Terre du Ciel.

 - 'La vision transpersonnelle' ouvrage collectif dirigé par Michel Random et Hélène Barrère est paru aux Éditions Dervy en septembre. La quatrième et dernière partie est un texte en prose poétique que j'ai écrit à Kankhal. Hélène Barrère m'avait demandé de présenter un aspect du Yoga dans ce style, j'ai choisi de parler de Shiva, dieu de la forêt, de la montagne et de la méditation solitaire. La forme est celle des agamas et tantras médiévaux, c'est à dire un dialogue entre Shiva et son épouse Parvati au sommet du Mont Kailash.

 - L'association internationale de psychiatrie spirituelle dirigée par Jean-Marc Mantel prépare un ouvrage collectif sur les sectes. J'ai déjà signé avec Jean-Marc une lettre ouverte parue dans le 'Terre du Ciel' de mai 96. Il est important que des spécialistes qui à la fois connaissent les déviations du psychisme et suivent eux-mêmes une voie spirituelle puissent s'exprimer sur ce sujet d'actualité, traité en général par les médias de façon superficielle et émotionnelle. Quoiqu'en pense l'establishment étatique ou ecclésiastique, la pluralité des groupes religieux est une réalité et une richesse de notre époque. La France a plus de difficulté à l'accepter que les Etats-Unis ou l'Inde par exemple. En dernière analyse, chacun est responsable pour soi-même de faire la part du bon grain et de l'ivraie, mais ce livre pourra donner des éléments de réflexion. Je suppose qu'il sera publié, comme les autres ouvrages de Spiramed-AIPS, par les éditions Le Fennec.

 Annonces diverses

- 8 cassettes audio et un disque compact avec la voix de Ma, sont disponibles à Mangalam Verlag Redornweg 18 26180 Rastede Allemagne, tél 04402 4540. Ils produisent aussi deux vidéos de Ma de bonne qualité, l'une de 2O mn, Matri Darshan sur la jeunesse de Ma et l'autre sur l'ensemble de sa vie.

- Les souscriptions à l'édition anglaise d'Amrita Varta peuvent être obtenues en envoyant un mandat postal international de 12 US 'To the Managing Editor, Ma Ananda Mayee Amrit Varta / Mata Anandamayee Ashram Bhadaini Varanasi-221001 UP Inde

 - Une annonce qui arrive trop tard, mais que je donne pour votre information : Swami Chidananda fait une retraite de Noël d'une semaine pour les occidentaux à Rishikesh. Il y aura en particulier Léonard Appel avec le groupe d'Initiations de Bruxelles. Ils s'arrêteront a Hardwar avant d'aller vers Rishikesh.

- du 3 au 24 mai S7, je ferai l'accompagnement d'un groupe de Terre du Ciel aux sources du Gange. Nous verrons le 9 mai l'ouverture annuelle du temple de Badrinath avec la procession de la statue de Badrlnarayan et ferons la randonnée de Kedarnath et Gomukh le glacier au-dessus de Gangotri d'où le Gange jaillit, sans oublier les rencontres d'ermites et de yogis. Renseignements BP- 2050- 69227 Lyon Cedex 02

- Shantimayi a ouvert un ashram dans les Pyrénées orientales entre Perpignan et Foix. Elle y résidera pendant les six mois d'été, passant les six mois d'hiver à Rishikesh où elle a vécu dix ans auprès de son guru, Maharaji de Satchadham Ashram, Laxman Jhula. Ce dernier, qui est toujours vivant, lui a demandé de s'occuper des Occidentaux, ce de quoi elle s'acquitte avec beaucoup de succès.

Bien que n'ayant pas connu Ma de son vivant, elle a une grande bhakti pour elle et passe régulièrement avec son groupe se recueillir et chanter auprès du samadhi a Kankhal, et à des satsangs avec Vijayananda. Je tâcherai de donner dans le prochain numéro l'adresse exacte de son ashram en France.

 - Chandra Swami, que nombre de Français vont visiter et considèrent comme leur guru, a visité l'ashram de Kankhal récemment.

 - L'International Guest House près de l'ashram de Kankhal est terminée en ce qui concerne le gros oeuvre. L'ouverture est prévue pour l'anniversaire de Ma en mai 97. Le logement offert sera plus confortable et plus silencieux que ce qui existe actuellement sur Kankhal; une bibliothèque spirituelle bien fournie sera probablement disponible.

 - Si vous souhaitez faire circuler des informations parmi les fidèles francophones de Ma, n'hésitez pas à nous écrire afin que nous les insérions dans cette rubrique.

 Jagat (le monde) signifie le mouvement perpétuel, et à l'évidence il ne peut y avoir de repos dans le mouvement. Comment pourrait-il y avoir de la paix dans des allées et venues perpétuelles ? La paix règne là où il n'y a ni allée ni venue, ni fonte ni destruction par le feu. Inversez le cours que vous suivez, avancez vers Lui -c'est alors qu'il y aura espérance de Paix.



 

JAY MA n°44

PAROLES DE MA

 

La vision par excellence, c'est celle qui, une fois vue, ne laisse plus rien à voir et fait s'éteindre même le désir de voir.

Quand le royaume de la Pure conscience est atteint, la Forme se révèle en tant qu’Essence même.

*

Qu'est-ce que signifie la perception directe du Soi, l'Atma darshan? L'observateur, ce qui est observé et l'acte d'observation, quand ces trois (triputi) font un, on réalise Brahman.

*

Ne vous laissez pas aller à un désespoir cynique. Ne dites pas : 'La Réalisation n'est pas pour moi, pas pour moi'. Prenez la ferme résolution :'Je dois atteindre la Réalisation du Soi, je dois vraiment.' Douter, c'est pécher.

*

L'acceptation parfaite donne la joie la plus profonde. Appuyez-vous sur elle comme sur votre seule ressource.

*

L'effort a faire, c'est de s'abandonner sans réserve à Lui. Vous n'aurez alors ni chagrin, ni douleur, ni déception ni frustration.

*

Un désir d'objet mondain vous rend misérable s'il n'est pas satisfait; s'il l'est, il est presqu'obligatoirement suivi par d'autres désirs, et leur enchaînement trouble la paix de votre esprit.

*

Le Soi contenu en lui-même et se lançant un appel à lui-même pour sa propre Révélation -c'est cela le bonheur.

***


QUESTIONS A VIJAYANANDA

 

Q : Vous dites parfois qu'une posture stricte est nécessaire quand on fait le yoga de l'éveil de l'énergie (kundalini), mais qu'on peut faire le japa ou observer l'esprit dans n'importe quelle position. Pourtant, ces deux dernières formes de méditation ne demandent-elles pas elles aussi d'avoir une bonne énergie?

V : Tout dépend ce que vous entendez par le mot "énergie". Dans le Yoga de la Kundalini, ce que l'on veut éveiller, c'est une "super-énenergie" qui vous permette d'aller plus rapidement dans l'illumination. Cette énergie est une sublimation (ou plutôt une divinisation) du pouvoir qui chez l'homme ordinaire est gaspillé dans les relations sexuelles. Pour suivre ce Yoga, il faut donc observer une chasteté totale et une vie de reclus. Quand la Kundalini s'éveille et monte dans le canal central, une mauvaise position du dos risque de bloquer cette montée. De toutes façons quand cette montée se fait, la colonne vertébrale devient droite spontanément.

Quant aux méthodes basées sur le japa et l'observation de l'esprit, ce sont des méthodes préliminaires pour purifier le mental, et le préparer à la possibilité d'un éveil du pouvoir Divin. Elles peuvent être pratiquées dans les conditions de la vie de tous les jours. Elles sont encore du domaine de la pensée parlée. Quand la force vitale rentre dans le canal central (c'est à dire quand la Kundalini monte le long de la sushumna nadi), le mental devient silencieux et il n'est plus question ni de vichara ni d'observation du mental.

 

Q : (un visiteur italien) Où se trouve la félicité?

V : La Félicité, l'Ananda est partout, elle est la base, le motif essentiel de toutes nos activités, en fait de toute vie. La Taittiriya Upanishad dit :'Qui donc agirait, qui donc respirerait si cette Félicité n'était pas dans l'espace?...' Cette base de toute existence, le 'champ unifié' des physiciens est fait d'une masse indivisée de Conscience-Bonheur (chidananda). Nous la percevons à travers l'épais voile de notre agitation mentale. Les nuages nous cachent le soleil; mais même leur couleur noire n'est visible que parce que le soleil est derrière eux.

 

Q : Parfois, vous dites qu'il faut regarder ses peurs, voire même ses désirs en face, et à d'autres moments qu'il est meilleur de regarder le mental du coin de l'oeil. N'est-ce pas contradictoire?

V : Oui, c'est vrai que la bonne méthode pour observer le mental est de le regarder 'du coin de l'oeil' en concentrant l'attention sur un support (un mantra ou une image, etc..) parce que si on regarde le mental de face, il risque de créer des formations artificielles; c'est en effet sa nature de proliférer quand on tente de l'analyser. Quand je disais qu'il faut faire face à une peur, car si on essaye de la fuir elle ne fera que s'intensifier, c'est que dans ce cas il s'agit de regarder en face l'objet qui a produit cette peur et non la pensée peur. Il ne faut pas se concentrer sur le sentiment-peur, car cela risque de l'intensifier, mais sur la cause qui a produit cette peur. En lui faisant face, on peut vaincre la peur plus facilement.

 

Jiten Babu : Si on cherche a se raccrocher au bonheur de la vie de famille quand on mène celle-ci, on ne doit pas avoir besoin d'autre chose?

Ma : Si vous cherchez à vous raccrocher à quelque chose. vous êtes partis pour le perdre. Le bonheur (ananda) dont je parle déjoue toute appropriation. Il vient de lui-même et demeure à tout jamais. Dans ce cas. le bonheur n'est pas quelque chose de travaillé laborieusement; c'est un don de la nature. Le bonheur qui provient des objets matériels est le produit d'un effort, est transitoire, tandis que le bonheur qui vient de Satchidananda est éternel; mais on doit mettre de côté ce bonheur aussi, et s'élever au-dessus; ceci cependant fait référence à un stage ultérieur. Pour le moment, tout ce que je peux dire, c'est que nous avons à l'intérieur une joie plus durable que celle que nous pouvons expérimenter dans la vie de famille. Nous devons essayer de nous y installer.


 QUELQUES SOUVENIRS DE MA

Par Claude Portal

 

C'était en 1971, je préparai un projet pour aller en voiture en Inde avec mon épouse, mais elle était réticente et l'idée a dû être abandonnée avec la naissance de notre premier garçon en mars 1972!

Ma me donna son premier darshan grâce au livre 'L'hindouisme vivant' de Jean Herbert (1975). La troisième section de ce livre présentait quelques maîtres spirituels de ce siècle en deux ou trois pages avec une photo pour chaque. Le nom de Ma Anandamayi y était avec ceux de Ramakrishna, Tagore, Aurobindo, Papa Ramdas et Vivekananda.

Pour ouvrir cette partie, il y avait une belle image de Ma souriante, dans une position inhabituellement relaxée, assise sur le sol avec les genoux sous le menton. Je commençais à lire cette partie en cherchant si l'un de ces Grands était encore de ce monde, j'avais un fort désir de voir un saint vivant. Le seul dont la date 'd'abandon du corps' n'était pas mentionnée était Ma! Les commentaires et les paroles de Ma qui étaient cités étaient très attirants. Un grand intérêt s'éveilla en moi et je me dis 'je dois la voir absolument!'. Je trouvai alors un second livre de Jean Herbert 'L'enseignement de Ma Anandamayi'. J'acceptai comme Vérité la compagnie de ces trois cents pages d'enseignement de Ma, c'était une préparation. Je fis aussi en 76-77 une année de sanskrit à l'Université. Mais comment trouver Ma en Inde lorsque vous vivez en France et connaissez si peu sur l'Inde?

Notre première visite en Inde eut lieu en 1977. C'était un itinéraire touristique habituel en compagnie de mon épouse. Nous avons visité Delhi, Agra, Jaipur, Udaipur et Bénarès. En préparant le voyage, j'ai vu dans le guide qu'on mentionnait un ghat appelé 'Anandamayi ghat' à Bénarès, ce qui était exceptionnel dans la mesure où Ma était encore vivante. C'était le signe que j'attendais et donc, une fois à Bénarès, je cherchais dans le bottin de téléphone et j'appelais Ma! On me dit qu'elle n'était pas là. Nous avons visité l'ashram le 3 novembre. Je m'inclinais dans le hall principal en face de la photo de Ma, c'était mon premier pranam. J'achetai quelques livres, et on me dit d'écrire à un Swami français à Kankhal.

De retour en Errance, je me mis à lire et apprendre chaque jour du second volume de 'Matri Vani'. J'ai écrit à Swami Vijayananda, pris deux semaines de vacances et suis revenu en Inde pour voir Ma en mai 1978. J'arrivai à Kankhal le 2 mai et fut accueilli par Swami Vijayananda. Le matin suivant, j'avais mon premier darshan de Ma sous forme physique. Elle arriva comme prévu à dix heures du matin et entra dans l'ancien ashram entouré par la foule qui l'avait attendue.

Je restais en retrait et regardais respectueusement Ma. On lui proposa de s'asseoir sur une chaise au milieu d'une petite cour avec un grand nombre de gens tout autour. Je m'adossai au mur de gauche, joignis mes mains et fermai les yeux. Après quelques temps, je les ouvris, Ma était en face de moi, me regardant, toujours assise à la même place, la cour était vide, personne d'autre n'était là ! Je fermais les yeux à nouveau et restais immobile. Je sentais que j'étais sous le regard du Seigneur, pleinement conscient de Sa Présence, avec une résonance intérieure profonde et au-delà de mon contrôle, en dehors du temps et de l'espace. Des larmes me vinrent. J'avais vu 'le Père qui est aux cieux'.

Le même jour à six heures je pus me retrouver dans une réunion à Surat Giri ashram, et j'eus mon second darshan de Ma qui m'adressa un sourire de bienvenue que je reçus comme un éclair. Je ressentis ces deux darshan comme un privilège extrême et en même temps l'impression de quelque chose de déjà connu. Le lendemain Swami Vijayananda me dit que je n'étais pas autorisé à aller à la rencontre de six heures mais qu'il n'avait pas réussi à me le dire à temps!

Les jours qui ont suivi, je participais aux darshans et Ma m'offrait quotidiennement une communion intense et directe avec Elle à travers ses yeux ou son sourire. Le 10, j 'allais à pied derrière la voiture de Ma durant la procession qui accompagnait dans Hardwar la statue de Shankaracharya destinée à étre installée dans le hall de l'ashram. Depuis 1978, je suis venu à la plupart des Samyam Saptah, la première fois à Nadiad avec mon épouse, ensuite à Kurukshetra, puis de nouveau avec mon épouse à Rishikesh en 1980.

Pendant les vacances de Pâques 1980, j'emmenai toute ma famillle, ma femme et les deux garçons qui avaient 7 et 9 ans à Kankhal pour le darshan de Ma que nous avons eu le 11 avril. Nous avons passé plus d'une semaine au Tourist Bungalow d'Hardwar et sommes venus chaque jour pour le darshan à Kankhal. Les garçons s'attendaient aussi à une visite du Corbett National Park que j'avais évoquée pour avoir le 'darshan' du tigre blanc du Bengale, mais je ne pouvais me résoudre à faire perdre à ma famille tant qu'elle était en Inde un quelconque darshan de Ma, 'le tigre ne relâche jamais sa proie'!

A cette époque, je demandai à Swami Bhaskarananda si je devais faire une requête en vue d'une initiation. Il me dit 'nous verrons, Ma n'est pas très bien'. Mon épouse et moi-même sommes venus à la Samyam Saptah de Kankhal en 1981. Le 3 novembre, trois français reçurent l'initiation, c'était mon quarantième anniversaire, la pensée de demander l'initiation me passa à l'esprit, mais fut remplacée par une autre : la fête du Guru, gurupurnima, est la meilleure date pour ce type de cérémonie. Le 11 janvier 1982, Ma me dit en rêve :'Je vais te donner l'initiation.' Je décidai donc d'aller en Inde pour la gurupurnima 1982 afin de recevoir la diksha. Je pris quatre semaines de vacances et arrivai à Dehra-

Dun le 31 juin. Le 6 juillet, jour de gurupurnima, Ma me donna un guru mantra par l'intermédiaire de Bhaskarananda. Le mardi 8 juillet, Ma me conféra la diksha et sa bénédiction.

Je dois dire qu'avant la diksha en 1982, pendant la méditation silencieuse avec Ma, j'avais reçu un mantra que j'avais pratiqué jusqu'à la Samyam suivante. Ma femme vécut un procesus similaire, avec une initiation de Ma en 83 un matin juste avant son réveil.

Parler des faits, des dates et des évènements extérieurs n'est pas difficile. Mais se souvenir et révéler ce qui est arrivé en même temps que les faits matériels ou en leur absence est bien plus délicat, étant limité par la mémoire, la compréhension, la conscience et la capacité à l'exprimer par des mots. Je n'ai jamais demandé un entretien privé ni n'ai utilisé ma voix pour parler avec Ma.

Je me suis trouvé incapable de formuler une question, toutes se dissipaient ou je les percevais comme sans intérêt; après un certain temps, j'eus l'attitude intérieure suivante :'Pourquoi poser des questions au Seigneur, à l'absolu?' Une fois, à Kurukshetra, lors de mon dernier soir là-bas, je vis une longue queue à la porte de Ma, je me suis mis à attendre aussi et quand ce fut mon tour après longtemps, la dame qui gardait la porte me dit :'C'est tout pour aujourd'hui '.

Quand on était en face de Ma, c'était si facile d'ouvrir les yeux et de voir le Non-manifesté dans le manifesté, le Seigneur dans 'ce corps' en face de vous, quel miracle! C'était quand même extraordinaire également d'écouter Sa voix, Ses paroles. Le manque de compréhension du hindi et du bengali, la distance et les règles de séparation imposées par l'entourage de Ma ont été des facteurs qui m'ont aidé à ne pas m'attacher à Son corps, de plus cela me donna une occasion unique de faire le maximum pour aller au-delà de ce qui était dit ou entendu, pour tenter de saisir l'essence et en même temps de m'abandonner au Seigneur. 'Que Ta volonté soit faite'. Et cette expérience s'est répétée chaque année, quand j'observais le silence (maun) pendant la semaine que durait la Samyam Saptah.

Servir le Seigneur, recevoir des conseils et des instructions de sa part, être embrassé par Lui, lui porter de la nourriture à la bouche, recevoir dans ma propre bouche de la nourriture de Ses mains, conduire Sa voiture, coucher dans Sa chambre, faire le pranam complet à Ses pieds, Lui parler, être appelé au téléphone par Lui..tout cela ne s'est pas produit physiquement entre le corps de Ma et moi-même. Mais tout ceci - et bien plus - m'a été donné par Sa grâce, par Elle-même sous la forme de Swami Chidananda, de Mère Krishnabai, de Mata Amritanandamayi. Tout est la grâce et la bénédiction de Ma! Jay Ma!

(Amrita Varta, avril 1996)


LA MORT DE KAWNA

 

Bithika Mukerjee est la biographe de Ma. Dans un livre en préparation,'My days with Sri Ma Anandamayee', elle parle de son lien et de celui de ses parents et de sa famille avec Ma. Dans le passage ci-dessous, publié dans Amrita Varta en 1996, elle décrit en détail la mort de sa cousine Kawna, décédée de tuberculose intestinale à l'ashram de Ma à Dehra-Dun en 1942, alors qu'elle était encore étudiante. Il est intéressant de voir en détail comment Ma s'est occupée d'elle et a mis en évidence la dimension spirituelle d'un événement qui pour d'autres n'aurait semblé que cruel ou absurde.

Renudi se souvient que quand elle arriva à l'ashram de Raipur (Dehra-Dun) avec Kawna, elle vit immédiatement Sri Ma qui était debout au bord de la terrasse, les regardant descendre de leur voiture à cheval (tonga). Kawna, sans un regard vers l'arrière, s'avança et monta les escaliers (très raides) qui montaient avec deux paliers jusqu'à la terrasse. Elle ne paraissait pas malade du tout. Ma reçut Kawna, Renudi et ma mère avec bonté et on leur donna deux chambres dans la cour, du côté opposé à la terrasse.

Sri Ma elle-même veilla à tous les détails du confort de Kawna ! Comment arranger le lit et la chambre, quelle nourriture on devait lui donner, etc...Un fidèle de Sri Ma qui était un docteur, Bharat Bhai de Jullundhar l'examina et prescrivit des médicaments. Sous peu, c'était tout l'ashram qui se mit à s'impliquer pour le bien-être de Kawna. Comme la fièvre persistait, Sri Ma lui demanda de garder le lit. Elle visitait la chambre chaque jour et s'asseyait sur une cantine en métal sur laquelle Renudi avait disposé une couverture pliée. Chaque soir, lorsque Ma se promenait sur la terrasse, elle marchait seulement dans un coin de celleci. Après quelques jours, les gens réalisèrent qu'elle marchait à l'endroit qui était visible à Kawna quand elle reposait sur son lit, et donc le peu de visiteurs qui venaient prenaient soin de ne pas s'interposer.

Tout le monde s'attacha à cette jeune fille (elle n'avait pas vingt ans) qui supportait sa maladie si bravement et en se plaignant si peu. Sevaji vint tous les jours pour voir Kawna, ses grands yeux brillants en fleur de lotus et son sourire charmant qui resta tel jusqu'au dernier jour.

Les temps étaient durs. Le mouvement 'Quit India' ('quittez l'Inde', pour faire partir les anglais) lancé par Gandhiji avait affecté la plus grande partie du pays. Le gouvernement britannique le réprimait impitoyablement. Pour quelques temps, l'euphorie d'une poussée de sentiment en faveur de l'indépendance était masquée par le règne de la terreur. Les postes ne fonctionnaient plus, les trains étaient très rares et servaient principalement pour le mouvement des troupes. Mais les fidèles de Dehra-Dun venaient régulièrement à pied jusqu'à Raipur. Ils se proposèrent pour faire les quelques courses nécessaires. Kawna semblait s'affaiblir chaque jour un peu plus. Ma mère et ma soeur étaient constamment auprès d'elle, particulièrement ma mère qui demeurait presque continûment à son chevet. Renudi se lia d'amitié avec deux autres jeunes filles qui habitaient à l'ashram, Maranidi et Savitri Manima. En dehors de Didima, Didi et Ruma Devi, c'étaient surtout des brahmacharis et des sadhous qui vivaient là.

Rien ne semblait pouvoir améliorer l'état de Kawna. On alla chercher un docteur éminent de Dehra-Dun pour l'examiner. Le Dr Mitra diagnostiqua une tuberculose intestinale. On se souvient qu'à cette époque, il n'y avait pas de médicaments pour cette atteinte terminale, si ce n'est de l'air frais et une bonne nourriture. On ne dit pas à ma mère et à ma soeur que d'après le Dr Mitra, Kawna n'en avait plus que pour trois mois. Sri Ma elle-même supervisait tous les repas. Une nuit elle sortit avec une lampe-torche dans les zones de forêt dense alentour. Didi et Renudi allèrent avec elle. Sri Ma montra certaines plantes médicinales à Didi, qui les cueillit et les prépara sous sa direction. Elles revinrent chez Tanna, et Didi porta à la bouche de Kawna une cuillerée de la substance. Celle-ci l'avala non sans difficulté. Sri Ma resta longtemps pour voir les réactions (peut-être?). Aussitôt qu'elle s'en alla, Kawna rendit le tout. Elle se retenait non sans mal par politesse. Renudi alla dire à Ma que le médicament n'avait pas été toléré. Sri Ma remarqua d'une voix douce :'Vous voyez, le corps rejette tout effort d'inverser le processus. Désormais, il ne durera pas longtemps.'

Le jour suivant, Sri Ma apporta une sorte de robe qui lui appartenait et des sous-vêtements, et dit à ma mère :'Vous trouverez que ces vêtements sont plus commodes tant qu'elle garde le lit'. Elle aida elle-même ma mère à changer Kawna. Sri Ma invita alors tous les sadhous à venir dans la chambre et à la bénir en lui touchant la tête. Après que tous l'aient fait, Didi demanda à Sri Ma si elle même ne voulait pas aussi bénir Kawna. 'Vraiment?' dit-elle, et elle passa ses mains trois fois sur elle, de la tête vers les pieds. Elle lui demanda ensuite :'Tu aimes bien les kirtans : voudrais-tu qu'on en chante prés de ta chambre?'

'Oui' dit-elle avec un grand sourire.

'Quel nom?' Kawna hésita, car elle pensait que tout le monde s'attendait à ce qu'elle demande de réciter le nom de Ma. Sri Ma dit de nouveau :'Dis le Nom de ton choix!' 'Krishna'. Ainsi donc, Abhayda et ses companions chantèrent du kirtan tous les soirs en face de la chambre de la patiente. Abhayda n'était pas du genre à se laisser imposer un emploi du temps régulier, mais d'une façon ou d'une autre tous les résidents de l'ashram et les quelques visiteurs de passage faisaient tout leurs possible pour rendre service à cette jeune fille dévouée, qui restait là, si patiente, avec les yeux fixés sur la porte en attendant l'arrivée de Ma. Elle ne demanda jamais la présence de Sri Ma, ni ne chercha à prolonger ses visites. A chaque fois que Sri Ma disait 'Est-ce le moment de m'en aller?' elle faisait un signe de tête et souriait.

Après que Sri Ma ait changé les vêtements de Kawna, elle sembla avoir une légère amélioration. C'était l'impression de ma soeur que Sri Ma lui avait aussi donné un mantra, car elle était restée quelques minutes seule avec elle alors que ma mère attendait dehors. La sensation persistante de nausée et de mal d'estomac la quitta. Elle recouvrit quelque peu l'appétit Sri Ma lui demanda si elle désirait quelque chose de particulier à manger. Kawna, avec son sourire franc, dit 'Oui, du pain!' Il se trouvait que le pain des boulangeries n'était pas consommé dans les ashrams, on pensait que ce n'était pas une nourriture convenable pour les résidents. Cependant, Sri Ma ne fit pas d'objection et Bharat Bhai s'en alla à pied jusqu'à Dehra-Dun pour aller en chercher. Pendant trois ou quatre jours Kawna mangea toutes sortes de nourritures qu'on croyait ne pas lui convenir et les digéra bien. Ma soeur lui fit des frites. Elle nous dit que Kawna avait nombre de souvenirs qui lui revenaient.

Elle parlait beaucoup de sa vie à l'université et de ses amies d'Allahabad.

Cependant, un jour (le 14 septembre 1942), la nausée revint, elle ne pouvait plus rien digérer; on remarqua dans ses vomissements quelques gouttes de sang. Ma soeur rendait compte des moindres changements de l'état de la patiente à Sri Ma. Quand celle-ci entendit ces nouvelles, elle dit 'Le temps est venu. J'espère qu'ils ont fait tous les préparatifs.' Elle avait elle-même mis de côté une grande guirlande qu'on lui avait apportée un peu plus tôt. Sri Ma vint dans la chambre de Kawna avec Swami Akhandanandaji (le père de Didi). Elle lui parla à sa manière habituelle, de façon intéressante et en la faisant beaucoup rire. Puis elle lui dit :'C'est un honneur d'être initiée au mantra du sannyas dans l'enceinte sacrée de l'Uttarakhand (la 'partie nord', la région qui va de la plaine aux sources du Gange). Quelle chance tu as que de tels sadhous soient là pour s'occuper de toi! Il y a seulement Brahman, le Un sans second (ekamevadvitiya Brahman)'

Le regard de Kawna était fixé comme d'habitude sur le visage de Ma. Elle manifesta son accord d'un signe de tête. Sri Ma demanda à tous de quitter la pièce. Elle resta elle-même avec Swamiji, qui recita le mantra du renoncement total de tout son coeur à la patiente qui n'avait plus que quelques minutes à vivre; mais cela, personne ne le savait.

Sri Ma rappela tout le monde dans la chambre et on reprit une conversation normale. Didi fit 'charanamrita (l'onction des pieds du guru) et mit paisiblement quelques gouttes du liquide dans la bouche de Kawna (selon une tradition répandue en Inde). Abhayda, Shobanda, Kanu et d'autres brahmacharis étaient assis à l'extérieur de la chambre et chantaient le mahamantra, la pièce était pleine de sadhus en robe orange. Après quelques temps, Kwana dît à Swamiji de façon un peu précipitée: 'Je ne pense pas que j'ai oublié le mantra; pouvez-vous me le redire?' Tout le monder se disposa à quitter la pièce, mais avant qu'ils n'aient bougé, elle dit :'Non, non, c'est bon, je m'en souviens!' Elle paraissait se relaxer et être sereine comme à son habitude. A l'extérieur, la nuit tombait. Sri Ma se leva, s'approcha d'elle et lui dit 'est-ce que c'est le moment que je m'en aille?' Kawna approuva d'un signe de tête. Sri Ma passa trois fois ses mains de la tête aux pieds de Kawna dans un geste de bénédiction et de caresse qui la caractérisait d'une façon inimitable. Elle s'en alla lentement vers la porte en regardant par derrière la jeune fille dont les yeux grand ouverts et plus brillant que jamais étaient fixés sur son visage. Sri Ma sortit de la pièce suivie par seulement Renudi. Tous les autres, y compris Didi, restèrent au chevet de Kawna. Aussitôt que Sri Ma sortit de la pièce, le regard brillant s'arrêta. Didi, Swamiji et les autres dirent par la suite qu'il semblait que Sri Ma avait pris Kawna avec elle. Ma soeur vint avec Sri Ma dans sa chambre; celle-ci s'assit tranquillement sur son lit et lui dit

:'Ne pleure pas; les lamentations à propos de ceux qui partent mettent ceux-ci dans un état de détresse.' Renudi comprit par ces mots que Kawna n'était plus. Il n'y avait pas eu d'indications que Kawna s'enfonçait ou n'était plus comme d'habitude. Sri Ma dit à nouveau :'Les sons du mahamantra, tant de sadhous en robe orange assis à ses côtés, on dirait qu'elle a provoqué la survenue d'une grande cérémonie (mahotsava) pour l'heure de son départ'.

Après quelques temps, ma mère s'aperçut aussi que Kawna s'en était allée au-delà de ses attentions et de sa tendresse. Elle vint dans la chambre de Ma et s'assit tranquillement à ses pieds avec Babu sur les genoux. Renudi était debout tout près. Tous les autres étaient occupés dans la chambre de Kawnadi. Swami ParamanandaJi organisa la procession funéraire composée des brahmacharis et de quelques sadhus. Dans notre tradition, la crémation se doit d'étre accomplie au plus tôt. A cette époque, il n'était pas question d'informer mon père ou d'attendre sa venue à temps. De toutes façons Sri Ma considéra comme acquis son accord complet pour la manière dont elle résolvait ses affaires, que ce soit à cette époque là où plus tard.

Le ciel se couvrit et il se mit à pleuvoir. Le petit groupe de femmes auprès de Ma suivit des yeux les brahmacharis qui ramassèrent le brancard en bois sur lequel on avait déposé le corps de Kawna. Didi l'avait orné de guirlandes et de tissus neufs procurés par Ma elle-même. Elle paraissait endormie et paisible.

Tous les sadhous, mis à part Swami Akhandanandaji et Mukti Maharaj accompagnèrent le cortège. Les échos du mahamantra s'élevaient Sans l'atmosphère. Comme les hommes se frayaient un chemin à travers la vallée, on pouvait facilement les distinguer grâce à l'oscillation de leurs lanternes. L'ashram de Raipour donnait sur de grands éboulis entrecoupés par le ruban les torrents. Sri Ma dit :'Il pleut, pourront-ils allumer un feu dans ces conditions? Voyons quelle sera la volonté de Dieu.' Sri Ma continua à regarder les lumières qui scintillaient dans la vallée. Elle restait pour un temps sur son lit en bois, puis sortait du hall et retournait près des fenêtres grandes ouvertes qui donnaient du côté de la vallée. Tous virent un feu éclatant s'élever. Malgré la pluie, les charmants coteaux furent illuminés par les reflets du feu qui brillait. 'Mukti Maharaj avait été saisi d'émotion sans s'y attendre et ses yeux se brouillèrent de larmes. Il dit sur un ton bouleversé qui lui était inhabituel :'Quelle façon glorieuse de partir de ce monde! Ma, seulement une! Pourquoi seulement une! Pourquoi n'aidez-vous pas des dizaines d'entre nous à passer de l'autre côté de cette façon?'

Les hommes retournèrent à l'aube. Sri Ma n'avait eu que peu de repos pendant la nuit. Elle avait parlé de temps en temps de la nature brillante et ouverte de Kawna, de son acceptation totale, de sa sérénité dépourvue de toute revendication et ce ses bons samskaras (impressions profondes, inconscientes venant du passé) qui avait rendu possible la confluence de tant d'éléments de bonne augure : la sainteté de l' Uttarakhand (cette partie des Himalayas), rien que des brahmacharis pour porter sa civière et des sadhous pour accomplir les derniers rites. L'assistance ajouta le plus important des facteurs, la présence de Sri Ma. Didi déclara qu'elle n'avait jamais vu Sri Ma autant impliquée lors de la mort de quelqu'un, pas même lors de celle de Bhaiji. A son retour, Paramanandaji dit qu'ils avaient eu peur que le bois mouillé ne prenne pas, mais ils furent tous stupéfaits de voir des flammes brillantes s'élever, qui paraissaient avoir une énergie et une vie qui leur était propre. Sri Ma dit :'La chasteté (brahmacharya) stricte de plusieurs vies a créé cette énergie (brahmateja, littéralement la chaleur, l'éclat de Brahman); point n'a été besoin d'une grande énergie pour consumer le corps qui était sattvique et donc léger, brillant et prêt à se mêler aux éléments.

Le lendemain, l'ashram semblait étrangement vide. Les visiteurs étaient frappés par la nouvelle du décès de Kawna. Sevaji se mit à pleurer, en disant que ce sourire qu'elle avait attendu et désiré jour après jour lui manquerait. Sri Ma continua à parler à tout un chacun de Kawna pendant les quelques jours qui suivirent...

(Extrait d'Amrita Varta, octobre 1996)


ADVAITA BODHA DIPIKA

 

Nous donnons ci-dessous des extraits de 'La lampe de la Connaissance non-duelle qui est un texte classique hautement recommandé par Ramana Maharshi et dont la traduction anglaise a été révisée en sa présence. Il s'agit du chapitre VIII consacré à manonasha, la destruction, l'extinction du mental.

 Le maître parle maintenant de l'extinction du mental (manas, mind) comme du seul moyen de réaliser Brahman :

Le maître : Ô fils, toi qui es sage, abandonne le mental qui est un voile limitant et engendrant l'individualité, et qui cause ainsi la grande maladie des naissances et des morts répétées, et réalise Brahman.

Le disciple : Maître, comment le mental peut-il s'éteindre? N'est-il pas très difficile de faire ainsi? Est-ce que le mental n'est pas puissant, indiscipliné et constamment en train de vaciller?

M : Abandonner le mental est très facile, aussi facile qu'écraser une fleur délicate, retirer un cheveu collé à la surface du beurre ou cligner des yeux. N'en doute pas. Pour un chercheur résolu, qui se tient bien en main et qui n'est pas ensorcelé par les sens, mais qui est devenu indifférent aux objets extérieurs grâce à un détachement intense, il ne peut y avoir la moindre difficulté à abandonner le mental.

D : Comment est-ce si facile?

La question de difficulté ne se pose que s'il y a un mental à abandonner. A vrai dire, il n'y en a pas. Quand on dit à un enfant :'Il y a un fantôme', l'enfant ignorant s'illusionne en croyant à l'existence d'un fantôme non-existant, et il est sujet à la peur, la misère et les ennuis, de même la fausse entité du mental se manifeste quand on imagine des choses qui ne sont pas comme étant ceci ou cela dans le Brahman sans tache. Le mental se met alors à fonctionner comme ceci ou cela, et à s'avérer incontrôlable et puissant pour celui qui ne se méfie pas, tandis qu'il est facile à délaisser pour le chercheur qui se tient bien en main, est doué de discernement et connaît sa propre nature. Seul l'idiot qui l'ignore dit que c'est vraiment difficile...Dans le Yoga Vasishta, Vasishta dit 'Ecoute, ô Rama, il n'y a rien qu'on puisse appeler le mental. De même que l'éther existe sans forme, de même le mental existe comme un état de stupeur où l'on ne sent rien (blank insentience). Seul son nom persiste, il n'a pas de forme, il n'est ni à l'extérieur, ni dans le coeur; et pourtant, comme l'éther, le mental remplit tout bien qu'étant lui-même dépourvu de forme.

D : Comment cela se peut-il?

M : A chaque fois que la pensée se manifeste comme ceci ou cela, il y a mental...

D : Comment amener celui-ci à l'extinction?

M : Tout oublier est le moyen ultime. Si ce n'est dans la pensée, le monde ne se manifeste pas. Ne pense pas, et il ne se manifestera pas. Ouand rien ne se manifeste dans le mental, il est lui-même perdu. Ne pense donc à rien, oublie tout. C'est la meilleure façon de tuer le mental.

D : Est-ce que quelqu'un a déjà dit cela auparavant?

M : Vasishta a dit à Rama :'Efface les pensées de tout genre, que ce soit celles des choses dont tu as joui ou non, ou celles de tout le reste. Comme le bois ou la pierre, demeure libre des pensées.

Rama : Est-ce que je dois tout oublier complètement?

Vasishta : Exactement; oublie tout complètement et demeure comme du bois ou de la pierre.

Rama : Il en résultera une inertie stupide comme celle des pierres ou du bois.

Vasishta : Ce n'est pas le cas. Tout ceci n'est qu'illusion. En oubliant l'illusion tu t'en libères. Bien que paraissant inerte, tu seras la Félicité Elle-même. Ton intellect sera complètement clair et acéré. Sans te laisser piéger par la vie du monde, mais en apparaissant actif aux yeux des autres, continue à être la Félicité même de Brahman et sois heureux. Que l'illusion du monde ne soit pas comme la couleur bleue du ciel, qu'elle ne réapparaisse pas dans l'éther pur du Soi- Conscience. Oublier cette illusion est le seul moyen de tuer le mental et de continuer à étre Félicité. Sans en passer par là, la réalisation n'est pas possible même si Brahma, Vishnouet Shiva te donnaient leurs instructions. Si tu n'oublies pas tout, tu ne pourras devenir cette immobilité qui n'est autre que le Soi.

D : N'est-ce pas très difficile d'y arriver?

M : Certes, pour l'ignorant, c'est difficile, mais c'est aisé pour les quelques uns qui sont doués de discernement. Ne pense jamais à quelque chose d'autre que le Brahman unique et d'un seul tenant. Par une longue pratique dans ce sens, tu oublieras facilement ce qui n'est pas le Soi. Il ne peut être difficile de rester calme et silencieux sans penser à quoi que ce soit. Ne laisse pas de pensées s'élever dans le mental; pense constamment à Brahman. De cette façon, toutes les pensées du monde vont s'épanouir et la pensée de Brahman seule demeurera. Quand cette pensée se stabilisera, va jusqu'à l'oublier, et sans même penser 'Je suis Brahman', sois ce Brahman même. Ceci ne peut être difficile à pratiquer.

Maintenant, mon fils, toi qui es sage, suis ce conseil. Cesse de penser à quoi que ce soit, si ce n'est Brahman; par cette pratique, ton mental s'éteindra; tu oublieras tout et tu demeureras en tant que pur Brahman.

Celui qui étudie ce chapitre et suit les instructions qu'il contient deviendra rapidement Brahman lui-même!

(Extrait de 'The Mountain Path', décembre 96)


LAGHU YOGA VASISTHA

 (Traduit de l'édition anglaise de Ramanash ram par Vyasan)

 Suivre la méthode habituelle d'enseignement sert seulement à maintenir la tradition. La conscience pure résulte uniquement de la clarté de compréhension du disciple.

Le Seigneur ne peut Être vu à l'aide des textes sacrés ou du Guru. Le Soi est vu uniquement par le Soi, grâce au pur intellect (buddhi).

Tous les arts acquis par les hommes sont perdus lorsqu'ils ne sont pas pratiqués; mais l'art de la sagesse croît constamment une fois que celle-ci est éveillée.

Tout comme un ornement porté autour du cou est considéré comme perdu si on l'oublie, puis est retrouvé lorsqu'on s'aperçoit de son erreur, de même le Soi est atteint (lorsque l'illusion s'efface) par les paroles du Guru.

Il n'a vraiment pas de chance celui qui, ne connaissant pas son propre Soi, tire plaisir des objets des sens; il est comme quelqu'un qui réalise trop tard que la nourriture qu'il a avalée était empoisonnée.

L'homme perverti qui, même en sachant que les objets du monde sont trompeurs, pense encore à eux, est un âne, et non pas un homme.

Même la moindre pensée plonge l'homme dans le chagrin; lorsqu'il n'a plus de pensée du tout, il goûte la félicité impérissable.

Tout comme nous avons l'illusion de l'écoulement de plusieurs centaines d'années dans un rêve qui ne dure qu'une heure, de même avons-nous l'expérience du jeu de maya durant l'état de veille.

Est un homme heureux celui dont le mental est calme intérieurement, libre de l'attachement et de la haine et qui regarde ce monde comme un simple spectateur.

La vie de celui qui a bien compris comment abandonner toute idée d'acceptation et de rejet, et qui a réalisé cette conscience qui est à l'intérieur, au plus profond du coeur, cette vie-là est illustre.

Au moment de la dissolution du corps, seul l'éther (la conscience) limitée par le coeur (hadayam) cesse d'exister. Les gens se lamentent inutilement que le Soi est éteint.

Lorsque des pots, etc... sont brisés, l'espace qu'ils contenaient devient illimité. De même, lorsque le corps cesse d'exister, le Soi persiste, éternel et indépendant.

 


EN COMPAGNIE DE MA ANANDAMAYI

par Amulya Kumar Datta Gupta

 

Nous entamons maintenant la traduction par épisode de larges extraits du journal d'Amulya Kumar Datta Gupta. Ce dernier avait un poste de responsable dans l'éducation à Dhaka. Il rencontra Ma pour la première fois en 1933, et devint un disciple proche d'elle tout en continuant à vivre dans le monde. Il est connu dans le milieu de Ma pour la précision et l'intelligence avec lesquelles il rendait compte des dialogues avec Ma et de leur contexte. Quand il était proche de Ma, il n'avait pas comme Didi mille choses pratiques à faire pour l'ashram et pouvait se concentrer plus facilement sur ce qu'enseignait Ma. Ses carnets de notes d'abord publiés en bengali n'ont été traduits que relativement récemment en anglais. Le texte ci-dessous concerne sa première rencontre avec Ma à l'ashram de Ramna à Dhaka, accompagné de son ami Jagadish Babu.

Jagadish Babu toucha les pieds de Ma tandis que je la saluais un peu à distance. A la vue de Jagadish Babu, elle se laissa aller à un sourire serein et immaculé et dit :'Babaji, j'espère que ça va!' 'Oui, Ma, pas mal!' Ma s'enquit aussi de la santé de ses filles. Il y eut ensuite un silence après lequel il demanda pour faire parler Ma :' je ne trouve de vrai plaisir en rien.' Ma répondit 'C'est ainsi qu'il doit en être. Vous êtes modelé sur la joie parfaite. Comment une joie tronquée pourrait vous satisfaire? Vous avez en vous un avant-goût de la joie pure. Vous voyez comment c'est. Quand quelqu'un va au marché, vous lui demandez de rapporter certains légumes. C'est parce que vous les avez déjà goûtés, vous avez mémorisé leur goût et vous voulez le retrouver. De même, vous avez tous eu un avant-goût de Sat-chit-ananda et vous cherchez à le retrouver dans les objets du monde, que ce soit dans les richesses, dans la situation sociale ou dans les enfants. De cette façon vous courez de ci de là, mais rien ne vous donne la joie qui est inhérente à Sat-chit- ananda. Ainsi vous n'avez pas de paix, de satisfaction qui demeure.' Jagadish Babu dit 'Que doit-on donc faire?' Ma dit'Continuez à chanter le Nom; que ce soit chez vous la préoccupation de chaque instant, et vous obtiendrez tous vos désirs. La paix, la libération et tout le reste vient du Nom.'

                                                                                          (Vol I p3,p4 )


LISTE DES LIVRES

disponibles en anglais sur Ma

 Pour les commandes de livres à envoyer par avion, faire le calcul suivant : si un livre est 50 Rps, il faut compter environ 75 Rps de frais d'envoi par avion, donc 125 Rps, sachant que 1 Fr=6,5 Rps, cela fait environ 20Frs. Pour simplifier les paiments internationaux, envoyer le chèque à l'ordre de Jacques Vigne à Mme Vigne, 95 rue J.Dulud, 92200 Neuilly. Je paierai de mon côté le libraire de l'ashram quand il enverra les commandes.

Mother as revealed to me Rp 40; Sad Vani 15; Matri Vani I 15, II 20, Ma Anandamayi Lila (Hari Pam Joshi) 40; Biography by Bithika Mukerjee, 2 volumes, chacun 50, le journal de Gurupriya Devi (Didi), 5 volumes, dont le dernier raconte le pèlerinage de Ma au Mont Kailash et la mort de Bhaiji, chacun 40; I am ever with you, deux volumes sur les déplacements de Ma, chacun 40, Words of Ma, 30; As the flower sheds its fragrance (='Présence de Ma' d'Atmananda) 50, The Mother Bliss Incarnate (Ganguli) 50; In Association with Ma (Amulya DK Gupta), 3 volumes, chacun 30 Rps, Matri Lila darehan, 50; Matri Kripa hi Kevalam, 40; Life and Tenching (by A.Lipski) 65, Mother as seen by her devotees (avec des contributions de J.Herbert, A.Desjardlns, Vijayananda et Gopinath Kaviraj) 30, Anandamayi, the Universal Mother (beau livre, avec des peintures) 450, The Divine Mother, Srivastava, 250, In Her Perfect Love, Shraddha (une bhakta américaine) 125, In your heart is my abode (B.Mukerjee), 20.

Signalons également la sortie du beau livre de photos grand format de Richard Lannoy 'Anandamayi, Her words and Wisdom' à Element Boos, Sheftesbury, Dorset SP78BP, Royaume-Uni, 1996, prix £20 parution prochaine de 'Un Français dans l'Himalaya' de Vijayananda aux éditions Terre du Ciel.

 

 

 

JAY MA n°44

PAROLES DE MA

 

La vision par excellence, c'est celle qui, une fois vue, ne laisse plus rien à voir et fait s'éteindre même le désir de voir.

Quand le royaume de la Pure conscience est atteint, la Forme se révèle en tant qu’Essence même.

*

Qu'est-ce que signifie la perception directe du Soi, l'Atma darshan? L'observateur, ce qui est observé et l'acte d'observation, quand ces trois (triputi) font un, on réalise Brahman.

*

Ne vous laissez pas aller à un désespoir cynique. Ne dites pas : 'La Réalisation n'est pas pour moi, pas pour moi'. Prenez la ferme résolution :'Je dois atteindre la Réalisation du Soi, je dois vraiment.' Douter, c'est pécher.

*

L'acceptation parfaite donne la joie la plus profonde. Appuyez-vous sur elle comme sur votre seule ressource.

*

L'effort a faire, c'est de s'abandonner sans réserve à Lui. Vous n'aurez alors ni chagrin, ni douleur, ni déception ni frustration.

*

Un désir d'objet mondain vous rend misérable s'il n'est pas satisfait; s'il l'est, il est presque obligatoirement suivi par d'autres désirs, et leur enchaînement trouble la paix de votre esprit.

*

Le Soi contenu en lui-même et se lançant un appel à lui-même pour sa propre Révélation -c'est cela le bonheur.

***


QUESTIONS A VIJAYANANDA

 

Q : Vous dites parfois qu'une posture stricte est nécessaire quand on fait le yoga de l'éveil de l'énergie (kundalini), mais qu'on peut faire le japa ou observer l'esprit dans n'importe quelle position. Pourtant, ces deux dernières formes de méditation ne demandent-elles pas elles aussi d'avoir une bonne énergie?

V : Tout dépend ce que vous entendez par le mot "énergie". Dans le Yoga de la Kundalini, ce que l'on veut éveiller, c'est une "super-énenergie" qui vous permette d'aller plus rapidement dans l'illumination. Cette énergie est une sublimation (ou plutôt une divinisation) du pouvoir qui chez l'homme ordinaire est gaspillé dans les relations sexuelles. Pour suivre ce Yoga, il faut donc observer une chasteté totale et une vie de reclus. Quand la Kundalini s'éveille et monte dans le canal central, une mauvaise position du dos risque de bloquer cette montée. De toutes façons quand cette montée se fait,la colonne vertébrale devient droite spontanément.

Quant aux méthodes basées sur le japa et l'observation de l'esprit, ce sont des méthodes préliminaires pour purifier le mental, et le préparer à la possibilité d'un éveil du pouvoir Divin. Elles peuvent être pratiquées dans les conditions de la vie de tous les jours. Elles sont encore du domaine de la pensée parlée. Quand la force vitale rentre dans le canal central (c'est à dire quand la Kundalini monte le long de la sushumna nadi), le mental devient silencieux et il n'est plus question ni de vichara ni d'observation du mental.

 

Q : (un visiteur italien) Où se trouve la félicité?

V : La Félicité, l'Ananda est partout, elle est la base, le motif essentiel de toutes nos activités, en fait de toute vie. La Taittiriya Upanishad dit :'Qui donc agirait, qui donc respirerait si cette Félicité n'était pas dans l'espace?...' Cette base de toute existence, le 'champ unifié' des physiciens est fait d'une masse indivisée de Conscience-Bonheur (chidananda). Nous la percevons à travers l'épais voile de notre agitation mentale. Les nuages nous cachent le soleil; mais même leur couleur noire n'est visible que parce que le soleil est derrière eux.

 

Q : Parfois, vous dites qu'il faut regarder ses peurs, voire même ses désirs en face, et à d'autres moments qu'il est meilleur de regarder le mental du coin de l'oeil. N'est-ce pas contradictoire?

V : Oui, c'est vrai que la bonne méthode pour observer le mental est de le regarder 'du coin de l'oeil' en concentrant l'attention sur un support (un mantra ou une image, etc..) parce que si on regarde le mental de face, il risque de créer des formations artificielles; c'est en effet sa nature de proliférer quand on tente de l'analyser. Quand je disais qu'il faut faire face à une peur, car si on ,essaye. de la fuir elle ne fera que s'intensifier, c'est que dans ce cas il s'agit de regarder en face l'objet qui a produit cette peur et non la pensée peur. Il ne faut pas se concentrer sur le sentiment-peur, car cela risque de l'intensifier, mais sur la cause qui a produit cette peur. En lui faisant face, on peut vaincre la peur plus facilement.

 

Jiten Babu : Si on cherche a se raccrocher au bonheur de la vie de famille quand on mène celle-ci, on ne doit pas avoir besoin d'autre chose?

Ma : Si vous cherchez à vous raccrocher à quelque chose. vous êtes partis pour le perdre. Le bonheur (ananda) dont je parle déjoue toute appropriation. Il vient de lui-même et demeure à tout jamais. Dans ce cas. le bonheur n'est pas quelque chose de travaillé laborieusement; c'est un don de la nature. Le bonheur qui provient des objets matériels est le produit d'un effort, est transitoire, tandis que le bonheur qui vient de Satchidananda est éternel; mais on doit mettre de côté ce bonheur aussi, et s'élever au-dessus; ceci cependant fait référence à un stage ultérieur. Pour le moment, tout ce que je peux dire, c'est que nous avons à l'intérieur une joie plus durable que celle que nous pouvons expérimenter dans la vie de famille. Nous devons essayer de nous y installer.


 QUELQUES SOUVENIRS DE MA

Par Claude Portal

 

C'était en 1971, je préparai un projet pour aller en voiture en Inde avec mon épouse, mais elle était réticente et l'idée a dû être abandonnée avec la naissance de notre premier garçon en mars 1972!

Ma me donna son premier darshan grâce au livre 'L'hindouisme vivant' de Jean Herbert (1975). La troisième section de ce livre présentait quelques maîtres spirituels de ce siècle en deux ou trois pages avec une photo pour chaque. Le nom de Ma Anandamayi y était avec ceux de Ramakrishna, Tagore, Aurobindo, Papa Ramdas et Vivekananda.

Pour ouvrir cette partie, il y avait une belle image de Ma souriante, dans une position inhabituellement relaxée, assise sur le sol avec les genoux sous le menton. Je commençais à lire cette partie en cherchant si l'un de ces Grands était encore de ce monde, j'avais un fort désir de voir un saint vivant. Le seul dont la date 'd'abandon du corps' n'était pas mentionnée était Ma! Les commentaires et les paroles de Ma qui étaient cités étaient très attirants . Un grand intérêt s'éveilla en moi et je me dis 'je dois la voir absolument!'. Je trouvai alors un second livre de Jean Herbert 'L'enseignement de Ma Anandamayi'. J'acceptai comme Vérité la compagnie de ces trois cents pages d'enseignement de Ma, c'était une préparation. Je fis aussi en 76-77 une année de sanskrit à l'Université. Mais comment trouver Ma en Inde lorsque vous vivez en France et connaissez si peu sur l'Inde?

Notre première visite en Inde eut lieu en 1977. C'était un itinéraire touristique habituel en compagnie de mon épouse. Nous avons visité Delhi, Agra, Jaipur, Udaipur et Bénarès. En préparant le voyage, j'ai vu dans le guide qu'on mentionnait un ghat appelé 'Anandamayi ghat' à Bénarès, ce qui était exceptionnel dans la mesure où Ma était encore vivante. C'était le signe que j'attendais et donc, une fois à Bénarès, je cherchais dans le bottin de téléphone et j'appelais Ma! On me dit qu'elle n'était pas là. Nous avons visité l'ashram le 3 novembre. Je m'inclinais dans le hall principal en face de la photo de Ma, c'était mon premier pranam. J'achetai quelques livres, et on me dit d'écrire à un Swami français à Kankhal.

De retour en Erance, je me mis à lire et apprendre chaque jour du second volume de 'Matri Vani'. J'ai écrit à Swami Vijayananda, pris deux semaines de vacances et suis revenu en Inde pour voir Ma en mai 1978. J'arrivai à Kankhal le 2 mai et fut accueilli par Swami Vijayananda. Le matin suivant, j'avais mon premier darshan de Ma sous forme physique. Elle arriva comme prévu à dix heures du matin et entra dans l'ancien ashram entouré par la foule qui l'avait attendue.

Je restais en retrait et regardais respectueusement Ma. On lui proposa de s'asseoir sur une chaise au milieu d'une petite cour avec un grand nombre de gens tout autour. Je m'adossai au mur de gauche, joignis mes mains et fermai les yeux. Après quelques temps, je les ouvris, Ma était en face de moi, me regardant, toujours assise à la même place, la cour était vide, personne d'autre n'était là ! Je fermais les yeux à nouveau et restais immobile. Je sentais que j'étais sous le regard du Seigneur, pleinement conscient de Sa Présence, avec une résonance intérieure profonde et au-delà de mon contrôle, en dehors du temps et de l'espace. Des larmes me vinrent. J'avais vu 'le Père qui est aux cieux'.

Le même jour à six heures je pus me retrouver dans une réunion à Surat Giri ashram, et j'eus mon second darshan de Ma qui m'adressa un sourire de bienvenue que je reçus comme un éclair. Je ressentis ces deux darshan comme un privilège extrême et en même temps l'impression de quelque chose de déjà connu. Le lendemain Swami Vijayananda me dit que je n'étais pas autorisé à aller à la rencontre de six heures mais qu'il n'avait pas réussi à me le dire à temps!

Les jours qui ont suivi, je participais aux darshans et Ma m'offrait quotidiennement une communion intense et directe avec Elle à travers ses yeux ou son sourire. Le 10, j 'allais à pied derrière la voiture de Ma durant la procession qui accompagnait dans Hardwar la statue de Shankaracharya destinée à étre installée dans le hall de l'ashram. Depuis 1978, je suis venu à la plupart des Samyam Saptah, la première fois à Nadiad avec mon épouse, ensuite à Kurukshetra, puis de nouveau avec mon épouse à Rishikesh en 1980.

Pendant les vacances de Pâques 1980, j'emmenai toute ma famillle, ma femme et les deux garçons qui avaient 7 et 9 ans à Kankhal pour le darshan de Ma que nous avons eu le 11 avril. Nous avons passé plus d'une semaine au Tourist Bungalow d'Hardwar et sommes venus chaque jour pour le darshan à Kankhal. Les garçons s'attendaient aussi à une visite du Corbett National Park que j'avais évoquée pour avoir le 'darshan' du tigre blanc du Bengale, mais je ne pouvais me résoudre à faire perdre à ma famille tant qu'elle était en Inde un quelconque darshan de Ma, 'le tigre ne relâche jamais sa proie'!

A cette époque, je demandai à Swami Bhaskarananda si je devais faire une requête en vue d'une initiation. Il me dit 'nous verrons, Ma n'est pas très bien'. Mon épouse et moi-même sommes venus à la Samyam Saptah de Kankhal en 1981. Le 3 novembre, trois français reçurent l'initiation, c'était mon quarantième anniversaire, la pensée de demander l'initiation me passa à l'esprit, mais fut remplacée par une autre : la fête du Guru, gurupurnima, est la meilleure date pour ce type de cérémonie. Le 11 janvier 1982, Ma me dit en rêve :'Je vais te donner l'initiation.' Je décidai donc d'aller en Inde pour la gurupurnima 1982 afin de recevoir la diksha. Je pris quatre semaines de vacances et arrivai à Dehra-

Dun le 31 juin. Le 6 juillet, jour de gurupurnima, Ma me donna un guru mantra par l'intermédiaire de Bhaskarananda. Le mardi 8 juillet, Ma me conféra la diksha et sa bénédiction.

Je dois dire qu'avant la diksha en 1982, pendant la méditation silencieuse avec Ma, j'avais reçu un mantra que j'avais pratiqué jusqu'à la Samyam suivante. Ma femme vécut un processus similaire, avec une initiation de Ma en 83 un matin juste avant son réveil.

Parler des faits, des dates et des évènements extérieurs n'est pas difficile. Mais se souvenir et révéler ce qui est arrivé en même temps que les faits matériels ou en leur absence est bien plus délicat, étant limité par la mémoire, la compréhension, la conscience et la capacité à l'exprimer par des mots. Je n'ai jamais demandé un entretien privé ni n'ai utilisé ma voix pour parler avec Ma.

Je me suis trouvé incapable de formuler une question, toutes se dissipaient ou je les percevais comme sans intérêt; après un certain temps, j'eus l'attitude intérieure suivante :'Pourquoi poser des questions au Seigneur, à l'absolu?' Une fois, à Kurukshetra, lors de mon dernier soir là-bas, je vis une longue queue à la porte de Ma, je me suis mis à attendre aussi et quand ce fut mon tour après longtemps, la dame qui gardait la porte me dit :'C'est tout pour aujourd'hui '.

Quand on était en face de Ma, c'était si facile d'ouvrir les yeux et de voir le Non-manifesté dans le manifesté, le Seigneur dans 'ce corps' en face de vous, quel miracle! C'était quand même extraordinaire également d'écouter Sa voix, Ses paroles. Le manque de compréhension du hindi et du bengali, la distance et les règles de séparation imposées par l'entourage de Ma ont été des facteurs qui m'ont aidé à ne pas m'attacher à Son corps, de plus cela me donna une occasion unique de faire le maximum pour aller au-delà de ce qui était dit ou entendu, pour tenter de saisir l'essence et en même temps de m'abandonner au Seigneur. 'Que Ta volonté soit faite'. Et cette expérience s'est répétée chaque année, quand j'observais le silence (maun) pendant la semaine que durait la Samyam Saptah.

Servir le Seigneur, recevoir des conseils et des instructions de sa part, être embrassé par Lui, lui porter de la nourriture à la bouche, recevoir dans ma propre bouche de la nourriture de Ses mains, conduire Sa voiture, coucher dans Sa chambre, faire le pranam complet à Ses pieds, Lui parler, être appelé au téléphone par Lui..tout cela ne s'est pas produit physiquement entre le corps de Ma et moi-même. Mais tout ceci - et bien plus - m'a été donné par Sa grâce, par Elle-même sous la forme de Swami Chidananda, de Mère Krishnabai, de Mata Amritanandamayi. Tout est la grâce et la bénédiction de Ma! Jay Ma!

(Amrita Varta, avril 1996)


LA MORT DE KAWNA

 

Bithika Mukerjee est la biographe de Ma. Dans un livre en préparation,'My days with Sri Ma Anandamayee', elle parle de son lien et de celui de ses parents et de sa famille avec Ma. Dans le passage ci-dessous, publié dans Amrita Varta en 1996, elle décrit en détail la mort de sa cousine Kawna, décédée de tuberculose intestinale à l'ashram de Ma à Dehra-Dun en 1942, alors qu'elle était encore étudiante. Il est intéressant de voir en détail comment Ma s'est occupée d'elle et a mis en évidence la dimension spirituelle d'un événement qui pour d'autres n'aurait semblé que cruel ou absurde.

Renudi se souvient que quand elle arriva à l'ashram de Raipur (Dehra-Dun) avec Kawna, elle vit immédiatement Sri Ma qui était debout au bord de la terrasse, les regardant descendre de leur voiture à cheval (tonga). Kawna, sans un regard vers l'arrière, s'avança et monta les escaliers (très raides) qui montaient avec deux paliers jusqu'à la terrasse. Elle ne paraissait pas malade du tout. Ma reçut Kawna, Renudi et ma mère avec bonté et on leur donna deux chambres dans la cour, du côté opposé à la terrasse.

Sri Ma elle-même veilla à tous les détails du confort de Kawna ! Comment arranger le lit et la chambre, quelle nourriture on devait lui donner, etc...Un fidèle de Sri Ma qui était un docteur, Bharat Bhai de Jullundhar l'examina et prescrivit des médicaments. Sous peu, c'était tout l'ashram qui se mit à s'impliquer pour le bien-être de Kawna. Comme la fièvre persistait, Sri Ma lui demanda de garder le lit. Elle visitait la chambre chaque jour et s'asseyait sur une cantine en métal sur laquelle Renudi avait disposé une couverture pliée. Chaque soir, lorsque Ma se promenait sur la terrasse, elle marchait seulement dans un coin de celleci. Après quelques jours, les gens réalisèrent qu'elle marchait à l'endroit qui était visible à Kawna quand elle reposait sur son lit, et donc le peu de visiteurs qui venaient prenaient soin de ne pas s'interposer.

Tout le monde s'attacha à cette jeune fille (elle n'avait pas vingt ans) qui supportait sa maladie si bravement et en se plaignant si peu. Sevaji vint tous les jours pour voir Kawna, ses grands yeux brillants en fleur de lotus et son sourire charmant qui resta tel jusqu'au dernier jour.

Les temps étaient durs. Le mouvement 'Quit India' ('quittez l'Inde', pour faire partir les anglais) lancé par Gandhiji avait affecté la plus grande partie du pays. Le gouvernement britannique le réprimait impitoyablement. Pour quelques temps, l'euphorie d'une poussée de sentiment en faveur de l'indépendance était masquée par le règne de la terreur. Les postes ne fonctionnaient plus, les trains étaient très rares et servaient principalement pour le mouvement des troupes. Mais les fidèles de Dehra-Dun venaient régulièrement à pied jusqu'à Raipur. Ils se proposèrent pour faire les quelques courses nécessaires. Kawna semblait s'affaiblir chaque jour un peu plus. Ma mère et ma soeur étaient constamment auprès d'elle, particulièrement ma mère qui demeurait presque continûment à son chevet. Renudi se lia d'amitié avec deux autres jeunes filles qui habitaient à l'ashram, Maranidi et Savitri Manima. En dehors de Didima, Didi et Ruma Devi, c'étaient surtout des brehmacharis et des sadhous qui vivaient là.

Rien ne semblait pouvoir améliorer l'état de Kawna. On alla chercher un docteur éminent de Dehra-Dun pour l'examiner. Le Dr Mitra diagnostiqua une tuberculose intestinale. On se souvient qu'à cette époque, il n'y avait pas de médicaments pour cette atteinte terminale, si ce n'est de l'air frais et une bonne nourriture. On ne dit pas à ma mère et à ma soeur que d'après le Dr Mitra, Kawna n'en avait plus que pour trois mois. Sri Ma elle-même supervisait tous les repas. Une nuit elle sortit avec une lampe-torche dans les zones de forêt dense alentour. Didi et Renudi allèrent avec elle. Sri Ma montra certaines plantes médicinales à Didi, qui les cueillit et les prépara sous sa direction. Elles revinrent chez Tanna, et Didi porta à la bouche de Kawna une cuillerée de la substance. Celle-ci l'avala non sans difficulté. Sri Ma resta longtemps pour voir les réactions (peut-être?). Aussitôt qu'elle s'en alla, Kawna rendit le tout. Elle se retenait non sans mal par politesse. Renudi alla dire à Ma que le médicament n'avait pas été toléré. Sri Ma remarqua d'une voix douce :'Vous voyez, le corps rejette tout effort d'inverser le processus. Désormais, il ne durera pas longtemps.'

Le jour suivant, Sri Ma apporta une sorte de robe qui lui appartenait et des sous-vêtements, et dit à ma mère :'Vous trouverez que ces vêtements sont plus commodes tant qu'elle garde le lit'. Elle aida elle-même ma mère à changer Kawna. Sri Ma invita alors tous les sadhous à venir dans la chambre et à la bénir en lui touchant la tête. Après que tous l'aient fait, Didi demanda à Sri Ma si elle même ne voulait pas aussi bénir Kawna. 'Vraiment?' dit-elle, et elle passa ses mains trois fois sur elle, de la tête vers les pieds. Elle lui demanda ensuite :'Tu aimes bien les kirtans : voudrais-tu qu'on en chante prés de ta chambre?'

'Oui' dit-elle avec un grand sourire.

'Quel nom?' Kawna hésita, car elle pensait que tout le monde s'attendait à ce qu'elle demande de réciter le nom de Ma. Sri Ma dit de nouveau :'Dis le Nom de ton choix!' 'Krishna'. Ainsi donc, Abhayda et ses companions chantèrent du kirtan tous les soirs en face de la chambre de la patiente. Abhayda n'était pas du genre à se laisser imposer un emploi du temps régulier, mais d'une façon ou d'une autre tous les résidents de l'ashram et les quelques visiteurs de passage faisaient tout leurs possible pour rendre service à cette jeune fille dévouée, qui restait là, si patiente, avec les yeux fixés sur la porte en attendant l'arrivée de Ma. Elle ne demanda jamais la présence de Sri Ma, ni ne chercha à prolonger ses visites. A chaque fois que Sri Ma disait 'Est-ce le moment de m'en aller?' elle faisait un signe de tête et souriait.

Après que Sri Ma ait changé les vêtements de Kawna, elle sembla avoir une légère amélioration. C'était l'impression de ma soeur que Sri Ma lui avait aussi donné un mantra, car elle était restée quelques minutes seule avec elle alors que ma mère attendait dehors. La sensation persistante de nausée et de mal d'estomac la quitta. Elle recouvrit quelque peu l'appétit Sri Ma lui demanda si elle désirait quelque chose de particulier à manger. Kawna, avec son sourire franc, dit 'Oui, du pain!' Il se trouvait que le pain des boulangeries n'était pas consommé dans les ashrams, on pensait que ce n'était pas une nourriture convenable pour les résidents. Cependant, Sri Ma ne fit pas d'objection et Bharat Bhai s'en alla à pied jusqu'à Dehra-Dun pour aller en chercher. Pendant trois ou quatre jours Kawna mangea toutes sortes de nourritures qu'on croyait ne pas lui convenir et les digéra bien. Ma soeur lui fit des frites. Elle nous dit que Kawna avait nombre de souvenirs qui lui revenaient.

Elle parlait beaucoup de sa vie à l'université et de ses amies d'Allahabad.

Cependant, un jour (le 14 septembre 1942), la nausée revint, elle ne pouvait plus rien digérer; on remarqua dans ses vomissements quelques gouttes de sang. Ma soeur rendait compte des moindres changements de l'état de la patiente à Sri Ma. Quand celle-ci entendit ces nouvelles, elle dit 'Le temps est venu. J'espère qu'ils ont fait tous les préparatifs.' Elle avait elle-même mis de côté une grande guirlande qu'on lui avait apportée un peu plus tôt. Sri Ma vint dans la chambre de Kawna avec Swami Akhandanandaji (le père de Didi). Elle lui parla à sa manière habituelle, de façon intéressante et en la faisant beaucoup rire. Puis elle lui dit :'C'est un honneur d'être initiée au mantra du sannyas dans l'enceinte sacrée de l'Uttarakhand (la 'partie nord', la région qui va de la plaine aux sources du Gange). Quelle chance tu as que de tels sadhous soient là pour s'occuper de toi! Il y a seulement Brahman, le Un sans second (ekamevadvitiya Brahman)'

Le regard de Kawna était fixé comme d'habitude sur le visage de Ma. Elle manifesta son accord d'un signe de tête. Sri Ma demanda à tous de quitter la pièce. Elle resta elle-même avec Swamiji, qui recita le mantra du renoncement total de tout son coeur à la patiente qui n'avait plus que quelques minutes à vivre; mais cela, personne ne le savait.

Sri Ma rappela tout le monde dans la chambre et on reprit une conversation normale. Didi fit 'charanamrita (l'onction des pieds du guru) et mit paisiblement quelques gouttes du liquide dans la bouche de Kawna (selon une tradition répandue en Inde). Abhayda, Shobanda, Kanu et d'autres brahmacharis étaient assis à l'extérieur de la chambre et chantaient le mahamantra, la pièce était pleine de sadhus en robe orange. Après quelques temps, Kwana dît à Swamiji de façon un peu précipitée: 'Je ne pense pas que j'ai oublié le mantra; pouvez-vous me le redire?' Tout le monder se disposa à quitter la pièce, mais avant qu'ils n'aient bougé, elle dit :'Non, non, c'est bon, je m'en souviens!' Elle paraissait se relaxer et être sereine comme à son habitude. A l'extérieur, la nuit tombait. Sri Ma se leva, s'approcha d'elle et lui dit 'est-ce que c'est le moment que je m'en aille?' Kawna approuva d'un signe de tête. Sri Ma passa trois fois ses mains de la tête aux pieds de Kawna dans un geste de bénédiction et de caresse qui la caractérisait d'une façon inimitable. Elle s'en alla lentement vers la porte en regardant par derrière la jeune fille dont les yeux grand ouverts et plus brillant que jamais étaient fixés sur son visage. Sri Ma sortit de la pièce suivie par seulement Renudi. Tous les autres, y compris Didi, restèrent au chevet de Kawna. Aussitôt que Sri Ma sortit de la pièce, le regard brillant s'arrêta. Didi, Swamiji et les autres dirent par la suite qu'il semblait que Sri Ma avait pris Kawna avec elle. Ma soeur vint avec Sri Ma dans sa chambre; celle-ci s'assit tranquillement sur son lit et lui dit

:'Ne pleure pas; les lamentations à propos de ceux qui partent mettent ceux-ci dans un état de détresse.' Renudi comprit par ces mots que Kawna n'était plus. Il n'y avait pas eu d'indications que Kawna s'enfonçait ou n'était plus comme d'habitude. Sri Ma dit à nouveau :'Les sons du mahamantra, tant de sadhous en robe orange assis à ses côtés, on dirait qu'elle a provoqué la survenue d'une grande cérémonie (mahotsava) pour l'heure de son départ'.

Après quelques temps, ma mère s'aperçut aussi que Kawna s'en était allée au-delà de ses attentions et de sa tendresse. Elle vint dans la chambre de Ma et s'assit tranquillement à ses pieds avec Babu sur les genoux. Renudi était debout tout près. Tous les autres étaient occupés dans la chambre de Kawnadi. Swami ParamanandaJi organisa la procession funéraire composée des brahmacharis et de quelques sadhus. Dans notre tradition, la crémation se doit d'étre accomplie au plus tôt. A cette époque, il n'était pas question d'informer mon père ou d'attendre sa venue à temps. De toutes façons Sri Ma considéra comme acquis son accord complet pour la manière dont elle résolvait ses affaires, que ce soit à cette époque là où plus tard.

Le ciel se couvrit et il se mit à pleuvoir. Le petit groupe de femmes auprès de Ma suivit des yeux les brahmacharis qui ramassèrent le brancard en bois sur lequel on avait déposé le corps de Kawna. Didi l'avait orné de guirlandes et de tissus neufs procurés par Ma elle-même. Elle paraissait endormie et paisible.

Tous les sadhous, mis à part Swami Akhandanandaji et Mukti Maharaj accompagnèrent le cortège. Les échos du mahamantra s'élevaient Sans l'atmosphère. Comme les hommes se frayaient un chemin à travers la vallée, on pouvait facilement les distinguer grâce à l'oscillation de leurs lanternes. L'ashram de Raipour donnait sur de grands éboulis entrecoupés par le ruban les torrents. Sri Ma dit :'Il pleut, pourront-ils allumer un feu dans ces conditions? Voyons quelle sera la volonté de Dieu.' Sri Ma continua à regarder les lumières qui scintillaient dans la vallée. Elle restait pour un temps sur son lit en bois, puis sortait du hall et retournait près des fenêtres grandes ouvertes qui donnaient du côté de la vallée. Tous virent un feu éclatant s'élever. Malgré la pluie, les charmants coteaux furent illuminés par les reflets du feu qui brillait. 'Mukti Maharaj avait été saisi d'émotion sans s'y attendre et ses yeux se brouillèrent de larmes. Il dit sur un ton bouleversé qui lui était inhabituel :'Quelle façon glorieuse de partir de ce monde! Ma, seulement une! Pourquoi seulement une! Pourquoi n'aidez-vous pas des dizaines d'entre nous à passer de l'autre côté de cette façon?'

Les hommes retournèrent à l'aube. Sri Ma n'avait eu que peu de repos pendant la nuit. Elle avait parlé de temps en temps de la nature brillante et ouverte de Kawna, de son acceptation totale, de sa sérénité dépourvue de toute revendication et ce ses bons samskaras (impressions profondes, inconscientes venant du passé) qui avait rendu possible la confluence de tant d'éléments de bonne augure : la sainteté de l' Uttarakhand (cette partie des Himalayas), rien que des brahmacharis pour porter sa civière et des sadhous pour accomplir les derniers rites. L'assistance ajouta le plus important des facteurs, la présence de Sri Ma. Didi déclara qu'elle n'avait jamais vu Sri Ma autant impliquée lors de la mort de quelqu'un, pas même lors de celle de Bhaiji. A son retour, Paramanandaji dit qu'ils avaient eu peur que le bois mouillé ne prenne pas, mais ils furent tous stupéfaits de voir des flammes brillantes s'élever, qui paraissaient avoir une énergie et une vie qui leur était propre. Sri Ma dit :'La chasteté (brahmacharya) stricte de plusieurs vies a créé cette énergie (brahmateja, littéralement la chaleur, l'éclat de Brahman); point n'a été besoin d'une grande énergie pour consumer le corps qui était sattvique et donc léger, brillant et prêt à se mêler aux éléments.

Le lendemain, l'ashram semblait étrangement vide. Les visiteurs étaient frappés par la nouvelle du décès de Kawna. Sevaji se mit à pleurer, en disant que ce sourire qu'elle avait attendu et désiré jour après jour lui manquerait. Sri Ma continua à parler à tout un chacun de Kawna pendant les quelques jours qui suivirent...

(Extrait d'Amrita Varta, octobre 1996)


ADVAITA BODHA DIPIKA

 

Nous donnons ci-dessous des extraits de 'La lampe de la Connaissance non-duelle qui est un texte classique hautement recommandé par Ramana Maharshi et dont la traduction anglaise a été révisée en sa présence. Il s'agit du chapitre VIII consacré à manonasha, la destruction. l'extinction du mental.

 Le maître parle maintenant de l'extinction du mental (manas, mind) comme du seul moyen de réaliser Brahman :

Le maître : Ô fils, toi qui es sage, abandonne le mental qui est un voile limitant et engendrant l'individualité, et qui cause ainsi la grande maladie des naissances et des morts répétées, et réalise Brahman.

Le disciple : Maître, comment le mental peut-il s'éteindre? N'est-il pas très difficile de faire ainsi? Est-ce que le mental n'est pas puissant, indiscipliné et constamment en train de vaciller?

M : Abandonner le mental est très facile, aussi facile qu'écraser une fleur délicate, retirer un cheveu collé à la surface du beurre ou cligner des yeux. N'en doute pas. Pour un chercheur résolu, qui se tient bien en main et qui n'est pas ensorcelé par les sens, mais qui est devenu indifférent aux objets extérieurs grâce à un détachement intense, il ne peut y avoir la moindre difficulté à abandonner le mental.

D : Comment est-ce si facile?

La question de difficulté ne se pose que s'il y a un mental à abandonner. A vrai dire, il n'y en a pas. Quand on dit à un enfant :'Il y a un fantôme', l'enfant ignorant s'illusionne en croyant à l'existence d'un fantôme non-existant, et il est sujet à la peur, la misère et les ennuis, de même la fausse entité du mental se manifeste quand on imagine des choses qui ne sont pas comme étant ceci ou cela dans le Brahman sans tache. Le mental se met alors à fonctionner comme ceci ou cela, et à s'avérer incontrôlable et puissant pour celui qui ne se méfie pas, tandis qu'il est facile à délaisser pour le chercheur qui se tient bien en main, est doué de discernement et connaît sa propre nature. Seul l'idiot qui l'ignore dit que c'est vraiment difficile...Dans le Yoga Vasishta, Vasishta dit 'Ecoute, ô Rama, il n'y a rien qu'on puisse appeler le mental. De même que l'éther existe sans forme, de même le mental existe comme un état de stupeur où l'on ne sent rien (blank insentience). Seul son nom persiste, il n'a pas de forme, il n'est ni à l'extérieur, ni dans le coeur; et pourtant, comme l'éther, le mental remplit tout bien qu'étant lui-même dépourvu de forme.

D : Comment cela se peut-il?

M : A chaque fois que la pensée se manifeste comme ceci ou cela, il y a mental...

D : Comment amener celui-ci à l'extinction?

M : Tout oublier est le moyen ultime. Si ce n'est dans la pensée, le monde ne se manifeste pas. Ne pense pas, et il ne se manifestera pas. Ouand rien ne se manifeste dans le mental, il est lui-même perdu. Ne pense donc à rien, oublie tout. C'est la meilleure façon de tuer le mental.

D : Est-ce que quelqu'un a déjà dit cela auparavant?

M : Vasishta a dit à Rama :'Efface les pensées de tout genre, que ce soit celles des choses dont tu as joui ou non, ou celles de tout le reste. Comme le bois ou la pierre, demeure libre des pensées.

Rama : Est-ce que je dois tout oublier complètement?

Vasishta : Exactement; oublie tout complètement et demeure comme du bois ou de la pierre.

Rama : Il en résultera une inertie stupide comme celle des pierres ou du bois.

Vasishta : Ce n'est pas le cas. Tout ceci n'est qu'illusion. En oubliant l'illusion tu t'en libères. Bien que paraissant inerte, tu seras la Félicité Elle-même. Ton intellect sera complètement clair et acéré. Sans te laisser piéger par la vie du monde, mais en apparaissant actif aux yeux des autres, continue à être la Félicité même de Brahman et sois heureux. Que l'illusion du monde ne soit pas comme la couleur bleue du ciel, qu'elle ne réapparaisse pas dans l'éther pur du Soi- Conscience. Oublier cette illusion est le seul moyen de tuer le mental et de continuer à étre Félicité. Sans en passer par là, la réalisation n'est pas possible même si Brahma, Vishnouet Shiva te donnaient leurs instructions. Si tu n'oublies pas tout, tu ne pourras devenir cette immobilité qui n'est autre que le Soi.

D : N'est-ce pas très difficile d'y arriver?

M : Certes, pour l'ignorant, c'est difficile, mais c'est aisé pour les quelques uns qui sont doués de discernement. Ne pense jamais à quelque chose d'autre que le Brahman unique et d'un seul tenant. Par une longue pratique dans ce sens, tu oublieras facilement ce qui n'est pas le Soi. Il ne peut être difficile de rester calme et silencieux sans penser à quoi que ce soit. Ne laisse pas de pensées s'élever dans le mental; pense constamment à Brahman. De cette façon, toutes les pensées du monde vont s'épanouir et la pensée de Brahman seule demeurera. Quand cette pensée se stabilisera, va jusqu'à l'oublier, et sans même penser 'Je suis Brahman', sois ce Brahman même. Ceci ne peut être difficile à pratiquer.

Maintenant, mon fils, toi qui es sage, suis ce conseil. Cesse de penser à quoi que ce soit, si ce n'est Brahman; par cette pratique, ton mental s'éteindra; tu oublieras tout et tu demeureras en tant que pur Brahman.

Celui qui étudie ce chapitre et suit les instructions qu'il contient deviendra rapidement Brahman lui-même!

(Extrait de 'The Mountain Path', décembre 96)


LAGHU YOGA VASISTHA

 (traduit de l'édition anglaise de Ramanash ram par Vyasan)

 Suivre la méthode habituelle d'enseignement sert seulement à maintenir la tradition. La conscience pure résulte uniquement de la clarté de compréhension du disciple.

Le Seigneur ne peut Être vu à l'aide des textes sacrés ou du Guru. Le Soi est vu uniquement par le Soi, grâce au pur intellect (buddhi).

Tous les arts acquis par les hommes sont perdus lorsqu'ils ne sont pas pratiqués; mais l'art de la sagesse croît constamment une fois que celle-ci est éveillée.

Tout comme un ornement porté autour du cou est considéré comme perdu si on l'oublie, puis est retrouvé lorsqu'on s'aperçoit de son erreur, de même le Soi est atteint (lorsque l'illusion s'efface) par les paroles du Guru.

Il n'a vraiment pas de chance celui qui, ne connaissant pas son propre Soi, tire plaisir des objets des sens; il est comme quelqu'un qui réalise trop tard que la nourriture qu'il a avalée était empoisonnée.

L'homme perverti qui, même en sachant que les objets du monde sont trompeurs, pense encore à eux, est un âne, et non pas un homme.

Même la moindre pensée plonge l'homme dans le chagrin; lorsqu'il n'a plus de pensée du tout, il goûte la félicité impérissable.

Tout comme nous avons l'illusion de l'écoulement de plusieurs centaines d'années dans un rêve qui ne dure qu'une heure, de même avons-nous l'expérience du jeu de maya durant l'état de veille.

Est un homme heureux celui dont le mental est calme intérieurement, libre de l'attachement et de la haine et qui regarde ce monde comme un simple spectateur.

La vie de celui qui a bien compris comment abandonner toute idée d'acceptation et de rejet, et qui a réalisé cette conscience qui est à l'intérieur, au plus profond du coeur, cette vie-là est illustre.

Au moment de la dissolution du corps, seul l'éther (la conscience) limitée par le coeur (hadayam) cesse d'exister. Les gens se lamentent inutilement que le Soi est éteint.

Lorsque des pots, etc... sont brisés, l'espace qu'ils contenaient devient illimité. De même, lorsque le corps cesse d'exister, le Soi persiste, éternel et indépendant.

 


EN COMPAGNIE DE MA ANANDAMAYI

par Amulya Kumar Datta Gupta

 

Nous entamons maintenant la traduction par épisode de larges extraits du journal d'Amulya Kumar Datta Gupta. Ce dernier avait un poste de responsable dans l'éducation à Dhaka. Il rencontra Ma pour la première fois en 1933, et devint un disciple proche d'elle tout en continuant à vivre dans le monde. Il est connu dans le milieu de Ma pour la précision et l'intelligence avec lesquelles il rendait compte des dialogues avec Ma et de leur contexte. Quand il était proche de Ma, il n'avait pas comme Didi mille choses pratiques à faire pour l'ashram et pouvait se concentrer plus facilement sur ce qu'enseignait Ma. Ses carnets de notes d'abord publiés en bengali n'ont été traduits que relativement récemment en anglais. Le texte ci-dessous concerne sa première rencontre avec Ma à l'ashram de Ramna à Dhaka, accompagné de son ami Jagadish Babu.

Jagadish Babu toucha les pieds de Ma tandis que je la saluais un peu à distance . A la vue de Jagadish Babu, elle se laissa aller à un sourire serein et immaculé et dit :'Babaji, j'espère que ça va!' 'Oui, Ma, pas mal!' Ma s'enquit aussi de la santé de ses filles. Il y eut ensuite un silence après lequel il demanda pour faire parler Ma :' je ne trouve de vrai plaisir en rien.' Ma répondit 'C'est ainsi qu'il doit en être. Vous êtes modelé sur la joie parfaite. Comment une joie tronquée pourrait vous satisfaire? Vous avez en vous un avant-goût de la joie pure. Vous voyez comment c'est. Quand quelqu'un va au marché, vous lui demandez de rapporter certains légumes. C'est parce que vous les avez déjà goûtés, vous avez mémorisé leur goût et vous voulez le retrouver. De même, vous avez tous eu un avant-goût de Sat-chit-ananda et vous cherchez à le retrouver dans les objets du monde, que ce soit dans les richesses, dans la situation sociale ou dans les enfants. De cette façon vous courez de ci de là, mais rien ne vous donne la joie qui est inhérente à Sat-chit- ananda. Ainsi vous n'avez pas de paix, de satisfaction qui demeure.' Jagadish Babu dit 'Que doit-on donc faire?' Ma dit'Continuez à chanter le Nom; que ce soit chez vous la préoccupation de chaque instant, et vous obtiendrez tous vos désirs. La paix, la libération et tout le reste vient du Nom.'

                                                                                        (Vol I p3,p4 )


LISTE DES LIVRES

disponibles en anglais sur Ma

 Pour les commandes de livres à envoyer par avion, faire le calcul suivant : si un livre est 50 Rps, il faut compter environ 75 Rps de frais d'envoi par avion, donc 125 Rps, sachant que 1 Fr=6,5 Rps, cela fait environ 20Frs. Pour simplifier les paiments internationaux, envoyer le chèque à l'ordre de Jacques Vigne à Mme Vigne, 95 rue J.Dulud, 92200 Neuilly. Je paierai de mon côté le libraire de l'ashram quand il enverra les commandes.

Mother as revealed to me Rp 40; Sad Vani 15; Matri Vani I 15, II 20, Ma Anandamayi Lila (Hari Pam Joshi) 40; Biography by Bithika Mukerjee, 2 volumes, chacun 50, le journal de Gurupriya Devi (Didi), 5 volumes, dont le dernier raconte le pèlerinage de Ma au Mont Kailash et la mort de Bhaiji, chacun 40; I am ever with you, deux volumes sur les déplacements de Ma, chacun 40, Words of Ma, 30; As the flower sheds its fragrance (='Présence de Ma' d'Atmananda) 50, The Mother Bliss Incarnate (Ganguli) 50; In Association with Ma (Amulya DK Gupta), 3 volumes, chacun 30 Rps, Matri Lila darehan, 50; Matri Kripa hi Kevalam, 40; Life and Tenching (by A.Lipski) 65, Mother as seen by her devotees (avec des contributions de J.Herbert, A.Desjardlns, Vijayananda et Gopinath Kaviraj) 30, Anandamayi, the Universal Mother (beau livre, avec des peintures) 450, The Divine Mother, Srivastava, 250, In Her Perfect Love, Shraddha (une bhakta américaine) 125, In your heart is my abode (B.Mukerjee), 20.

Signalons également la sortie du beau livre de photos grand format de Richard Lannoy 'Anandamayi, Her words and Wisdom' à Element Boos, Sheftesbury, Dorset SP78BP, Royaume-Uni, 1996, prix £20 parution prochaine de 'Un Français dans l'Himalaya' de Vijayananda aux éditions Terre du Ciel.

 

 

 

 

JAY MA n°46

PAROLES DE MA

 

(A propos de la prière) : 'jitna bhav, itna labh' 'tel est le sentiment, tel est le bénéfice'.

***

Tout ce qui existe n'importe où en ce monde, que ce soit les arbres ou les plantes, les insectes ou les reptiles, ou tout autre être vivant, leur naissance est en fait votre naissance, et leur mort est en fait votre mort. Au niveau où tout est contenu en vous et vous êtes présents en tout, il y a seulement le Un.

***

Guru signifie 'gurutva', la pesanteur, la gravité qui est attachée au Divin. Lui seul est guru, ou uniquement celui qui Le connaît. L'initiation signifie que c'est uniquement le guru ou la divinité d'élection qui se manifeste, car le mantra, le guru et la divinité, tous ne font qu'un.

***

Qui est guru? Non seulement le père et là mère mais aussi celui auprès duquel nous obtenons une connaissance sur des sujets secrets (gur). Tous ceux-ci sont gurus. Celui qui nous indique un tant soit peu le chemin est aussi guru.

***

Poursuis la pratique du Nom en l'associant à la respiration. Cet exercice induit un état de stabilité dans le mental. De plus, ce souffle (prâna) qui est en nous recouvre le monde entier. Quand on pénètre au coeur de cette grande expérience (mahan bhav), c'est cette source elle-même qui nous attirera à elle. Essaie d'arriver au moment où tu plonges dans cette source.

***

Il faut empêcher le 'renforcement' ('khurak' signifie la nourriture mais aussi la dose de médicament ou le rappel de vaccin) de la tendance à l'extériorisation vritti) et favoriser le renforcement de la tendance à l'intériorisation. En effet, les tendances que vous renforcez deviendront un jour si puissantes que vous ne pourrez plus les arrêter. Ce sont elles qui vous mettront dans un état d'impuissance, c'est pourquoi on dit qu'il faut décourager l'extériorisation et renforcer l'intériorisation.

***

Certes, c'est le monde, c'est pour cela qu'il y a des difficultés, quand on va vers le monde on est obligé d'avoir des difficultés. Savez-vous ce que signifie aller vers le monde? Cela revient, après s'être blessé, à ouvrir encore plus la plaie. D'autre part, aller vers Dieu signifie mettre un pansement sur cette plaie. C'est le lien même avec le monde qui est source de difficulté...Le samadhi aussi est un stade : quand vous faites une longue route, vous sentez de vous arrêter un peu pour prendre du repos, Mais une fois que vous êtes arrivés à la maison, que vous êtes à l'étage ou sur le toit, vous n'avez plus besoin de vous reposer; la question de détente et de fatigue ne se pose plus.

***

Vous n'avez pas le droit de dire 'c'est Dieu qui fait tout, il est présent en tout lieu'. Il arrive un état où l'on expérimente vraiment qu'il fait tout, qu'il est avec vous partout. Tout ce que vous dites vient d'une connaissance livresque ou par ouie-dire.

***

Sans une forme divine (sakar), vous ne pouvez aller vers le Sans-forme (nirakar). On va vers le Sans-forme en passant par l'intérieur de la forme. De même, nous allons au Gange en passant par un chemin, c'est à dire par une forme; en suivant celui-ci, on parvient au fleuve. A ce moment-là, la forme ne tient pas plus que la boue sur les pieds. Et puis quand on sort de là, regardez!. tout est Cela, que ce soit la forme ou le Sans-forme.

***

 


 

QUESTIONS A VIJAYANANA

  

Q : Est-ce qu'on peut considérer la colère comme une drogue? Comment la dépasser?

V : Le mécanisme psychologique de la colère est le suivant : le point de départ est toujours une sensation pénible venant de notre corps qui nous met mal à l'aise. La tendance instinctive est de nous en libérer au plus vite et de revenir à un état d'euphorie. Ces sensations ne sont pas en général dans la conscience claire, et le mental cherche une cause dans le monde extérieur à laquelle il pourrait attribuer ce malaise, et en détruisant cette cause, il espère retrouver son équilibre. Survient tout à coup un individu qui vous insulte ou se conduit d'une manière grossière. ça y est! C'est lui, la cause de mon malaise!

Le mental fait alors appel à cette énergie de base toujours présente dans le muladhara et la transforme en une force destructrice qu'on appeIle colère. Il la dirige vers l'ennemi. Le malaise étant projeté vers l'extérieur disparaît du champ de conscience clair. L'énergie libérée momentanément lui donne une impression agréable de puissance, mais quand la crise de colère est passée, elle est remplacée par une dépression et l'état de malaise redevient conscient.

Une autre crise de colère et le même processus a lieu. Il se crée donc une association d'idée entre les malaises et la colère qui les soulagent pour un moment. II y a alors chez certaines personnes une addiction aux crises de colère où ils trouvent une euphorie relative et une impression de puissance. Naturellement, il y a tout le mauvais karma qu'on a créé dans ces colères et qu'il faudra payer par d'autres souffrances. Comment se guérir de la colère? Tout d’abord, bien prendre conscience du mécanisme de projection d'une sensation pénible vers un objet extérieur. Et aussi comprendre tout le mal qu'on fait aux autres et à soi-même quand on se met en colère. La colère, comme disent les Ecritures, est une des portes de l'enfer.

Q  :Quel est le rapport du mariage et de la vie spirituelle?

Pour ceux qui veulent atteindre le sommet de la voie spirituelle (moksha, nirvana, illumination, Réalisation du Soi), une chasteté parfaite est indispensable, mais ceux qui veulent et peuvent atteindre cet état sont très rares. La voie du célibat est donc une voie d'exception. C'est pourquoi les grands sages ont établi et enseigné des voies progressives qui permettent à la personne ordinaire d'aller d'étape en étape, jusqu'à ce qu'elle ait assez de maturité pour aborder le grand problème qu'est la découverte de la Réalité suprême, et le mariage est une de ces étapes. L'énergie sexuelle chez l'être humain commun doit être canalisée, puis être sublimée et divinisée. Les rapports entre un homme et une femme font partie de la nature, mais de la nature grossière (la prakriti inférieure). Il existe un niveau où cette union se fait au niveau de la pure conscience sans contact physique. Dans le mariage physique l'homme doit considérer sa femme comme un aspect de la Mère divine, et la femme doit voir dans son mari le Divin masculin. Ainsi pourra se développer un rapport d'amour et de respect mutuel qui pourra les préparer au véritable amour qui est impersonnel. Et les rapports sexuels doivent être aussi rares que possible afin de conserver une précieuse énergie qui pourra les aider à atteindre le Suprême quand le moment sera venu.

Q : Dans les pays riches comme la France et La Suède, le taux de suicide est beaucoup plus élevé qu' en Inde; Pourquoi cela?

V : La personne qui se suicide le fait pour échapper à la souffrance soit physique soit le plus souvent mentale. Une personne qui va se suicider (à moins que ce soit un aliéné mental) a longuement réfléchi avant de prendre cette décision. Ce sont en général des athées nourris par la philosophie existentialiste qui pensent qu'après la mort c'est le grand néant. Ce type est commun en Occident; en Inde, les véritables athées sont trés rares. Chaque hindou a quelque part dans son subconscient la croyance en un Pouvoir divin ou au moins que chaque action produit un karma, qu'il y a des vies futures conditionnées par les actes que l'on fait. Le suicide est considéré comme un crime, et il est censé produire des renaissances très fâcheuses. Le suicidé, dit-on, devient un preta, un fantôme très misérable qui a toujours faim et soif et a une bouche trop petite pour satisfaire ses besoins. Quand ces croyances vous ont été inculquées dès l'enfance, on réfléchit à deux fois avant de mettre fin à sa vie.

Q : Vous dites que si les bhaktas de Ma avaient eu plus d'intensité, elle aurait pu rester plus longtemps dans son corps; pourtant, quand on voit des films de bhajans en sa présence, n'avait-on pas l'impression qu'ils avaient beaucoup d'enthousiasme pour chanter avec elle?

La vidéo que vous avez vu et entendu ne représente qu'un court moment d'enthousiasme. Ce qui est important, c'est la conduite dans la vie de tous les jours : la droiture, l'honnêteté et surtout la sincérité dans la recherche de la Vie divine.


EXTRAITS DU JOURNAL DE DIDI

 

12 juin 1959

Un fidèle arriva avec son épouse et sa belle-fille. C'était une personne qui était vanaprasthi (le stade intermédiaire entre la vie de famille et le sannyas); sa belle-fille elle aussi avait l'intention d'embrasser ce type de vie. Elle semblait être dans un état particulier; en tout cas, son beau-père ne tarissait. pas d'éloges à son propos. Il disait que leur Gourou qui vivait à Bénarès avait déclaré, en la voyant, qu'elle avait un niveau spirituel élevé. Il désirait connaître l'opinion de Mataji à ce propos.

Ma demanda à la jeune femme :'Quelles sont tes expériences quand tu médites?' Elle répondit :'Tout d'abord, je sens une félicité intense, et à la fin de même' répliqua-t-elle, ' et rien du tout entre les deux'.

Mataji expliqua au beau-père :'C'est encore un stade élémentaire. Vous pouvez le comprendre de vous même : tant que le mental-ego persiste, il ne peut y avoir de samadhi. Néanmoins, on peut dire que son mental et son corps ont atteint un certain degré de calme. Quant elle dit 'Ensuite, rien du tout ,' qui est celui qui expérimente tout cela ? C'est le mental individuel qui est actif, il n'y a pas de Samadhi.

Après quelque temps, Mataji poursuivit :'Quelqu'un d'autre vint aussi à ce corps, en déclarant qu'il n'avait plus aucun intérêt dans quelque travail ou occupation que ce soit, puisque son esprit était absorbé en samadhi et que son pouvoir de Kundalini s'était éveillé. En parlant, il utilisait fréquemment les mots 'je' et 'le mien'. II a eu l'occasion de comprendre juste à ce moment-là qu'on ne pouvait parler de samadhi tant qu'il y avait 'je' et 'le mien'. Dans le samadhi réel, rien de tout cela ne survit. Regardez, la mangue qui est mûre sur l'arbre n'appelle pas à grand cris :'Je suis mûre, venez et prenez-moi!' Si personne ne la cueille, elle tombe d'elle-même sur le sol. Voyez-vous la beauté de cela? Elle retourne à la place même d'où elle est venue.'

Extraits du Volume VI (traduction anglaise parue  cette année)

10 décembre 1937

Ma poursuivit 'Le coeur est le siège de toutes les expériences, heureuses ou malheureuses. C'est en fait l'asana (siège et aussi tapis pour la méditation) de Dieu lui-même. Si la personne à laquelle l'asana appartient n'y est pas assise, on ne peut obtenir de paix permanente. Si on y installe une autre entité, cela ne peut mener qu'à l'inquiétude et l'instabilité, car elle ne sera pas capable de maintenir le caractère sacré du pur asana. Cela aboutit aux allers et retours (de naissance en naissance). C'est pourquoi il est particulièrement avantageux pour nous d'installer Celui auquel l'asana appartient de droit.

Il est en fait toujours assis sur cet asana et le but de notre sadhana est d'essayer de Le manifester. Quand ceci arrive, nos conditionnements (samskaras) liés à la notion d'individualité disparaissent, on atteint le chakra situé entre les sourcils et la forme brillante avec tant de couleurs s'épanouit.

Ma rit et dit, 'Savez-vous ce que j'ai vu? C'était comme un système d'irrigation, quand vous versez l'eau dans un canal, elle s'écoule par d'autre canaux jusqu'à un grand réservoir éventuellement qu'elle remplit, et tout ceci naturellement. De même qu'un fleuve s'écoule vers l'océan, de même c'est la règle que la kundalini shakti aille seulement vers le haut à partir du muladhara d'une place à l'autre, progressivement, du premier. chakra au second, etc jusqu'au moment où elle atteint le sahasrara."(p.5)

Après un long intervalle sans kriyas (manifestations visibles de l'extase), Ma de nouveau rentra en transe pendant un kirtan. Jyotish Dada (Bhaiji) lui demanda :'On dit que certains kriyas sont apparus pendant une phase précédente de votre existence, et ensuite il y a eu de grands changements dans votre état. Pourquoi donc ces kriyas reviennent-ils maintenant ?' Ma répondit : 'Vous pouvez poser ce genre de questions, mais savez-vous ce qui arrive à l'intérieur d'un sadhaka? Chaque état est remplacé par un autre et un progrès régulier s'ensuit; mais dans le cas de ce corps tout est différent, c'est pourquoi tout apparaît sens dessus-dessous et l'écoulement se fait au hasard. Il se peut qu'à vos yeux un kriya associé avec un état très élevé se manifeste dans ce corps et que plus tard, vous observiez un kriya plus ordinaire. Dans ce corps, il n'y a rien d'élevé ou de bas. Quelque soit le besoin de vous, les gens, à un moment donné, ce corps agit en fonction pour y répondre.

Je posais la même question que Bhaiji plus tard; et Ma me répondit de façon similaire; quand je l'interrogeais sur l'éclat de son corps, elle dit : 'Savez-vous ce que j'ai observé à certains moments? C'était comme si ce corps était la lumière personnifiée; et l'endroit où je me trouvais était inondé par la même lumière.'

Ma s'est réveillée aujourd'hui à environ dix heures. On a lavé son visage et ses mains. Elle s'assit sous un arbre et je m'assis auprès d'elle. Après avoir entendu dire qu'elle était arrivée, de nombreuses personnes vinrent pour lui présenter leurs respects (littéralement : 'prendre la poussière de ses pieds) et lui faire pranam. J'étais en conversation avec elle. Nous en vînmes à parler des shastras (écritures sacrées). Ma dit :'Savezvous ce que sont les shastras? 'sva astre', cette arme (astra) qui peut couper les liens qui attachent au monde.' Ensuite on en arriva à la question de savoir quelle était la signification du mot 'shishya' (disciple) Ma dit :'Sva, Éva, c'est à dire établir sa personnalité réelle, expliquer la nature véritable qui est indivisible, c'est à dire la révéler. 'Shasya' signifie semer une graine et cultiver une plante (shasya). Cela revient à planter une graine, faire pousser la plante et révéler la nature du fruit.' En entendant tout ceci de la bouche de Ma, un chant me revint à l'esprit :

'Mon re krishi kaj ja no na.

Emon manob jomin roilo potit

abad korle pholto shona.'

c'est à dire : 'O mental, tu ne connais pas l'art de la culture. Ce terrain excellent d'une naissance humaine est en jachère. Si tu le labourais, il produirait de l'or' Nous allâmes nous coucher vers deux heures du matin.

 


LA RECONNAISSANCE DU SEIGNEUR

 

Pratyabhijrna, ou la reconnaissance du Seigneur, est une notion centrale du Shivaïsme du Cachemire, une école qui a d'abord été illustrée par Utpaladeva (cf ses hymnes à Shiva, un bel exemple de dévotion débouchant sur la non-dualité, publiées par A.Maisonneuve) puis s'est épanouie avec Abhinavagupta (Xe-XIe siècle). Ce dernier a écrit un commentaire (vimarsini) sur des versets d'Utpaladeva à ce sujet. Colette Poggi nous a envoyé des pages de sa thèse de doctorat en philosophie où elle traduit ce texte; nous reproduisons les derniers versets de l'ouvrage. Colette, une lectrice de Jay Ma, vient de retravailler ce texte pour la collection 'La Pléïade' qui prépare une publication sur les philosophes indiens. Ceux qui veulent en savoir plus sur Abhinavagupta peuvent se référer aux ouvrages de Lilian Silburn (Paramarthasara chez de Boccard par exemple). L'histoire classique qui illustre la reconnaissance du Divin est celle du prince qui est enlevé bébé par des voleurs. Quand il est adolescent, les ministres du roi le retrouvent élevé par une famille pauvre dans la forêt. Pour ne pas le choquer, ils ne lui disent rien mais l'engagent au palais dans un emploi peu élevé, puis petit à petit le font progresser jusqu'à ce qu'il devienne le serviteur particulier du roi; à ce moment-là, il est devenu mûr pour la 'reconnaissance' et ils lui révèlent la vérité.

 

Verset 1 (d'Utpaladeva) : Seul le Seigneur suprême et unique est le Soi intime de tous les êtres vivants, il est pleinement imprégné de cette prise de conscience exempte de dualité "Je suis l'essence universelle ! ''

verset 15 : Ayant acquis une parfaite conscience du Soi, de ses énergies de connaissance et d 'action, les ayant reconnues identiques à son propre soi, ainsi cet être réalisé agit à son gré et connaît tout ce qu'il désire.

Sachant que le Soi a pour essence Shiva, que les énergies de connaissance et d'action se ramènent en fait à sa liberté suprême, et que celle-ci ne fait en fait qu'un avec Lui, il réalise qu'il est le Soi, et non tel principe qu'évoquent les Kanadas.. Il prend conscience que les énergies. de connaissance et d'action ne sont pas distinctes du Seigneur. Se consacrant alors de tout son Coeur à l'absorption (samavesha) il est capable de faire et connaître tout ce qu'il désire, alors, même qu'il est lié à un corps. Celui qui cependant n' adopte pas cette attitude est délivré de son vivant, mais ne devient le Seigneur suprême qu'une fois la mort venue.

Même si l'expérience personnelle (svapratyaya) tient dans ce domaine une place importante, on considère néanmoins que (la transmission de) l'enseignement, sauvegardée par la lignée des maitres (guruparampara) doit venir confirmer celle-ci; l'intelligence des traités (shastradrishti) a été ainsi considérée comme critère essentiel de qualification (adhikara) dans le livre des Agamas (écritures sacrées shivaïtes du Moyen-Age). Cet enseignement se fonde donc à la fois sur le maître, les traités et sa propre expérience. L'auteur indique ainsi quelle est, dans cette école, la lignée des maîtres.

Verset 16 - Ainsi cette nouvelle voie est aisément praticable; je la révèle ici telle qu'elle fut naguère évoquée par notre vénéré maître dans le traité intitulé 'La vision de Shiva' (Shivadrishi). Quiconque, de ce fait, s'engage sur ce chemin et se reconnaît soi-même créateur de l'univers parvient à la réalisation (siddhyati) sitôt qu'il pénètre le domaine indifférencié qu'est l'état de Shiva (shivata).

Voie méconnue, enfouie au coeur de tous les textes sacrés, et de ce fait restée secrète, cette (approche) toute nouvelle (abhinava) apparaît aisée car dénuée des tourments (klesha) liés aux pratiques internes et externes telles que le contrôle du souffle (pranayama), etc...C'est ainsi que l'évoque l'excellent et illustre maître Somananda dans son traité intitulé 'Vision de Shiva'. Et nous avons tenté, tout au long de cet ouvrage, de mettre en lumière le contenu de son enseignement, chassant les doutes et repoussant les objections émises à son encontre par les protagonistes des autres systèmes. En vérité, la teneur de cet enseignement trouve un écho favorable auprès de maîtres divers, en de nombreux textes sacrés, et se vérifie également à l'épreuve de notre expérience personnelle! (Fort de cette foi en notre traité) l'aspirant fervent focalise toute l'énergie de la conscience sur le sens de ses propos, et réalise qu'il détient en soi la souveraineté (aisvarya) caractérisée par l'efficience cosmique (vishvakartritva); grâce à cet élan d'adhésion totale et à travers cette prise de conscience (paramarsha) il devient libéré-vivant (jivanmukta) et le Seigneur Shiva en personne. Voici à ce propos quelques versets du maître extraits de la Shivadrishti :

''Lorsqu'on sait, grâce à une conscience (pratipati) inébranlable, l'essence de Shiva présente en tout ce qui existe, à quoi bon avoir recours à la contemplation (bhavana) ou à tout autre moyen? Sitôt l'or connu, a-t-on encore besoin de l'évoquer (bhavana) ou de quelque autre investigation? Cette connaissance-là, en effet, est irréfutable, à l'image de celle que nous avons de nos parents!"

Ayant ainsi réalisé son identité à Shiva, si l'on demeure à jamais imprégné de cette réalité et que l'on y plonge la triade complète composée du corps et du souffle, de l'intellect et du vide (shunya, cad le monde des objets non-sensibles), ou bien deux sinon un seul de ces éléments, on a alors accès à l'intégralité des pouvoirs surnaturels (vibhuti) et même au suprême (parivibhuti)

Verset 17 - Même si elle se tient auprès de ce bien-aimé dont elle a enfin gagné la faveur au prix d'infinies prières, cette présence ne comblera pas de joie celle qui l'attend aussi longtemps que cette jeune femme ne l'aura pas reconnu d'entre les hommes ordinaires !

Ainsi, à l'image de ce héros dont les vertus passent inaperçues, le Seigneur universel, essence de toute chose, n'apparaît pas dans sa gloire innée.

Une jeune femme sent grandir en elle un puissant amour pour un héros dont elle a appris les (merveilleuses) qualités. Pleine de désir pour lui, aspirant par-dessus tout à le rencontrer, elle se montre impuissante à maîtriser les élans de son coeur; nuit et jour, elle implore les dieux, demande des messagers qui emportent vers l'aimé ses lettres et lui révèlent le trouble profond qui la tourmente. Elle ne quitte plus le seuil de sa demeure, et son corps de jeune liane, éprouvé par un éloigement trop cruel, se dessèche. Mais cédant enfin à ses prières et à son désir, voici que ce héros soudain se tient devant elle; mais bien qu'elle regarde son bien-aimé, elle ne le distingue aucunement des hommes ordinaires, car elle n'emprunte pas la voie de la prise de conscience (paramarsha marga) (qui lui révèlerait) l'excellence de ses qualités. Ainsi sa vision, bien qu'effective, ne comble pas son coeur!

Il en va de même pour le Seigneur, Soi universel, car, bien qu'il resplendisse sans trêve, ce rayonnement (nirbhasana) ne comble pas de plénitude le coeur des hommes. Ils ne réalisent pas en effet que ce Soi détient la souveraineté ultime (paramaishvarya) caractérisée par sa propre énergie de connaître, d'agir, etc... dénuée d'obstacles et universelle; de même, tout ce qui existe, jarre, etc, brille (non distinct du Soi).

Mais, lorsque soudain, sur une parole (du messager) ou par la reconnaissance d'une caractéristique du héros ou à l'aide d'un autre moyen peut-être, la jeune femme prend enfin parfaitement conscience des qualités éminentes du héros (qui se tient devant elle) comme étant celles-là mêmes de son bien-aimé, alors en un instant cette subite réalisation fait s'épanouir son coeur et la comble de plénitude. Ainsi, grâce au plaisir renouvelé de l'union, elle accède à la quiétude et aux autres (saveurs de l'apaisement).

De même, lorsque dans son coeur on identifie son propre soi à la sublimité de Seigneur suprême grâce à la parole du maître, ou la reconnaissance (abhijnana) de traits caractéristiques (qui lui sont propres telles) les énergies de connaissance et d'action etc..., alors survient à cet instant la libération dans la vie (Jivanmukti) qui est la plénitude même. Par la saveur réitérée de l'absorption (samavesha), l'on accède aux pouvoirs divins (vibhuti). Seule la reconnaissance du Soi est donc à l'origine des perfections surnaturelles (siddhi), inférieures et supérieures.

Ce traité (shastra) est un bienfait ineffable accordé à tous les hommes car il offre le fruit suprême (mahaphala). Souhaitant éveiller chacun

à la reconnaissance et éveiller la confiance envers cette voie par la remémoration des qualités éminentes qui en résultent, ainsi que du nombre important d'êtres pleinement réalisés (prasiddha) qui l'ont empruntée,l'auteur cite le nom de son père en conclusion :

verset 18 - Voici la Reconnaissance du Seigneur, composée par Utpaladeva, fils d'Udayakara, afin que chacun accède sans effort (ayatna) à la Réalisation (siddhi, avec ses deux sens de pouvoirs surnaturels et de Réalisation complète).

Traduit du sanskrit par Colette Poggi

 


LE MARCHAND ET SES TROIS FILS

Conte du sud de l'Inde

 

Il était une fois un marchand qui avait trois fils. Sentant sa fin prochaine, il appela et leur dit : je lèguerai mon commerce à celui d'entre vous qui saura le plus faire preuve d'intelligence. L'épreuve consiste à remplir complètement une pièce en dépensant le moins d'argent possible.

Le premier fils remplit une pièce entièrement de coton : lorsqu'il ouvrit la porte, le père ne fut pas convaincu. Le second fils en remplit une autre de paille, qui tomba sur la tête du père quand ce dernier ouvrit la porte; il ne fut pas non plus convaincu. Le troisième fils ramassa sur le bord de la route un tesson de poterie et un bout de ficelle, acheta pour un dixième de roupie d'huile, constitua une petite lampe et l'alluma au milieu de la chambre obscure, si bien qu'elle était remplie de lumière quand le père en ouvrit la porte. Ravi, le vieil homme confia son héritage au troisième fils.

 


 

LA COMPASSION DE MA A TRAVERS SA CORRESPONDANCE

(Raconté par Rajat Rumar Narayan le soir de Guru Purnima)

 

Rana Gosh, le fils de Shailen Gosh, un ancien fidèle de Ma trés connu à Calcutta, partait faire des études en Occident pour environ deux ans. Au moment de prendre la bénédiction de Ma, celle-ci lui dit 'Ecris-moi toutes les semaines.' 'Ma, je vais sans doute être à court de choses intéressantes à raconter!' 'Ce n'est pas grave, parle-moi de ta vie, de ce que tu penses, de ce que tu manges, dis-moi ce que tu veux mais écris-moi toutes les semaines.'

Et la chose étonnante, c'est que Ma lui a aussi répondu toutes les semaines, ce qui fait que Rana a une collection d'environ 108 lettres dictées par Ma. L'autre chose étonnante était que lorsqu'une réponse de Ma 'arrivait', c'est à dire environ trois semaines après avoir été écrite, il y avait dedans la solution de problèmes qu'il se posait au moment même ou dans les jours juste précédents. Maintenant encore, il reprend ces lettres de Ma et trouve des solutions à ses problèmes actuels.

En 1981, ma mère (elle-même la fille de Bajaj, qui a connu Ma, était trésorier du Congrès et parmi les proches de Mahatma Gandhi) avait 65 ans environ. Sa santé n'avait pas été bonne dans les années précédentes, et elle a fini par avoir une occlusion intestinale à cause d'adhérences dues à une tuberculose de la région. C'était une urgence chirurgicale, on a ouvert l'abdomen, retiré cinq litres de liquide d'ascite, vu qu'on ne pouvait pas opérer l'intestin lui-même qui était trop atteint, et on a refermé. A ce moment-là, Ma était à Naimisharanya où il n'y avait pas de téléphone. J'ai quand même réussi à joindre un opérateur qui habitait à trois kilomètres de là où se trouvait Ma et qui a été faire la Commission à Bhaskarananda. Ma a répondu un télégramme où elle disait comme à son habitude dans ces cas-là :'Faites le meilleur traitement et priez Dieu.' Peut-être avait-elle ajouté 'Tenez-moi informée'. Pendant les vingt jours post-opératoires où l'état de ma mère restait grave, j'ai envoyé à Ma un télégramme quotidien. Cinq jours après l'intervention, les intestins ont recommencés à fonctionner, les médecins ont dit que c'était un miracle, et finalement elle s'en est sortie. Elle est toujours bien vivante et va fêter ses 80 ans le mois prochain.

Ma, j'ai entendu dire qu'il est nécessaire de tester le Guru et que le disciple doit aussi être testé par le Guru. Avant même que la question ait été complètement énoncée, Ma répliqua 'Savez-vous comment c'est? C'est exactement comme on examine le gendre avant de lui donner la fille en mariage. Une fois que le mariage est célébré, on est supposé ne plus poser de questions'.

 


 

ENTRE REVE ET REALITE

Pensées extraites du Yoga-Vasishta

Introduction

Le Yoga-Vasishtha est un texte médiéval indien qui présente l'enseignement du sage (rishi) Vasishta à Rama adolescent, celui-ci étant un avatar, c'est à dire une descente du divin venue sur terre pour rétablir la loi juste, l'ordre du monde (dharma). Il est intéressant de noter qu'en Inde, même des avatars comme Rama et Krishna jouent le jeu du disciple pour s'adapter à la société et à la culture dans laquelle ils sont venus.

La première partie de l'ouvrage est une longue réflexion de l'adolescent Rama frappé par l'absurdité de l'existence, et se mettant à chercher un sens. Par son discernement aigu, il développe un intense sens du détachement. Il conclut en demandant à Vasishtha qui l'écoutait avec toute la cour :'Qui sont ces héros qui le sont libérés de l'illusion? Et quelles méthodes ont-ils adopté pour se libérer? Si vous considérez que je suis ni compétent, ni capable de comprendre cela, je vais jeûner jusqu'à ce que mort s'ensuive." (I, 31) Vasishtha et toute la cour louent l'intensité du jeune prince, et à partir de là commence l'enseignement à proprement parler.

Une ides fondamentale du texte, c'est que le monde est un rêve, et que seule la Conscience absolue peut être considérée comme réelle. En philosophie, on appelle ce point de vue le subjectivisme absolu. Cette doctrine est directement influencée par l'école bouddhiste du vijnanavada. C'est en quelque sorte une exagération du védanta classique de Shankarâcharya, qui ne va pas jusqu'à dire que tout est rêve, mais qui dit simplement qu'on ne peut affirmer formellement ni l'existence, ni la non-existence du monde tel qu'il nous apparaît. Pour le sage, cette question reste comme en suspens. Au départ, le chercheur spirituel est influencé par le matérialisme environnant, et cette méditation consistant à voir le monde comme un rêve est une étape permettant de le déconditionner de cette influence. Si un carton est plié dans un sens, on le plie complètement dans l'autre sens pour que finalement il redevienne droit.

Cet enseignement non-dualiste est considéré dans la tradition indienne comme le couronnement de toute une évolution qui passe par la pratique des rituels, une vie religieuse et le plus souvent l'expérience durant de nombreuses années de la dévotion à un Dieu personnel. Il s'agit d'un enseignement élevé, nécessitant en pratique une préparation pour être réalisé. Cependant, une vision intellectuelle claire du but non-duel de l'évolution intérieure est une grande aide même pour le débutant.

L'enseignement est illustré par nombre d'histoires à tiroir où le héros s'endort au cours d'un rêve, et fait un autre rêve où il revient à la réalité de départ, sans plus trop savoir où il en est. Tout ceci a pour but d'assouplir notre croyance dogmatique et quasiment jamais remise en question en la réalité de l'apparence du monde extérieur. Pour le Yoga-Vasishtha, l'étre libéré (jivan-mukta) est celui qui peut agir tout en gardant un état de sérénité et d'unité intérieure comme, s'il était en état de sommeil profond.

Comme dans le zen, le Yoga-Vasishtha insiste sur la nécessité d 'aller au-delà du corps et du mental. Le méditant avancé qui y réussit peut alors avoir une expérience trés positive de ces deux niveaux, qui deviennent des serviteurs obéissants pour celui qui sait comment les prendre. Nous citons ci-dessous un beau passage sur le sage considéré comme roi de son propre corps.

Voir le monde comme un rêve a été source de sagesse et d'inspiration non seulement pour l'Orient, mais aussi pour l'Occident, bien que de façon moins systématisée philosophiquement et mystiquement parlant. Nous pouvons citer par exemple ces réflexions de Clotaldo extraites de 'La vie est un rêve' de Pedro Calderon de la Barca (1600-1681), le célèbre dramaturge madrilène : "Et qu'arriverait-il si notre vie à l'état de veille, comme notre sommeil, n'était qu'un rêve dans cette vie éternelle à laquelle nous ne nous éveillerons qu'au moment de nous endormir dans la mort?"...."Et toute cette scène de théâtre de note vie sur terre, où nous semblons être des acteurs si occupés, et les rôles que nous jouons ne sont pas plus substantiels que l'ombre d'une ombre, et le fait de rêver n'est qu'un rêve dans le rêve!"(Acte III)

Les extraits ci-dessous ont été traduits de l'édition anglaise de Swami Venkatesananda (Divine Life Society, Rishikesh). C'est une version semi-abrégée, en 750 pages, du texte sanakrit oiginal.

Quand l'esprit est en paix et que le coeur va d'un bond jusqu'à la vérité suprême, quand toutes les vagues de pensées gênantes qui agitent la substance mentale se sont apaisées, qu'il y a un flot de paix ininterrompu et que le coeur est empli de la félicité de l'Absolu, quand on a vu de cette façon la vérité dans le coeur, ce monde même devient une demeure de félicité.(II,12)

Celui qui n'est pas affecté par les autres tout en vivant au milieu d'eux, qui n'a ni excitation ni haine comme quelqu'un pendant le sommeil, celui-là a atteint le Contrôle de soi.(II,13)

Même les paroles d'un jeune garçon doivent être acceptées si ce sont des paroles de sagesse; si elles n'en sont pas, rejette-les comme de la paille, fussent-elle prononcées par Brahman le créateur lui-même.(II,18)

Ce n'est pas faire preuve de sagesse que de déclarer la vérité ('Brahman seul est réel') à l'ignorant. En effet, la réalité de l'apparence du monde qui a pris profondément racine dans le coeur de l'ignorant, ne sera pas dissipée si ce n'est par un questionnement profond à propos du sens des Ecritures.(IV, 31)

Ne sois pas mené par les autres; seul les animaux sont menés par les autres. Réveille-toi du sommeil de l'ignorance. Réveille-toi et bats-toi pour mettre fin à la vieillesse et à la mort.(IV,32)

La non-reconnaissance de l'existence de la paix suprême dans le coeur et la croyance a priori en la réalité de facteurs en faits imaginaires, tout cela est né d'une connaissance imparfaite et de la logique pervertie qui en résulte. (II, 20)

Pour l'ignorant, ce corps est source de souffrance; mais pour celui qui est éveillé, ce corps est la source d'une joie intense et infinie. Tant que le corps existe, le sage en retire un grand plaisir et la joie de l'éveil, et quand le compte de ses jours touche à sa fin, il ne considère pas du tout cela comme une perte. Puisque c'est par le corps que le sage fait l'expérience des différents sens et gagne l'affection et l'amitié des autres, c'est pour lui une source de bénéfice. Tant qu'il demeure dans cett cité appelée corps, l'être éveillé règne avec bonheur, à la manière d'Indra le roi des cieux dans sa capitale...Celui qui habite un corps entre légèrement en contact avec celui- ci tant qu'il dure, mais n'est plus touché par lui quand il s'en va, de même que l'air touche un vase qui existe, et non pas un qui n'existe pas... De même que si vous savez que quelqu'un est un voleur et que vous êtes en rapport avec lui en tenant compte de cette information, il peut devenir votre ami, de même quand vous profitez des objets extérieurs en connaissant leur vraie nature, ils vous procurent de la joie. Le sage qui a dépassé tous les doutes et dans lequel il n'y a pas d'image de soi règne suprême dans le corps.(IV,23)

Pour le sage, le mental est un serviteur obéissant, un bon conseiller, un maître des sens compétent, une femme agréable, un père protecteur et un ami fidèle. Il le pousse à faire de bonnes actions.(IV, 24)

Tel l'effort, tel son résultat, ô Rama; c’est ce que signifie l'effort qu 'on fait

Par soi-même sur soi-même et on l'appelle aussi destinée ('daiva'; qui peut également signifier 'dieu' ). Quand ils sont en proie à la souffrance, les gens se mettent à pleurer 'Malheur ! Quelle tragédie!' 'Hélas, voyez quel est ma destinée!', les deux signifiant la même chose. Ce qui est appelé destinée ou volonté divine n'est rien d'autre que l'action ou l'effort du passé. Le présent est infiniment plus puissant que le passé. Il sont en fait stupides, ceux qui sont satisfaits avec les fruits de leurs efforts passés (qu'ils considèrent comme la volonté divine) et ne s'engagent pas dans un effort sur eux-mêmes dans le présent...Le sage doit bien sûr savoir ce qu'on peut obtenir par l'effort, et ce qu'on ne peut pas...Rama, ce sage Vishvamitra est devenu un Brahmarishi par l'effort; nous tous (les autres rishis, les sages à l'origine de l'hindouisme) avons atteint la connaissance de nous-même par l'effort seulement. C'est pourquoi, renonce au fatalisme et fais effort. L'effort spirituel est rendu en sanscrit par 'purusharta' qui signifie aussi ' le but de l'homme ', et éventuellement 'la richesse de l'homme.(II, 6, 8)

Celui qui voit que le plaisir et la douleur se chassent et s'annulent l'un l'autre retire de cette sagesse le contrôle de lui-même et la paix. Celui qui ne voit pas cela dort dans une maison en flammes.(II,13)

L'Un ne devient jamais multiple, ô Rama. Quand de nombreuses bougies sont allumées successivement l'une à partir de l'autre, c'est la même flamme qui brûle en chacune d'elle; de même, le Brahman unique semble être multiple. Quand on contemple l'irréalité de cette diversité, on est libéré de la souffrance.(lII, 66)

(Vasishtha raconte l'histoire d'une femme démon, Karkati, qui après un certain temps se retire dans l'Himalaya, tourne complètement son attention vers l'intérieur et obtient la Réalisation. Il en fait l'éloge en ces termes) : 'Elle a atteint la connaissance directe de la cause suprême de toute chose, de la cause sans cause par son propre examen de l'intelligence au-dedans d'elle même. ô Rama, il est certain qu'une recherche directe dans les mouvements de pensée de sa propre conscience ne représente nul autre que le guru ou le précepteur suprême.(III, 75)

(Comme il faut quand même qu'elle se nourrisse, Karkati obtient des dieux l'autorisation de dévorer ceux qui sont réfractaires à l'enseignement de sagesse... Elle rencontre dans une forêt profonde un roi et son ministre et pose au monarque des sortes de questions de Sphinx à propos du Soi) : '0 roi, qu'est-ce qui est un et pourtant multiple, et dans lequel des millions d'univers se fondent comme les vagues dans un océan? Qu'est-ce qui est pur espace, bien qu'il ne semble pas être ainsi? Qu'est-ce qui est moi en toi et toi en moi; qu'est-ce qui bouge et pourtant ne bouge pas, qui demeure immobile bien qu'en fait il n'en soit pas ainsi; qu'estce qui est un rocher, bien que conscient, et qui joue des tours merveilleux dans l'espace vide; qu'est-ce qui n'est ni le soleil, ni la lune ni le feu et pourtant brille éternellement; qu'est-ce qui n'est autre que le soi à l'intérieur de chacun, mais qui pourtant n'est retrouvé qu'après de nombreuses existences d'efforts persistants et intenses ?

Qu'est-ce qui se manifeste et s'évanouit en alternance, de même que l'arbre vient de la graine et que la graine vient de l'arbre successivement.' O roi, quel est le créateur de cet univers, par le pouvoir duquel tu fonctionnes comme roi, protégeant tes sujets et punissant les méchants? Qu'est-ce qui, par le simple fait d'être vu, purifie votre vision et vous fait exister comme 'cela' seulement, sans division? O roi, pour échapper à une mort certaine, réponds à ces questionne (III, 79). Le roi répond qu'il s'agit du Soi, et il est sauvé avec son ministre.

Vashista dit: Quand deux êtres éveillés se rencontrent, leurs coeurs fusionnent dans la paix et la félicité, de même que les eaux de deux torrents se mêlent à leur confluent.(III, 78)

Dans l'espace de la conscience, qui est aussi minuscule qu'un atome, toutes les expériences existent, de même que dans une goutte de miel il y a l'essence subtile des fleurs, des feuilles et des fruits. De cette conscience se développent toutes les expériences, car le fait d'expérimenter est le seul expérimentateur (les deux n'étant pas différents de la conscience).(III, 81)

Le sage ne désire pas agir; et il ne désire pas non plus abandonner l'action. (III , 88)

La maladie physique ou psychique, pas plus que les malédictions ou le 'mauvais oeil', ne peuvent toucher le mental de celui qui se consacre au Soi; de même, une fleur de lotus ne peut casser en deux un rocher en tombant dessus. C'est pourquoi on doit s'efforcer avec le mental même d'amener le mental à prendre la route qui est pure.(III, 92)

Quand la conscience abandonne la recherche consistante de soi (et du Soi) et se laisse aller à jouer avec les innombrables pensées qui vont et viennent, on l'appelle conscience individuelle.(III, 96)

Quand on l'observe en profondeur, le mental s'absorbe dans son substrat, et quand il s'absorbe de cette façon, il y a la félicité suprême. (III, 97)

(Voici maintenant un conte typique du Yoga-Vasishtha, nous donnant le goût de dépasser le labyrinthe de nos formations mentales) :

"Un jeune garçon demanda à sa grand mère de lui raconter une histoire, ce qu'elle fit tandis qu'il écoutait avec grande attention :

"Il était une fois une cité qui en fait n'existait pas; y demeuraient trois princes qui étaient joyeux et pleins de valeur. Des trois, deux n'étaient pas nés et le troisième n'était pas conçu. Le malheur voulut que toute leur famille meure. Les princes quittèrent leur ville de naissance pour aller ailleurs. Incapable de supporter la chaleur du soleil, ils s'évanouirent au bout de peu de temps. Leurs pieds étaient brûlés par la chaleur intense du sable, les pointes des herbes desséchées les perçaient. Ils parvinrent à l'ombre de trois arbres, parmi lesquels deux n'existaient pas et le troisième n'était pas même planté. Après s'être reposés là pendant quelques temps et avoir mangé les fruits de ces arbres, ils reprirent la route.

Ils atteignirent les berges de trois rivières; des trois, deux étaient sèches et dans le troisième il n'y avait pas d'eau. Les princes y prirent un bain rafraîchissant et y apaisèrent leur soif. Ils arrivèrent ensuite dans une grande cité qui était sur le point d'être construite. En y entrant, ils y trouvèrent trois palais d'une beauté sans égale. Des trois, deux n'avaient pas étés du tout construits, tandis que le troisième n'avait pas de murs. Ils pénétrèrent dans le palais et trouvèrent trois plats en or; deux d'entre eux avaient été brisés, et le troisième franchement réduit en poussière. Ils saisirent celui qui avait été pulvérisé. Ils prirent 99 moins 100 grammes de riz et le mirent à cuire. Ils invitèrent alors trois hommes de Dieu pour être leurs hôtes; des trois, deux n'avaient pas de corps et le troisième n'avait pas de bouche. Une fois qu'ils se furent restaurés, les trois princes mangèrent les restes ('prasad', considéré comme nourriture sacrée). Ils en retirèrent un grand plaisir. C'est ainsi qu'ils vécurent en cette cité pour bien longtemps, dans la paix et la joie." Mon enfant, voici une légende extrêmement belle; je t'en prie, souviens-t-en toujours et tu deviendras un homme de savoir.'(III, 101)

Le mental prend la forme même de ce qu'on contemple, que ce soit un élément de la nature ou de la culture. C'est pourquoi contemple résolument, mais intelligemment aussi l'état au-delà de la souffrance, libre de tous les doutes. Le mental est capable de se maîtriser lui-même; de fait, il n'y a pas d'autre voie.(III, 112)

O Rama, abandonne le conditionnement mental qui est seul responsable pour la perception de la dualité, et demeure totalement non-conditionné. Tu parviendras alors à un niveau de prééminence vis-à-vis de tous. (III, 114)

Toute relation est réalisation de l'unité qui existe déjà; on ne la regarde comme relation qu'à cause de la croyance fausse et illusoire d'une division entre sujets et objet. En fait, il n'y a qu'un Tout, la Conscience infinie.(III, 121)

Le jeune méditant dans la forêt paraissait avoir atteint un état de quiétude totale du mental, où le jeu des pensées et contre-pensées avait cessé. Il était absolument pur, comme un cristal qui n'est pas même intéressé à refléter ce qui est autour de lui.(IV, 14)

Aussi longtemps qu'on voit ce qui est vu avec le sentiment intérieur qu'il s'agit d'objets de perception (différent de soi-même), la réalisation de Brahman est de fait bien éloignée.(IV, 18)

C'est quand on expérimente la vérité qu'on est libéré de l'illusion. Du même coup, son désir forcené pour les plaisirs s'atténue. C'est la seule preuve de sagesse. Un pot de nectar en peinture n'est pas du nectar, ni une flamme en peinture une flamme, et la peinture d'une femme n'est pas une femme : les paroles de sagesse ne sont que des mots, pas de la sagesse tant qu'elles ne sont pas concrétisées par l'absence de désir et de colère.(IV, 18)

Celui qui est empli du lait de la douceur humaine est sûrement la demeure du Seigneur Hari (Vishnou, qu'on dit reposer allongé sur l'océan de lait). (IV, 32)

Quand le mental a été purifié par des pensées et des actions pures, il adopte la nature de l'infini, de même qu'un vêtement pur prend la couleur facilement. .

Quand le mental abandonne la relation de sujet à objet qu'il a avec le monde, il est absorbé instantanément dans l'infini.(IV, 35)

 


NOUVELLES

 

- Mort de Maroni au mois d'août : Maroni était la petite fille de la soeur de Didima (la mère de Ma). Le mari de Ma, Bholonath, s'était pris d'affection pour elle et l'avait adopter. Elle avait donc été éduquée de très près par Ma, elle dormait quand elle était petite avec Ma et Bholanath. Elle était souvent à Kankhal. Au dernier anniversaire de Ma, elle avait chanté des bhajans, ce qu'elle faisait toujours avec une grande énergie. Elle avait plus de 70 ans, avait été mariée mais vivait depuis longtemps dans les ashrams de Ma. Quelques jours avant son décès subit et inattendu, elle était venue saluer Vijayananda comme elle le faisait souvent le soir en face du samadhi, mais cette fois-ci elle lui avait dit : 'Vijayananda, je vous aime beaucoup'. A la fin de sa vie, elle avait pris comme nom 'Niropa Ma' 'mère sans forme', comme si elle se préparait à quitter sa forme corporelle.

- Le Centre international a commencé à être fonctionnel début août, avec comme premiers hôtes Chantale et Jean-Luc de Plougastel en Bretagne, lecteurs de Jay Ma et suivant la voie spirituelle du Yoga. Une bibliothèque a été constituée, et Shantimayi (Karine Huvelle) va s'installer au Centre à long terme à partir de début Octobre. Elle a eu un visa de touriste de cinq ans pour l'Inde tout récemment, ce qui est une sorte de miracle car cette forme de visa ne se donne plus.

- Nous avons reçu la visite de deux groupes français, l'un avec Daniel Maurin et l'autre avec Jean-Yves Leloup.

- La samyam saptah aura lieu du 6 au 13 novembre. Mieux vaut réserver pour ceux qui voudraient résider à cette époque au Centre International; le Centre n’a pas encore la liaison téléphonique, mais en cas de besoin on peut téléphoner à l'ashram :19 91 133 42 65 75

- La pleine Kumbha-Mela d'Hardwar, où l'on attend une dizaine de millions de personnes, commencera progressivement à partir de mi-janvier pour battre son plein à partir de Shiva-Ratri (fin février environ) et atteindre son maximum pour Mesh Sankranti, le 13 avril. Les trustees du Centre international ne sont toujours pas décidés pour savoir s'ils doivent prendre des réservations pour cette période.

 


ABONNEMENTS

 

Pour les nouveaux souscripteurs, l'abonnement est de 40 Frs et va du prochain numéro jusqu'à l'automne 98 inclus. Chèques à adresser à l'ordre de Jacques Vigne à Mme Vigne 95 rue J.Dulud 92200 Neuilly

 

 

 

 

JAY MA n°46

PAROLES DE MA

 

(A propos de la prière) : 'jitna bhav, itna labh' 'tel est le sentiment, tel est le bénéfice'.

***

Tout ce qui existe n'importe où en ce monde, que ce soit les arbres ou les plantes, les insectes ou les reptiles, ou tout autre être vivant, leur naissance est en fait votre naissance, et leur mort est en fait votre mort. Au niveau où tout est contenu en vous et vous êtes présents en tout, il y a seulement le Un.

***

Guru signifie 'gurutva', la pesanteur, la gravité qui est attachée au Divin. Lui seul est guru, ou uniquement celui qui Le connaît. L'initiation signifie que c'est uniquement le guru ou la divinité d'élection qui se manifeste, car le mantra, le guru et la divinité, tous ne font qu'un.

***

Qui est guru? Non seulement le père et là mère mais aussi celui auprès duquel nous obtenons une connaissance sur des sujets secrets (gur). Tous ceux-ci sont gurus. Celui qui nous indique un tant soit peu le chemin est aussi guru.

***

Poursuis la pratique du Nom en l'associant à la respiration. Cet exercice induit un état de stabilité dans le mental. De plus, ce souffle (prâna) qui est en nous recouvre le monde entier. Quand on pénètre au coeur de cette grande expérience (mahan bhav), c'est cette source elle-même qui nous attirera à elle. Essaie d'arriver au moment où tu plonges dans cette source.

***

Il faut empêcher le 'renforcement' ('khurak' signifie la nourriture mais aussi la dose de médicament ou le rappel de vaccin) de la tendance à l'extériorisation vritti) et favoriser le renforcement de la tendance à l'intériorisation. En effet, les tendances que vous renforcez deviendront un jour si puissantes que vous ne pourrez plus les arrêter. Ce sont elles qui vous mettront dans un état d'impuissance, c'est pourquoi on dit qu'il faut décourager l'extériorisation et renforcer l'intériorisation.

***

Certes, c'est le monde, c'est pour cela qu'il y a des difficultés, quand on va vers le monde on est obligé d'avoir des difficultés. Savez-vous ce que sigifie aller vers le monde? Cela revient, après s'étre blessé, à ouvrir encore plus la plaie. D'autre part, aller vers Dleu signifie mettre un pansement sur cette plaie. C'est le lien même avec le monde qui est source de difficulté...Le samadhi aussi est un stade : quand vous faites une longue route, vous sentez de vous arrêter un peu pour prendre du repos, Mais une fois que vous êtes arrivés à la maison, que vous êtes à l'étage ou sur le toit, vous n'avez plus besoin de vous reposer; la question de détente et de fatigue ne se pose plus.

***

Vous n'avez pas le droit de dire 'c'est Dieu qui fait tout, il est présent en tout lieu'. Il arrive un état où l'on expérimente vraiment qu'il fait tout, qu'il est avec vous partout. Tout ce que vous dites vient d'une connaissance livresque ou par ouie dire.

***

Sans une forme divine (sakar), vous ne pouvez aller vers le Sans-forme (nirakar). On va vers le Sans-forme en passant par l'intérieur de la forme. De même, nous allons au Gange en passant par un chemin, c'est à dire par une forme; en suivant celui-ci, on parvient au fleuve. A ce moment-là, la forme ne tient pas plus que la boue sur les pieds. Et puis quand on sort de là, regardez! Tout est Cela, que ce soit la forme ou le Sans-forme.

***

 


 

QUESTIONS A VIJAYANANA

  

Q : Est-ce qu'on peut considérer la colère comme une drogue? Comment la dépasser?

V : Le mécanisme psychologique de la colère est le suivant : le point de départ est toujours une sensation pénible venant de notre corps qui nous met mal à l'aise. La tendance instinctive est de nous en libérer au plus vite et de revenir à un état d'euphorie. Ces sensations ne sont pas en général dans la conscience claire, et le mental cherche une cause dans le monde extérieur à laquelle il pourrait attribuer ce malaise, et en détruisant cette cause, il espère retrouver son équilibre. Survient tout à coup un individu qui vous insulte ou se conduit d'une manière grossière. ça y est! C'est lui, la cause de mon malaise!

Le mental fait alors appel à cette énergie de base toujours présente dans le muladhara et la transforme en une force destructrice qu'on appeIle colère. Il la dirige vers l'ennemi. Le malaise étant projeté vers l'extérieur disparaît du champ de conscience clair. L'énergie libérée momentanément lui donne une impression agréable de puissance, mais quand la crise de colère est passée, elle est remplacée par une dépression et l'état de malaise redevient conscient.

Une autre crise de colère et le même processus a lieu. Il se crée donc une association d'idée entre les malaises et la colère qui les soulagent pour un moment. II y a alors chez certaines personnes une addiction aux crises de colère où ils trouvent une euphorie relative et une impression de puissance. Naturellement, il y a tout le mauvais karma qu'on a créé dans ces colères et qu'il faudra payer par d'autres souffrances. Comment se guérir de la colère? Tout d’abord, bien prendre conscience du mécanisme de projection d'une sensation pénible vers un objet extérieur. Et aussi comprendre tout le mal qu'on fait aux autres et à soi-même quand on se met en colère. La colère, comme disent les Ecritures, est une des portes de l'enfer.

Q  :Quel est le rapport du mariage et de la vie spirituelle?

Pour ceux qui veulent atteindre le sommet de la voie spirituelle (moksha, nirvana, illumination, Réalisation du Soi), une chasteté parfaite est indispensable, mais ceux qui veulent et peuvent atteindre cet état sont très rares. La voie du célibat est donc une voie d'exception. C'est pourquoi les grands sages ont établi et enseigné des voies progressives qui permettent à la personne ordinaire d'aller d'étape en étape, jusqu'à ce qu'elle ait assez de maturité pour aborder le grand problème qu'est la découverte de la Réalité suprême, et le mariage est une de ces étapes. L'énergie sexuelle chez l'être humain commun doit être canalisée, puis être sublimée et divinisée. Les rapports entre un homme et une femme font partie de la nature, mais de la nature grossière (la prakriti inférieure). Il existe un niveau où cette union se fait au niveau de la pure conscience sans contact physique. Dans le mariage physique l'homme doit considérer sa femme comme un aspect de la Mère divine, et la femme doit voir dans son mari le Divin masculin. Ainsi pourra se développer un rapport d'amour et de respect mutuel qui pourra les préparer au véritable amour qui est impersonnel. Et les rapports sexuels doivent être aussi rares que possible afin de conserver une précieuse énergie qui pourra les aider à atteindre le Suprême quand le moment sera venu.

Q : Dans les pays riches comme la France et La Suède, le taux de suicide est beaucoup plus élevé qu' en Inde; Pourquoi cela?

V : La personne qui se suicide le fait pour échapper à la souffrance soit physique soit le plus souvent mentale. Une personne qui va se suicider (à moins que ce soit un aliéné mental) a longuement réfléchi avant de prendre cette décision. Ce sont en général des athées nourris par la philosophie existentialiste qui pensent qu'après la mort c'est le grand néant. Ce type est commun en Occident; en Inde, les véritables athées sont trés rares. Chaque hindou a quelque part dans son subconscient la croyance en un Pouvoir divin ou au moins que chaque action produit un karma, qu'il y a des vies futures conditionnées par les actes que l'on fait. Le suicide est considéré comme un crime, et il est censé produire des renaissances très fâcheuses. Le suicidé, dit-on, devient un preta, un fantôme très misérable qui a toujours faim et soif et a une bouche trop petite pour satisfaire ses besoins. Quand ces croyances vous ont été inculquées dès l'enfance, on réfléchit à deux fois avant de mettre fin à sa vie.

Q : Vous dites que si les bhaktas de Ma avaient eu plus d'intensité, elle aurait pu rester plus longtemps dans son corps; pourtant, quand on voit des films de bhajans en sa présence, n'avait-on pas l'impression qu'ils avaient beaucoup d'enthousiasme pour chanter avec elle?

La vidéo que vous avez vue et entendue ne représente qu'un court moment d'enthousiasme. Ce qui est important, c'est la conduite dans la vie de tous les jours : la droiture, l'honnêteté et surtout la sincérité dans la recherche de la Vie divine.


EXTRAITS DU JOURNAL DE DIDI

 

12 juin 1959

Un fidèle arriva avec son épouse et sa belle-fille. C'était une personne qui était vanaprasthi (le stade intermédiaire entre la vie de famille et le sannyas); sa belle-fille elle aussi avait l'intention d'embrasser ce type de vie. Elle semblait être dans un état particulier; en tout cas, son beau-père ne tarissait. pas d'éloges à son propos. Il disait que leur Gourou qui vivait à Bénarès avait déclaré, en la voyant, qu'elle avait un niveau spirituel élevé. Il désirait connaître l'opinion de Mataji à ce propos.

Ma demanda à la jeune femme :'Quelles sont tes expériences quand tu médites?' Elle répondit :'Tout d'abord, je sens une félicité intense, et à la fin de même' répliqua-t-elle, ' et rien du tout entre les deux'.

Mataji expliqua au beau-père :'C'est encore un stade élémentaire. Vous pouvez le comprendre de vous même : tant que le mental-ego persiste, il ne peut y avoir de samadhi. Néanmoins, on peut dire que son mental et son corps ont atteint un certain degré de calme. Quant elle dit 'Ensuite, rien du tout ' qui est celui qui expérimente tout cela ? C'est le mental individuel qui est actif, il n'y a pas de Samadhi.

Après quelque temps, Mataji poursuivit :'Quelqu'un d'autre vint aussi à ce corps, en déclarant qu'il n'avait plus aucun intérêt dans quelque travail ou occupation que ce soit, puisque son esprit était absorbé en samadhi et que son pouvoir de Kundalini s'était éveillé. En parlant, il utilisait fréquemment les mots 'je' et 'le mien'. II a eu l'occasion de comprendre juste à ce moment-là qu'on ne pouvait parler de samadhi tant qu'il y avait 'je' et 'le mien'. Dans le samadhi réel, rien de tout cela ne survit. Regardez, la mangue qui est mûre sur l'arbre n'appelle pas à grand cris :'Je suis mûre, venez et prenez-moi!' Si personne ne la cueille, elle tombe d'elle-même sur le sol. Voyez-vous la beauté de cela? Elle retourne à la place même d'où elle est venue.'

Extraits du Volume VI (traduction anglaise parue cette année)

10 décembre 1937

Ma poursuivit 'Le coeur est le siège de toutes les expériences, heureuses ou malheureuses. C'est en fait l'asana (siège et aussi tapis pour la méditation) de Dieu lui-même. Si la personne à laquelle l'asana appartient n'y est pas assise, on ne peut obtenir de paix permanente. Si on y installe une autre entité, cela ne peut mener qu'à l'inquiétude et l'instabilité, car elle ne sera pas capable de maintenir le caractère sacré du pur asana. Cela aboutit aux allers et retours (de naissance en naissance). C'est pourquoi il est particulièrement avantageux pour nous d'installer Celui auquel l'asana appartient de droit.

Il est en fait toujours assis sur cet asana et le but de notre sadhana est d'essayer de Le manifester. Quand ceci arrive, nos conditionnements (samskaras) liés à la notion d'individualité disparaissent, on atteint le chakra situé entre les sourcils et la forme brillante avec tant de couleurs s'épanouit.

Ma rit et dit, 'Savez-vous ce que j'ai vu? C'était comme un système d'irrigation, quand vous versez l'eau dans un canal, elle s'écoule par d'autre canaux jusqu'à un grand réservoir éventuellement qu'elle remplit, et tout ceci naturellement. De même qu'un fleuve s'écoule vers l'océan, de même c'est la règle que la kundalini shakti aille seulement vers le haut à partir du muladhara d'une place à l'autre, progressivement, du premier. chakra au second, etc jusqu'au moment où elle atteint le sahasrara."(p.5)

Après un long intervalle sans kriyas (manifestations visibles de l'extase), Ma de nouveau rentra en transe pendant un kirtan. Jyotish Dada (Bhaiji) lui demanda :'On dit que certains kriyas sont apparus pendant une phase précédente de votre existence, et ensuite il y a eu de grands changements dans votre état. Pourquoi donc ces kriyas reviennent-ils maintenant ?' Ma répondit : 'Vous pouvez poser ce genre de questions, mais savez-vous ce qui arrive à l'intérieur d'un sadhaka? Chaque état est remplacé par un autre et un progrès régulier s'ensuit; mais dans le cas de ce corps tout est différent, c'est pourquoi tout apparaît sens dessus-dessous et l'écoulement se fait au hasard. Il se peut qu'à vos yeux un kriya associé avec un état très élevé se manifeste dans ce corps et que plus tard, vous observiez un kriya plus ordinaire. Dans ce corps, il n'y a rien d'élevé ou de bas. Quelque soit le besoin de vous, les gens, à un moment donné, ce corps agit en fonction pour y répondre.

Je posais la même question que Bhaiji plus tard; et Ma me répondit de façon similaire; quand je l'interrogeais sur l'éclat de son corps, elle dit : 'Savez-vous ce que j'ai observé à certains moments? C'était comme si ce corps était la lumière personnifiée; et l'endroit où je me trouvais était inondé par la même lumière.'

Ma s'est réveillée aujourd'hui à environ dix heures. On a lavé son visage et ses mains. Elle s'assit sous un arbre et je m'assis auprès d'elle. Après avoir entendu dire qu'elle était arrivée, de nombreuses personnes vinrent pour lui présenter leurs respects (littéralement : 'prendre la poussière de ses pieds) et lui faire pranam. J'étais en conversation avec elle. Nous en vînmes à parler des shastras (écritures sacrées). Ma dit :'Savez-vous ce que sont les shastras? 'sva astre', cette arme (astra) qui peut couper les liens qui attachent au monde.' Ensuite on en arriva à la question de savoir quelle était la signification du mot 'shishya' (disciple) Ma dit :'Sva, Éva, c'est à dire établir sa personnalité réelle, expliquer la nature véritable qui est indivisible, c'est à dire la révéler. 'Shasya' signifie semer une graine et cultiver une plante (shasya). Cela revient à planter une graine, faire pousser la plante et révéler la nature du fruit.' En entendant tout ceci de la bouche de Ma, un chant me revint à l'esprit :

'Mon re krishi kaj ja no na.

Emon manob jomin roilo potit

abad korle pholto shona.'

c'est à dire : 'O mental, tu ne connais pas l'art de la culture. Ce terrain excellent d'une naissance humaine est en jachère. Si tu le labourais, il produirait de l'or.' Nous allâmes nous coucher vers deux heures du matin.

 


LA RECONNAISSANCE DU SEIGNEUR

 

Pratyabhijrna, ou la reconnaissance du Seigneur, est une notion centrale du Shivaïsme du Cachemire, une école qui a d'abord été illustrée par Utpaladeva (cf ses hymnes à Shiva, un bel exemple de dévotion débouchant sur la non-dualité, publiées par A.Maisonneuve) puis s'est épanouie avec Abhinavagupta (Xe-XIe siècle). Ce dernier a écrit un commentaire (vimarsini) sur des versets d'Utpaladeva à ce sujet. Colette Poggi nous a envoyé des pages de sa thèse de doctorat en philosophie où elle traduit ce texte; nous reproduisons les derniers versets de l'ouvrage. Colette, une lectrice de Jay Ma, vient de retravailler ce texte pour la collection 'La Pléïade' qui prépare une publication sur les philosophes indiens. Ceux qui veulent en savoir plus sur Abhinavagupta peuvent se référer aux ouvrages de Lilian Silburn (Paramarthasara chez de Boccard par exemple). L'histoire classique qui illustre la reconnaissance du Divin est celle du prince qui est enlevé bébé par des voleurs. Quand il est adolescent, les ministres du roi le retrouvent élevé par une famille pauvre dans la forêt. Pour ne pas le choquer, ils ne lui disent rien mais l'engagent au palais dans un emploi peu élevé, puis petit à petit le font progresser jusqu'à ce qu'il devienne le serviteur particulier du roi; à ce moment-là, il est devenu mûr pour la 'reconnaissance' et ils lui révèlent la vérité.

 

Verset 1 (d'Utpaladeva) : Seul le Seigneur suprême et unique est le Soi intime de tous les êtres vivants, il est pleinement imprégné de cette prise de conscience exempte de dualité "Je suis l'essence universelle ! ''

verset 15 : Ayant acquis une parfaite conscience du Soi, de ses énergies de connaissance et d 'action, les ayant reconnues identiques à son propre soi, ainsi cet être réalisé agit à son gré et connaît tout ce qu'il désire.

Sachant que le Soi a pour essence Shiva, que les énergies de connaissance et d'action se ramènent en fait à sa liberté suprême, et que celle-ci ne fait en fait qu'un avec Lui, il réalise qu'il est le Soi, et non tel principe qu'évoquent les Kanadas.. Il prend conscience que les énergies. de connaissance et d'action ne sont pas distinctes du Seigneur. Se consacrant alors de tout son Coeur à l'absorption (samavesha) il est capable de faire et connaître tout ce qu'il désire, alors, même qu'il est lié à un corps. Celui qui cependant n'adopte pas cette attitude est délivré de son vivant, mais ne devient le Seigneur suprême qu'une fois la mort venue.

Même si l'expérience personnelle (svapratyaya) tient dans ce domaine une place importante, on considère néanmoins que (la transmission de) l'enseignement, sauvegardée par la lignée des maitres (guruparampara) doit venir confirmer celle-ci; l'intelligence des traités (shastradrishti) a été ainsi considérée comme critère essentiel de qualification (adhikara) dans le livre des Agamas (écritures sacrées shivaïtes du Moyen Age). Cet enseignement se fonde donc à la fois sur le maître, les traités et sa propre expérience. L'auteur indique ainsi quelle est, dans cette école, la lignée des maîtres.

Verset 16 - Ainsi cette nouvelle voie est aisément praticable; je la révèle ici telle qu'elle fut naguère évoquée par notre vénéré maître dans le traité intitulé 'La vision de Shiva' (Shivadrishi). Quiconque, de ce fait, s'engage sur ce chemin et se reconnait soi-même créateur de l'univers parvient à la réalisation (siddhyati) sitôt qu'il pénètre le domaine indifférencié qu'est l'état de Shiva (shivata).

Voie méconnue, enfouie au coeur de tous les textes sacrés, et de ce fait restée secrète, cette (approche) toute nouvelle (abhinava) apparaît aisée car dénuée des tourments (klesha) liés aux pratiques internes et externes telles que le contrôle du souffle (pranayama), etc...C'est ainsi que l'évoque l'excellent et illustre maître Somananda dans son traité intitulé 'Vision de Shiva'. Et nous avons tenté, tout au long de cet ouvrage, de mettre en lumière le contenu de son enseignement, chassant les doutes et repoussant les objections émises à son encontre par les protagonistes des autres systèmes. En vérité, la teneur de cet enseignement trouve un écho favorable auprès de maîtres divers, en de nombreux textes sacrés, et se vérifie également à l'épreuve de notre expérience personnelle! (Fort de cette foi en notre traité) l'aspirant fervent focalise toute l'énergie de la conscience sur le sens de ses propos, et réalise qu'il détient en soi la souveraineté (aisvarya) caractérisée par l'efficience cosmique (vishvakartritva); grâce à cet élan d'adhésion totale et à travers cette prise de conscience (paramarsha) il devient libéré-vivant (jivanmukta) et le Seigneur Shiva en personne. Voici à ce propos quelques versets du maître extraits de la Shivadrishti :

''Lorsqu'on sait, grâce à une conscience (pratipati) inébranlable, l'essence de Shiva présente en tout ce qui existe, à quoi bon avoir recours à la contemplation (bhavana) ou à tout autre moyen? Sitôt l'or connu, a-t-on encore besoin de l'évoquer (bhavana) ou de quelqu'autre investigation? Cette connaissance-là, en effet, est irréfutable, à l'image de celle que nous avons de nos parents!"

Ayant ainsi réalisé son identité à Shiva, si l'on demeure à jamais imprégné de cette réalité et que l'on y plonge la triade complète composée du corps et du souffle, de l'intellect et du vide (shunya, cad le monde des objets non-sensibles), ou bien deux sinon un seul de ces éléments, on a alors accès à l'intégralité des pouvoirs surnaturels (vibhuti) et même au suprême (parivibhuti)

Verset 17 - Même si elle se tient auprès de ce bien-aimé dont elle a enfin gagné la faveur au prix d'infinies prières, cette présence ne comblera pas de joie celle qui l'attend aussi longtemps que cette jeune femme ne l'aura pas reconnu d'entre les hommes ordinaires !

Ainsi, à l'image de ce héros dont les vertus passent inaperçues, le Seigeur universel, essence de toute chose, n'apparaît pas dans sa gloire innée.

Une jeune femme sent grandir en elle un puissant amour pour un héros dont elle a appris les (merveilleuses) qualités. Pleine de désir pour lui, aspirant par-dessus tout à le rencontrer, elle se montre impuissante à maîtriser les élans de son coeur; nuit et jour, elle implore les dieux, demande des messagers qui emportent vers l'aimé ses lettres et lui révèlent le trouble profond qui la tourmente. Elle ne quitte plus le seuil de sa demeure, et son corps de jeune liane, éprouvé par un éloignement trop cruel, se dessèche. Mais cédant enfin à ses prières et à son désir, voici que ce héros soudain se tient devant elle; mais bien qu'elle regarde son bien-aimé, elle ne le distingue aucunement des hommes ordinaires, car elle n'emprunte pas la voie de la prise de conscience (paramarsha marga) (qui lui révèlerait) l'excellence de ses qualités. Ainsi sa vision, bien qu'effective, ne comble pas son coeur!

Il en va de même pour le Seigneur, Soi universel, car, bien qu'il resplendisse sans trêve, ce rayonnement (nirbhasana) ne comble pas de plénitude le coeur des hommes. Ils ne réalisent pas en effet que ce Soi détient la souveraineté ultime (paramaishvarya) caractérisée par sa propre énergie de connaître, d'agir, etc... Dénuée d'obstacles et universelle; de même, tout ce qui existe, jarre, etc..., brille (non distinct du Soi).

Mais, lorsque soudain, sur une parole (du messager) ou par la reconnaissance d'une caractéristique du héros ou à l'aide d'un autre moyen peut-être, la jeune femme prend enfin parfaitement conscience des qualités éminentes du héros (qui se tient devant elle) comme étant celles-là mêmes de son bien-aimé, alors en un instant cette subite réalisation fait s'épanouir son coeur et la comble de plénitude. Ainsi, grâce au plaisir renouvelé de l'union, elle accède à la quiétude et aux autres (saveurs de l'apaisement).

De même, lorsque dans son coeur on identifie son propre soi à la sublimité de Seigneur suprême grâce à la parole du maître, ou la reconnaissance (abhijnana) de traits caractéristiques (qui lui sont propres telles) les énergies de connaissance et d'action etc, alors survient à cet instant la libération dans la vie (Jivanmukti) qui est la plénitude même. Par la saveur réitérée de l'absorption (samavesha), l'on accède aux pouvoirs divins (vibhuti). Seule la reconnaissance du Soi est donc à l'origine des perfections surnaturelles (siddhi), inférieures et supérieures.

Ce traité (shastra) est un bienfait ineffable accordé à tous les hommes car il offre le fruit suprême (mahaphala). Souhaitant éveiller chacun

à la reconnaissance et éveiller la confiance envers cette voie par la remémoration des qualités éminentes qui en résultent, ainsi que du nombre important d'êtres pleinement réalisés (prasiddha) qui l'ont empruntée,l'auteur cite le nom de son père en conclusion :

verset 18 - Voici la Reconnaissance du Seigneur, composée par Utpaladeva, fils d'Udayakara, afin que chacun accède sans effort (ayatna) à la Réalisation (siddhi, avec ses deux sens de pouvoirs surnaturels et de Réalisation complète).

Traduit du sanskrit par Colette Poggi

 


LE MARCHAND ET SES TROIS FILS

Conte du sud de l'Inde

 

Il était une fois un marchand qui avait trois fils. Sentant sa fin prochaine, il appela et leur dit : je lèguerai mon commerce à celui d'entre vous qui saura le plus faire preuve d'intelligence. L'épreuve consiste à remplir complètement une pièce en dépensant le moins d'argent possible.

Le premier fils remplit une pièce entièrement de coton : lorsqu'il ouvrit la porte, le père ne fut pas convaincu. Le second fils en remplit une autre de paille, qui tomba sur la tête du père quand ce dernier ouvrit la porte; il ne fut pas non plus convaincu. Le troisième fils ramassa sur le bord de la route un tesson de poterie et un bout de ficelle, acheta pour un dixième de roupie d'huile, constitua une petite lampe et l'alluma au milieu de la chambre obscure, si bien qu'elle était remplie de lumière quand le père en ouvrit la porte. Ravi, le vieil homme confia son héritage au troisième fils.

 


 

LA COMPASSION DE MA A TRAVERS SA CORRESPONDANCE

(Raconté par Rajat Rumar Narayan le soir de Guru Purnima)

 

Rana Gosh, le fils de Shailen Gosh, un ancien fidèle de Ma très connu à Calcutta, partait faire des études en Occident pour environ deux ans. Au moment de prendre la bénédiction de Ma, celle-ci lui dit 'Ecris-moi toutes les semaines.' 'Ma, je vais sans doute être à court de choses intéressantes à raconter!' 'Ce n'est pas grave, parle-moi de ta vie, de ce que tu penses, de ce que tu manges, dis-moi ce que tu veux mais écris-moi toutes les semaines.'

Et la chose étonnante, c'est que Ma lui a aussi répondu toutes les semaines, ce qui fait que Rana a une collection d'environ 108 lettres dictées par Ma. L'autre chose étonnante était que lorsqu'une réponse de Ma 'arrivait', c'est à dire environ trois semaines après avoir été écrite, il y avait dedans la solution de problèmes qu'il se posait au moment même ou dans les jours juste précédents. Maintenant encore, il reprend ces lettres de Ma et trouve des solutions à ses problèmes actuels.

En 1981, ma mère (elle-même la fille de Bajaj, qui a connu Ma, était trésorier du Congrès et parmi les proches de Mahatma Gandhi) avait 65 ans environ. Sa santé n'avait pas été bonne dans les années précédentes, et elle a fini par avoir une occlusion intestinale à cause d'adhérences dues à une tuberculose de la région. C'était une urgence chirurgicale, on a ouvert l'abdomen, retiré cinq litres de liquide d'ascite, vu qu'on ne pouvait pas opérer l'intestin lui-même qui était trop atteint, et on a refermé. A ce moment-là, Ma était à Naimisharanya où il n'y avait pas de téléphone. J'ai quand même réussi à joindre un opérateur qui habitait à trois kilomètres de là où se trouvait Ma et qui a été faire la Commission à Bhaskarananda. Ma a répondu un télégramme où elle disait comme à son habitude dans ces cas-là :'Faites le meilleur traitement et priez Dieu.' Peut-être avait-elle ajouté 'Tenez-moi informée'. Pendant les vingt jours post-opératoires où l'état de ma mère restait grave, j'ai envoyé à Ma un télégramme quotidien. Cinq jours après l'intervention, les intestins ont recommencés à fonctionner, les médecins ont dit que c'était un miracle, et finalement elle s'en est sortie. Elle est toujours bien vivante et va fêter ses 80 ans le mois prochain.

Ma, j'ai entendu dire qu'il est nécessaire de tester le Guru et que le disciple doit aussi être testé par le Guru. Avant même que la question ait été complètement énoncée, Ma répliqua 'Savez-vous comment c'est? C'est exactement comme on examine le gendre avant de lui donner la fille en mariage. Une fois que le mariage est célébré, on est supposé ne plus poser de questions'.

 


 

ENTRE REVE ET REALITE

Pensées extraites du Yoga-Vasishta

Introduction

Le Yoga-Vasishtha est un texte médiéval indien qui présente l'enseignement du sage (rishi) Vasishta à Rama adolescent, celui-ci étant un avatar, c'est à dire une descente du divin venue sur terre pour rétablir la loi juste, l'ordre du monde (dharma). Il est intéressant de noter qu'en Inde, même des avatars comme Rama et Krishna jouent le jeu du disciple pour s'adapter à la société et à la culture dans laquelle ils sont venus.

La première partie de l'ouvrage est une longue réflexion de l'adolescent Rama frappé par l'absurdité de l'existence, et se mettant à chercher un sens. Par son discernement aigu, il développe un intense sens du détachement. Il conclut en demandant à Vasishtha qui l'écoutait avec toute la cour :'Qui sont ces héros qui le sont libérés de l'illusion? Et quelles méthodes ont-ils adopté pour se libérer? Si vous considérez que je suis ni compétent, ni capable de comprendre cela, je vais jeûner jusqu'à ce que mort s'ensuive." (I, 31) Vasishtha et toute la cour louent l'intensité du jeune prince, et à partir de là commence l'enseignement à proprement parler.

Une ides fondamentale du texte, c'est que le monde est un rêve, et que seule la Conscience absolue peut être considérée comme réelle. En philosophie, on appelle ce point de vue le subjectivisme absolu. Cette doctrine est directement influencée par l'école bouddhiste du vijnanavada. C'est en quelque sorte une exagération du védanta classique de Shankarâcharya, qui ne va pas jusqu'à dire que tout est rêve, mais qui dit simplement qu'on ne peut affirmer formellement ni l'existence, ni la non-existence du monde tel qu'il nous apparaît. Pour le sage, cette question reste comme en suspens. Au départ, le chercheur spirituel est influencé par le matérialisme environnant, et cette méditation consistant à voir le monde comme un rêve est une étape permettant de le déconditionner de cette influence. Si un carton est plié dans un sens, on le plie complètement dans l'autre sens pour que finalement il redevienne droit.

Cet enseignement non-dualiste est considéré dans la tradition indienne comme le couronnement de toute une évolution qui passe par la pratique des rituels, une vie religieuse et le plus souvent l'expérience durant de nombreuses années de la dévotion à un Dieu personnel. Il s'agit d'un enseignement élevé, nécessitant en pratique une préparation pour être réalisé. Cependant, une vision intellectuelle claire du but non-duel de l'évolution intérieure est une grande aide même pour le débutant.

L'enseignement est illustré par nombre d'histoires à tiroir où le héros s'endort au cours d'un rêve, et fait un autre rêve où il revient à la réalité de départ, sans plus trop savoir où il en est. Tout ceci a pour but d'assouplir notre croyance dogmatique et quasiment jamais remise en question en la réalité de l'apparence du monde extérieur. Pour le Yoga-Vasishtha, l'étre libéré (jivan-mukta) est celui qui peut agir tout en gardant un état de sérénité et d'unité intérieure comme, s'il était en état de sommeil profond.

Comme dans le zen, le Yoga-Vasishtha insiste sur la nécessité d 'aller au-delà du corps et du mental. Le méditant avancé qui y réussit peut alors avoir une expérience trés positive de ces deux niveaux, qui deviennent des serviteurs obéissants pour celui qui sait comment les prendre. Nous citons ci-dessous un beau passage sur le sage considéré comme roi de son propre corps.

Voir le monde comme un rêve a été source de sagesse et d'inspiration non seulement pour l'Orient, mais aussi pour l'Occident, bien que de façon moins systématisée philosophiquement et mystiquement parlant. Nous pouvons citer par exemple ces réflexions de Clotaldo extraites de 'La vie est un rêve' de Pedro Calderon de la Barca (1600-1681), le célèbre dramaturge madrilène : "Et qu'arriverait-il si notre vie à l'état de veille, comme notre sommeil, n'était qu'un rêve dans cette vie éternelle à laquelle nous ne nous éveillerons qu'au moment de nous endormir dans la mort?"...."Et toute cette scène de théâtre de note vie sur terre, où nous semblons être des acteurs si occupés, et les rôles que nous jouons ne sont pas plus substantiels que l'ombre d'une ombre, et le fait de rêver n'est qu'un rêve dans le rêve!"(Acte III)

Les extraits ci-dessous ont été traduits de l'édition anglaise de Swami Venkatesananda (Divine Life Society, Rishikesh). C'est une version semi-abrégée, en 750 pages, du texte sanskrit oiginal.

Quand l'esprit est en paix et que le coeur va d'un bond jusqu'à la vérité suprême, quand toutes les vagues de pensées gênantes qui agitent la substance mentale se sont apaisées, qu'il y a un flot de paix ininterrompu et que le coeur est empli de la félicité de l'Absolu, quand on a vu de cette façon la vérité dans le coeur, ce monde même devient une demeure de félicité.(II,12)

Celui qui n'est pas affecté par les autres tout en vivant au milieu d'eux, qui n'a ni excitation ni haine comme quelqu'un pendant le sommeil, celui-là a atteint le Contrôle de soi.(II,13)

Même les paroles d'un jeune garçon doivent être acceptées si ce sont des paroles de sagesse; si elles n'en sont pas, rejette-les comme de la paille, fussent-elle prononcées par Brahman le créateur lui-même.(II,18)

Ce n'est pas faire preuve de sagesse que de déclarer la vérité ('Brahman seul est réel') à l'ignorant. En effet, la réalité de l'apparence du monde qui a pris profondément racine dans le coeur de l'ignorant, ne sera pas dissipée si ce n'est par un questionnement profond à propos du sens des Ecritures.(IV, 31)

Ne sois pas mené par les autres; seul les animaux sont menés par les autres. Réveille-toi du sommeil de l'ignorance. Réveille-toi et bats-toi pour mettre fin à la vieillesse et à la mort.(IV,32)

La non-reconnaissance de l'existence de la paix suprême dans le coeur et la croyance a priori en la réalité de facteurs en faits imaginaires, tout cela est né d'une connaissance imparfaite et de la logique pervertie qui en résulte. (II, 20)

Pour l'ignorant, ce corps est source de souffrance; mais pour celui qui est éveillé, ce corps est la source d'une joie intense et infinie. Tant que le corps existe, le sage en retire un grand plaisir et la joie de l'éveil, et quand le compte de ses jours touche à sa fin, il ne considère pas du tout cela comme une perte. Puisque c'est par le corps que le sage fait l'expérience des différents sens et gagne l'affection et l'amitié des autres, c'est pour lui une source de bénéfice. Tant qu'il demeure dans cett cité appelée corps, l'être éveillé règne avec bonheur, à la manière d'Indra le roi des cieux dans sa capitale...Celui qui habite un corps entre légèrement en contact avec celui- ci tant qu'il dure, mais n'est plus touché par lui quand il s'en va, de même que l'air touche un vase qui existe, et non pas un qui n'existe pas... De même que si vous savez que quelqu'un est un voleur et que vous êtes en rapport avec lui en tenant compte de cette information, il peut devenir votre ami, de même quand vous profitez des objets extérieurs en connaissant leur vraie nature, ils vous procurent de la joie. Le sage qui a dépassé tous les doutes et dans lequel il n'y a pas d’image de soi règne suprême dans le corps.(IV,23)

Pour le sage, le mental est un serviteur obéissant, un bon conseiller, un maître des sens compétent, une femme agréable, un père protecteur et un ami fidèle. Il le pousse à faire de bonnes actions.(IV, 24)

Tel l'effort, tel son résultat, ô Rama; c'est ce que signifie l'effort qu’on fait

Par soi-même sur soi-même et on l'appelle aussi destinée ('daiva'; qui peut également signifier ‘dieu’). Quand ils sont en proie à la souffrance, les gens se mettent à pleurer 'Malheur ! Quelle tragédie!' 'Hélas, voyez quel est ma destinée!', les deux signifiant la même chose. Ce qui est appelé destinée ou volonté divine n'est rien d'autre que l'action ou l'effort du passé. Le présent est infiniment plus puissant que le passé. Il sont en fait stupides, ceux qui sont satisfaits avec les fruits de leurs efforts passés (qu'ils considèrent comme la volonté divine) et ne s'engagent pas dans un effort sur eux-mêmes dans le présent...Le sage doit bien sûr savoir ce qu'on peut obtenir par l'effort, et ce qu'on ne peut pas...Rama, ce sage Vishvamitra est devenu un Brahmarishi par l'effort; nous tous (les autres rishis, les sages à l'origine de l'hindouisme) avons atteint la connaissance de nous-même par l'effort seulement. C'est pourquoi, renonce au fatalisme et fais effort. L'effort spirituel est rendu en sanscrit par 'purusharta' qui signifie aussi ' le but de l'homme ', et éventuellement 'la richesse de l’homme’.(II, 6, 8)

Celui qui voit que le plaisir et la douleur se chassent et s'annulent l'un l'autre retire de cette sagesse le contrôle de lui-même et la paix. Celui qui ne voit pas cela dort dans une maison en flammes.(II,13)

L'Un ne devient jamais multiple, ô Rama. Quand de nombreuses bougies sont allumées successivement l'une à partir de l'autre, c'est la même flamme qui brûle en chacune d'elle; de même, le Brahman unique semble être multiple. Quand on contemple l'irréalité de cette diversité, on est libéré de la souffrance.(lII, 66)

(Vasishtha raconte l'histoire d'une femme démon, Karkati, qui après un certain temps se retire dans l'Himalaya, tourne complètement son attention vers l'intérieur et obtient la Réalisation. Il en fait l'éloge en ces termes) : 'Elle a atteint la connaissance directe de la cause suprême de toute chose, de la cause sans cause par son propre examen de l'intelligence au-dedans d'elle même. ô Rama, il est certain qu'une recherche directe dans les mouvements de pensée de sa propre conscience ne représente nul autre que le guru ou le précepteur suprême.(III, 75)

(Comme il faut quand même qu'elle se nourrisse, Karkati obtient des dieux l'autorisation de dévorer ceux qui sont réfractaires à l'enseignement de sagesse... Elle rencontre dans une forêt profonde un roi et son ministre et pose au monarque des sortes de questions de Sphinx à propos du Soi) : '0 roi, qu'est-ce qui est un et pourtant multiple, et dans lequel des millions d'univers se fondent comme les vagues dans un océan? Qu'est-ce qui est pur espace, bien qu'il ne semble pas être ainsi? Qu'est-ce qui est moi en toi et toi en moi; qu'est-ce qui bouge et pourtant ne bouge pas, qui demeure immobile bien qu'en fait il n'en soit pas ainsi; qu'est-ce qui est un rocher, bien que conscient, et qui joue des tours merveilleux dans l'espace vide; qu'est-ce qui n'est ni le soleil, ni la lune ni le feu et pourtant brille éternellement; qu'est-ce qui n'est autre que le soi à l'intérieur de chacun, mais qui pourtant n'est retrouvé qu'après de nombreuses existences d'efforts persistants et intenses ?

Qu'est-ce qui se manifeste et s'évanouit en alternance, de même que l'arbre vient de la graine et que la graine vient de l'arbre successivement.' O roi, quel est le créateur de cet univers, par le pouvoir duquel tu fonctionnes comme roi, protégeant tes sujets et punissant les méchants? Qu’est-ce qui, par le simple fait d'être vu, purifie votre vision et vous fait exister comme 'cela' seulement, sans division? O roi, pour échapper à une mort certaine, réponds à ces questionne (III, 79). Le roi répond qu'il s'agit du Soi, et il est sauvé avec son ministre.

Vashista dit: Quand deux êtres éveillés se rencontrent, leurs coeurs fusionnent dans la paix et la félicité, de même que les eaux de deux torrents se melent à leur confluent.(III, 78)

Dans l'espace de la conscience, qui est aussi minuscule qu'un atome, toutes les expériences existent, de même que dans une goutte de miel il y a l'essence subtile des fleurs, des feuilles et des fruits. De cette conscience se développent toutes les expériences, car le fait d'expérimenter est le seul expérimentateur (les deux n'étant pas différents de la conscience).(III, 81)

Le sage ne désire pas agir; et il ne désire pas non plus abandonner l'action. (III , 88)

La maladie physique ou psychique, pas plus que les malédictions ou le 'mauvais oeil', ne peuvent toucher le mental de celui qui se consacre au Soi; de même, une fleur de lotus ne peut casser en deux un rocher en tombant dessus. C'est pourquoi on doit s'efforcer avec le mental même d'amener le mental à prendre la route qui est pure.(III, 92)

Quand la conscience abandonne la recherche consistante de soi (et du Soi) et se laisse aller à jouer avec les innombrables pensées qui vont et viennent, on l'appelle conscience individuelle.(III, 96)

Quand on l'observe en profondeur, le mental s'absorbe dans son substrat, et quand il s'absorbe de cette façon, il y a la félicité suprême. (III, 97)

(Voici maintenant un conte typique du Yoga-Vasishtha, nous donnant le goût de dépasser le labyrinthe de nos formations mentales) :

"Un jeune garçon demanda à sa grandmère de lui raconter une histoire, ce qu'elle fit tandis qu'il écoutait avec grande attention :

"Il était une fois une cité qui en fait n'existait pas; y demeuraient trois princes qui étaient joyeux et pleins de valeur. Des trois, deux n'étaient pas nés et le troisième n'était pas conçu. Le malheur voulut que toute leur famille meure. Les princes quittèrent leur ville de naissance pour aller ailleurs. Incapable de supporter la chaleur du soleil, ils s'évanouirent au bout de peu de temps. Leurs pieds étaient brûlés par la chaleur intense du sable, les pointes des herbes desséchées les perçaient. Ils parvinrent à l'ombre de trois arbres, parmi lesquels deux n'existaient pas et le troisième n'était pas même planté. Après s'être reposés là pendant quelques temps et avoir mangé les fruits de ces arbres, ils reprirent la route.

Ils atteignirent les berges de trois rivières; des trois, deux étaient sèches et dans le troisième il n'y avait pas d'eau. Les princes y prirent un bain rafraîchissant et y apaisèrent leur soif. Ils arrivèrent ensuite dans une grande cité qui était sur le point d'être construite. En y entrant, ils y trouvèrent trois palais d'une beauté sans égale. Des trois, deux n'avaient pas étés du tout construits, tandis que le troisième n'avait pas de murs. Ils pénétrèrent dans le palais et trouvèrent trois plats en or; deux d'entre eux avaient été brisés, et le troisième franchement réduit en poussière. Ils saisirent celui qui avait été pulvérisé. Ils prirent 99 moins 100 grammes de riz et le mirent à cuire. Ils invitèrent alors trois hommes de Dieu pour être leurs hôtes; des trois, deux n'avaient pas de corps et le troisième n'avait pas de bouche. Une fois qu'ils se furent restaurés, les trois princes mangèrent les restes ('prasad', considéré comme nourriture sacrée). Ils en retirèrent un grand plaisir. C'est ainsi qu'ils vécurent en cette cité pour bien longtemps, dans la paix et la joie." Mon enfant, voici une légende extrêmement belle; je t'en prie, souviens-t-en toujours et tu deviendras un homme de savoir.'(III, 101)

Le mental prend la forme même de ce qu'on contemple, que ce soit un élément de la nature ou de la culture. C'est pourquoi contemple résolument, mais intelligemment aussi l'état au-delà de la souffrance, libre de tous les doutes. Le mental est capable de se maîtriser lui-même; de fait, il n'y a pas d'autre voie.(III, 112)

O Rama, abandonne le conditionnement mental qui est seul responsable pour la perception de la dualité, et demeure totalement non-conditionné. Tu parviendras alors à un niveau de prééminence vis-à-vis de tous. (III, 114)

Toute relation est réalisation de l'unité qui existe déjà; on ne la regarde comme relation qu'à cause de la croyance fausse et illusoire d'une division entre sujets et objet. En fait, il n'y a qu'un Tout, la Conscience infinie.(III, 121)

Le jeune méditant dans la forêt paraissait avoir atteint un état de quiétude totale du mental, où le jeu des pensées et contre-pensées avait cessé. Il était absolument pur, comme un cristal qui n'est pas même intéressé à refléter ce qui est autour de lui.(IV, 14)

Aussi longtemps qu'on voit ce qui est vu avec le sentiment intérieur qu'il s'agit d'objets de perception (différent de soi-même), la réalisation de Brahman est de fait bien éloignée.(IV, 18)

C'est quand on expérimente la vérité qu'on est libéré de l'illusion. Du même coup, son désir forcené pour les plaisirs s'atténue. C'est la seule preuve de sagesse. Un pot de nectar en peinture n'est pas du nectar, ni une flamme en peinture une flamme, et la peinture d'une femme n'est pas une femme : les paroles de sagesse ne sont que des mots, pas de la sagesse tant qu'elles ne sont pas concrétisées par l'absence de désir et de colère.(IV, 18)

Celui qui est empli du lait de la douceur humaine est sûrement la demeure du Seigneur Hari (Vishnou, qu'on dit reposer allongé sur l'océan de lait). (IV, 32)

Quand le mental a été purifié par des pensées et des actions pures, il adopte la nature de l'infini, de même qu'un vêtement pur prend la couleur facilement.

 Quand le mental abandonne la relation de sujet à objet qu’il a avec le monde, il est absorbé instantanément dans l'infini.(IV, 35)

 


NOUVELLES

 

- Mort de Maroni au mois d'août : Maroni était la petite fille de la soeur de Didima (la mère de Ma). Le mari de Ma, Bholonath, s'était pris d'affection pour elle et l'avait adopter. Elle avait donc été éduquée de très près par Ma, elle dormait quand elle était petite avec Ma et Bholanath. Elle était souvent à Kankhal. Au dernier anniversaire de Ma, elle avait chanté des bhajans, ce qu'elle faisait toujours avec une grande énergie. Elle avait plus de 70 ans, avait été mariée mais vivait depuis longtemps dans les ashrams de Ma. Quelques jours avant son décès subit et inattendu, elle était venue saluer Vijayananda comme elle le faisait souvent le soir en face du samadhi, mais cette fois-ci elle lui avait dit : 'Vijayananda, je vous aime beaucoup'. A la fin de sa vie, elle avait pris comme nom 'Niropa Ma' 'mère sans forme', comme si elle se préparait à quitter sa forme corporelle.

- Le Centre international a commencé à être fonctionnel début août, avec comme premiers hôtes Chantale et Jean-Luc de Plougastel en Bretagne, lecteurs de Jay Ma et suivant la voie spirituelle du Yoga. Une bibliothèque a été constituée, et Shantimayi (Karine Huvelle) va s'installer au Centre à long terme à partir de début Octobre. Elle a eu un visa de touriste de cinq ans pour l'Inde tout récemment, ce qui est une sorte de miracle car cette forme de visa ne se donne plus.

- Nous avons reçu la visite de deux groupes français, l'un avec Daniel Maurin et l'autre avec Jean-Yves Leloup.

- La samyam saptah aura lieu du 6 au 13 novembre. Mieux vaut réserver pour ceux qui voudraient résider à cette époque au Centre International; le Centre n’a pas encore la liaison téléphonique, mais en cas de besoin on peut téléphoner à l'ashram : 19 91 133 42 65 75

- La pleine Kumbha-Mela d'Hardwar, où l'on attend une dizaine de millions de personnes, commencera progressivement à partir de mi-janvier pour battre son plein à partir de Shiva-Ratri (fin février environ) et atteindre son maximum pour Mesh Sankranti, le 13 avril. Les trustees du Centre international ne sont toujours pas décidés pour savoir s'ils doivent prendre des réservations pour cette période.

 


ABONNEMENTS

 

Pour les nouveaux souscripteurs, l'abonnement est de 40 Frs et va du prochain numéro jusqu'à l'automne 98 inclus. Chèques à adresser à l'ordre de Jacques Vigne à Mme Vigne 95 rue J.Dulud 92200 Neuilly

 

 

 

 

JAY MA n°48

PAROLES DE MA

 

Gardez présent à l'esprit que le nom de Dieu, c'est Lui-même: qu'il soit votre compagnon inséparable. Faites de votre mieux pour ne jamais vous trouver sans Lui. Plus votre effort pour demeurer en sa présence sera intense et continu, plus vous aurez de chances de devenir joyeux et sereins.

***

L'intensité du désir pour la Réalisation de Dieu est en soi la voie qui y mène.

Combien de temps allez-vous passer dans une auberge en chemin? N'avez-vous pas envie de revenir à la maison? Comme tout ceci est merveilleux!...En son propre Soi, on est à la fois le pèlerin, l'exil, le retour à la maison et la maison elle-même...on est soi-même tout ce qui existe...

***

Question: Ma, pourquoi perdez-vous votre temps avec nous? Nous n'avons pas d'appétit pour ce type de vie.

Shri Ma: Comme vous avez raison! Mais serez-vous d'accord avec moi qu'un état de 'non-appétit' est un état de mauvaise santé? (rires) Eh bien, dans ce cas on peut retrouver une bonne santé en prenant un régime et des médicaments appropriés. Le régime approprié, c'est la satsang -chercher la compagnie de gens spirituels et lire de bons livres, et le médicament, c'est le japa régulier. Que vous aimiez cela ou non, consacrez un peu de temps chaque jour à l'habitude de faire un peu de nama-japa; vous verrez que petit à petit votre 'appétit' va s'éveiller et fonctionner normalement!

***

Q: On dit que Brahman est inconnu, donc pourquoi essayer de le découvrir.

Shri Ma: Si je vous demande de décrire cette fleur, vous direz qu'elle est rouge, que c'est une rose, etc... mais vous n'arriverez jamais à exprimer pleinement ce que cette fleur est. Il en va ainsi de chaque chose, qui est à la fois connue et inconnue, manifestée et non-manifestée. C'est comme c'est.

***

Q: Ma, la vision de Dieu est-elle possible de nos jours?

Shri Ma: Pourquoi 'de nos jours'? Elle a toujours été possible.

***

Q: Je veux dire directement, avec vos yeux?

Shri Ma: Une vision claire comme le jour, voilà sa nature; si vous L'appelez, il va apparaître. L'âme humaine s'appelle jivatma et non pas paramatma. Le jiva tourne en un cercle clos de naissance et de mort. Dans une mare d'eau stagnante les bactéries se multiplient et des êtres vivants se développent également; mais après un processus de purification l'eau redevient pure. Ainsi, jiva est en réalkité paramatma. Ce qui vous fait être un jiva (créature), c'est le doute que Dieu n'est pas en vous. C'est un écran illusoire, retirez-le et Dieu se tiendra devant vous dans toute sa Gloire!

***

A: Pourquoi doit-on considérer le Guru comme Dieu?

Shri Ma: Lui seul est, c'est pour cela que le guru est Dieu. Qui donc si ce n'est Dieu peut vous enseigner à propos de vous-même? Si vous pensez à votre Guru comme un homme, alors il n'est pas Guru, et si il est Guru, il n'est pas un homme. Si vous voyez Shiva comme un pierre, il n'est pas Shiva mais une pierre. Un voile vous empêche de réaliser la Vérité. Ce voile est retiré par la grâce du Guru.

(Extraits de Bithika Mukerji 'In your Heart is my Abode' Shree Shree Ma Anandamayee Sangha, 1995)


 

REPONSES DE VIJAYANANDA

Q: La Kumbha-Mela est en cours à Hardwar; comment vous situez-vous par rapport à cette forme de l'hindouisme pour les masses?

V: La Kumbha-Mela est une grande réunion (je dirais presque une foire) qui a lieu tous les douze ans à quatre endroits différents (Hardwar, Allahabad, Ujjain et Nasik) à des dates différentes. Elle attire d'énormes foules de pèlerins et de sadhus (on dit une dizaine de millions ou plus). La tradition dit que c'est un devoir religieux pour les sadhus de sortir de leur retraite pour venir y assister. C'est donc une occasion de rencontrer des sages qui, le reste du temps, seraient inaccessibles. Et même si on ne les rencontre pas, leurs vibrations associées à la ferveur religieuse des grandes foules créent une atmosphère spirituelle formidable qui vous imprègne qu'on le veuille ou non. C'est une occasion importante de parfaire sa vie spirituelle soit par les vibrations soit même par les conseils pratiques si on a la chance de rencontrer un grand sage. En outre, le bain dans le Gange à l'endroit sacré et à l'heure de bon auspice est censé donner la libération du cycle des naissances et des morts (post mortem) ou du moins purifier des péchés les plus sérieux.

La légende veut qu'au début de la création quand il y eut le barattage de la mer de lait il en sortit entre autres merveilles une jarre (kumbha) pleine de nectar d'immortalité. Une grande bataille commença entre les dieux et les démons; chacun voulant prendre possession de cette jarre. Au cours du combat, quelques gouttes du précieux liquide tombèrent à quatre endroits en Inde : Hardwar, Allahabad (Prayag), Ujjain et Nasik. Et la Kumbha-Mela veut commémorer ces évènements.

La foi intense des pèlerins et des moines crée une énorme atmosphère spirituelle qui influence même ceux qui ne croient pas à ces légendes. Et cette imprégnation peut être le départ d'une vie spirituelle ou intensifier les pratiques de ceux qui sont déjà sur e chemin.

A: Si quelqu'un de proche ne va pas bien mais ne veux pas écouter ce qui peut l'aider, que faire?

V: Ramakrishna disait qu'il y avait quatre sortes de guides spirituels comme il y avait quatre sortes de médecin.

1) Le médecin ordinaire fait son ordonnance, donne des conseils à ses malades puis ne s'en occupe plus.

2) Le médecin de la seconde catégorie va revoir son malade et s'enquiert s'il a bien suivi ses conseils et s'il a pris ses médicaments; mais s'il voit que le malade est réticent, il ne s'en occupe plus.

3) Le médecin de la troisième catégorie essaye de convaincre son malade, lui explique tous les avantages qu'il a à suivre son régime, et y consacre beaucoup de son temps. Mais s'il voit que l'individu est complètement bouché, il le laisse finalement tomber.

4) Mais le médecin de la quatrième catégorie (la meilleure selon Ramakrishna) ne se décourage pas. S'il n'a pas réussi à convaincre son malade, il l'immobilise et lui fait avaler les médicaments de force. Maintenant; si un de vos proche ne vous écoute pas, à vous de choisir la méthode qui convient le mieux. Cela dépend de la nature de la personne et du degrè d'amour qu'on a pour elle. Mais qui sait ce qui est bien pour telle ou telle personne? Seul un sage parfait peut le savoir. Et si ce sage parfait a une relation authentique avec ce disciple, il emploiera la force, si nécessaire, pour le ramener sur le bon chemin.

Q: Comment dépasser la négativité du mental en méditation?

V: Quand le mental est en tamoguna (la qualité de torpeur), il donne une impression de négativité. Il faut attendre que le guna change en Raja ou en Satva, et utiliser la période de torpeur comme on peut, en répétant le mantra (japam), en lisant des textes sacrés, ou en utilisant d'autres méthodes qui se sont montrées utiles dans des occasions semblables.


 

LETTRES A PRAN GOPAL MUKERJEE

 Les pages qui suivent consistent en la traduction de lettres à propos de Ma; elles ont été écrites en Bengali dans les années 1925-1926; c'est à dire le tout début de la vie publique de Ma; leur point commun, c'est qu'elles ont le même destinataire, Pran Gopal Mukerjee, l'un des premiers fidèles de Ma, un des premiers aussi à parler d'elle à un vaste public. Il occupait des fonctions administratives importantes, étant Directeur général adjoint des Postes à Dhaka, la capitale actuelle du Bengladesh, et il était disciple d'un maître renommé, Vallananda Brahmachari de Deogarh au Bihar.

Le fils de Pran Gopal, Govind Gopal est lui-même un pandit réputé: il a donné le paquet de lettres à Swami Nirvanananda de Dehradun. Swami Nirgunananda (Shantivrat) en a fait des copies et les a traduites du bengali en anglais à l'ashram de Ma Anandamayi à Dhaulchina (près d'Almora, Kumaon, Himalaya), qui est à vrai dire un ermitage où il réside depuis douze ans; avant lui, Swami Vijayananda avait passé sept ans de solitude à cet endroit. Swami Nirgunananda fait partie du cercle intérieur des disciples de Ma. La traduction a été prise en note et tapée par Jacques Vigne qui était à cette époque (mars 98) en retraite à Dhaulchina.

Cette sélection de textes est simultanément publiée pour ce numéro du Jay Ma, pour le site Internet de Ma en français et en anglais et pour la version bengali d'Amrita Varta. Bien que cette correspondance n'apporte pas de notions révolutionnaires à propos de Ma, elle offre un matériel de première main qui a le parfum de fraîcheur émanant des récits de témoins directs des évènements.. De plus, ils confirment l'authenticité d'épisodes rapportés par Gurupriya Devi dans son journal, ou par Bhaiji dans Matri Darshan, comme la Kali Puja de 1925 à Dhaka ou la maladie de Bholonath en 1926, qui a été suivie par une période de jada samadhi (samadhi inerte) de Ma.

En avril 1924, Ma et Bholonath ont déménagé de Bajitpur à Shahbag, un grand jardin de Dhaka appartenant à la fille du Nawab de la ville. Ma avait commencé à cette époque son 'jeu de sadhana' qui lui a permis d'explorer en un temps court les différentes sortes de sadhana possibles, mis à part le tantrisme de la main gauche. Cela lui a permis de guider par la suite chaque sadhaka dans sa propre voie spirituelle, une capacité rare chez les autres gurus. Elle avait observé une période de 23 mois de silence jusqu'en décembre 1925 et elle avait annoncé en début 1926 qu'elle souhaitait reprendre une période de semi-silence pendant cinq ans, où elle ne répondrait qu'aux questions portant sur des sujets religieux.

Finalement, elle abandonna cette idée à cause des supplications de ses fidèles et de son entoura ge familial. A cette époque, et ce pendant plusieurs mois, elle ne mangeait que très peu : trois bouchées de nourriture, y compris l'eau, les lundis et jeudis, et seulement cinq grains de riz les autres jours. Malgré cela, elle était en bonne forme physique. C'est à cette époque également qu'elle a cessé de s'alimenter elle-même. Le 26 janvier 1926, Ma est rentrée pour la première fois en extase devant un vaste public. Bholonath avait organisé un kirtan à l'occasion d'une éclipse du soleil, évènement qui est célébré par des pratiques spirituelles dans la tradition hindoue. Ma a aussi pour la première fois en public émis des mantras et des hymnes spontanés dans une langue ressemblant au sanskrit sans cependant en être vraiment. Elle se mit à être enveloppée par une aura de miracle, et les gens commencèrent à se presser autour d'elle avec toutes sortes de demandes -souvent mondaine il faut bien le dire : réussite aux examens, guérison de maladies, etc...

L'auteur principal de ces lettres est Atal Bihari Bhattacharya, aussi désigné sous le nom de Atal ou Atul Babu.. Il était enseignant à l'Université de Rajshahi, une ville du Bangladesh. Ma lui a dit qu'il était son fils, mais l'a découragé de s'engageait sur la voie du renoncement complet, lui faisant sentir qu'il s'agissait d'une décision prématurée. L'autre auteur des lettres est Baul Basak, aussi appelé Baul Dada (Dada signifie 'grand frère'). C'était l'ami d'enfance de Bholonath, et à cet époque il était toujours alentour prêt à rendre service. C'est lui qui a fait découvrir à Ma Siddeshari, un temple dans un endroit isolé dont Ma qvait eu la vision avant même d'y aller physiquement. C'est là que de nombreux épisodes important se sont passés, et que Bholonath s'est initié progressivement à la vie de renonçant. Dans une des lettres ci-dessous, il est intéressant de voir comment Ma a permis à Baul Basak de rejouer en réalité une vision mystique qu'il avait eu à propos d'elle.

En troisième partie de ces textes, nous avons mis quelques questions et réponses de Ma extraites des lettres, et en quatrième une hymne à la Mère divine composée par Girija Shankar Bhattacharya, qui était aussi un visiteur de Ma à cette période.

Celle-ci a eu un effet durable sur le destinataire de ces lettres, Pran Gopal Babu. Son fils écrit à son sujet après sa mort:"A chaque fois que mon père parlait de Shri Ma, il y avait dans sa voix un frémissent de crainte sacrée et de respect profond qui est resté intact au fil des années.. il savait qu'elle était une enseignante venue pour montrer la voie. Il lui demandait très souvent:"Ma, quand vous révèlerez-vous?" et elle se contentait de sourire..." (cité par Bithika Mukerjee dans A Bird on the Wing (Un oiseau sur la branche), la version révisée de sa biographie de Ma, parue tout récemment à Delhi (Satguru Publications, 1998)

A la fin de cette introduction, nous pouvons mentionner l'intérêt de l'Internet pour porter rapidement ces documents authentiques sur les premières années de Ma comme Guru à la connaissance d'un public mondial de chercheurs spirituels et d'étudiants ou chercheurs en sciences religieuses. Cette diffusion aurait été impensable il y a seulement quelques années, quand la communication du savoir était presque monopolisée par le système lourd et lent de la publication de livres.

A) LETTRES D'ATTAL BIHARI (principalement mars 1926)

Dans ces lettres, nous voyons clairement la manière dont le monde des dieux et celui des hommes se mélangent en présence d'une sage comme Ma. A cette époque, nous avons déjà mentionné qu'elle avait annoncé qu'elle observerait cinq ans de semi-silence, où elle ne répondrait qu'aux questions spirituelles. La veille au soir du jour fatidique où elle devait commencer son voeu, une foule avide de grâces et de faveurs plutôt pour leur vie mondaine s'était rassemblée auprès de Ma... Finalement, Atal Bihari et Pishi Ma (la soeur de Bholonath, qui aidait Ma dans le travail de la maison à cette époque) insistèrent tellement que Ma abandonna son idée. Dans le texte ci-dessous, elle discute avec Atal Babu de son désir de renonciation.

1) "Pourriez-vous supporter de me voir uniquement vêtue d'oripeaux et d'écorces d'arbres?"

Ma: Trouvez-vous difficile d'aller vivre à Rajshahi en me laissant là

Atal Babu: Certainement; Ma.

Ma: Mais ce n'est pas possible de rester auprès de moi et d'accomplir ses devoirs d'homme dans le monde en même temps. Si vous voulez rester, vous devez mener la vie d'ermite en forêt; et évidemment, j'aurai aussi à la mener en votre compagnie.

Atal: Qu'il en soit ainsi, Ma!

Ma: Pouvez-vous endurer les difficultés de ce type de vie?

Atal: Avec votre bénédiction et en votre compagnie, je suis sûr d'en être capable.

Ma: Vous souvenez-vous, tout récemment, c'était très important pour vous de ranger ma cuisine qui était quelque peu désordonnée. Vous m'achetez sans cesse des vêtements et vous vous souciez beaucoup de moi. Que va-t-il donc se passer quand vous me verrez vêtues simplement d'oripeaux et d'écorces d'arbres (la tenue traditionnelle des renonçants dans la forêt). Serez-vous capable de tenir le choc? Et si vous me dites:"Je n'arrive pas à vous voir dans cette tenue!", je m'en irai...

Atal: Ma, vous me soumettez à la plus difficile des épreuves. Il vous reste à me donner la force de la réussir! Que votre volonté soit faite de toutes façons; mais ce sera réellement une pénitence pour moi de vivre à Rajshahi en vous laissant ici. Après cette converstaion, Ma consola Atal et lui donna des conseils pour sa pratique.

2) Ma reconnaît qu'Atal est son fils, mais ne lui permet pas de toucher ses pieds

Un jour, Pishi Ma ainsi que moi-même demandèrent à Ma la grâce de mourir avant elle.. Elle répondit à Pishi Ma:"C'est à vous de me donner votre bénédiction pour que je meure avant toi et avant Bholonath!" Et elle ajouta en se tournant vers moi:"Comment cela se pourrait-il qu'un fils meure avant sa mère?" cela me fit très plaisir que Ma me reconnaisse comme son fils pour la seconde fois en ses propres termes. C'est à ce moment que je compris qu'elle ne prendrait pas son voeu de silence tant que Pishi Ma et moi-même serions en sa compagnie. Telle était sa compassion.

Après cela, je décrivis à Ma certaines expériences spirituelles et lui demandai la grâce de pouvoir les maintenir ma vie durant. Elle me répondit:"Avez-vous parlé de tout cela à Pran Gopal Babu?" "Oui, Ma, non seulement à Pran Gopal, mais aussi à son Guru Vallananda de Déogarh, et les deux m'ont dit que j'étais sur le bon chemin et que si je continuais comme cela je finirai par atteindre le but. De plus, Pran Gopal m'a demandé de vous décrire tout ceci en détail et de vous demander votre grâce." En entendant cela, Ma sourit et se tournant vers Bholonath lui demanda:"Que dois-je dire?" Bholonath répondit"Ce que vous voulez!"

Atal Babu: Ma, à chaque fois que je vous pose une question, vous demandez la permission de répondre à quelqu'un d'autre, mais un fils a toujours envie de communiquer directement avec sa mère.

Ma: Ne demandez-vous pas la permission à votre Guru pour faire tout ce que vous avez à faire?

Atal: Certes, et je demande même la permission avant de dire quelque chose!

Ma: Ne parlez pas alors de quelqu'un d'autre (ce qui veut dire que non seulement Ma considère son mari comme son guru, ainsi que le conseille la tradition indienne, mais qu'elle estime qu'il n'est pas différent d'elle-même.) Ma ajouta au sujet du désir d'Atal de maintenir le haut niveau d'expériences spirituelles qu'il avait eues" Je ne dirai rien maintenant, je répondrai quand le moment sera venu".

Atal: Donnez-moi au moins votre assurance spirituelle (lit 'abhay vani' 'paroles de non-peur')

Ma déclara par la suite à Bholonatn:"Si je décris à Atal son futur spirituel, il sera débordant de joie et en retirera un grand encouragement." Atal dit à Bholonath:"Je ne me soucie pas du tout de mon furtur. Ce que je souhaite, c'est son assurance spirituelle: que ce soit aujourd'hui, demain, dans dix ou vingt ans ou après ma mort, je désire revenir en Ma".

Atal avait reçu la permission de toucher les pieds de Ma à chaque fois qu'il venait, ce qu'il faisait avec une grande satisfaction, mais non sans redemander la permission à chaque fois. (toucher les pieds est un signe de respect courant pour un supérieur, professeur, parent ou guru). Mais un jour, Ma exprima son désaccord à ce sujet. Atal fut piqué au vif. Ma le prit avec Bholonath pour un entretien privé, lui expliqua les raisons pour lesquelles elle n'autorisait plus à ce qu'on lui touche les pieds et lui demanda de ne pas les divulguer. Ce qui est remarquable, c'est qu'à partir de ce moment, le désir qu'avait Atal pour toucher les pieds de Ma disparut complètement.

3) Ma s'identifie avec Bhadra Kali

Près du temple de Ramna Kali (Ramna Kalibari), il y avait un vieux temple de Shiva en ruines. J'allai à ce temple en compagnie de Ma et de Sonu, le fils de Pishi Ma (donc le neveu de Ma). Pour rire, nous avons décidé de faire la course. Sonu et moi-même avions beaucoup d'avance sur Ma, et au moment d'arriver au temple nous nous sommes tournés vers elle en plaisantant et en disant:"Vous avez perdu!" Mais à notre grande surprise, elle se mit à courir, nous dépassa et parvint au temple avant nous.

Nous sommes alors rentrés dans celui-ci où elle retrouva un étudiant qui lui avait demandé la veille sa grâce pour réussir un examen qu'il devait aller passer sous peu à Calcutta. Elle lui indiqua comment offrir les fleurs d'hibiscus une à une à la déesse tout en récitant les prières appropriées. Il était onze heures ou midi, et nous nous sommes rendu compte qu'elle était venu jusque là uniquement pour répandre sa grâce sur cet étudiant.

Le soir même, Ma était de retour à Ramna Kalibari avec quelques fidèles. Le responsable, Nityananda Giri, était en conflit pour des questions de propriétés du temple. Il avait demandé à Ma le moment favorable pour intenter un procès; elle lui dit ce soir-là de s'y prendre durant le mois de Magh (après le 14 janvier, le début des six mois favorables d'après la croyance hindoue). Tout d'un coup, Ma se mit à crier:"Où est-ce que vous en êtes, vous tous, ici!" Nous étions stupéfaits d'entendre de tels éclats. Ensuite elle s'adressa à Nityananda Thakur:"Tu ne peux plus me garder ici pour quelques temps, je m'en vais résider à Shabag (le lieu d'habitation de Ma et Bholonath). Vous pouvez venir là-bas si vous le souhaitez, mais je ne viendrai pas ici!" Ma disait cela d'une voix réellement rauque, puis elle éclata d'un rire violent et sortit du temple. Elle agitait la main comme si elle expulsait quelqu'un en disant:"Vas-t-en! Vas-t-en!" Elle alla ensuite à l'intérieur du samadhi (temple autour de la tombe) d'un saint qui se trouvait dans la cour et nous demanda de retourner à l'intérieur du bâtiment principal car elle voulait rester un certain temps dans le samadhi.

(Dans une autre lettre) Atal Babu rapporte qu'ils ont demandé à Ma les raisons de son comportement inhabituel. Elle se mit à dire quelques mots, mais s'arrêta tout d'un coup et dit:"J'ai le kheyal (une inspiration divine qui ne laisse aucun doute) que si j'explique cela juste maintenant, je vais perddrre ma capacité de parler". Cependant, elle fit allusion à la façon dont Bhadra Kali avait été mécontente du comportement malvenu, pour ne pas dire mécréant de Nityananda Giri et à la manière dont elle avait choisi de s'exprimer à travers le corps de Ma. Sonu demanda:"Si la Déesse-mère n'est plus à Kalibari, est-ce que les offrandes de ceux qui vont la visiter seront acceptées; et leurs prières exaucées?" Ma répliqua:"La Mère est présente toujours et partout, mais dans les lieux de pèlerinage (tirtha) et dans les endroits sacrés, son pouvoir se manifeste tout particulièrement. D'habitude, elle sera toujours à Ramna, mais pour quelques jours on n'y sentira plus son pouvoir spécial. Cependant, ceux qui ne le savent pas et qui viendront la prier de bonne foi verront leurs prières exaucées."

4) Baul Bask est autorisé à rejouer sa vision

En méditation profonde, Baul Dada s'était vu lui-même en train de faire des cercles avec le trident de Shiva (trishul) autour de la tête de Ma et de Bholonath. Il parla de cette vision à cette dernière. Pendant que tout le monde discutait à ce sujet, Pishi Ma dit à Bholonath:"Je vais te mettre entre les mains un trident"; et Ma approuva l'idée. Le lendemain matin à 10 heures, Baul Dada vint à Shahbag. Ma lui demanda d'aller immédiatement à Siddeshwari, de rencontre là-bas une bhairavi (une ascète tantrique) et de rapporter son trident. Je l'accompagnai; en chemin, nous avons pris des fleurs et des fruits en guise d'offrande au temple mais en arrivant, nous nous sommes rendu compte qu'il y avait foule, et avons décidé de les disposer plutôt sur le mahasana (une plateforme de ciment qu'on avait spécialement construit pour Ma dans la cour du temple). Nous avons placé le trident sur la plate-forme, l'avons honoré par un rituel puis nous l'avons rapporté à Shahbag pour le déposer dans la chambre de Ma. Sur le chemin du retour, Baul chantait continûment le nom de Shambu (Shiva)

Ce soir-là, je plaçai deux asanas (petits tapis de méditation) et demandai à Bholonath de s'asseoir sur celui de droite tandis que Baul Dada priait Ma de prendre celui de gauche. Celle-ci dit non sans humour:"Je suis si fatiguée que je ne peux sortir du lit!" Nous pouvions nous apercevoir sans doute possible qu'elle était en fait dans un état spirituel particulier (bhâva), tous ses membres étaient raidis. Après quelques temps, elle redevint normale. Voyant Pishi Ma qui revenait avec le trident de la chambre d'à côté, elle se mit à plaisanter:'Tu me fais peur! Vas-tu me donner un coup de trident?" A ce moment-là, Pishi Ma avait vraiment l'air d'une bhairavi avec son trident et son visage resplendissait d'un éclat qui éveillait une crainte sacrée. Elle mis le trident dans les mains de Bholonath et rentra de suite dans une méditation profonde qui dura quelques temps. Bholonqth donna le trident à Baul Dada, qui commença à le passer au dessus de la tête de Ma et de Bholonath en faisant des cercles. Il paraissait saisi d'une folie sacrée (de fait, Baul en bengali signifie 'fou', avec une nuance de folies sacrée, comme dans le cas des chanteurs mystiques errants du même nom; cf le livre d'Aurore Gauer sur le sujet). Au bout d'un certain temps, Ma lui dit:"Maintenant; tu comprends pourquoi il y a un trident dans la main de Shiiva". De fait, Baul Dada avait posé cette question à Ma, quelques jours auparavant, mais elle n'avait pas donné de réponse.

Baul Dada se mit alors à expliquer ce qui suit:"Le Seigneur Shiva est Mahadev (le grand Dieu, un nom qui peut s'appliquer également à Vishnu, celui qui protège l'univers); Mahakal (lit 'le grand Temps', c'est à dire le destructeur, rôle attribué à Shiva) et le Créateur de cet univers. (Ceci indique que l'essence de Shiva est supérieure à la Trimurti de brahma, Vishnu et Shiva dans sa forme réduite seulement à la fonction de destruction).

Il a en main la Nature sous forme de trident, dont les trois flèches correspondent aux trois gunas (tamas, rajas et sattva). Il frappe sans cesse le monde avec, d'où le malheur. Il ajouta:"Kashi ('la resplendissante'; le nom traditionnel de Bénarès) est la capitale de Shankar (Shiva) et elle est placée sur le trident, ce qui signifie qu'elle ne fait pas partie de cet univers. Ce royaume est au-delà du monde physique, c'est pour cela qu'on n'y trouve ni plaisir, ni douleur et qu'on dit qu'il n'y a pas là-bas de tremblement de terre. Dans ce microcosme qu'est le corps, les cinq éléments et les trois qualités (gunas) correspondent aux cinq chakras inférieurs et au trois canaux (ida, pingala et sushumna). Le chakra entre les deux yeux (ajna) est au-delà, et de fait les pratiquants du tantrisme l'appellent 'Kachi'. Quand le mental se stabilise à cet endroit, il n'y a pas de 'tremblement de terre', c'est à dire que les perturbations émotionnelles et mentales se calment). Ma approuva ces explications.

B) EXTRAITS D'UNE LETTRE DE BAUL BASAK

Ma évoque sa propre expérience

A Siddheshwari, les fidèles de Ma avait construit une petite plateforme pour qu'elle puisse s'y asseoir quand elle se trouvait là-bas. Ils souhaitaient la consacrer pendant les neuf nuits (nava-ratri) consacrés à la déesse à l'occasion de Durga-Puja (en octobre 1925). Ils préparèrent un repas pour cent personnes, mais en fait trois cent vinrent. Malgré cela, tout le monde a été rassasié et il y avait encore des restes. Ce genre de fait se reproduisait souvent avec Ma.

Ensuite Ma se mit à évoquer certaines de ses expériences spirituelles:"Dans la période qui suit le réveil, j'oublie complètement le monde extérieur, je ne sais plus où je me trouve, si c'est sur le sol, dans l'eau ou en l'air, si j'habite un bâtiment en dur ou une cabane, s'il fait jour ou nuit et si j'ai ou non du monde qui m'entoure. Après un temps assez prolongé, la perception de l'extérieur revient. Le corps est complètement inerte. Je n'ai pas de sensation particulière de ses parties comme les mains, les pieds, les yeux, les oreilles ou le visage... J'ai simplement le sentiment qu'il y a une motte de terre qui se trouve là. A l'intérieur, c'est comme si il y avait du verre propre et massif qui ne laisse pénétrer ni mauvaise odeur ni air vicié. Si pourtant ils réussissent à rentrer, il est très difficile de s'en débarrasser. Je ne peux faire quoi que ce soit contre cela de mon propre chef. Si on me force à faire quelque chose pendant cette période, cela me fait mal. Il vaut mieux ne pas s'alimenter. Si je le fais, mon corps me brûle, il y a une transpiration abondante et la respiration est perturbée. Et si on m'appelle, j'ai l'impression qu'on me frappe la tête. Si je réponds à l'appelle de quiconque dans ces moments, il se peut que je devienne folle."

C) QUELQUES QUESTIONS ET REPONSES

(Dans une lettre , Pran Gopal Babu avait probablement critiqué quelqu'un; Ma lui répond ce qui suit:)

- Celui qui cherche Dieu ne doit pas critiquer ou dire du mal des autres. Si vous voyez quelqu'un, n'essayer pas de l'étiqueter "bon" ou "mauvais". Sinon, votre attrait pour Dieu en sera diminué et vous aurez la tentation de vous auto-glorifier. Mieux vaut regarder en dedans de soi-même.

Q: Comment puis-je me débarrasser du sens de 'moi' et de 'mien'"?

- Ma : Effacez ce 'a' au début de 'amar' (mien), ce qui restera 'mar' signifie 'appartenant à la Mère, de la Mère'...Les cinq organes d'actions et les cinq sens peuvent faire leur travail, mais restez fixés sur le nom; à ce moment-là, votre égo s'atténuera progressivement. Quand vous sentez que le mantra commence à se réciter spontanément à l'intérieur, cela veut dire également que l'ego diminue.

Q: Ma, vous avez atteint le sommet de la sadhana avez-vous vraiment besoin d'observer toutes ses règles qui sont si strictes.

- Il faut bien que je demeure en ce monde; le contrôle de soi est nécessaire pour que l'ego ne prenne pas le dessus. (Ma veut donner l'exemple aux autres, car en tant que sage elle est prise comme une référence).

Nani Babu demanda à Ma:;"Vous êtes la miséricorde même, vous devez enseigner au monde la non-violence (ahimsa). Pourquoi donc à ce moment-là vous avez si soif de sang?" (Ma était d'une famille de Shakta, les adorateurs de la Mère divine Shakti; dans cette tradition, il y a des sacrifices animaux, alors que dans la tradition vishnouïte également très répandue au Bengale, ceux-ci sont sévèrement condamnés. D'où un perpétuel point de frottement entre les deux groupes.)

- Ma, dans un état d'être particulier (Nani Babu venait de s'adresser à elle comme si elle était directement la déesse): "Je suis en train de boire mon propre sang (une allusion à Chinnamasta, 'celle à la tête coupée' qu'on représente en train de boire son propre sang et d'en offrir à ses deux compagnes Jayâ et Vijayâ qui étaient assoiffées). Je suis nirahara ('sans nourriture', ce qui peut signifier soit 'je ne prends pas d'autre nourriture' ou bien 'je n'ai pas pris de nourriture', donc 'je suis affamée'). Je suis l'univers tout entier.

- Pourquoi avez-vous une telle avidité pour les sacrifices sanglants?

- Pour moi, tout se vaut. Qu'est-ce que le sacrifice? Qu'est-ce qui n'est pas sacrifice? Pourquoi cueillez-vous des fleurs et des fruits des arbres? Pourquoi récoltez-vous ce qui pousse dans les champs? Tout ce que vous prenez n'est que sacrifice. La divinité principale de ce lieu (Chinnamasta) est en train de boire son propre sang? Elle absorbe tout et donne tout en retour.

D) UNE HYMNE A LA MERE

Par Girija Shankar Bhattacharya, qui était à l'origine d'Ashtagram et est devenu Professeur à Calcutta). Cette hymne a été écrite en 1943 en bengali et immédiatement traduite en anglais par l'auteur lui-même. A cette époque, les gens qu'il évoque comme Bhaiji et Bholonath étaient déjà décédés).

1) Je m'incline devant la Mère de l'univers toute pénétrée de joie (Shri Shri Anandamayi), encore et encore, je m'incline devant celle dont le sourire radieux dissipe complètement les ténèbres du mental; dont les paroles de douceur sont fascinantes pour chacun et dont l'affection transforme toute personne en la Mère elle-même.

2) Je m'incline devant la Mère de l'Univers, toute pénétrée de joie (Shri Shri Anandamayi), encore et encore je m'incline devant celle dont la vie mystérieuse (lit 'dont la vérité à propos d'elle-même) est au-delà de la compréhension des êtres humains; et qui, bien que vivant toujours et sans interruption dans la joie de Brahman se déplace dans le monde librement pour le bien de ceux qui sont rejetés; comme un mère véritable, pleine de patience infinie et d'une promptitude infinie à pardonner les transgressions.

3) Je m'incline devant la Mère de l'univers, toute pénétrée de joie (Shri Shri Anandamayi) dont la miséricorde est ma seule espérance; oui, d'une manière infiniment gracieuse se manifeste même dans les esprits qui ont tendance aux mauvaises pensées et les remplit d'extase; celle qui reçoit l'abandon (surrender) total des êtres humains sensés qui considèrent ceci comme étant leur seul devoir.

4) Je m'inclinedevant Bholonath qui possède un corps de joie (ou 'qui est un second Nityanand, le disciple principal de Chaitanya Mahaprabhu) et je m'incline devant le suprême bhakta qui est parvenu à l'unité avec l'éclat foudroyant de Brahman (allusion qu premier nom de Bhaiji, Jyotish qui signifie littéralement dieu de la lumière). Je m'incline mille fois devant celui qui répond au nom de Gopal et qui a consacré son souffle (prana) au service du Seigneur (ou 'au vénéré Pran Gopal, Pran signifiant 'le souffle', Pran Gopal Babu étant, rappelons-le, le destinataire des lettres ci-dessus). Encore et encore je m'incline devant Ram Chandra, qui a accès aux mystères les plus profonds. (Ram Chandra Chakravarti avait une réputation de sainteté et il fut le premier a déclarer que Ma était Jagadamba, la Mère de l'univers elle-même).

 


 

YOGA-VASISHTHA SARA

Traduit de l'anglais par Vyasan

 L'irréalité du monde (suite)

Tout comme les arbres sur la rive d'un lac sont reflétés par l'eau, de même tous ces objets variés se reflètent dans le vaste miroir de notre conscience.

Cette création, qui est un simple jeu de la conscience, apparaît de la même manière qu'une corde qu'on prend pour un serpent (lorsqu'il y a ignorance), et elle prend fin lorsqu'il y a connaissance juste.

Bien qu'en réalité l'asservissement n'existe pas, il s'accroît par le désir envers les jouissances du monde; lorsque ce désir diminue, l'asservissement s'affaiblit.

'Cela' imagine toute chose à chaque instant, rapidement et librement: c'est la raison de la projection de ce spectacle magique qu'est le monde à l'état de veille.

Ce monde, bien qu'irréel, semble exister, et il est la raison de la souffrance tenace de l'ignorant, tout comme un fantôme est cause de frayeur pour un enfant.

Celui qui ne sait pas ce qu'est l'or ne voit que le bracelet. Il n'a pas la moindre idée que c'est purement de l'or.

De la même façon, villes, maisons, montagnes, serpents etc... sont tous des objets séparés. Du point de vue de l'Absolu, ce monde objectif est le sujet (le Soi) lui-même; il n'est pas séparé du Soi.

Le monde est empli de souffrance pour l'ignorant, et de félicité pour le sage. Le monde est obscur pour l'aveugle, et lumineux pour celui qui a des yeux.

La félicité, pour un homme de discrimination qui a rejeté le samsara et abandonné tous les concepts mentaux, augmente constamment.

Comme les nuages qui apparaissent soudainement dans un ciel clair et se dissolvent aussi vite, l'univers entier apparaît dans le Soi et se dissout en lui.

Celui qui considère que les rayons du soleil ne sont pas différents de celui-ci et qu'ils sont le soleil lui-même, est déclaré être nirvikalpa (l'homme qui ne différencie pas).

De même que quand on analyse un vêtement, on s'aperçoit qu'il n'est fait que de fil, de même, lorsqu'on fait une recherche sur ce qu’est le monde, on le perçoit comme étant uniquement le Soi.

Ce monde fascinant se dresse comme une vague dans l'océan d'ambroisie de la conscience et se dissout dans celle-ci. Alors, comme pourrait-il être différent d'elle en ce moment (entre son apparition et sa disparition)?

Tout comme l'écume, les vagues, les embruns et les bulles ne sont pas différents de l'eau, de même ce monde qui est sorti du Soi n'est pas différent du Soi.

Tout comme l'arbre avec ses fruits, ses feuilles, ses lianes, ses ramilles et ses racines existe dans la graine de l'arbre, de même ce monde manifesté existe en Brahman.

De même qu'un pot en terre redevient ultimement de la boue, les vagues de l'eau et les bijoux de l'or, de même ce monde qui est sorti du Soi retourne ultimement au Soi.

Le serpent apparaît lorsqu'on ne reconnaît pas la corde. Il disparaît lorsqu'on reconnaît la corde. De la même façon, ce monde apparaît quand le Soi n'est pas reconnu. Il disparaît quand le Soi est reconnu.

C'est uniquement notre oubli du Soi invisible qui cause l'apparition du monde, de même que l'ignorance du fait que c'est une corde cause l'apparition du serpent.

Tout comme le rêve devient irréel durant l'état de veille et l'état de veille durant le rêve, de même la mort devient irréelle dans la naissance et la naissance dans la mort.

Ils ne sont donc ni réels, ni irréels. Ils sont effets de l'illusion, simple impression surgissant de quelques expériences passées.


La dissolution du mental

1. La conscience qui n'est pas divisée s'imagine les objets désirables et se rue après eux. Elle est alors connue comme étant le mental.

2. A partir de ce Seigneur suprême omniprésent et omnipotent apparaît, comme des ondulations sur l'eau, la puissance d'imaginer des objets séparés.

3. De même que le feu attisé par le vent est éteint par ce même vent, de même, ce qui est né de l'imagination est détruit par l'imagination elle-même.

4. Le mental est venu à l'existence par cette imagination, à cause de l'oubli. Comme l'expérience de notre mort que l'on peut faire en rêve, il cesse d'exister lorsqu'il est examiné minutieusement.

5. L'idée d'un Soi dans ce qui n'est pas le Soi est dû à une compréhension incorrecte. L'idée de la réalité dans ce qui n'est pas réel, sache, ô Rama, que c'est le mental. (chittam)

6. 'Il est ceci' 'je suis cela' 'ceci est à moi': le mental est constitué de telles idées. Il disparaît quand on médite sur ces fausses idées.

7. C'est la nature du mental d'accepter certaines choses et d'en rejeter d'autres. Cela est de l'asservissement; rien d'autre.

8. Le mental crée le monde; le mental est l'individu (autre traduction possible: le particulier, purusha); seul ce qui est fait part le mental est considéré comme réalisé, et non pas ce qui est fait avec le corps. Le bras avec lequel un homme enlace sa femme est le même que celui avec lequel il enlace sa fille.

8. Le mental est la cause, ce qui produit les objets de perception. Les trois mondes reposent sur lui. Il doit être éliminé, purifié par l'effort.

10. Le mental est lié par les impressions latentes (vasanas). Lorsqu'il n'y a pas d'impressions, il est libre. Ainsi donc, ô Râma, fais surgir rapidement par la discrimination l'état dans lequel il n'y a pas d'impression.

11. Tout comme une traînée de nuage ternit la lune (semble la ternir) ou une tache d'encre un mur blanchi à la chaux, ainsi l'esprit malin du désir ternit-il l'homme intérieur.

12. O Râma, celui qui a l'esprit tourné vers l'intérieur offre les trois mondes comme une oblation d'herbe sèche dans le feu de la connaissance.

13. Lorsqu'on connaît la vérité au sujet de l'acceptation et du rejet et que l'on ne pense à rien d'autre qu'à demeurer en soi-même, abandonnant toute chose, alors le mental n'apparaît pas.

14. Le mental est abominable à l'état de veille, doux dans l'état de rêve, engourdi dans le sommeil et mort lorsqu'il n'est pas dans un de ces trois états.

15. De même que la poudre de la graine de kataka, une fois qu'elle a condensé les impuretés de l'eau, se fond dans l'eau, de même le mental, après que les impressions aient été effacées, s'immerge (dans le Soi).

 

OTONO

Gota a gota

al viento

al vacio

todo aquello que formaba mi yo:

el ser humano que creao ser

la mujer que creo ser

la amiga que creo ser

la hija que creqo ser

la aventurera que creo ser...

Se me caen las hojas

Y me quedo libre,

Libre para ser

Lo que en realidad soy,

Para serlo todo

todo

y nada,

que es lo mismo

y tambien la nada cae

AUTOMNE

Goutte à goutte

Au vent

Au vide

Tout ce qui formait mon moi:

L'être humain que je crois être

la femme que je crois être

l'amie que je crois être

la fille que je crois être

l'aventurière que je crois être...

Les feuilles se détachent de moi,

et je me retrouve libre,

libre d'être

ce qu'en réalité je suis,

pour l'être tout entier

tout

et rien

ce qui est le même

et le rien aussi se détache.

TAN SOLO

Reflejos en el lago.

Azul esperado que nunca llega.

Entre mis dedos

Se me escapa el cielo.

Un cielo de azules brillantes

profundos

abiertos.

Un cielo que no tiene dueno

Ni puedo poseer.

Un anhalo.

Un sueno que es tan solo eso...

Un cielo reflejado

En las aguas del lago.

Tan solo eso.

SI SEUL

Reflexions sur le lac.

Azur espéré qui jamais n'arrive.

Entre mes doigts

M'échappe le ciel.

Un ciel d'azurs brillants

profonds

ouverts.

Un ciel qui n'a ni maître

Ni ne peut posséder.

Une aspiration.

Un rêve qui est si seul

Un ciel reflété

Dans les eaux du lac.

Si seul.

Poèmes de Maria Ruiz Carrascal, envoyés en 1998.
Maria est venue deux fois à Kankhal, dont une fois cinq semaines. Elle a ensuite quitté l'Espagne où elle enseignait pour s'installer dans un ashram au Canada pendant un an environ, puis elle est restée là-bas et vit souvent en retraite proche de la nature. Sa famille maternelle est originaire d'Avila, la patrie de la grande Sainte Thérèse.
 

 

EN COMPAGNIE DE MA ANANDAMAYI

par Amulya Kumar Datta Gupta

(Suite)

 Une autre fois, je partis le matin pour rencontrer Ma et m'asseoir tranquillement avec elle en récitant le Nom de Dieu. Je rencontrai en chemin Ganesh Babu. Il allait également à l'ashram de Siddheshvari. En le voyant, je ne pus m'empêcher de penser que peut-être le but que j'avais en allant voir Ma ce jour-là ne pourrait se réaliser. Car lorsqu'elle était avec moi seulement, Ma ne se laissait guère aller à parler. En fait, elle ne parlait que rarement, et il fallait pour cela qu'elle y soit poussée par des questions. Mais Ganesh Babu n'était pas du genre à se tenir tranquille. Il avait l'habitude de pousser Ma dans ses derniers retranchements en la mitraillant litéralement de questions. Quoi qu'il en soit, nous arrivâmes à l'ashram de Siddhesvari. Nous nous étions à peine assis après avoir salué Ma qu'elle nous dit:"Babaji, attendez juste un petit peu, j'ai tout à coup vraiment envie de dormir'. En disant cela, elle s'allongea pendant que Didi l'éventait. Nous étions quatre dans la pièce, mais tous silencieux. Sashanka Babu était plongé en méditation, Ma faisait semblant ou essayait de dormir et à force de l'éventer, Didi était prise de somnolence. Ni Ganesh Babu ni moi-même n'aurions eu l'audace de troubler le silence profond de la pièce en parlant. Nous avons donc continué à chanter le Nom mentalement. Deux heures complètes s'écoulèrent de cette façon. La journée s'avançait et j'avais trés envie de retourner chez moi; mais Ma s'était endormie en nous disant d'attendre: comment aurai-je pu m'en aller sans l'informer? Aussitôt que j'en étais arrivé à penser cela, Ma s'assit et dit, 'Babaji, il se fait tard, n'est-il pas grand temps que vous rentriez chez vous?' Sans dire quoi que ce soit d'autre, nous la saluèrent et partirent. Sur le chemin du retour, je me disais sans cesse mentalement 'Notre Ma est une lectrice des coeurs, elle n'a pas besoin qu'on lui dise les choses avec beaucoup de mots: elle sait déjà tout par nos prières mentales. J'ai relevé nombre d'incidents de ce genre à lla fois banals et pourtant plein de signification, ce qui suggère que Ma peut facilement percer le fonctionnement de notre mental; même dans ses parties les plus cachées.

Des prières et des billets d'avion

Claude L. est passée par le Centre International de Ma à Kankhal à Noël l'an dernier. Elle nous a raconté la manière dont elle a eu son billet pour venir en Inde pour ce séjour. Elle était déjà venue en mai 96 avec le groupe de Claude Portal pour le Centenaire de Ma et la retraite avec Swami Chidananda à Uttar Kashi. Un jour, vers le milieu de 1997, Ram Swarup, l'assitant de Chidananda, l'a appelée et lui a dit:"Il faut que vous veniez à l'ashram de Shivananda à Rishikesh pour la retraite de Noël 97!" Elle lui a répondu "Je ne peux pas, je n'ai vraiment pas de fonds pour ce grand voyage!" Quelques temps plus tard, elle remarque qu'il y avait sur les boîtes aux lettres un courrier d'Air France destiné à quelqu'un qui ne devait pas habiter là puisqu'il n'était pas pris. Après quelques jours et malgré ses enfants qui ne lui disaient de ne pas s'en mêler, elle ouvre la lettre et voit qu'il s'agissait d'un billet d'avion. Elle téléphone dans la matinée à l'agence, la dame vérifie et lui dit qu'ils ont inversé les deux chiffres du numéro dans le Boulevard. Du coup, Claude convient avec elle qu'elle portera le billet un peu plus loin à la bonne adresse, ce qu'elle a fait. L'après-midi, le directeur de l'agence l'appelle, lui dit qu'il a déjeuné avec son employée, qu'il trouve que des gens honnête et serviables comme Claude, il n'y en a pas beaucoup, parle avec elle et lui propose en remerciement un billet pratiquement gratuit pour la destination qu'elle voulait. Elle lui dit qu'elle veut aller en Noël en Inde, les dates pour venir et repartir de la retraite était juste en dehors des journées de grands départs, et elle a donc pu avoir son billet...

 QUAND MA MONTRE DU DOIGT..

Par Ram Alexander

Cette histoire nous a été raconté par Ram Alexander, qui a passé dix ans avec Ma et s'était fait construire à l'époque une maisonnette dans l'ashram de Kankhal. Il est repassé à Noël pour aider à finir d'installer le Centre International et sa bibliothèque, qui compte maintenant plus de douze cent livres. Il nous a raconté le souvenir suivant à propos de Ma:

"C'était vers 1981, l'année avant que Ma ne quitte son corps. Nous devions tous aller à Uttar-Kachi à deux cent kilomètres environ en amont d'Hardwar, sur le Gange. Comme d'habitude, il y avait un convoi de véhicules qui suivaient la voiture de Ma, et comme d'habitude aussi, il y avait une jeu de compétition idiote à qui serait juste derrière elle. Cette fois-ci, nous avions décidés avec Gadadhar que ce serait nous coûte que coûte. Mais ce n'était pas du goût de notre chauffeur de taxi qui, lui, avait décidé de rouler lentement. Pris par le jeu, je montrais au chauffeur mon poing pendant que Gadadhar appuyait de son propre pied le pied du chauffeur qui pressait l'accélérateur...De cette façon, nous pouvions suivre Ma au plus près.

Sa voiture s'arrêta dans une station d'essence pour faire le plein. Nous nous étions embusqués sur le bord de la route juste après pour pouvoir de nouveau colller à son véhicule: mais voilà qu'arrivée à notre niveau, Ma fait ralentir et s'arrêter la voiture. Elle baisse la fenêtre et se met à pointer le doigt vers nous avec le bras tendu. Cette scène étrange a peut-être duré trente seconde, un temps qui nous a paru très très long. Tout le monde était plutôt déconcerté, car on ne se souvenait pas l'avoir jamais vue agir de cette façon. Quand elle est repartie, le chauffeur a voulu la suivre, mais la voiture n'a plus voulu s'ébranler: il ne comprenait pas d'où venait la panne, car son véhicule était plutôt récent. Finalement, il a été obligé de nous laisser sur le bord de la route et de le faire rapporter au garage d'Hardwar. Ils se sont aperçus là-bas que c'était l'essieu qui était cassé...

 

NOTRE MA ANANDAMAYI UNIVERSELLE

Personification de l'amour et de la compassion

par Chitra Ghosh

Ma était en mai 1961 à Bombay. Elle allait chercher à l'hôpital Gopinath Kaviraj qui s'était sorti quasi-miraculeusement d'une opération pour cancer.

Quand Ma rentra dans la chambre de Gopibaba, il était fin prêt pour sa sortie de l'hôpital en sa compagnie. Les docteurs et infirmières étaient très désireux de voir Ma, et s'étaient mis en ligne pour la saluer avec des guirlandes. Ma les accepta mais les leur retourna après les avoir bénites. Néanmoins, elle mis à part une grande guirlande de fleurs. On lui offrit aussi un panier de grosses pommes rouges. Elle les distribua toutes sauf deux belles pièces qu'elle me demanda de conserver avec la guirlande en me disant en bengali "Rakho parey lagbe" "Mets-les de côté pour les distribuer par la suite".

Puis Ma, avec sa douce voix débordante de compassion, remercia les docteurs et infirmières pour les services infatigables et désintéressés qu'ils avaient rendus au Baba. Ils lui dirent tous:"Ce sont vos bénédictions; votre kheyal (inspiration divine) et votre grâce qui ont sauvé Baba par miracle. Nous ne sommes que les instruments de Dieu, rien d'autre!"

A ce moment-là, j'ai entendu une voix faible qui semblait pleurer et marmonner trois fois "Ha Allah". J'allais voir à la porte de la chambre d'à côté. Ma s'occupait à ce moment-là de l'organisation du départ de Baba en chaise roulante. Dans la chambre d'à côté je vis un musulman arabe, un patient cancéreux avec une barbe et des cheveux noirs qui gisait étendu de tout son long sur le lit. Son corps était tellement émacié qu'on aurait dit un sqelette. Sa poitrine était enfoncée, et des larmes de souffrance aigües roulaient sur ses joues creusées. Il était secoué de hoquets intermittents. De temps à autre il disait faiblement:'Ah, Allah!' Il avait les yeux fermés. L'infirmière qui s'en occupait me dit qu'il était un cancéreux au stade terminal.

Je retournai auprès de Ma. Elle commença à se diriger vers le couloir et les ascenseurs avec Gopibaba et sa troupe de docteurs et d'infirmières. Soudain, elle revint sur ses pas et sans un mot se dirigea d'un pas ferme vers la chambre du patient arabe. Bhaiya avait l'air stupéfait, Paramanandaji serein; Gopibaba et les autres étaient comme envoûtés et stoppèrent en chemin, tout ébaubis!

J'entrai avec Ma dans la chambre du patient arabe. Bhaiya et les autres restèrent dehors. Ma dit en souriant:"Baba, je suis venue, regardez-moi!" Tout en disant cela, elle caressa la poitrine affaissée du cancéreux au stade terminal trois fois d'un geste de la main doux, céleste et plein de félicité. Je ressentis qu'en faisant ainsi, Ma lui donnait la libération de ses liens humains et de ses attaches mortelles. Elle essuya ensuite ses larmes qui coulaient à flot avec le coin de son dhoti. Puis elle prit la guirlande de roses rouges et la plaça sur la poitrine et le cou du patient musulman. Peu après, elle me pris une des deux pommes et la déposa dans ses mains jointes. Elle donna la seconde à l'infirmière. A ce moment-là, le patient ouvrit lentement les yeux et lança un long regard plein de gratitude vers Ma -il lui prit les mains et les mis sur sa tête. Ma lui fit signe de répéter à l'intérieur son mantra du Coran. Leurs regards plongèrent l'un dans l'autre. Elle resta debout cinq minutes à son chevet, et ses yeux le traversait comme des rayons X: elle donnait l'impression d'embrasser d'un seul regard son passé, son présent et son futur. Je ne pus que pleurer en voyant cette union spirituelle entre un fidèle authentique et Dieu (bhakta bhagabaner milon en bengali) qui transcendait de loin les barrières de castes, de croyances et de nationalités. Notre Ma toute pénétrée de joie savait bien que ce premier darshan qu'il avait d'elle serait aussi le dernier. Elle marcha à reculons à la place de faire demi-tour afin que le patient puisse la voir de face jusqu'à ce qu'elle sorte. Les docteurs dirent à Ma que ses jours étaient comptés.

Le matin suivant je pris l'initiative de demander à Bhaiya de se renseigner sur l'état du patient. Il m'annonça dans l'après-midi qu'il venait de s'éteindre paisiblement dans la nuit. Je me précipitais pour le dire à Ma, mais avant que je n'ai pu ouvrir la bouche elle me dit en bengali:"arab desher baba chole gachhey? Le Baba arabe s'en est allé?" C'est ainsi que la grâce spontanée de Ma (ahetuki kripa) a accéléré son retour vers le Royaume des cieux où il y a une paix qui dure à tout jamais. "Le Baba arabe s'en est allé."


QUINZE MINUTES POUR DIEU

Par Kirpal

 24-10-59, Vindyachal

Ma: "Un jour, ce corps eut le kheyal (inspiration divine) suivant:'N'est-il pas possible qu'on puisse aspirer à la réalisation de dieu sans distinction de caste ou de croyance? Dieu est indivisible, complet et parfait. Dans cette vie du monde, il est difficile d'aspirer à Dieu vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Vous êtes à la fois père, mari et fils. Dans chaque rôle vous êtes seulement le Un et vous êtes sous des formes séparées le tout dans sa complétude même. L'arbre contient la semence. Une graine de moutarde, une semence de banyan (un des plus grands arbres en Inde) contiennent d'innombrables semences. D'une semence sortent d'innombrables semences. Durant les vingt-quatre heures, quand quinze minutes sont données, elles restent. C'est comme un zéro qui, lorsqu'il est ajouté à un autre chiffre donne un nombre complet. Que ce soit même seulement quinze minutes. Fixez-vous une durée d'un quart d'heure pour toujours. Il y a vingt-quatre heures de disponibles pour les affaires du monde, quinze minutes ne risquent pas d'interrompre la séquence. Ces quinze minutes appartiendront à Dieu. Pas de question de pureté ou d'impureté, de caste ou de confession, hindoue, musulmane ou chrétienne. Quelque soit sa religions, on doit consacrer ces quinze minutes à Dieu. Quelque soit votre situation, si vous pouvez vous laver les mains et les pieds, c'est bien. L'objet de ces quinze minutes, c'est de réaliser Dieu en observant le silence, vak samyam, et de méditer pendant quinse minutes sur la forme divine ou réciter un mantra sans interruption. Qui peut dire si ces quinze minutes ne deviendront-elles pas, par la grâce de Dieu; vingt-quatre heures?

Ces quinze minutes sont le bateau qui vous prendra au-delà de l'océan. La divinité (Atman) est une. Il n'y a pas de différenciation. L'éternel est en vous. Dieu est en vous. Pour se souvenir de cela, on doit consacrer quinze minutes à Dieu.


 NOUVELLES

 - La Kumbha-Mela commence à battre son plein à Hardwar. C'est une des raisons pour laquelle vous recevrez ce Jay Ma un peu plus tard que d'habitude. L'autre raison, c'est que j'ai été pour une petite retraite dans l'Himalaya, à l'ermitage de Dhaulchina où Vijayananda a vécu pendant six ans; et que je ne suis redescendu que récemment. Il est possible que le numéro d'été soit aussi quelques semaines en retard si je suis de nouveau là-haut jusqu'en début juillet. Vous trouverez au début de ce numéro une réponse de Vijayananda sur le sens de cette réunion de sadhus et de laïcs qui attire plus de dix millions de personnes.

- Au jourd'hui même, Aurore Gauer est arrivé à Kankhal avec son nouveau livre sur les chants Bâuls qu'elle a offert à Vijayananda. Elle a réuni les textes et les a introduits tandis que Marol les a traduits de l'anglais en français. Au coeur du vent - Les mystères des chants bâuls Editions Accarias-L'Originel/ Editions de l'Unesco. JL Accarias 5 Passage de la Folie-Régnault 75011 Paris 95 Frs.

Aurore est connue pour ses articles dans Terre du Ciel en particulier non seulement sur les bâuls, mais aussi sur Arunachala et Vijayananda. Elle s'est formée depuis plusieurs années au Bengale et a créée une association pour soutenir cette forme de chant et de mystique traditionnelle, qui a inspiré Tagore, Ramakrishna et Ma également en particulier à travers son père Bipin Bihari qui était un grand chanteur de kirtans et a passé une pèriode sur les routes. Les chants sont ordonnés par thèmes en partant du désarroi et de la souffrance pour arriver à la joie en passant par les secrets de l'amour que chacun comprend selon son niveau d'expérience spirituelle. Nous donnons ci-dessous des extraits d'un poème sur la joie de Norohori Gossaïn :

Vas à la foire de la joie...
Tout est là pour te réjouir!
Si tu veux trouver la vraie Joie
Il faudra longtemps fouiller...
En prononçant le nom du Guru
Et en te souvenant de lui
Tu pourras la trouver sans peine.
Cette foire est facile d'accès
Mais garde les yeux ouverts!

 

En purifiant ton corps au-dedans
Tout sera plus aisé.
Regarde  en toi
Et tu y reconnaîtras la paix et la joie....

 

- Le projet de Ma sur Internet prend forme. Quand j'avais regardé le site online le mois dernier de Delhi, il y avait déjà deux livres sur Ma dont celui de Richard Lannoy, Anandamayi, avec de très belles photos et un texte intéressant à l'adresse suivante : http://www.bogo.co.uk/kalina

Cette adresse va probablement changer quand Valentin Mazlov qui s'occupe du site en mettra une avec le nom de Ma pour faciliter les recherches. Nous avons obtenu les autorisations de divers éditeurs dont la Sangha de Ma pour mettre environ 3000 pages de textes en anglais et 800 pages en français, ainsi que de nombreuses photos de qualité et la revue de la Sangha, Amrita Varta. Nous travaillons dans une école religieuse de Kankhal qui a un ordinateur perfectionné pour préparer le site en français de Ma. Nous avons aussi préparé un site sur la Kumbha-Mela avec 120 pages de textes extraits de deux livres difficiles à trouver, un premier sur la Kumbha-Mela elle-même publiée par un petit éditeur de Bénarès et un autre de Swami Abhishiktananda (Henri Le Saux) qui présente l'idéal du renoncement en Inde dans The Hindu sannyas. Nous espérons que le site à peu près complet sera en ligne courant juin, y compris la nouvelle série des Jay Ma (depuis l'hiver 96-97) jusqu'à ce numéro inclus. A beaucoup de signes, on pouvait sentir que le moment était venu de mettre la littérature de Ma sur Internet, et le projet est maintenant bien avancé.


ABONNEMENTS

Envoyer un chèque au nom de J.Vigne à Mme Vigne, 95 rue J.Dulud 92200, ceci seulement pour les nouveaux souscripteurs, qui peuvent envoyer la somme de cent francs et être abonnés jusqu'en fin 2001. Les autres auront à renouveler après le numéro d'automne.

 

 

 

 

JAY MA N°51 - PRINTEMPS 1999

 

Paroles de Ma

Je ne suis qu'une enfant et je ne sais pas donner des conférences ou des discours: De même qu'une enfant; lorsqu'elle trouve quelque chose de sucré; de bon; l'apporte à son père ou sa mère, de même je dispose devant vous ce qui et bon et sucré. Prenez ce qu'il vous plaît.

Ce sentiment avec lequel vous vous mariez, il n'y en a pas même eu l'ombre en ce corps.

Votre désir intense de voir ce corps en samadhi en provoque parfois les symptômes. A chaque fois qu'une pensée atteint sa pleine intensité, son expression physique suivra ineluctablement. Si l'on perd son être dans la contemplation du Nom divin, on peut se fondre dans l'océan de la Beauté divine. Dieu et les noms qui le symbolisent sont un…aussitôt que la conscience du monde extérieur s'évanouit, le pourvoir du Nom qui se révèle de lui-même trouve son expression objective.

L'univers est un Jeu divin, vous avez un désir de jouer et vous interprétez donc ce jeu selon votre propre éclairage dans toutes les activités joueuses de ce corps, dans ses sourires et ses amusements: S'il avait pris une posture grave, vous vous en seriez tenu à distance. Apprenez à vous plonger dans la Joie divine en toutes Ses manifestions et vous attendrez le but final de tout jeu. Est-ce que vous comprenez?

Le désitr intense pour la Réalisation de Divin est en soi-même la voie qui y mène.

Un monsieur posa à Ma le problème suivant: "Quel est le mieux; para seva, le service aux autres, ou bhajanam, le chant du Nom divin?"

Mataji: "Il n'est pas juste de considérer le service comme le seva de quelqu'un d'autre. Cela ne fait qu'accroître l'égo. Vous devez considérer chacun comme 'Cela' (tat) et ainsi ne faire que Son service.

Questions à Vijayananda

Dasuda raconte…

Propos recueillis par Jacques Vigne à Kankhal

Dasuda vient de fêter ses soixante ans dans les ashrams de Ma. Il était le frère de Maroni, la fille adoptive de Bholonath dont Ma s'est beaucoup occupée, et il est venu chez Ma à l'âge de neuf ans. Il a été son chauffeur pendant 26 ans. Il dit que faire le service de Ma était sa sadhana. Il y a un proverbe qui affirme qu'il n'y a pas de grand homme pour son valet de chambre, mais après plus de quarante ans de vie au service d'Anandamayi, Dasuda témoigne de la grande dévotion qu'il a développée et qu'il garde envers elle. Le texte ci-dessous condense un entretien en hindi que nous avons eu ce matin même à propos de ses réminiscences de Ma. Tout d'abord, l'itinéraire de Dasuda est présenté, puis dans une seconde partie diverses anecdotes sont rapportées. Pour la plupart d'entre elles, Dasuda en a été le témoin ou l'acteur direct.

  1. Un itinéraire avec Ma

Dasuda est né en 1929 au Bengale oriental. Sa grand -mère paternelle était la soeur de Bholonath, le mari de Ma. Après l'adoption de sa soeur Maroni par Bholonath, ses parents ne sont pas sortis de leurs difficultés si facilement. Finalement, quand il n'avait que neuf ans, Ma leur a proposé de prendre Dasuda également à l'ashram de Dhaka. A cette époque là; il était atteint de fièvre chronique. Il a rejoint Ma qui était partie entre temps à Vindyachal, près de Bénarès, et là il lui a demandé un entretien privé. Didi s'est moquée de lui en lui disant 'Toi, un enfant, pourquoi donc as-tu besoin d'un entretien privé avec Ma?' En fait, il ne voulais dire qu'une chose à Ma, et il l'a dite effectivement: 'Je vous considère comme ma seule vraie mère.' Et Ma l'a pris en charge à partir de ce moment-là. Les débuts ont été difficiles. La fièvre qu'il avait s'est révélé être un kala-azar, et les médecins à un moment donné ne lui avait pas donné plus d'une demi-heure à vivre. Finalement, il a été envoyé à la Ramakrishana Mission de Bénarès où il a été hospitalisé pendant six mois.

Quand il avait vingt ans environ, on lui a dit d'aller à l'école de garçons de l'ashram d'Almora, le Vidyapith, de rendre quelques services là-bas et d'y étudier aussi; mais l'étude n'était pas son point fort, il voulait surtout retourner auprès de Ma pour faire son service. Il est donc reparti sans demander de permission vers Bénarès, avec en poche simplement l'argent pour le tiers du voyage. Arrivé à l'ashram, Didi n'était pas contente à son sujet. Finalement, le grand frère de Shivananda et Nirvanananda était là à cette époque. Ma lui a demandé de lui trouver un emploi, et finalement il a abouti comme aide dans le garage des bus gouvernementaux à Allahabad. Pendant deux-trois ans il y a travaillé, a appris des rudiments de mécanique et quand il a su qu'on avait offert à Ma une voiture, il a été passé son permis de conduire à Calcutta et est devenu rapidement le chauffeur attitré de Ma. Ainsi, sa décision qui semblait l'avoir éloigné de l'ashramet d'elle a permis en fait de pouvoir mieux lui rendre service ensuite pendant des dizaines d'années. Il s'est aussi occupé de la boutique de l'ashram pendant longtemps, et continue à jouer du tambour pendant les pujas et les fêtes de Ma, ainsi qu'à rendre toutes sortes de services à l'ashram de Kankhal auprès duquel il réside. Quand il parle du jeu, 'lila' de Ma, l'expression qui lui revient le plus souvent est "aparamparik", c'est à dire "peu commun, non traditionnel, qui n'a été reçu de nul autre, spontané"…

  1. Anecdotes

§ Un jour, j'étais dans le train avec Ma. A une gare, la foule était venue pour la voir. Elle m'a demandé d'appeler un vendeur de chikkus (fruits bruns et sphériques assez sucrés, courants dans le nord de l'Inde) qui demandait soixante roupies pour tout son panier de fruits. Ma tenta de marchander à cinquante-cinq, mais le vendeur refusa. A ce moment-là, elle lui proposa soixante-cinq, et avant qu'il ait eu le temps d'accepter, elle monta à soixante-dix, puis de cinq en cinq jusqu'à cent. Quand il a reçu les cent roupies, le vendeur était tellement ému qu'il a fait la prosternation complète devant Ma et lui a demandé de lui donner un Nom de Dieu à réciter. Ma s'est enquise: 'Quelle est la divinité que tu préfères.' 'Ram' 'Eh bien, récite Ram!' C'est ainsi que le vendeur de fruits a été initié par Ma sur le quai même de la gare.

§ Quand Dasuda, avec d'autres, lavait les vêtements de Ma, ils pouvaient régulièrement sentir qu'ils avait une odeur excellente alors que Ma ne mettait aucun parfum.

§ Un voisin de l'ashram de Kalyanvan au-dessus de Dehra-Dun, un ingénieur avait organisé une lecture du Ramayana où il avait invité Ma. La cérémonie se déroulait au rez-de-chaussé, et Ma était montée pour quelques temps se reposer au premier étage. Udas avait gardé comme d'habitude la literie de Ma d'une propreté absolument irréprochable; mais à un moment, celle-ci souleva le drap et appela les jeunes filles qui l'assistaient: il y avait là un petit serpent qui était mort. Ma fit venir une grande feuille avec lequel elle le ramasssa, puis le mit dans une autre feuille et le tout dans un panier. Elle me convoqua alors et me demanda d'emporter le corps de l'animal à Hardwar et de l'immerger à Brahmakund (l'endroit de bain le plus sacré d'Hardwar, là où les pontes du monachisme hindou viennent predre leur bain tous les douze ans lors de la pleine Kumbha-Méla).

§ Ma était dans son premier ashram près de Dehra-Dun, Raipur, tout à fait aux pieds de l'Himalaya. Un jour, Didi a vu que ses vêtements étaient trempés. Elle demanda à Ma pourquoi, car il ne semblait y avoir aucune raison pour cela. Celle-ci ne répondit pas, et ce n'est que plus tard qu'elle apprit qu'à ce moment-même; Bhaiji avait failli se noyer à Bénarès en descendant trop loin sur les ghats alors au'il ne sanvait pas nager. Il s'était senti rattrappé par les cheveux et avait entendu une voix qui le réprimandait :"Toi qui ne sait pas nager, pourquoi donc prends-tu des risques commme cela?"

§ Nous étions avec Ma à Bhagat House, le premier ashram de Ma dans la partie nord d'Hardwar. Ellle allait et venait sur la vérandah au fond de la cour quand un groupe de cinquante ou soixante personnes fit son entrée. Elle me dit immmédiatement: "Vas vite au marché acheter du prasad pour tous ces gens. Et si tu vois une voiture qui passe, arrête-la et demande aux gens dedans de t'accompagner. Il s'est trouvé que la première voiture qui passait avait une énorme corbeille de fruits sur le toit, et appartenant à des fidèles de Ma qui venaient justement la visiter…

§ C'était vers la fin de la vie de Ma. Il y avait un sacrifice au feu (laghu rudra havan) qui était organisé par Mr Kheitan, un voisin de l'ashram de Ma à Kalyanvan, Dehra-Dun. Soudain, un garçon a été mordu par un scorpion. Il tremblait de tous ses membres, et son lit était entouré d'une foule non moins affollée que lui. Ma m'appella et me dit: "Te souviens-tu de la manière don’t Narayan Swami (un ancien disciple de Ma) soignait les piqûres de scorpion?" Je ne me souvenais plus exactement; mais elle me rapppella la conduite à tenir et le mantra à reciter. A peine avais-je commencé quelques passes sur le corps du garçon qu'il devint complètement calme, et finalement il se tira d'affaire sans conséquences de la piqûre pour sa santé.

§ Lors des jours sombres de la Partition, des gens vinrent mettre le feu derrière le temple d'Annapurna à l'ashram de Dhaka. Le responsible de l'ashram écrivit à Ma qui était alors à Solan en Himachal Pradesh pour lui suggérer de mettre la statue en lieu sûr. Elle envoya immédiatement deux hommes pour ce travail. Ils disposèrent la divinité dans une grande caisse, ils mirent aussi dans un seau de métal les braises de l'akhand jyoti, le feu sacré qui brûlait continûment depuis une vingtaine d'années déjà à Dhaka et ont été vers la frontière; Les douaniers à l'époque fouillaient tout le monde et ne laissainet pas sortir d'objets religieux hindous du pays, car la tension interreligieuse était à son maximum. Mais ils ont laissé passer les envoyés de Ma sans même regarder ce qu'ils avaient dans leur caisse. La statue d'Annapurna et le feu sacré ont été installés peu après à l'ashram de Bénarès, où ils ont toujours.

§ Shankar Bharati était un grand bhakta de Lalita Devi, dont le temple était à Lalita Ghat, sur les bords du Gange au nord de Bénarès. Une nuit, il a eu en rêve la vision de cette déesse qui lui a dit: "Sous forme de statue, je réside dans ton temple, mais sous forme 'éveillée' (dans la tradition hindoue, la statue de la déesse peut être éveillée; jagrit, par des prières intenses), je réside en Ma Anandamayi. Va pour avoir son darshan!" Le lendemain même, alors que la chaleur était intense, Shankar Bharati descendit toute l'enfilade des ghats, peut-être six ou sept kilomètres pour aller rencontrer Ma.. Celle-ci a appris par la suite qu'il avait des problèmes de digestion à cause de l'alimentation plus qu'austère qu'il avait adoptée; il demandait à son disciple d'aller à la fin du marché ramasser les restes de légumes qu'en général on laisse pour les vaches, il les faisait cuire et ne mangeait que cela. Pendant un certain temps, Ma lui a fait porter les repas de l'ashram lui-même; après, les disciples de Shamkar Bharati ont arrangés eux-même des repas normaux.

§ Pendant le grand sacrifice au feu entre 1947 et 1950 à Bénarès, j'étais responsible du soin des vaches. L'une d'elle avait accouché d'un veau extrêmement beau, mais qui était malade. Il avait un genou qu'il ne pouvait étendre; et il était donc incapable de marcher; Au bout de quelques temps, son état s'est aggravé. Ma a demandé à certaines brahmacharinis de venir réciter le Mahamantra auprès de lui. Une fois qu'il est mort peu après, elle m'a demandé de l'envelopper dans un tissu, de l'attacher à une pierre et de le jeter dans le Gange (c'est la façon dont on dispose du corps des sadhous également).

§ Lors de la Purna Kumbha-Mela d'Allahabad, c'était peut-être en 1954, ou alors en 1966, tout le monde était parti au bain car c'était le grand jour et il n'y avait que quelques personnes qui étaient restées auprès de Ma, celle-ci n'ayant pas envie de s'y rendre. Soudain, elle dit qu'elle s'est sentie attirée par trois jeunes filles sous forme subtile. Il s'agissait de Ganga, Yamuna et Saraswati (correspondant aux deux rivières visibles et au cours d'eau souterrain, qui se rencontrent au confluent, 'Prayag' ; d'Allahabad). Elles entrainèrent Ma vers la confluence des rivières, c'est à dire l'endroit le plus sacré pour le bain, et celle-ci y parvint, malgré une foule des plus denses, juste au moment du 'mouhourt', c'est à dire à l'heure la plus favorable d'après la tradition.

§ Nous ramenions vers Calcutta avec Ma Didi qui s'était faite traiter à Bombay pour une maladie sérieuse. Ma décida de faire une halte à Bodhgaya, l'endroit de l'illumination du Bouddha au Bihar, entre Bénarès et le Bengale. C'était la nuit, et soudain nous avons senti un parfum de fleur tout à fait remarquable; Nous pensions que Ma avait apporté avec elle un énorme panier de fleurs sans que nous nous en apercevions, mais ce n'était pas le cas. Finalement, celle-ci nous dit: "C'est le Seigneur Bouddha qui s'est manifesté à nous de cette manière."

Dasuda aime à raconter le rapport particulier qu'avait Ma avec les mourants, ou même ceux qui étaient déjà morts. Dans la tradition indienne, le guru doit être présent au moment de la mort, que ce soit sous forme physique ou subtile, pour aider ses disciples au grand passage. Nous terminons par quelques anecdotes à ce sujet:

§ C'était quelque temps après la fin tragique de Vibhuda: il s'agissait d'un chanteur très doué, mais instable physiquement à cause d'un asthme et déséquilibré psychologiquement aussi. Ma le gardait près de lui dans l'espoir qu'il se rééquilibrerait. Il avait déjà fait plusieurs tentatives de suicide, quand un jour Swami Paratmananda avait donné l'ordre de le changer de chambre et de le mettre dans le bâtiment des sadhous. Il a dit: "Si je vais là -bas, je ne survivrai pas longtemps" Et trois jour plus tard, il a réussi son suicide en se jetant sous un train à Motichur, la première petite gare juste au nord d'Hardwar. Quelques temps plus tard, Ma passait en train sur cette ligne. Panuda me dit: "Vas informer Ma que nous approchons de l'endroit où Vibhuda a rendu l'âme" Mais quand j'approchais de la couchette de celle-ci, je vis qu'elle reposait avec la tête recouverte, je n'osais donc pas la déranger; mais pourtant, au moment où nous passions à l'endroit tragique, elle s'est rassise immobile en méditation. Nous avons compris qu'elle envoyait une bénédiction à l'âme en peine de Vibhuda.

§ C'était à Vrindavan. Bunidi était une brahmacharini très proche de Ma; elle avait une maladie cardiaque et venait de passer deux journées très difficile, avec de l'oxygène. Ma était restées dans sa chambre, de six heures du matin à onze heures du soir. Un médecin occidental qui travaillait à l'hôpital de la Mission Ramakrishna juste en face de l'ashram était passé dans la soirée, avait constaté une certaine amélioration et avait demandé qu'on retire le tuyau d'oxygène. Il avait dit qu'il repasserait le lendemain matin. Il s'était trouvé que Nirvanananda avait été également immobilisé deux jours avant à cause d'un traumatisme au genou. On avait apporté pour lui un bassin dont il n'avait finalement pas voulu se servir. Ma m’a demandé de l'apporter dans la chambre de Bunidi pour que celle-ci puisse l'utiliser et évite de se déplacer jusqu'aux toilettes. Quelques temps après le départ de Ma, Bunidi s'est levée; les brahmacharinis qui la veillaient ont essayé de l'en empêcher, en lui conseillant d'utiliser le bassin. Mais celle-ci refusa catégoriquement et d'une voix irritée. Les assistantes la laissèrent donc aller aux toilettes, et là, elle tomba et rendit l'âme. Un fait intéressant est qu'à ce moment-même; Ma était en chemin pour revenir voir la malade, mais avait été stopppée par Swami Swarupananda qui souhaitait l'entretenir d'affaires de construction dans l'ashram.

§ A Rajghir dans l'ashram de Ma aux environs des années 1970 vivait un vieux Swami, Upen Maharaj. Ma vint le visiter un jour avec trois ou quatre disciples renonçants, Bhaskarananda, Nirvanananda, Keshavananda et un autre. Sans donner de raisons, elle dit qu'elle s'en allait pour quelques jours et demanda aux disciples de rester avec Upen Maharaj. Le lendemain, celui-ci leur offrit un véritable festin, il aimait beaucoup offrir des repas de fête aux sadhous. Quand après la sieste, Keshavananda est venu l'inviter à se joindre aux autres pour le thé, il n'a pas répondu. En plaisantant, Keshavananda l'a secoué pour le réveiller; ce n'est qu'à ce moment-là qu'il s'est aperçu qu'il était mort.

§ Hindu Didi était très malade à l'ashram de Naimisharanya (près de Lucknow, l'endroit où, dit la tradition, les dix-huit Puranas ont été écrits). Ma avait conseillé qu'on l'emmène à Bénarès, la voiture était venue la chercher, je l'ai installée près de l'arbuste de tulsi qu'il y avait aux environs du temple du Puran-Purush (la statue qui représente les Puranas) et j'étais reparti pour ranger sa literie pour le voyage. Quand je suis revenu, Ma était descendue 'par hasard' et Hindudi venait de rendre l'âme. D'après la tradition vaishnava, mourir à l'ombre d'un tulsi est une bénédiction qui vous fait aller tout droit à Vaikhunta, le paradis de Vishnu.

§ Miradi habitait dans une ruelle de Bénarès une petite chambre en rez-de-chaussé; elle était très malade. Ma est venue lui rendre visite avec des fleurs et des fruits qu'elle lui a offerts. Elle n'est pas rentrée à l'intérieur, mais lui a parlé par la fenêtre ouverte, et au bout de quelques temps, elle lui a demandé si elle pouvait s'en aller. Miradi a dit: "Reste encore deux minutes!" Et au bout de deux minutes, elle est morte.

§ Hari Baba, le grand bhakta de Ma qui était lui-même aussi guru, avait demandé longtemps auparavant à Didi de faire en sorte qu'il puisse passer sa dernière heure avec la main de Ma dans la sienne. Il était très malade à Delhi (Vijayananda raconte qu'à ce moment-là les médecins traitants de l'hôpital l'avaient même déclaré mort. Ma est venu le voir, et il s'est réveillé: c'est le seul cas authentifié où Ma ait resuscité un mort). En accord avec le Baba et ses disciples, Ma a décidé de partir avec eux à Bénarès. Quand l'agonie est venue, Ma a été au chevet du malade de six heures du soir jusqu'à une heure du matin, le moment du décès, et elle lui tenait continûment la main.

* * *

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Nouvelles

  • Des satsangs de Ma se déroulent tous les premiers dimanches du mois de 14h30 à 17h30 en région parisienne chez l'un ou chez l'autre. Les lieux sont décidés d'une fois sur l'autre. Ceux qui veulent se joindre à ces réunions entamées à l'instigation de Swami Bhaskarananda peuvent appeler Claude Portal pour qu'il leur indique l'endroit de la prochaine réunion.
  • Swami Nirgunananda animera une retraite en France du vendredi 9 au mercredi 14 juillet. Claude Portal décidera du lieu selon le nombre de participants, signalez-lui donc votre participation le plus tôt possible (12 rue Lamartine 78100 St-Germain-en-Laye) afin de faciliter l'organisation. Les lecteurs de Jay Ma se souviendront de Nirgunanda qui a été le secrétaire privé de Ma pendant les trois dernières années de l'existence de celle-ci et qui vit depuis douze ans à l'ermitage de Dhaulchina, là où Vijayananda avait passé six ans autour des années 70, et où j'ai été moi-même en retraite cinq mois depuis le printemps dernier. Je peux témoigner que Nirgunananda mène 'là-haut' (à 2200m d'altitude) une vie de sadhana soutenue.
  • Le centenaire de la naissance de Didi qui coincidait avec le soixantenaire de la fondation du Kanyapith (l'école des filles) s'est déroulé à Bénarès en mi-février pendant une dizaine de jours, en présence de Swami Chidananda et de la plupart des anciens de la Sangha de Ma.. Un livre-souvenir avec de belles photos inédites de Ma et de Gurupriya Didi a été publié pour l'occasion.
  • Un groupe de Yoga de dix-sept personnes venant de la région de Brest est venu visiter Kankhal pour avoir des satsangs avec Vijayananda pendant une dizaine de jours en tout. C'était la première visite en Inde pour les élèves de Chantale,  professeur de Yoga qui avait organisé le voyage. Cela leur a permis de concretiser bien des notions qu'ils avaient sur le Yoga traditionnel, et certains d'entre eux parlent déjà de revenir…

Shri Ma compose une pièce de théâtre sacré

Par Bithika Mukerjee

Une parole de Shri Ma dit que les petites filles (kanyas) ou garçons sont comme des fleurs fraîches et immaculées, digne du Divin. Pour eux, rentrer en contact avec la dimension de la grâce toujours présente est facileet naturelle. Le kheyala de Shri Ma était toujours avec le Kanyapith. Il était donc peut-être juste que quand elle avait le kheyala de faire jouer un lila (une pioèce de théâtre sacrée, cela se passait au Kanyapith.

Lors d'une de ces soirées de représentation, Mauni Ma dit à Shri Ma; "Ma, pourquoi ne faites-vous pas une pièce de théâtre vous-même?" Shri Ma répondit immédiatement: "Dois-je faire ainsi? Participerez-vous si je dirige une représentation?" Tout le monde fut d'accord avec enthousiasme. Le jour suivant, Shri Ma me fit appeler et exprima son sentiment sur le lila qu'on devait mettre en scène le soir-même. Rétrospectivement, je réalise qu'en ceci Ma s'est révélée pleinement. Le lila, simple en lui-même, nécessiterait de nombreuses pages pour une étude approfondie de sa signification. Déjà, Shri Ma organisa une scène où acteurs et spectateurs pouvait former un groupe homogène. Shri Ma n'avait jamais le temps de me donner des instructions complètes, jer la suivais d'un endroit à l'autre avec un carnet et un crayon et je notais ce qu'elle parvenait à me dicter de temps en temps, parfois même en allant d'une réunion à l'autre. J'ai compris ses instructions de la faàon suivante:

On devait diviser le hall en huit sections ou plus. On devait en laisser les limites fluides et permettre à l'assistance de remplir sans difficulté l'ensemble de l'espace disponible, y compris celui traditionnellement réservé à la scène. Il y aurait deux personnages au centre de chaque partie. L'un représenterait un forme de Dieu, et l'autre son adoratuer. Le salle entière serait une assemblée où les gens seraient assis en groupe autour d'une 'statue' donnée. Ces groupes pourrait se fondre l'un dans l'autre; mais il y aurait des petis chemins distincts qui y mèneraient. Les groupes don’t Ma a donné le détail étaient les suivant, autant que je me souvienne: le premier des deux groupes à une extremité de la salle devait être cemlui des fidèles de Vishnou et Shiva. Dans le premier carré deux filles du Kanyapith devait prendre la posture classique de Radha et Krishna. Dans le second Didi était assise en méditation en face du Gange, et une autre étudiante était ornée comme Shiva. Deux autres groupes représentaient les fidèles de ram et du Bouddha. Dans le groupe suivant, nous avions des ascètes qui levaient les yeux avec une expression calme et seriene vers une représentation d'Adi Shankaracharya (le premier Shankaracharya). Dans une partie plutôt informe il y avait des yogis, des ganapatis et Hanuman joué par Vishuddha, qui à cette époque était bien malicieux. Je pense qu'il y afvait d'autres personnages moins clairement définis censés représentés les divinités et fidèles des formes de religions non hindoues.

Il y avait un petit balcon de l'autre côté de la salle. Les nombreux accessoires simples de ce lila y étaient rassemblés: un livre, une paire de cymbale, un colliere de rudraksha, une guirlande de fleurs, des pétales de tulsi, des feuilles de bilva et beaucoup d'autres articles de ce genre. Pendant toute la journée, Ma me dictait des bouts de lignes que je devais dire. L'idée é"tait que je devait dé"crire les diverses représetations divines en mettant en avant leur majesté et leur grandeur ainsi que leurs qualités qui captivaient le coeur de leurs fidèles. Ensuite j'appelais un assistant (Shri Ma déguisée) pour fournir aux fidèles les objets utiles qu culte de leur divinité d'élection. Shri Ma me dit: "Tu donneras l'ordre suivant, 'o toi, servate, viens ici!" J'étais étonnée et dit: "Qui suis-je donc pour appeler Ma une servante?" (dasi, un mot qui signifie aussi 'esclave')

"Il s'agit de ce corps, bien sûr!"

"Mais je ne peux vous appeler "dasi"!

"Vraiment pas."

"Non, vraiment; vraiment pas!"

Shri Ma prut un peu stupéfaite, mais didi qui était à mes côtés me soutint. Elle dépassa alors cet obstacle à son kheyal en disant, "Eh bien, j'ai eu de nombreux surnoms lorsque j'étais petite, l'un d'entre eux était Tirthavasini Mai (la dame qui réside dans les lieux de pèlerinage). Je n'avais pas d'objection à ce nom que je trouvais tout à fait adapté. Ainsi, je devais l'appeler en lui disant quelque chose de ce genre; "O Tirthavasini Mai, venez par ici, voyez comme ce verger est vbeau, comme ces personnages de Radha et Krishna sont captivants! Voyez comme les gens qui chantent le kirtan sont impliqués! On est vraiment transport& dans un autre monde dans une telle atmosphère".

Qprès ce commentaire, Shri Ma devait sortir du balcon voilée si complètement qu'elle espérait ne pas être reconnue et apporter aux fidèles des paires de cymbales qu'elle leur remettait en mains propres.

 

JAY MA N°51 PRINTEMPS 1999

 

Paroles de Ma

Je ne suis qu'une enfant et je ne sais pas donner des conférences ou des discours: De même qu'une enfant; lorsqu'elle trouve quelque chose de sucré; de bon; l'apporte à son père ou sa mère, de même je dispose devant vous ce qui et bon et sucré. Prenez ce qu'il vous plaît.

Ce sentiment avec lequel vous vous mariez, il n'y en a pas même eu l'ombre en ce corps.

Votre désir intense de voir ce corps en samadhi en provoque parfois les symptômes. A chaque fois qu'une pensée atteint sa pleine intensité, son expression physique suivra ineluctablement. Si l'on perd son être dans la contemplation du Nom divin, on peut se fondre dans l'océan de la Beauté divine. Dieu et les noms qui le symbolisent sont un…aussitôt que la conscience du monde extérieur s'évanouit, le pourvoir du Nom qui se révèle de lui-même trouve son expression objective.

L'univers est un Jeu divin, vous avez un désir de jouer et vous interprétez donc ce jeu selon votre propre éclairage dans toutes les activités joueuses de ce corps, dans ses sourires et ses amusements: S'il avait pris une posture grave, vous vous en seriez tenu à distance. Apprenez à vous plonger dans la Joie divine en toutes Ses manifestions et vous attendrez le but final de tout jeu. Est-ce que vous comprenez?

Le désitr intense pour la Réalisation de Divin est en soi-même la voie qui y mène.

Un monsieur posa à Ma le problème suivant: "Quel est le mieux; para seva, le service aux autres, ou bhajanam, le chant du Nom divin?"

Mataji: "Il n'est pas juste de considérer le service comme le seva de quelqu'un d'autre. Cela ne fait qu'accroître l'égo. Vous devez considérer chacun comme 'Cela' (tat) et ainsi ne faire que Son service.

Questions à Vijayananda

Dasuda raconte…

Propos recueillis par Jacques Vigne à Kankhal

Dasuda vient de fêter ses soixante ans dans les ashrams de Ma. Il était le frère de Maroni, la fille adoptive de Bholonath dont Ma s'est beaucoup occupée, et il est venu chez Ma à l'âge de neuf ans. Il a été son chauffeur pendant 26 ans. Il dit que faire le service de Ma était sa sadhana. Il y a un proverbe qui affirme qu'il n'y a pas de grand homme pour son valet de chambre, mais après plus de quarante ans de vie au service d'Anandamayi, Dasuda témoigne de la grande dévotion qu'il a développée et qu'il garde envers elle. Le texte ci-dessous condense un entretien en hindi que nous avons eu ce matin même à propos de ses réminiscences de Ma. Tout d'abord, l'itinéraire de Dasuda est présenté, puis dans une seconde partie diverses anecdotes sont rapportées. Pour la plupart d'entre elles, Dasuda en a été le témoin ou l'acteur direct.

  1. Un itinéraire avec Ma

Dasuda est né en 1929 au Bengale oriental. Sa grand -mère paternelle était la soeur de Bholonath, le mari de Ma. Après l'adoption de sa soeur Maroni par Bholonath, ses parents ne sont pas sortis de leurs difficultés si facilement. Finalement, quand il n'avait que neuf ans, Ma leur a proposé de prendre Dasuda également à l'ashram de Dhaka. A cette époque là; il était atteint de fièvre chronique. Il a rejoint Ma qui était partie entre temps à Vindyachal, près de Bénarès, et là il lui a demandé un entretien privé. Didi s'est moquée de lui en lui disant 'Toi, un enfant, pourquoi donc as-tu besoin d'un entretien privé avec Ma?' En fait, il ne voulais dire qu'une chose à Ma, et il l'a dite effectivement: 'Je vous considère comme ma seule vraie mère.' Et Ma l'a pris en charge à partir de ce moment-là. Les débuts ont été difficiles. La fièvre qu'il avait s'est révélé être un kala-azar, et les médecins à un moment donné ne lui avait pas donné plus d'une demi-heure à vivre. Finalement, il a été envoyé à la Ramakrishana Mission de Bénarès où il a été hospitalisé pendant six mois.

Quand il avait vingt ans environ, on lui a dit d'aller à l'école de garçons de l'ashram d'Almora, le Vidyapith, de rendre quelques services là-bas et d'y étudier aussi; mais l'étude n'était pas son point fort, il voulait surtout retourner auprès de Ma pour faire son service. Il est donc reparti sans demander de permission vers Bénarès, avec en poche simplement l'argent pour le tiers du voyage. Arrivé à l'ashram, Didi n'était pas contente à son sujet. Finalement, le grand frère de Shivananda et Nirvanananda était là à cette époque. Ma lui a demandé de lui trouver un emploi, et finalement il a abouti comme aide dans le garage des bus gouvernementaux à Allahabad. Pendant deux-trois ans il y a travaillé, a appris des rudiments de mécanique et quand il a su qu'on avait offert à Ma une voiture, il a été passé son permis de conduire à Calcutta et est devenu rapidement le chauffeur attitré de Ma. Ainsi, sa décision qui semblait l'avoir éloigné de l'ashramet d'elle a permis en fait de pouvoir mieux lui rendre service ensuite pendant des dizaines d'années. Il s'est aussi occupé de la boutique de l'ashram pendant longtemps, et continue à jouer du tambour pendant les pujas et les fêtes de Ma, ainsi qu'à rendre toutes sortes de services à l'ashram de Kankhal auprès duquel il réside. Quand il parle du jeu, 'lila' de Ma, l'expression qui lui revient le plus souvent est "aparamparik", c'est à dire "peu commun, non traditionnel, qui n'a été reçu de nul autre, spontané"…

  1. Anecdotes

§ Un jour, j'étais dans le train avec Ma.. A une gare, la foule était venue pour la voir. Elle m'a demandé d'appeler un vendeur de chikkus (fruits bruns et sphériques assez sucrés, courants dans le nord de l'Inde) qui demandait soixante roupies pour tout son panier de fruits. Ma tenta de marchander à cinquante-cinq, mais le vendeur refusa. A ce moment-là, elle lui proposa soixante-cinq, et avant qu'il ait eu le temps d'accepter, elle monta à soixante-dix, puis de cinq en cinq jusqu'à cent. Quand il a reçu les cent roupies, le vendeur était tellement ému qu'il a fait la prosternation complète devant Ma et lui a demandé de lui donner un Nom de Dieu à réciter. Ma s'est enquise: 'Quelle est la divinité que tu préfères.' 'Ram' 'Eh bien, récite Ram!' C'est ainsi que le vendeur de fruits a été initié par Ma sur le quai même de la gare.

§ Quand Dasuda, avec d'autres, lavait les vêtements de Ma, ils pouvaient régulièrement sentir qu'ils avait une odeur excellente alors que Ma ne mettait aucun parfum.

§ Un voisin de l'ashram de Kalyanvan au-dessus de Dehra-Dun, un ingénieur avait organisé une lecture du Ramayana où il avait invité Ma. La cérémonie se déroulait au rez-de-chaussé, et Ma était montée pour quelques temps se reposer au premier étage. Udas avait gardé comme d'habitude la literie de Ma d'une propreté absolument irréprochable; mais à un moment, celle-ci souleva le drap et appela les jeunes filles qui l'assistaient: il y avait là un petit serpent qui était mort. Ma fit venir une grande feuille avec lequel elle le ramasssa, puis le mit dans une autre feuille et le tout dans un panier. Elle me convoqua alors et me demanda d'emporter le corps de l'animal à Hardwar et de l'immerger à Brahmakund (l'endroit de bain le plus sacré d'Hardwar, là où les pontes du monachisme hindou viennent predre leur bain tous les douze ans lors de la pleine Kumbha-Méla).

§ Ma était dans son premier ashram près de Dehra-Dun, Raipur, tout à fait aux pieds de l'Himalaya. Un jour, Didi a vu que ses vêtements étaient trempés. Elle demanda à Ma pourquoi, car il ne semblait y avoir aucune raison pour cela. Celle-ci ne répondit pas, et ce n'est que plus tard qu'elle apprit qu'à ce moment-même; Bhaiji avait failli se noyer à Bénarès en descendant trop loin sur les ghats alors au'il ne sanvait pas nager. Il s'était senti rattrappé par les cheveux et avait entendu une voix qui le réprimandait :"Toi qui ne sait pas nager, pourquoi donc prends-tu des risques commme cela?"

§ Nous étions avec Ma à Bhagat House, le premier ashram de Ma dans la partie nord d'Hardwar. Ellle allait et venait sur la vérandah au fond de la cour quand un groupe de cinquante ou soixante personnes fit son entrée. Elle me dit immmédiatement: "Vas vite au marché acheter du prasad pour tous ces gens. Et si tu vois une voiture qui passe, arrête-la et demande aux gens dedans de t'accompagner. Il s'est trouvé que la première voiture qui passait avait une énorme corbeille de fruits sur le toit, et appartenant à des fidèles de Ma qui venaient justement la visiter…

§ C'était vers la fin de la vie de Ma. Il y avait un sacrifice au feu (laghu rudra havan) qui était organisé par Mr Kheitan, un voisin de l'ashram de Ma à Kalyanvan, Dehra-Dun. Soudain, un garçon a été mordu par un scorpion. Il tremblait de tous ses membres, et son lit était entouré d'une foule non moins affollée que lui. Ma m'appella et me dit: "Te souviens-tu de la manière don’t Narayan Swami (un ancien disciple de Ma) soignait les piqûres de scorpion?" Je ne me souvenais plus exactement; mais elle me rapppella la conduite à tenir et le mantra à reciter. A peine avais-je commencé quelques passes sur le corps du garçon qu'il devint complètement calme, et finalement il se tira d'affaire sans conséquences de la piqûre pour sa santé.

§ Lors des jours sombres de la Partition, des gens vinrent mettre le feu derrière le temple d'Annapurna à l'ashram de Dhaka. Le responsible de l'ashram écrivit à Ma qui était alors à Solan en Himachal Pradesh pour lui suggérer de mettre la statue en lieu sûr. Elle envoya immédiatement deux hommes pour ce travail. Ils disposèrent la divinité dans une grande caisse, ils mirent aussi dans un seau de métal les braises de l'akhand jyoti, le feu sacré qui brûlait continûment depuis une vingtaine d'années déjà à Dhaka et ont été vers la frontière; Les douaniers à l'époque fouillaient tout le monde et ne laissainet pas sortir d'objets religieux hindous du pays, car la tension interreligieuse était à son maximum. Mais ils ont laissé passer les envoyés de Ma sans même regarder ce qu'ils avaient dans leur caisse. La statue d'Annapurna et le feu sacré ont été installés peu après à l'ashram de Bénarès, où ils ont toujours.

§ Shankar Bharati était un grand bhakta de Lalita Devi, dont le temple était à Lalita Ghat, sur les bords du Gange au nord de Bénarès. Une nuit, il a eu en rêve la vision de cette déesse qui lui a dit: "Sous forme de statue, je réside dans ton temple, mais sous forme 'éveillée' (dans la tradition hindoue, la statue de la déesse peut être éveillée; jagrit, par des prières intenses), je réside en Ma Anandamayi. Va pour avoir son darshan!" Le lendemain même, alors que la chaleur était intense, Shankar Bharati descendit toute l'enfilade des ghats, peut-être six ou sept kilomètres pour aller rencontrer Ma.. Celle-ci a appris par la suite qu'il avait des problèmes de digestion à cause de l'alimentation plus qu'austère qu'il avait adoptée; il demandait à son disciple d'aller à la fin du marché ramasser les restes de légumes qu'en général on laisse pour les vaches, il les faisait cuire et ne mangeait que cela. Pendant un certain temps, Ma lui a fait porter les repas de l'ashram lui-même; après, les disciples de Shamkar Bharati ont arrangés eux-même des repas normaux.

§ Pendant le grand sacrifice au feu entre 1947 et 1950 à Bénarès, j'étais responsible du soin des vaches. L'une d'elle avait accouché d'un veau extrêmement beau, mais qui était malade. Il avait un genou qu'il ne pouvait étendre; et il était donc incapable de marcher; Au bout de quelques temps, son état s'est aggravé. Ma a demandé à certaines brahmacharinis de venir réciter le Mahamantra auprès de lui. Une fois qu'il est mort peu après, elle m'a demandé de l'envelopper dans un tissu, de l'attacher à une pierre et de le jeter dans le Gange (c'est la façon dont on dispose du corps des sadhous également).

§ Lors de la Purna Kumbha-Mela d'Allahabad, c'était peut-être en 1954, ou alors en 1966, tout le monde était parti au bain car c'était le grand jour et il n'y avait que quelques personnes qui étaient restées auprès de Ma, celle-ci n'ayant pas envie de s'y rendre. Soudain, elle dit qu'elle s'est sentie attirée par trois jeunes filles sous forme subtile. Il s'agissait de Ganga, Yamuna et Saraswati (correspondant aux deux rivières visibles et au cours d'eau souterrain, qui se rencontrent au confluent, 'Prayag' ; d'Allahabad). Elles entrainèrent Ma vers la confluence des rivières, c'est à dire l'endroit le plus sacré pour le bain, et celle-ci y parvint, malgré une foule des plus denses, juste au moment du 'mouhourt', c'est à dire à l'heure la plus favorable d'après la tradition.

§ Nous ramenions vers Calcutta avec Ma Didi qui s'était faite traiter à Bombay pour une maladie sérieuse. Ma décida de faire une halte à Bodhgaya, l'endroit de l'illumination du Bouddha au Bihar, entre Bénarès et le Bengale. C'était la nuit, et soudain nous avons senti un parfum de fleur tout à fait remarquable; Nous pensions que Ma avait apporté avec elle un énorme panier de fleurs sans que nous nous en apercevions, mais ce n'était pas le cas. Finalement, celle-ci nous dit: "C'est le Seigneur Bouddha qui s'est manifesté à nous de cette manière."

Dasuda aime à raconter le rapport particulier qu'avait Ma avec les mourants, ou même ceux qui étaient déjà morts. Dans la tradition indienne, le guru doit être présent au moment de la mort, que ce soit sous forme physique ou subtile, pour aider ses disciples au grand passage. Nous terminons par quelques anecdotes à ce sujet:

§ C'était quelque temps après la fin tragique de Vibhuda: il s'agissait d'un chanteur très doué, mais instable physiquement à cause d'un asthme et déséquilibré psychologiquement aussi. Ma le gardait près de lui dans l'espoir qu'il se rééquilibrerait. Il avait déjà fait plusieurs tentatives de suicide, quand un jour Swami Paratmananda avait donné l'ordre de le changer de chambre et de le mettre dans le bâtiment des sadhous. Il a dit: "Si je vais là -bas, je ne survivrai pas longtemps" Et trois jour plus tard, il a réussi son suicide en se jetant sous un train à Motichur, la première petite gare juste au nord d'Hardwar. Quelques temps plus tard, Ma passait en train sur cette ligne. Panuda me dit: "Vas informer Ma que nous approchons de l'endroit où Vibhuda a rendu l'âme" Mais quand j'approchais de la couchette de celle-ci, je vis qu'elle reposait avec la tête recouverte, je n'osais donc pas la déranger; mais pourtant, au moment où nous passions à l'endroit tragique, elle s'est rassise immobile en méditation. Nous avons compris qu'elle envoyait une bénédiction à l'âme en peine de Vibhuda.

§ C'était à Vrindavan. Bunidi était une brahmacharini très proche de Ma; elle avait une maladie cardiaque et venait de passer deux journées très difficile, avec de l'oxygène. Ma était restées dans sa chambre, de six heures du matin à onze heures du soir. Un médecin occidental qui travaillait à l'hôpital de la Mission Ramakrishna juste en face de l'ashram était passé dans la soirée, avait constaté une certaine amélioration et avait demandé qu'on retire le tuyau d'oxygène. Il avait dit qu'il repasserait le lendemain matin. Il s'était trouvé que Nirvanananda avait été également immobilisé deux jours avant à cause d'un traumatisme au genou. On avait apporté pour lui un bassin dont il n'avait finalement pas voulu se servir. Ma m’a demandé de l'apporter dans la chambre de Bunidi pour que celle-ci puisse l'utiliser et évite de se déplacer jusqu'aux toilettes. Quelques temps après le départ de Ma, Bunidi s'est levée; les brahmacharinis qui la veillaient ont essayé de l'en empêcher, en lui conseillant d'utiliser le bassin. Mais celle-ci refusa catégoriquement et d'une voix irritée. Les assistantes la laissèrent donc aller aux toilettes, et là, elle tomba et rendit l'âme. Un fait intéressant est qu'à ce moment-même; Ma était en chemin pour revenir voir la malade, mais avait été stopppée par Swami Swarupananda qui souhaitait l'entretenir d'affaires de construction dans l'ashram.

§ A Rajghir dans l'ashram de Ma aux environs des années 1970 vivait un vieux Swami, Upen Maharaj. Ma vint le visiter un jour avec trois ou quatre disciples renonçants, Bhaskarananda, Nirvanananda, Keshavananda et un autre. Sans donner de raisons, elle dit qu'elle s'en allait pour quelques jours et demanda aux disciples de rester avec Upen Maharaj. Le lendemain, celui-ci leur offrit un véritable festin, il aimait beaucoup offrir des repas de fête aux sadhous. Quand après la sieste, Keshavananda est venu l'inviter à se joindre aux autres pour le thé, il n'a pas répondu. En plaisantant, Keshavananda l'a secoué pour le réveiller; ce n'est qu'à ce moment-là qu'il s'est aperçu qu'il était mort.

§ Hindu Didi était très malade à l'ashram de Naimisharanya (près de Lucknow, l'endroit où, dit la tradition, les dix-huit Puranas ont été écrits). Ma avait conseillé qu'on l'emmène à Bénarès, la voiture était venue la chercher, je l'ai installée près de l'arbuste de tulsi qu'il y avait aux environs du temple du Puran-Purush (la statue qui représente les Puranas) et j'étais reparti pour ranger sa literie pour le voyage. Quand je suis revenu, Ma était descendue 'par hasard' et Hindudi venait de rendre l'âme. D'après la tradition vaishnava, mourir à l'ombre d'un tulsi est une bénédiction qui vous fait aller tout droit à Vaikhunta, le paradis de Vishnu.

§ Miradi habitait dans une ruelle de Bénarès une petite chambre en rez-de-chaussé; elle était très malade. Ma est venue lui rendre visite avec des fleurs et des fruits qu'elle lui a offerts. Elle n'est pas rentrée à l'intérieur, mais lui a parlé par la fenêtre ouverte, et au bout de quelques temps, elle lui a demandé si elle pouvait s'en aller. Miradi a dit: "Reste encore deux minutes!" Et au bout de deux minutes, elle est morte.

§ Hari Baba, le grand bhakta de Ma qui était lui-même aussi guru, avait demandé longtemps auparavant à Didi de faire en sorte qu'il puisse passer sa dernière heure avec la main de Ma dans la sienne. Il était très malade à Delhi (Vijayananda raconte qu'à ce moment-là les médecins traitants de l'hôpital l'avaient même déclaré mort. Ma est venu le voir, et il s'est réveillé: c'est le seul cas authentifié où Ma ait resuscité un mort). En accord avec le Baba et ses disciples, Ma a décidé de partir avec eux à Bénarès. Quand l'agonie est venue, Ma a été au chevet du malade de six heures du soir jusqu'à une heure du matin, le moment du décès, et elle lui tenait continûment la main.

* * *

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Nouvelles

  • Des satsangs de Ma se déroulent tous les premiers dimanches du mois de 14h30 à 17h30 en région parisienne chez l'un ou chez l'autre. Les lieux sont décidés d'une fois sur l'autre. Ceux qui veulent se joindre à ces réunions entamées à l'instigation de Swami Bhaskarananda peuvent appeler Claude Portal pour qu'il leur indique l'endroit de la prochaine réunion.
  • Swami Nirgunananda animera une retraite en France du vendredi 9 au mercredi 14 juillet. Claude Portal décidera du lieu selon le nombre de participants, signalez-lui donc votre participation le plus tôt possible (12 rue Lamartine 78100 St-Germain-en-Laye) afin de faciliter l'organisation. Les lecteurs de Jay Ma se souviendront de Nirgunanda qui a été le secrétaire privé de Ma pendant les trois dernières années de l'existence de celle-ci et qui vit depuis douze ans à l'ermitage de Dhaulchina, là où Vijayananda avait passé six ans autour des années 70, et où j'ai été moi-même en retraite cinq mois depuis le printemps dernier. Je peux témoigner que Nirgunananda mène 'là-haut' (à 2200m d'altitude) une vie de sadhana soutenue.
  • Le centenaire de la naissance de Didi qui coincidait avec le soixantenaire de la fondation du Kanyapith (l'école des filles) s'est déroulé à Bénarès en mi-février pendant une dizaine de jours, en présence de Swami Chidananda et de la plupart des anciens de la Sangha de Ma.. Un livre-souvenir avec de belles photos inédites de Ma et de Gurupriya Didi a été publié pour l'occasion.
  • Un groupe de Yoga de dix-sept personnes venant de la région de Brest est venu visiter Kankhal pour avoir des satsangs avec Vijayananda pendant une dizaine de jours en tout. C'était la première visite en Inde pour les élèves de Chantale, la professeur de Yoga qui avait organisé le voyage. Cela leur a permis de concretiser bien des notions qu'ils avaient sur le Yoga traditionnel, et certains d'entre eux parlent déjà de revenir…

Shri Ma compose une pièce de théâtre sacré

par Bithika Mukerjee

Une parole de Shri Ma dit que les petites filles (kanyas) ou garçons sont comme des fleurs fraîches et immaculées, digne du Divin. Pour eux, rentrer en contact avec la dimension de la grâce toujours présente est facileet naturelle. Le kheyala de Shri Ma était toujours avec le Kanyapith. Il était donc peut-être juste que quand elle avait le kheyala de faire jouer un lila (une pioèce de théâtre sacrée, cela se passait au Kanyapith.

Lors d'une de ces soirées de représentation, Mauni Ma dit à Shri Ma; "Ma, pourquoi ne faites-vous pas une pièce de théâtre vous-même?" Shri Ma répondit immédiatement: "Dois-je faire ainsi? Participerez-vous si je dirige une représentation?" Tout le monde fut d'accord avec enthousiasme. Le jour suivant, Shri Ma me fit appeler et exprima son sentiment sur le lila qu'on devait mettre en scène le soir-même. Rétrospectivement, je réalise qu'en ceci Ma s'est révélée pleinement. Le lila, simple en lui-même, nécessiterait de nombreuses pages pour une étude approfondie de sa signification. Déjà, Shri Ma organisa une scène où acteurs et spectateurs pouvait former un groupe homogène. Shri Ma n'avait jamais le temps de me donner des instructions complètes, jer la suivais d'un endroit à l'autre avec un carnet et un crayon et je notais ce qu'elle parvenait à me dicter de temps en temps, parfois même en allant d'une réunion à l'autre. J'ai compris ses instructions de la faàon suivante:

On devait diviser le hall en huit sections ou plus. On devait en laisser les limites fluides et permettre à l'assistance de remplir sans difficulté l'ensemble de l'espace disponible, y compris celui traditionnellement réservé à la scène. Il y aurait deux personnages au centre de chaque partie. L'un représenterait un forme de Dieu, et l'autre son adoratuer. Le salle entière serait une assemblée où les gens seraient assis en groupe autour d'une 'statue' donnée. Ces groupes pourraient se fondre l'un dans l'autre; mais il y aurait des petis chemins distincts qui y mèneraient. Les groupes don’t Ma a donné le détail étaient les suivant, autant que je me souvienne: le premier des deux groupes à une extremité de la salle devait être cemlui des fidèles de Vishnou et Shiva. Dans le premier carré deux filles du Kanyapith devait prendre la posture classique de Radha et Krishna. Dans le second Didi était assise en méditation en face du Gange, et une autre étudiante était ornée comme Shiva. Deux autres groupes représentaient les fidèles de ram et du Bouddha. Dans le groupe suivant, nous avions des ascètes qui levaient les yeux avec une expression calme et seriene vers une représentation d'Adi Shankaracharya (le premier Shankaracharya). Dans une partie plutôt informe il y avait des yogis, des ganapatis et Hanuman joué par Vishuddha, qui à cette époque était bien malicieux. Je pense qu'il y afvait d'autres personnages moins clairement définis censés représentés les divinités et fidèles des formes de religions non hindoues.

Il y avait un petit balcon de l'autre côté de la salle. Les nombreux accessoires simples de ce lila y étaient rassemblés: un livre, une paire de cymbale, un colliere de rudraksha, une guirlande de fleurs, des pétales de tulsi, des feuilles de bilva et beaucoup d'autres articles de ce genre. Pendant toute la journée, Ma me dictait des bouts de lignes que je devais dire. L'idée é"tait que je devait dé"crire les diverses représetations divines en mettant en avant leur majesté et leur grandeur ainsi que leurs qualités qui captivaient le coeur de leurs fidèles. Ensuite j'appelais un assistant (Shri Ma déguisée) pour fournir aux fidèles les objets utiles qu culte de leur divinité d'élection. Shri Ma me dit: "Tu donneras l'ordre suivant, 'o toi, servate, viens ici!" J'étais étonnée et dit: "Qui suis-je donc pour appeler Ma une servante?" (dasi, un mot qui signifie aussi 'esclave')

"Il s'agit de ce corps, bien sûr!"

"Mais je ne peux vous appeler "dasi"!

"Vraiment pas."

"Non, vraiment; vraiment pas!"

Shri Ma prut un peu stupéfaite, mais didi qui était à mes côtés me soutint. Elle dépassa alors cet obstacle à son kheyal en disant, "Eh bien, j'ai eu de nombreux surnoms lorsque j'étais petite, l'un d'entre eux était Tirthavasini Mai (la dame qui réside dans les lieux de pèlerinage). Je n’avais pas d'objection à ce nom que je trouvais tout à fait adapté. Ainsi, je devais l'appeler en lui disant quelque chose de ce genre; "O Tirthavasini Mai, venez par ici, voyez comme ce verger est vbeau, comme ces personnages de Radha et Krishna sont captivants! Voyez comme les gens qui chantent le kirtan sont impliqués! On est vraiment transport& dans un autre monde dans une telle atmosphère".

Qprès ce commentaire, Shri Ma devait sortir du balcon voilée si complètement qu'elle espérait ne pas être reconnue et apporter aux fidèles des paires de cymbales qu'elle leur remettait en mains propres.

 

 

JAY MA N° 53 - ETE 1999

 

Paroles de Ma

 

Pourquoi doit-on avoir le regard focalisé quand on suit le Chemin? Le regard, c’est Lui et le ‘pourquoi’, c’est aussi Lui. Tout ce qui est révélé ou caché où que ce soit et de quelque manière que ce soit est ‘Toi’, est ‘Je’. La négation, tout comme l’affirmation, est égalementTu’ –le Un.

Essayez de saisir la signification de ‘tout est à Lui’ et vous vous sentirez immédiatement libéré de quelque fardeau que ce soit.

Pendant le satsang, deux aveugles vinrent pour parler avec Mataji. L’un d’eux demanda: ‘Comment avoir la vision de Dieu? S’il vous plaît, dites-moi la manière la plus facile d’y arriver!’ Ma répliqua, ‘Cherchez-Le pour Lui-même’… Ne soyez pas même intéressé par votre progrès spirituel, car c’est une préoccupation qui n’est pas dépourvue d’égo. Cherchez Dieu parce que c’est votre nature de faire ainsi, parce que vous ne pouvez pas rester sans Lui.

Question: ‘Parfois, je suis désespéré parce que je ne semble pas capable de réussir.’

Ma: ‘Vous êtes désespéré quand vous avez des désirs et qu’ils restent insatisfaits. Mais quand on aspire à Dieu pour Lui-même, comment est-il possible d’être désespéré?’

Il y a deux genre de pélerins dans le voyage de la vie: le premier groupe est constitué de touristes qui aiment aller ici ou là pour voir des paysages; ils papillonnent d’une expérience à l’autre pour s’amuser. L’autre groupe chemine sur la voie qui est cohérente avec l’être véritable de l’homme et qui mène à sa demeure réelle, le connaissance de soi et du Soi

Le Nom de Dieu est en lui-même le rite pour exorciser les influences indésirables. Les démons et les fantômes ne peuvent demeurer en sa présence.

Le mot ‘manush’, ‘être humain’ en lui-même donne la clé de que l’homme doit être: une être qui est conscient de lui-même (man signifie le mental). Même s’il a glissé et qu’il est tombé, n’est-ce pas son devoir obligé d’utilsier la terre même sur laquelle il a buté comme un appui et de se remettre debout une fois de plus?

J’appartiens à tous les lieux et à tout le monde. C’est donc ma demande instante que vous me fassiez une place dans votre coeur.

Tout ce que les gens font appartient au royaume de la mort, du changement incessant. Rien ne peut être exclu. Sous la forme de la mort, c’est Toi, et sous la forme du désir c’est encore Toi qui devient et qui est à la fois différenciation et identité car Tu es infini, sans fin. C’est Toi qui va sous le déguisement de la Nature; quel que soit le point de vue à partir duquel on fasse une assertion, je n’y objecte jamais, car Lui seul est tout en tout, Lui seul est celui qui a une forme et en est dépourvu.

Un arbre est arrosé par ses racines. Les racines de l’homme, c’est son cerveau où le raisonnement, son intellect est constamment au travail. Grâce au japa, à la méditation, à l’étude approfondie des Ecritures, on progresse vers le but.

Questions à Vijayananda

Q: Quelle importance doit-on donner au corps quand on a un désir sincère de vie spirituelle? Est-ce différent lorsqu'on est encore dans le monde?

V: Le corps est un instrument, et c'est un instrument précieux pour nous aider dans notre voie spirituelle. Il faut le traiter commme un cavalier traite son cheval. Il faut le nourrir, mais pas trop, le maintenir propre, ne pas trop le fatiguer, ne pas le battre inutilement. En bref, il faut en faire un ami et un bon serviteur, mais bien prendre garde qu'il ne devienne pas le maître. Ceci est dit pour un sadhaka mais celui qui a atteint la Connaissance n'est plus identifié au corps et il laisse à Prakriti, la nature, le soin de s'occuper du corps jusqu'à ce qu'il ait atteint le terme de son existence.

Q: La vie spirituelle ne peut-elle pas devenir une fuite d'un malaise dans son corps et dans le monde physique?

V: Nous essayons constamment de fuir les sensations pénibles qui nous viennent de notre corps ou de notre entourage; mais les gens ordinaires n'en sont que vaguement conscients. L'âge progressant, ils se sont trouvé toutes sortes de moyens d'échapper à ces états pénibles: le tabac, l'alcool, le sexe, la lecture, le cinéma, etc…et pour certains même les drogues. Dans la vie spirituelle, il nous faut d'abord prendre conscience de ces sensations et de notre tendance presqu'irrésistible d'essayer d'y échapper. Puis il faut leur faire face et on s'aperçoit qu'elles ne sont pas si terribles qu'on l'imagine et on les supporte. Ceci fait, dans un troisième temps, par la méditation, la maîtrise des nadis, on peut à volonté détourner l'attention vers le saharasa, le bonheur du Soi qui est l'essence même de tous le plaisirs et de toutes les joies. Alors le corps apparaît comme un appendice sans grande importance.

Q: De nos jours, le terme spiritualité est si souvent utilisé qu'il semble perdre de son intensité. Quelle serait votrre définition de la spiritualité?

V: La spiritualité -la vraie- est l'attitude mentale et la conduite qui permet de révéler le Divin éternel qui est en chacun de nous et qui est en fait notre Soi le plus intime. Ce Divin est voilé par les émotions négatives, par la tendance du mental à rechercherla Paix et le Bonheur dans la réflexion du Soi sur les objets des sens. Il faut donc faire une réversion vers le subjectif du mouvement du mental. Comme le dit la Kathopanishad; auriti chakshu, le regard tourné vers l'intérieur.

 

 

 

A Bénarès avec Gopinath Kaviraj et Ma

Par Melitta Mashman

 

Hier, j’ai rendu visite à Shri Gopinath Kaviraj (un des pandits les plus connus de Bénarès, qui était très dévoué à Ma et qui a fini ses jours dans son ashram sur les bords du Gange). Il m’y avait autorisé. Dès qu’on franchit la grille du jardin, on pénètre dans une zone de silence qui entoure ce personnage peu ordinaire de cercles concentriques de plus en plus silencieux. On y trouve un palmier vigoureux, avec un sous-bois sauvage rempli de fleurs blanches. Sur la terrasse un petit feu entretenu par un servant qui, sans un mot, indique d’un geste par dessus l’épaule l’entrée de la maison. Un couloir au plafond élevé, sombre, puis un escalier raide, tout cela dépourvu de décorations inutiles, austères. Quant à l’étude du sage, elle ressemble plus à une cellule monastique qu’à une chambre, avec des livres, des magazines et des manuscrits en piles imposantes aux quatres coins de la couche sur laquelle il est assis. Il montre du doigt un tabouret: ‘Asseyez-vous!’ Mais je préfère m’asseoir sur le sol. Sans efforts, quelques minutes de silence. Finalement il se met à parler de l’essai dans lequel j’ai décrit ma première rencontre avec Mataji. Une grande ‘appréciation feutrée’. Ensuite silence de nouveau, que cette fois-ci j’interromps. Je demande si je puis lui expliquer où j’en suis spirituellement à ce moment-ci de mon itinéraire. Il approuve d’un signe de tête avec les yeux mi-clos. Parfois, un sourire d’appréciation passe rapidement sur son visage.

Quand je lui dis que je n’ai pas de désir particulier de parler avec Mataji, il écarquille les yeux d’étonnement. ‘ Excellent, dit-il, ne cherchez pas à vous entretenir avec elle, regardez-la seulement avec une attention soutenue et cherchez le contact qui est au-delà des mots.’ Je lui demandai alors si je devais méditer malgré le fait que je n’aie semble-t-il aucun don en ce sens. ‘Cela vous serait d’un grande secours’. Nous restâmes silencieux quelque temps, puis il me dit de revenir d’ici quelques jours; il me donnerait certaines suggestions pratiques. Sans un mot il joint les mains, un sourire distant, un inclinaison de tête à peine perceptible, il prend congé de moi. Une fois levée, je reste là, debout un moment. Cette pièce avec ses murs dénudés et ses montagnes de livres me semble plus familière que toutes les chambres où j’ai pu moi-même vivre. Le sage sur le lit, avec ses rares cheveux argentés et ses lourdes paupières a été mon père auparavant, et sera un jour ou l’autre mon frère. Je ne sais rien de sa vie et pourtant j’ai l’impression de tout connaître.

En revenant en rickshaw par les rues pleines de monde, j’ai la sensation physique que tout ce que je vois alentour n’était pas à l’extérieur mais à l’intérieur de moi-même. La peau qui délimite et emprisonne mon corps semble s’être étirée infiniment et contenir tout ceci également. Je me souviens tout d’à coup de la sensation que j’ai eue il y a un an après mon premier darshan avec Mataji. Je sentais que mon coeur –mon coeur physique- doublait de taille. Pendant des journées entières je pouvais expérimenter qu’il se dilatait progressivement. C’était une sensation qui engendrait à la fois souffrance et félicité…

Mélitta raconte ensuite une visite matinale à Sarnath, près de Bénarès, où elle sent de façon vivide la présence du Bouddha, de l’Eveillé. Il était presque midi quand je suis retournée à l’Ashram. Mataji est assise dans la petite cour de la maison de son frère en face du sanctuaire dans lequel celui-ci accomplissdait une puja. La cour est pleine à craquer. Je reste debout à l’entrée. Un quart d’heure plus tard, Mataji me fait signe de venir à l’intérieur. J’avais cueilli, aux pieds de l’arbre sous lequel je m’étais allongée à Sarnath, une plante jaune-rouge, flamboyante, dont les graines étaient tombées. Je l’avais prise avec moi à cause de sa grande beauté, et maintenant je l’offre à Mataji. Je demande à quelqu’un de lui expliquer que je l’ai trouvée à Sarnath. ‘Considérez-la comme un symbole de quelque chose pour lequel je veux lutter avec votre aide, Mataji. Je souhaite devenir vidée de toute semence karmique tout comme cette coque a été vidée de ses graines.’ Avec grand soin je fis tomber la plante dans les mains de Mataji. La vénération me rendait trop timide pour la toucher.

Avec un sourire, Mataji regarde mon cadeau tout en répétant à voix haute mes paroles en bengali. Soudain, elle met la plante dans sa main gauche et me tend la droite. Chez les hindous, on n’a pas l’habitude de serrer la main; je n’ai jamais vu Mataji le faire. Elle me donne sa main délicate et menue comme on offrirait une fleur. Je me surprends à voir que j’hésite à la serrer. Finalement je me risque à ne toucher prudemment que la partie supérieure de ses doigts pendant quelques secondes comme s’il s’agissait de joyaux précieux, vénérables. Il me vient à l’esprit que j’aimerai les toucher avec mon front, mais immédiatement j’ai honte d’une impulsion aussi crue et avec beaucoup de soin je restitue ce qu’on m’avait prêté pour quelques instants. Plus tard, plusieurs personnes sont venues et m’ont demandé de leur serrer la main. Ce qu’il recherchaient sûrement, c’était un contact indirect avec la main de Ma.

 

 

 

 

L’enfant errant

Au mois de février nous avons rencontré avec un groupe de Français, membres d’une association de Yoga intitulée Lumière à Brest Swami Jnanananda, d’orignie suisse mais qui vit depuis maintenant pratiquement un demi-siècle en Inde. Il a passé quinze ans à Kankhal et a bien sûr eu souvent le darshan de Ma. Il nous a raconté qu’un jour un enfant d’une dizaine d’années est venu à elle. Il était déjà renonçant, allant d’un endroit à l’autre avec des tresses dans les cheveux (jatas) et un trident en main à la manière de Shiva. Ma lui a demandé ‘Où habites-tu?’ Il a immédiatement répondu: ‘A vos pieds!’ Quelques années plus tard, alors qu’il n’avait guère que quinze ans, il a composé un chant que Swami Jnanananda reprend très souvent, et que nous avons appris avec lui lors de notre dernière rencontre à Dehra-Dun: les paroles sont très simples, ‘Anandamayam, ce qui désigne le Soi pénétré, constitué (mayam) de félicité, Krishnamayam, qui évoque le Dieu-Guru enseignant Arjuna sur le champ de bataille; Govindamayam, qui fait allusion à l’aspect de Dieu comme un ami intime, l’adolescent Govinda de Vrindavan; et ensuite Brahmamayam, pénétré d’Absolu; et pour conclure on reprend une fois Anandamayam, car la félicité est l’alpha et l’oméga de l’évolution intérieure. C’est parce qu’on en a une intuition de départ qu’on se met en chemin, c’est parce qu’on l’expérimente pleinement qu’on réalise ce qu’il y a à réaliser.

 

 

 

 

Ma est sa propre lumière

Par GC Das Gupta

Le 3 août 1944 l’auteur de cet article a rendu visite à Ma à Navadvip car il avait appris qu’elle était fort malade. C’était la veille de Jhulan Purnima (pleine lune de Krishna, fête aussi des frères et soeurs à l’occasion de laquelle Ma avait coutume d’attacher le raksha bandhan, le lien, le bracelet de protection au poignet de ses disciples). Ma était au premier étage des bâtiments attachés au temple de Govinda. Quand l’auteur de ces lignes est arrivé avec deux dames il était environ onze heures du soir. Une ampoule électrique était allumée. En pénétrant dans la pièce, nous avons vu Ma, assise, resplendissante de joie. Tout son corps rayonnait comme une sphère de lumière éblouissante rendant l’ampoule presque pâle et rougeâtre. Un rayonnant si merveilleux provenant d’un visage humain était au-delà de ce que l’on pouvait concevoir. Son corps brillait en même temps d’une lumière tellement douce que la pièce entière semblait remplie d’une présence divine éthérée. Par la suite, lorsqu’on demanda à Ma ce qui avait rendu son corps si brillant cette nuit-là, en dépit de son état de santé grave, elle dit doucement avec le sourire attachant qui la caractérisait, ‘N’avez-vous pas vu comme la plupart des dieux et des déesses des temples de Navadvip étaient joliement habillés et illuminés pour les célébrations de Jhulan Purnima? Ne pensez-vous pas qu’il était convenable que ce corps aussi ait manifesté un certain éclat, une certaine grâce?

Le lendemain matin, nous étions tous assis en face de Ma. On distribuait le prasad du temple de Govindaji. Une dame avec un bébé dans les bras était venue voir Ma qui s’entretenait avec de nombreux visiteurs et visiteuses. En entrant, la dame demanda: ‘Où est la Mère ici?’ On lui désigna Ma. Eut lieu alors la conversation suivante:

Q : On dit que vous êtes Mère. Où sont vos fils et vos filles.

Ma : Ici (en désignant son coeur)

A : Où est votre mari ?

Ma : Ici (avec le même geste)

A : Où sont vos parents ?

Ma : (avec un sourire) Ici en ce coeur

Q : Votre maison ?

Ma : (Avec le même geste) Ici !

La dame qui posait ces questions semblait complètement déconcertée, n’arrivant pas à comprendre ce à quoi Ma faisait allusion. Ma le remarqua et avec sa façon habituelle d’apaiser et de convaincre lui dit, ‘Ici en ce corps il y a tout ce qui se trouve dans l’univers –père, mère, fils et fille et tous les êtres crées. De cet Un tout tient son être. Dans cet Un tout existe, tout persiste et finallement tout se fond.

…Quand Ma chante, que ce soit en bengali, hindi ou sanskrit, la douceur et la pureté solennelle de la mélodie, la profondeur du sentiment et le monde qu’on pouvait entrevoir en écoutant simplement, tout cela contribuait à produire un effet étrange et profond sur les auditeurs qui en gardait fréquemment un souvenir inoubliable. Elle insistait sur le chant dévotionnel de type kirtan où, disait-elle, le coeur des êtres vivants, les âmes des saints qui sont partis dans l’au-delà et les pouvoirs subtils qui nous entourent pouvaient participer et s’unir.

(Amrita Varta, avril 1997, p.12)

 

 

 

En parlant de conversions

Nouvelles pages du journal d’Atmananda

Un journaliste irlandais et un étudiant chercheur à l’Université hindoue de Bénarès vinrent pour le darshan de Mataji.

Auestion : Qu’avez-vous à dire sur ceux qui insistent sur le fait qu’il n’y a qu’une religion qui soit la bonne?

Ma : Toutes les religions sont des chemins vers Lui.

A : Je suiis chrétien…

Ma : Moi aussi, je suis chrétienne, musulmane, tout ce que vous voulez.

A : Serait-il juste pour moi de devenir un hindou ou est-ce que mon approche doit se faire par la voie chrétienne ?

Ma : Si c’est votre destinée de devenir hindou, cela se produira de toutes façons. C’est comme vous ne pouvez pas demander ce qui arrivera en cas d’accident de voiture. Quand l’accident arrivera, vous verrez bien.

Q: Si je sens le besoin impérieux de devenir hindou, dois-je y céder ou est-il juste de le refouler, puisqu’on dit que chacun est né à la place qui est meilleuere pour lui ?

Ma : Si vous sentez réellement le besoin de devenir hindou vous ne poseriez pas cette question, vous le feriez effectivement. Cependant, ce problème a un autre aspect. Il est vrai que vous êtes chrétien, mais il y quelque chose d’un hindou en vous, sinon vous ne pourriez même pas connaître quoi que ce soit au sujet de l’hindouisme. Tout est contenu dans tout. De même qu’un arbre produit des graines et que d’une seule graine des centaines d’arbres peuvent se développer, de même la graine est contenue dans l’arbre et l’arbre tout entier, potentiellement, dans une graine minuscule.

Q: Comment trouver le bonheur ?

Ma : Dites-moi d’abord si vous êtes d’accord pour faire ce que ce corps vous demandera.

Q : Oui, je le suis.

Ma : L’êtes-vous réellement? Très bien. Maintenant, supposez que je vous demande de rester ici, en serez-vous capable?

A : Non, pas vraiment… (rires)

Ma : Vous voyez, le bonheur qui dépend de quelque chose d’extérieur, femme, enfants, réputation, amis ou n’importe quoi d’autre, ne peut durer ; mais trouver le bonheur en Lui qui est présent partout, votre propre Soi, voilà lla chose réelle.

A : Vous dites donc que le bonheur réside dans le fait de trouver mon propre Soi ?

Ma : Oui. Trouver votre Soi, découvrir ce que vous êtes réellement signifie trouver Dieu, car il n’y a rien en dehors de Lui.

Q : Vous dites que tout est Dieu ; mais certaines personnes ne sont-elles pas plus Dieu que d’autres ?

Ma : Pour celui qui pose cette question, il en est ainsi ; mais en réalité, Dieu est pleinement et également présent partout.

A : N’y a-t-il pas de substance en moi en tant qu’individu ? N’y a-t-il rien en moi qui ne soit pas Dieu ?

Ma : Non. Même dans le fait de ‘ne pas être Dieu’, il n’y a que Dieu seul. Tout est Lui.

A : N’y a-t-il aucune justification au travail professionnel ou dans le monde ?

Ma : S’occuper d’affaires mondaines agit comme un poison lent (jeu de mot probable entre vishay, les objets mondains et vish, le poison). Progressivement, sans même s’en apercevoir, cela mène à la mort. Est-ce que je dois conseiller aux Pitaji et Matajis qui viennent me visiter de suivre ce chemin ? Je ne le peux. Ce que ce corps dit est : Choisissez la Voie de l’Immortalité, prenez le chemin qui, d’après ce que vous sentez de votre tempérament, peut mener à la Réalisation de votre Soi. Néanmoins, même en travaillant dans le monde, il y a une chose que vous pouvez faire. Quoi que vous fassiez tout au long de la journée, essayez de le faire dans un esprit de service. Servez Dieu en chacun, considérez tous et tout comme Ses manifestations et servez-Le quel que soit le travail que vous entrepreniez. Si vous vivez dans cet état d’esprit, le chemin vers la Réalité s’ouvrira devant vous.

(Amrita Varta, avril 1997, p.17-18)

 

Sur les bords de la rivière Gomati

Par Krishnanath

Après la Samyam Saptah de 1960 à Naimisharanya (près de Lucknow, l’endroit où d’après la Tradition les Puranans ont été écrites), Ma est restée dans une petite maisonnette sur les bords de la rivière locale, la Gomati, et Krishnanath a eu la chance de faire partie du petit groupe qui a pu demeurer auprès d’elle pendant deux semaines de plus. Il raconte quelques épisodes de ce séjour.

En soirée, Mataji marchait parfois près de sa maisonnette ; Un soir un groupe d’oiseaux passa en formation au dessus de nos têtes et Mataji demanda au Dr Pannalal combien d’oiseaux il comptait. Il répondit rapidement, ‘treize !’. Le groupe fit une courbe et repassa au-dessus de nos têtes ; certains d’entre nous essayèrent de compter. Les uns dénombrèrent douze oiseaux, les autres quatorze. Mataji dit que treize était le nombre exact, et demanda au Dr Pannalal s’il les avait compté pour de bon. Il admit qu’il avait juste donné un chiffre qui lui passait par la tête. Mataji nous dit alors qu’elle avait pensé au chiffre 13 et que parfois d’autres expriment à voix haute ses pensées…

Un autre jour, un brahmachari demanda à Ma : ‘Comment pouvons nous aimer ce que nous n’avons jamais vu ? C’est pour cela que tous, nous voulons que Dieu nous donne un aperçu de Lui-même.’ Mataji répliqua que c’était une durbuddhi (idée fausse), mot qu’elle interprétait comme dur (à distance) et buddhi (pensée), c’est à dire le fait de penser que Dieu est à distance, et cela menait à dur-gati (littéralement ‘malheur’), ce qui signifiait d’après elle ‘aller loin de Dieu’ à la place de le réaliser (comme immédiatement présent). Comme elle exprime d’une façon magnifique cette vérité selon laquelle Dieu est au-dedans de nous! Ma poursuivit en disant que si l’on ne pouvait pas visualiser une forme particulière de Dieu, on pouvait considérer que les lettres elle-mêmes de Son Nom étaient Dieu. En Sanskrit le mot pour ‘lettre’ est akshara qui signifie également ‘impérissable’ et qui est appliqué à l’Absolu dans la Gita. Le terme mantra est en général dérivé de mannat trayate ‘ce qui protège par la contemplation’, mais Ma fait dériver ce terme de man tera ‘Mon esprit est tien’ –en d’autres termes l’abandon complet.

…Un homme qui s’est présenté come un employé des Chemins de fer désirait connaître un voie simple pour atteindre Dieu sans avoir à passer du temps en japa, méditation, etc…

Ma lui conseilla d’aller régulièrement dans des satsangs et de rencontrer des saints ; il demanda ce qu’il devait faire si même cela n’était pas possible. Ma lui conseilla alors la lecture des sadgrantha, les bons livres spirituels, c’est à dire ceux qui mènent à l’être (sat). Il posa ensuite la question de savoir comment il gagnerait sa vie s’il abandonnait son métier pour partir à la recherche du Divin. Ma dit ‘Dieu pourvoit’ et raconta une histoire à ce propos : Deux amis essayaient de vérifier la vérité de cette maxime en méditant dans la forêt. Au bout de plusieurs heures, l’un d’entre eux eu faim et ne voyant pas de perspective de nourriture venant jusque là, retourna à la ville et eut un bon repas. Ensuite, il eut pitié de son ami et lui rapporta de quoi manger juste à l’endroit, sous l’arbre, où il était assis en méditation. Il le provoqu en lui disant : ‘Tu vois ! Dieu ne t’a apporté aucune nourriture!’ L’autre répliquan, ‘Mais si, il vient de m’en apporter par ton intermédiaire, malgré le fait que tu doutes.’ Le monsieur qui interrogeait Ma continua à exprimer sa méfiance et certains d’entre nous était fâchés de ses façons hautaines, mais Mataji lui offrit du prasad, lui parla avec une grande douceur et lui demanda d’essayer.

…Un jour de nouvelle lune, une foule de gens étaient venus pour se baigner au Chakra Tirtha. Mataji nous dit de nous rendre là-bas et de voir Bhagavan (Dieu) sous le déguisement de la foule. Nous nous rendîmes donc au bassin sacré et en regardant du point de vue suggéré par Ma, nous fûmes réellement touchés par la scène de ces centaines d’hommes, de femmes et d’enfants qui se pressaient pour prendre leur bain. Ils étaient venus à pied, certain d’aussi loin que soixante km. Nous vîmes deux garçons mesurant la distance en se prosternant tout du long à chaque pas et progressant de cette façon vers le bassin. Un autre trait intéressant, c’était les pandas (prêtres) qui étaient assis autour du bassin soit sur des petits lits en bois soit accroupis à même le sol ; ils avaient en face d’eux des paniers dans lesquels les pélerins déposaient leurs vêtements et leurs affaires.On leur donnait de l’herbe kusha pour faire des aspersions d’eau lustrale, et en revenant du bain ils plaçaient dans le panier pour récompenser le prêtre de ses services ce qu’ils avaient apporté, le plus souvent des poignées de grains ou de légumes de leurs propres fermes. A chaque fois que je verrai des foules dans les lieux sacrés, je me souviendrai de ne pas être gêné par elles, mais de les considérer comme des manifestations du Divin.

 

 

 

L’armoire vide

Une histoire racontée par Ma

Un homme très riche mourut en laissant sa fortune à son fils. Avant de fermer les yeux pour toujours il lui dit que s’il en arrivait à être vraiment dans la misère, il devrait ouvrir un certain placard de la maison; mais il ne devait le faire sous aucun autre prétexte. Le fils était prodigue et bientôt il eut épuisé toute la fortune. A la fin, il en est arrivé à la ruine quasi complète, il ne pouvait même plus assurer les premières nécessités à sa famille; de plus, la maladie ainsi que toutes sortes d’autres misères avait frappé la famille. Il se souvint de l’armoire et parvint non sans mal à l’ouvrir. A son grand désespoir il découvrit qu’elle était vide. C’était une armoire de couleur noire tout à fait ordinaire, il la jeta donc aux ordures et se mit à chercher et creuser partout pour trouver le trésor caché. A court de ressources il eut finalement l’idée de demander son aide à un mahatma. Celui-ci accepta de venir chez lui et de voir ce qu’on pouvait faire. En arrivant il regarda alentour et dit: ‘Donnez-moi un siège près de l’armoire noire’, il s’assit et gratta le vernis du vieux meuble et voilà qu’il s’avéra être constitué d’or pur. ‘De même, conclua Mataji, on trouvera de l’or dans le coeur de chacun, là où l’Un trône sur son siège de lotus. Mais tant qu’on n’est pas complètement vide, on ne peut découvrir l’or.’

(Amrita Varta, juillet 1997, p.18)

 

 

Lire le livre du coeur

Extraits du journal de Gurupriya Didi

Nous essayons de transcrire ce que Ma dit, de notre mieux. En entendant ceci Ma rit et dit, ‘Qu’est-ce que cela va vous apporter d’écrire tout cela ? Il y a tant de mahatmas qui ont écrit tellement de choses. Dieu vous donne des leçons d’un si grand nombre de manières différentes, n’est-ce pas suffisant ? Cela ne fera qu’un ouvrage de plus du même genre ; Qu’allez-vous écrire de nouveau ? Rien n’est nouveau, tout est ancien.’ En disant cela, elle se mit à rire comme une enfant…. Quelqu’un posa à Ma la question suivante, ‘Si personne ne peut faire quoi que ce soit en dehors de la volonté de Dieu, pourquoi devrais-je souffir ou bénéficier des conséquences de mes actes mauvais ou vertueux ? Ma rit et dit : ‘Vous croyez fermement que rien ne peut survenir sans la volonté divine, n’est-ce pas ?’ Il répondit par l’affirmative. ‘A ce moment-là, il n’est pas question que Baba ait des actions mauvaises ou vertueuses ; mais comme la question s’est posée en vous, je dirai que vous n’avez pas la volonté ferme que rien ne peut survenir sans la volonté de Dieu. Le monsieur fut d’accord avec ce qu’affirmait Ma. Elle ajouta, ‘la foi est toujours aveugle. Par la suite elle devient évidente, comme je vous vois et vous me voyez, mais au départ vous commencez par la foi aveugle et ensuite vous entrez le royaume de l’expérience. Vous devez lire, Baba. Qu’est-ce que lire ? Je ne me réfère pas à la lecture des livres ; mais de même que les livres nous donnent des connaissances sur des sujets extérieurs et aident à transformer même un enfant ignorant en un savant compétent, de même il est un livre au fond de chacun d’entre nous. Essayez de lire ce livre. En le lisant vous n’aurez plus aucun doute sur quelque sujet que ce soit et les questions ne sélèveront plus en vous; vous comprendrez par vous-même ce sujet sur lequel vous m’avez interrogée.

(Gurupriya Devi, Sri Sri Ma Anandamayi, vol.VI p.140, 142)

 

 

Ma en famille

Amulya Kumar Datta Gupta

 

Un peu plus tard Ma et Baba Bholonath partirent pour le jardin de feu Ishwar Ghosh pour rencontrer ‘grand-papa’ (le père de Ma, Sri Bipin Bihari Bhattacharya). Nous avons aussi suivi. En arrivant là-bas Ma fit pranam à son père et s’assit ensuite au bord de l’étang. Swami Shankarananda lui dit, ‘Vous avez fait le pranam à votre père, pourquoi avez-vous laissé de côté votre mère?’ Avec un sourire, Ma répliqua; ‘J’ai complètement oublié’. Après, elle alla faire pranam à sa mère. Elle se prosterna aussi devant nous avec la tête qui touchait le sol. Elle mit également la tête sur ses propres pieds pour se faire pranam à elle-même. Swamiji dit, ‘Ma, vos pranams sont presque parfaits mis à part un détail’ ‘Lequel?’ ‘Vous avez oublié Bholonath’ Ma retourna auprès de Bholonath et s’inclina devant lui. Elle vint à travers tout ce processus en souriant, comme si elle jouait un rôle. Je ne la quittais pas des yeux, bouche-bée. Jetant un coup d’oeil de notre côté, Ma éclata de rire.

…A la fin du kirtan, quand on l’invita à rentrer dans la maison, Ma déclara qu’elle dormirait sur la vérandah du temple d’Annapurna. Akhandanandaji éleva des objections en disant que les brahmacharis allaient y dormir. ‘Qu’ils le fassent donc! dit Ma, une fois que j’ai décidé de rester là il faut que je le fasse.’ Peu de temps après, Akhandanandaji vint informer Ma que Bholonath voulait s’entretenir avec elle. Ma alla dans la maisonnette où il demeurait. A ce moment-là nous nous aperçûmes que les choses étaient devenues graves. Baba Bholonath essayait de démontrer à Ma que puisqu’il n’y avait rien de mal dans la chambre, elle ne devait pas aller dormir dehors. D’une voix douce mais ferme, Ma répéta sa décision d’aller s’allonger dans la véranda, mais elle ne donna pas de raison pour cela. Baba Bholonath faisait voeu de silence et devait donc donner ses réponses par écrit –c’était pour cela qu’il avait eu des réserves au moment de se rendre à Dhaka. Il avait eu le pressentiment qu’il y aurait des ennuis s’ils y venaient et cela semblait se confirmer dès le départ avec cette insistance qu’avait Ma pour aller dormir dans la véranda. (il paraissait penser que Ma n’entrerait plus dans aucune pièce construite en dur mais se déplacerait sans but dans les montagnes comme une renonçante). Il alla jusqu’au point de déclarer avec un mouvement de colère que si Ma dormait dans la véranda, il s’en irait n’importe où selon son bon plaisir. En entendant cela, Ma devint quelque peu grave et dit, ‘Pourquoi t’en aller? Si tu veux tu peux aller dans la véranda et y dormir, sinon dors dans la chambre; tu connais très bien mon sens de la liberté; Si je me suis mis dans la tête de dormir dans la véranda, je dois le faire. Ce n’est pas toujours que les raisons d’un de mes comportements m’échappent des lèvres. Sache simplement que j’ai une raison spécifique pour désirer rester là-bas. Elle se tourna vers nous en disant, ‘Persuadez donc Bholonath de me laisser dormir dans la véranda’

Pramatha Babu: ‘Pourquoi ce serait à nous de lui extraire une permission? Demandez-lui directement son consentement.’ Mais celui-ci ne voulait pas bouger d’un pouce, et Ma ne voulait pas céder non plus. A ce moment-là, Ganesh Babu intervint et dit, ‘Ma, est-ce que Shiva et Parvati se disputent ainsi sur le Mont Kailash?’ Ma répondit d’un ton grave, ‘Avez-vous déjà vu Shiva et Parvati’ ‘Non, j’en ai simplement entendu parler’ ‘Eh bien, continua Ma avec son expression grave, ne vous fiez pas à des on-dits; voyez d’abord Shiva et Parvati et après, vous pourrez déclarer ce que vous voudrez sur eux.’ Bien que Ma ait dit ces paroles doucement et paisiblement, elles paraissaient être comme un coup de fouet sur le visage de celui qui lui avait posé la question. Après cela, plus personne n’osait parler à Ma de façon humoristique. Je n’aimais pas la manière dont les choses évoluaient. En sortant de la pièce, j’informais Nishi Babu de tout ce qui se passait, et lui aussi se mit à être profondément inquiet. Il dit, ‘Il y a eu des empêchements au moment où nous quittions Tarapith, j’espère qu’il ne s’agissait pas d’un mauvais présage.’ Je m’aperçus qu’il n’était pas bon non plus de rester dehors; plus la résolution de cette dispute inquiétante serait rapide, mieux ce serait; Avec cette idée en tête, je rentrai à nouveau près de Ma, m’assis et dit à Bholonath, ‘Baba, j’ai quelque chose à vous dire’ Il leva les yeux vers moi. Je lui expliaquai la chose suivante, ‘Quand Ma a décidé quelque chose, nous avons déjà pu vérifier auparavant qu’il ne faut pas s’y opposer si l’on veut éviter des conséquences fâcheuses. Une fois, pendant le ratha-Yatra à Puri, Ma souhaitait s’en aller avant la grande procession. On l’empêché de le faire, et le résultat a été que le fils de Nirmal Babu est tombé dans un puit et s’est tué.

Après de longs palabres, Bholonath finit par accepter que Ma couche dans la véranda, et celle-ci laisse entendre que cela ne signifiera pas qu’elle se mettrait à vivre complètement comme une renonçante…

…Quelque temps plus tard, Ma nous raconta sa rencontre avec Vishudananda, (le ‘Baba aux parfums’ de Bénarès dont parle Yogananda dans ‘l’autobiographie d’un Yogi). ‘Lorsque je suis revenue par Bénarès cette fois-ci, j’ai rencontré le Babaji, mais pas pour longtemps. Peut-être pour une demi heure ou une heure’ au maximum. Gopi Babu nous a mené là-bas. Je me suis assis auprès du Babaji qui avait en fait déjà préparé un siège pour moi. Vous connaissez la façon dont je parle. Je pressais Babaji comme une petite enfant, ‘Babaji, on dit que vous montrez des faits magiques à beaucoup de monde, est-ce que vous ne nous en montrerez pas un petit peu?’ Il me répondit, ‘Vous avait une assise très paisble. Avez-vous découvert quelque secret de votre côté?’ Je me suis tout de suite mise dans la position d’une petite fille ‘Baba, je suis votre fille, qu’est-ce que je connais? Je vais apprendre ce qu’il vous plaira de m’enseigner. Enseignez-moi tous vos secrets!’ Le Babji appela Jyotish auprès de lui et lui montra un cristal qu’il avait fait à partir de pétales de fleurs; il produisit aussi nombre de parfums. A ce moment-là, j’ai battu des mains et je me suis exclamée, ‘Babaji, je sais ce que vous faites, mais je ne le divulguerai à personne.’ Tout le monde se mit à me demander, ‘Donnez-nous les secrets de Babaji’. Je leur répondis, ‘Si je fais cela, il me donnera un coup de matraque sur la tête!’ Il dit alors ‘Ma fille, qu’y a-t-il que je puisse vous montrer? Vous savez tout; Ce que je montre, c’est pour les autres.’ Ensuite il apporta des friandises et nous les offrit. Il me nourrit directement, et j’en fis de même avec lui. Le Babaji dit, ‘Ma fille, souvenez-vous de moi, ne m’oubliez jamais; et à chaque fois que vous venez par ici, ne manquez pas de venir me rendre visite.’ Avant de m’en aller je dit à Gopal Babu, ‘Babaji vous tient à distance avec ces démonstrations. Vous ne devez pas lui permettre de vous distraire; essayez de tirer de lui les autres choses qu’il a au-dedans’.

En voyant qu’il était déjà midi, je pris congé de Ma avec les mots suivants, ‘Ma, maintenant je me lève’ ce à quoi elle répondit, ‘Essaie toujours de t’élever. Ne vas jamais vers le bas!’ Je souris et me dit en moi-même, ‘Ma, qu’il en soit ainsi avec votre bénédiction’.

(In Association with Ma Anandamayi, I, p.122, 126,127, 134)

 

 

 

Aspiration lointaine

Par Shoba

O Ma Anandamayi, en étant proche de mon coeur

Tu es toujours loin, loin de moi.

Conciente es tu de mon anxiété

D’être en contact avec ton Soi sacré

J’’ai embelli mon univers des murmures de la solitude

Qui pouvaient s’emplir de ta présence.

Je l’ai rendu tranquille pour entendre ta douce mélodie:

‘Hari bol…Hari bol’

Accorde-moi l’espace pour marcher avec toi, côte à côte

En regardant droit devant pour atteindre ma ‘véritable demeure’

‘Ma’, ta conscience éveillée me touche comme une bouffée de parfum

En provenance des fleurs qui nous font un petit signe, accrochées à la falaise.

Nous sommes touchés par le Gange de la montagne qui nous asperge

Et qui danse haut pour atteindre le faîte des temples

Touchés par le soleil levant au petit matin

Qui trouve un passage au travers des scintillements du feuillage

Touchés par la rosée matinale

Allant sur la pointe des pieds pour cueillir les marguerites destinées à être offertes

 

Nous passons par les prairies

Avec au loin le son des cloches et des conques

En nous hâtant pour être touchés par cette main sacrée

Qui bénit le chemin qu’on suivra avec gravité

Il est une force qui nous permet de garder le Nom éveillé,

C’est d’être touchés et d’ainsi pouvoir supporter tout ce qui passe

Dans le choc de la souffrance, la joie est là…dans la perte il y a le gain

Dans la distance…la proximité.

Ô Ma Anandamayi tu m’as touchée comme un murmure!

 

Table des Matières

Paroles de Ma 

Questions à Vijayananda

A Bénarès avec Gopinath Kaviraj et Ma par Melitta Mashmann

L'enfant errant

Ma est sa propre lumière par GC Das Gupta

En parlant de conversions par Atmananda

Sur les bords de la rivière Gomati par Krishnananth

L'armoire vide Une histoire de Ma

Lire le livre du coeur par Gurupriya Devi

Ma en famille par AK Daztta Gupta

Aspiration lointaine par Shobha

 

 

 

 

Jay Ma N°54 - Automne 1999

 

                          JAY MA

             SHREE MA ANANDAMAYI

 

 

1

 

         Paroles de Ma

 

 

Je ne dis jamais :’je vais faire ceci, je vais faire cela’. C’est vous qui me faites faire toutes les oeuvres qu’il est en votre pouvoir de me faire faire.

 Ce corps  répnd au niveau de compréhension de l’interlocuteur. Quelle limite peut-on donner aux opinions de ce corps ? Mais si vous suivez une voie d’approche traditionnelle, vous pouvez atteindre le but et au-delà demeure ce qui n’a pas été atteint. Mais là où il n’y a pas de distinction entre ce qui est atteignable et ce qui n’a pas été atteint, c’est ‘Cela’ même. Ce que vous entendez dépend de la façon don’t vous juez de l’instrument. Pour ce corps les différences d’opinions représentent une question qui ne se pose pas.

C’est en cherchant à vous connaître vous-même qu’on peut trouver la Grande Mère de tous.

Vous ne pouvez pas ? Pourquoi ? Vous devrez le faire de toutes façons. En vérité, l’être humain peut tout faitre. Qui peut dire ce qu’Il donnera à qui et par quel intermédiaire ? Tout est Sien, entièrement Sien ? Qu’avez-vous apporté avec vous à la naissance ? N’étiez-vous pas les mains vides ? Et tout ce que vous avez acquis, était-ce réellement à vous ?

2

 

Vous utilisez les termes ‘ordinaire’, ‘extraordinaire’ ; A mes yeux il n’y a pas de différence ; c’est comme un clignement des yeux.

 Je n’ai pas eu ce genre de renoncement dans votre sens ordinaire du terme. Car ce corps a vécu avec un père, une mère, un mari et d’autres parents ; ce corps a servi son mari donc vous pouvez l’appeler une femme. Il a préparé les repas pour tout le monde, vous pouvez donc l’appeler une cuisinière ; il a fait toutes sortes de travaux de récurage des plats et de ménage, vous pouvez donc l’appeler une servante ; mais si vous regardez les choses d’un autre point de vue vous réaliserez que ce corps n’a servi personne si ce n’est Dieu. Car… j’ai simplement considéré chacun comme une manifestation du Tout-puissant. (AKD Gupta ‘A page from my Diary’ Mother as seen by Her Devotees, Varanasi, 1956, p.13)

Un jour un monsieur demanda à Ma après l’avoir vue en samadhi   : ‘vous étiez évidement en communion avec Dieu ; maintenant vous devez redescendre à notre niveau pour nous dire des choses qui puissent nous aider.’ Shri Ma sourit et dit :’Etes-vous différents de Dieu ? je ne sens ni montée ni descente. A mes yeux tout est identique. Seules les réactions corporelles diffèrent’.

   Vous voir vous-même en chacun et réaliser que chacun est en vous-même, c’est le but suprême de la connaissance spirituelle.

3

 

        Réponses de Vijayananda

 

   Dans ce numéro, les réponses de Vijayananda ne sont pas écrites pour Jay Ma comme d’habitude, mais sont des réponses orales données au satsang quotidien du soir à Kankhal qui ont été compilées récemment sous forme d’une nouvelle série d’entretiens couvrant lapériode de 1996  à 1999.

 

Question: Qui est le guru?

Vijayananda : Il n’y a qu’un seul Guru, c’est Dieu. Ma disait souvent cela, mais ce n’est que maintenant que je le réalise complètement. Le Guru physique peut avoir des défauts, le corps a toujours des défauts, mais le Guru est un instrument, un canal du divin. Il y a les mauvais conducteurs, les bons conducteurs et les super-conducteurs. Ma était un super-conducteur.

 

Q : Ce point de vue aide-t-il le disciple à ne pas voir le guru de façon personnelle?

V: Ma disait que même si le disciple tombait amoureux du Guru, si celui-ci était un Sadguru il pouvait transformer cet amour et le diriger vers Dieu.

 

Q: Ma donnait-elle des instructions pendant des discours?

V : Non, Ma ne faisait pas de discours, mais elle donnait des instructions individuelles précises durant les entretiens privés. Par ailleurs, elle pouvait donner des suggestions pratiques aux gens; s’ils étaient capables de les saisir au vol, il pouvait éviter                                                     

 

4

 

 

l’accomplissement d’un mauvais karma du passé, un accident par exemple. Ma pouvait aussi faire monter et descendre la kundalini de ses disciples d’un seul regard, de façon tout à fait informelle et sans en avoir l’air. C’était parfois important de pouvoir faire redescendre la kundalini de ceux chez laquelle elle était monté trop vite et qui ne pouvaient faire face à l’afflux d’énergie.

 

Q: Ma pouvait-elle faire des miracles avec tout le monde?

V: Non. Celui qui fait le miracle et celui qui le reçoit doivent être complètement en harmonie comme un couple de danseur. Même avec le Christ, c’était comme cela; ceux qui n’avaient pas la foi ne pouvaient être sauvés. Quand Ma était âgée, j’ai fait un rêve, mais les images que j’ai vues étaient aussi vives que la réalité: j’étais avec un groupe de visiteurs, principalement des étrangers sur une vérandah pour garder la porte de Ma, et elle est passée; je leur ai demandé:’avez-vous vu Ma?’  Ils m’ont répondu ‘non’. Quand Ma était jeune, tout le monde était boulversé (enthralled) à son contact. Après, elle était plus à l’intérieur, et seuls ceux qui avaient l’intensité et une grande foi en elle pouvaient percevoir directement son pouvoir.

 

Q : Ma aurait-elle pu rester plus longtemps dans son corps?

V : Oui, bien plus, mais elle en avait assez. Les gens n’avaient pas assez d’intensité pour la faire rester.

Q : Mais pourtant, les foules paraissaient électrisées pendant ses kirtans!

V : C’était de l’excitation, ce n’était pas de la véritable intensité.

 

5

 

 

Q : Certains disent que Ma était tantrique:

V : Le Tantra, c’est l’adoration de la Mère divine. Comment aurait aurait-elle pu adorer la Mère divine alors qu’elle était elle-même la Mère divine? Par ailleurs, pour Ma, et même tout simplement pour un sadhaka avancé, toutes les voies confluent en un seul Yoga, la synthèse des Yogas si l’on peut dire. Il s’agit d’un Yoga total où toutes les chemins sont comprises et intégrées. Ce n’est qu’au début que les voies sont séparées.

 

Q : Arrivait-il que Ma se guérisse elle-même?

V : Une fois, un médecin avait prescrit à Ma de prendre des hautes doses de turméric. Après elle a développé un paralysie débutante aux jambes et elle m’a dit:’Je pense que c’est à cause de l’excès de turméric’. A cette époque, je n’ai pas pu l’approuver car cela n’était pas dans les connaissances de la médecine occidentale; mais par la suite on a découvert que les excès de vitamine A, contenue en grande quantité dans le turméric, peuvent donner des neuropathies périphériques c’est à dire entre autres des paralysies.

 

Q : Quelle est la place de la méditation dans la sadhana?

V : Les gens qui ont une expérience spirituelle savent que la méditation est un des derniers stades du Yoga à huit membres de Patanjali, et qu’il faut donc des bases très solides pour pouvoir la pratiquer à fond. Ce que font même les sadhakas assez avancés correspond à la dhâranâ (qu’on traduit en général par concentration). La véritable dhyâna est très rare, c’est presque le sâmadhî. C’est la seconde vague de hippies, celle qui bien que prenant des drogues avait un certain intérêt pour les choses spirituelles, qui a lancé l’idée de la méditation comme une panancée universelle. En fait, cela ne marche pas comme cela.

Il faut méditer à heures fixe, certes, mais cela ne signifie pas qu’il faille se forcer. Il faut plutôt donner au corps la bonne habitude de s’asseoir régulièrement. On dit que notre prarabdha karma, c’est à dire en pratique notre destinée n’est pas comptée en nombres de jours à vivre mais en nombre de respirations.Ainsi ceux qui respirent paisiblement auront une vie plus longue. Plusieurs fois dans ma  sadhana je me suis trouvé en face d’un mur et je me suis dit :’C’est impossible à traverser!’ Mais je l’ai fait, et ensuite c’était tout à fait facile: impossible n’est pas français…Evidemment dans la vie quotidienne, il faut savoir s’adapter et  contourner les obstacles.

6

 

Q : Une jeune femme était en cours de remariage après un divorce : ‘Comment gérer les problèmes relationnels?’

V : Il faut s’habituer à voir le Divin dans les autres.

Q : Quand on les aime, c’est trop facile.

V : Pas tant que ça, il faut les voir au-delà de leur aspect personnel, c’est à dire sans attachement. Pour ceux qu’on n’aime pas, mieux vaut les éviter, à moins d’être déjà dans un état très élevé. Si on ne peux faire ainsi, il faut prendre le fait de les côtoyer comme une sadhana.

 

Q : Comment être introverti sans être égoïste?

V : En s’apercevant que le Soi qui est fond de soi n’est pas différent du Soi qui est au fond des autres. A ce momeent-là, l’amour pour les autres devient complètement naturel.

 

7

 

Q : La sadhana dans le monde doit-elle être spontanée, facile ou le

résultat d’un effort persévérant?

V : Il ya l’histoire hassidique suivante: un jour deux enfants vinrent rendre visite à un grand sage qui leur donna de la bière à boire; l’aîné ne dit trop rien, mais le plus petit qui n’avait guère que trois ou quatre ans s’exclama tout de suite :’cest amer mais c’est bon!’  Le sage conclut immédiatement :’Cet enfant deviendra un grand spirituel!’

 

Q : Une personne revient de chez un guru qui dit que l’état de mariage et celui de célibat consacré à la vie spirituelle sont pareils, dans les deux on peut avoir la même vie spirituelle.

V : Je ne suis pas d’accord! Si on est déjà marié et qu’on le reste tout en développant une vie spirituelle, c’est bien, mais si l’on n’est pas marié avec une vie spirituelle intense et qu’on se marie, à ce moment-là, c’est un échec, une régression.

 

Q : Un père de famille dont la fille déjà assez âgée n’est toujours pas mariée : ‘C’est un problème  pour une femme de se marier tard!’

V : C’est au contraire bien de se marier tard, de cette façon le nombre d’années qu’on passe avec des problèmes de couple est moindre!…Certains prennent prétexte qu’ils vivent dans le monde pour dire qu’ils n’ont pas le temps, qu’ils ne peuvent pas faire une sadhana; mais on peut créer un environnement favorable à celle-ci: une pièce pour la puja, ne pas voir n’importe qui, le satsang (rencontre avec des gens spirituels) et si cela est difficile, au moins la pratique de cette forme de satsang que représente la lecture de livres de saints ou de sages. De toutes façons, si on a un désir intense de trouver des conditions favorables pour la sadhana, les choses s’arrangeront d’elles-mêmes dans ce sens.

8

 

Q : Comment développer l’intensité dans la sadhana?

V : Notre intérieur est comme un seau percé; il faut boucher les trous qu’il a pour qu’il puisse se remplir. Il faut bien observer les endroits où le mental part vers l’extérieur, ‘a des fuites’, et il faut boucher les trous, c’est le propos des yamas et des niyamas. Nous connaissons ici une aspirante spirituelle qui a été fort attachée à son chien pendant des années; après la mort de celui-ci, son désir de se marier est devenu très intense, et après son mariage son désir d’enfant est devenu encore plus intense. Si elle avait pu diriger la grande intensité qu’elle avait en elle vers le Divin, elle serait devenu une grande sainte.

 

Q : Une jeune visiteuse qui suit la voie de la bhakti : on dit qu’il y a deux moyens de faire en sorte qu’une porte s’ouvre, soit l’enfoncer, soit se prosterner devant.

V : Un sage juif disait que Dieu aimait ceux qui enfonçaient les portes; le Soi est un château avec de multiples orifices, mais il vient un moment où le mieux est d’enfoncer les portes.

 

Q : Le meilleur dans la sadhana n’est-il pas de se dire qu’on ne manque de rien?

V : Oui, quand on a l’éveil du bonheur intérieur; avant, ce ne sont que des mots.

 

Q : Faut-il aller à l’extrême dans la sadhana?

V : dans l’ensemble, il faut suivre la voie du juste milieu. Mais dans son désir de consécration à Dieu, au Guru, à la pratique c’est bien d’aller à l’extrême. On raconte que quand Ramatirtha était encore un jeune professeur de mathématiques, il recherchait la solution d’un problème. Il est monté le soir sur la terrasse avec un rasoir et s’est dit en lui-même: si demain à l’aube je n’ai pas trouvé la solution de ce problème, je me coupe la gorge. Et le lendemain, quand le soleil commençait à poindre, il n’avait toujours pas trouvé la solution… il a saisi le rasoir pour mettre fin à ses jours, mais à ce moment-là il a eu une sorte d’illumination et la solution est venue. Les gens qui comme Ramatirtha sont très intenses réussissent dans la sadhana.

 

9

 

Q : Un visiteur parle d’un grand ashram du sud de l’Inde où ceux qui deviennent sannyasi ont plus de confort que les autres même s’ils doivent beaucoup travailler.

Vijayananda commente avec un sourire : Quand ils prennent les voeux de renonçants, ils se mettent à renoncer à l’inconfort…

 

Q : Qu’y a-t-il de plus important, le détachement extérieur ou l’attitude mentale en ce sens?

V : C ‘est l’attitude mentale; c’est ce qu’indique l’histoire des deux amis en vacances; l’un décide d’aller à l’église tandis que l’autre part visiter une maison close. Pendant l’office, le garçon pieux n’arrêtait pas de penser au ‘bon temps’ qu’avait son copain dans la maison close, alors que l’autre, pris de remords, avait l’esprit intensément fixé sur Dieu présent dans l’église pour lui demander pardon de céder à ses mauvais penchants. Il se trouve que juste à ce moment-là, les deux compères décèdent simultanément de mort subite. Celui qui était dans la maison close va au paradis et l’autre en enfer.

Ceci dit, le renoncement extérieur est aussi important : un changement que j’ai vu en Inde depuis cinquante ans que j’y vis, c’est que les sannyasis ont l’air de regarder avec un sourire condescendant maintenant ceux qui ont les signes de renoncement extérieur et ils accumulent les biens matériels. Quand je suis arrivé en Inde au début des années cinquante, on s’attendait à ce qu’un sannyasi ait tout les signes extérieurs du renoncement.

 

10

 

                                       Ma est pour tous

                                         Journal de Gurupriya Didi

 

En 1935 quand Ma visita Tarapith (un célèbre lieu de pèlerinage à la Mère divine sous le nom de Tara à deux cent km environ au nord de Calcutta, où Ma avait envoyé Bholonath faire des pratiques intensives) elle rencontra un père de famille musulman et l’appela Baba (père). L’homme déborda de joie qu’on s’adresse ainsi à lui et vint voir Ma tous les jours.  La maison du musulman était près d’unne mosque qui était à quelque distance de Siddhashram. Ma visita sa maison très souvent, prenant tous ses fidèles avec elle. Le vieil homme faisait signe à ses épouses (il en avait deux) et disait :’Notre fille est venue, sortez pour la recevoir’. Elle arrivaient alors toutes les deux et s’asseyaient affectueusement auprès de Ma. Celle-ci allait là-bas et s’y comportait comme une petite fille avec grand plaisir. A chaque fois qu’elle recevait quelque chose à Tarapith, elle me disait immédiatement :’envoies-en une partie à Baba’. Quand le vieil homme venait voir Ma, s’il s’apercevait qu’il aurait à attendre pour la rencontrer, il lui faisait passer le message suivant :’Dites à Ma que son Baba est venu et voudrait la rencontrer’. Dès qu’elle apprenait cela, elle le recevait tout de suite.

Tandis que Ma était à Tarapith, un autre Mavlavi de Calcutta (un enseignant religieux musulman, parfois rattaché à l’Ordre soufi  fondé par Rumi) vint et resta avec elle pendant plusieurs jours. Il appartenait à un clan prestigieux de Delhi. Il fut extrêment heureux de rencontrer Ma. Elle l’avait appelé Prem Gopal (Prem signifie l’amour spirituel). Il écrivait de nombreux poèmes en Urdu sur Ma et les lui lisait . Après être resté quelques jours à Tarapith il retourna à Calcutta à la demande de Ma. Mais nous avons appris qu’en retournant à Calcutta il se mit à désirer si ardemment être avec Ma qu’il ne pouvait même plus s’alimenter.  Il pleurait et son impatience augmentait ; on le renvoya alors à Tarapith, et il resta de nouveau quelques jours avec Ma ; il se calma alors considérablement et retourna à Calcutta selon le voeu de  Ma.

En se rendant compte de la dévotion d’un Mavlavi musulman envers une Mataji hindoue, les musulmans de Tarapith se rassemblèrent pour manifester leur désaccord. Le Mavlavi sahib les pris alors tous à la mosquée et leur adressa la parole pendant une heure ; il leur expliqua ce qu’il en était et pourquoi leur religion n’était pas rendue impure le moins du monde par le fait d’aller à Ma. Il fit venir Ma à cette réunion, lui demanda de s’asseoir sur un asana sur l’estrade et donna sa causerie après s’être inclinée devant elle. Il avait une immense révérence pour Ma.

Prem Gopal avait apporté pour elle de la nourriture de Calcutta. Il souhaitait donner lui-même à manger à Ma mais n’avait pas le courage de se lancer. Elle fut informée de ce fait, le fit venir et lui demanda de la nourrir. Il déposa une petite friandise dans la bouche de Ma avec grand délice et reçut du prasad.(dans l’ambiance de l’époque une femme brahmane nourrie par un homme musulman était quelque chose d’impensable)

Une fois le Baba (père) musulman de Ma invita le Mavlavi pour un repas chez lui ; il se mit à le considérer comme son petit-fils en lui donnant toutes sortes de marques d’affection. Prem Gopal également considérait le vieil homme comme le père de Ma et s’adressait à lui comme son grand-père. Parfois Prem Gopal chantait des kirtans en présence de Ma tandis que les fidèles hindous écoutaient. Les musulmans étaient aussi présents durant le chant du Nom de Hari. Ainsi les deux communautées pouvaient se mêler l’une à l’autre auprès de Ma.

(Extrait d’Amrita Varta, avril 1999)

 

 

11

 

L’essence d’ananda

Extraits du journal d’Atmananda

 

Une nuit à Vrindavan en 1948, une conversation animée battait son plein quand l’un des fidèles de Mataji, un vieux et savant sannyasi qui d’habitude prenait une part fort active dans les discussions, s’endormit profondément et se mit à ronfler  sans soucis, oubliant complètement son environnement. Mataji l’appela une ou deux fois sans aucune réponse de sa part. L’assistance s’amusait beaucoup. Enfin quelqu’un, pour lui faire une farce, lui déposa dans la bouche à moité ouverte un rasgulla (une boule de sucrerie au lait dans un sirop). Même ceci n’eut pas l’effet désiré, pas même les éclats de rire qui suivirent ; mais quand le sirop se mit à s’infiltrer au fond de la gorge, il fut bien obligé de se réveiller.

Et comme cela arrive si souvent, Ma fit de cet épisode comique une occasion pour exprimer des vérités très profondes. Elle parla à propos du rasa ; c’est un mot difficile à traduire puisqu’il peut signifier autant le jus, la sève que le nectar, l’essence, n’importe quel sorte de délice, qu’il soit physique ou subtil, et enfin la joie Suprême. Il n’y a pas d’équivalent en anglais ou français. Mataji expliqua donc : « Tant que le goût de Dieu n’a pas pénétré dans l’homme, tant que le nectar du Divin ne rentre pas en profondeur en lui, son âme ensommeillé ne se réveille pas. Le védanta est rasa, de même que la bhaklti est rasa ; pourquoi devrait-on qualifier le védanta de sec ? C’est un fait bien connu que le poison neutralise le poison.  De même, quand l’homme transcende les plaisirs de la nature qui sont éphémères, il goûte la saveur délicieuse de sa vraie nature, svabhaver rasa, le plaisir suprême, param rasa; l’anxiété torturante du poison des plaisirs matériels est détruite.

Au delà des plaisirs physiques, manger, dormir, se promener, etc… il y a le Joie suprême. Ne récitez-vous pas : brahmanandam paramasukhadam ‘félicité absolue, bonheur suprême’? Il est le bonheurs lui-même, le bonheur est Sa véritable essence. Le bonheur du monde a son contraire, le malheur.  Mais là où le bonheur existe en sa forme essentielle et inconditionnée, ânanda svarûpa, la paire d’opposé joie-souffrance ne trouve pas de place. Là où il n’y a que svarasa, il ne peut être question de a-rasa, c’est à dire d’un sens de sécheresse, de vide, d’anxiété due à l’absence de Dieu. Il est la fontaine de Joie, la Joie et la Joie seule est son Etre. Un état existe dans lequel il n’y a que Félicité, Béatitude, Bonheur suprême. A votre niveau la joie a son contraire, vous parlez des joies du ciel et des tourments de l’enfer . Mais là où se trouve la félicité éternelle, la félicité en elle-même, les mots ne peuvent pas parvenir. LA-BAS, qu’y a-t-il, qu’est-ce qui est absent ? Parler signifie flotter à la surface ; quel langage peut-il exprimer ce qui ni ne flotte ni ne plonge en profondeur? »

 

12

A propos des fruits donnés en prasad :

 Ma est complète en elle-même.

 

Le chant des écritures sacrées venait de se terminer. Une dame du Cachemire apporta une corbeille pleine de fruits et l’offrit à Ma ; quelque temps plus tard Mataji appela deux fidèles et leur demanda de distribuer le contenu du panier à tous les gens présents. ‘Donnez un fruit entier à chacun’ dit-elle. Quelqu’un craignait qu’il n’y en ait pas assez et objecta :’Pourquoi un fruit entier ? Ne serait-il pas plus sûr de les couper en morceau ?’

Mataji : Non, pourquoi les diviser s’il y en a pour tout le monde ?

Après que chacun ait reçu sa part, il ne resta plus qu’un seul fruit pour les deux personnes qui distribuaient. Mataji leur dit :’le travail de distribution est unique.  Vous pourriez avoir été trois pour le faire, mais maintenant il vous faudra diviser le fruit entre vous.’ Quelqu’un remarqua :’De la même façon, chanter les Ecritures représente une seule action même si nombreux sont ceux qui y prennent part; il aurait donc été judicieux pour tout ceux qui y ont participé de partager un seul et même fruit’. Ce sur quoi quelqu’un d’autre ajouta :’Mais alors écouter le chant ensemble est également un seul et même travail’…

Mataji : exactement, il n’y a que le UN ; tout ceci est pour vous faire saisir ce fait. Quoique vous fassiez à quelque moment que ce soit, quelqu’en soit le but, cela doit viser cet UN afin de parvenir à la plénitude. De fait, ceci est toujours valable, on doit avoir pour but CELA.

Un fidèle : Pour Ma, tout est complet

Mataji : Que vous disiez ‘pour Ma’ ou ‘pour moi’ (en signifiant vous-même), tout est en réalité complet. Que veut dire ‘ici’ et ‘là’ ? Ce qui est complet inclut tout, pas même la mort ne peut être exclue. Tout angle de vision particulier et comme une fissure ou une faille dans le Tout. Même tous les points de vue, tout ce qui vous plaît est contenu dans ce qui est complet ; en fait dans l’incomplétude aussi se manifeste le UN parfait – dans tous les aspects Lui seul est.

 

 

13

 

Un fidèle : de la complétude naît l’incomplétude et vice-versa ; le mouvement évolue en stabilité, car il est évident qu’il faudra bien fermer la bouche à un moment où à un autre si on veut prononcer le son ‘m’ (rires)

Question : mais ne dites-vous pas Hari kathâ hi kathâ aur dab vrithâ viathâ : on doit parler de Lui seul, tout le reste n’est que vanité et souffrance. S’il n’y a que le Un-sans-second, comment peut-il y avoir des paroles et un discours ?

Mataji : Demeurez seulement en Lui, habitez seulement en Lui ! On ne peut Le laisser de côté, bien qu’on puisse essayer de L’exlcure. Il est toujours là, mais si vous Le reconnaissez, Il sera aussi là sur le plan où les conversations et les discussions existent.

   A ce moment-là la dame qui avait apporté les fruits se leva tout d’à coup et dit :’Quand le prasad a été distribué, j’ai reçu deux portions’. A présent enfin, nous savions pourquoi un fruit manquait ! Ensuite la dame expliqua : ‘quand j’étais dans la rue en transportant le panier, une vache m’a suivie et a essayé de me dérober un fruit. En dépit de tous mes efforts pour éloigner le panier, elle était tellement insistante que finalement je lui ai donné un des fruits.’

‘C’était ma part !’ s’exclama Mataji. ‘Vous voyez, maintenant, le compte y est !’

 La dame du Cachemire confirma :’de fait, quand j’ai tendu le fruit à la vache, une pensée m’a traversé l’esprit :’ce doit être Mataji qui est venu réclamer ce fruit sous ce déguisement !’

                                                            Ananda Varta, avril 1999

 

 

14

 

Comme un oiseau sur la branche

par Bithika Mukherjee

 

   Nous avons déjà traduit dans le numéro 51 de l’hiver 98-99 des pages que Bhitika a consacré à Bholonath dans sa biographie de Ma refondue à l’occasion du Centenaire (Sri Satguru Publications 40/5, Shakti Nagar, Delhi 110007). Elle a travaillé deux ans de façon quasiment continue pour cette nouvelle publication, qui est une des meilleurs synthèses sur Ma. Nous allons extraire un certain nombre de textes et d’anecdotes de cet ouvrage qui fait autorité ; ils  nous permettront de mieux connaître Ma. Nous allons commencer par donner un poème du Gitanjali de Rabindranath Tagore où il évoque le divin.  Bithika l’ a mis en exergue de sa biographie de Ma :

 

Gitanjali (n°102)

Je m’étais vanté parmi les hommes que je te connaissais. Ils voient ton image dans toutes mes oeuvres. Ils viennent me demander :’qui est-il ?’ Je ne sais comment leur répondre. Ils me blâment et s’en vont pleins de mépris. Et tu es assis là,  souriant.

J’ai mis mes récits à ton propos sous forme de chants qui dureront. Le secret déborde de mon coeur. Il viennent me demander : ‘expliquez-nous tout ce que vous avez voulu dire’. Je ne sais comment leur répondre. Je soupire :’ah, qui connaît leur siginification!’ Ils sourient et ils s’en vont débordant de mépris. Et tu es assis là, souriant.

 

15

Simplicité enfantine ou retard mental ? 

  Quand Shri Ma était enfant son absence totale d’égo qui menait à une acceptation spontanée de tout ce que pouvait lui être suggéré par les aînés était perçu comme une docilité avoisinant peut-être un léger retard mental. Elle était parfois considérée comme douée d’une intelligence un peu inférieure à la moyenne car aucune enfant normale ne pouvait être aussi uniformément joyeuse et bonne. Même si les gens doutaient de ses capacités intellectuelles, elle ne manquait pas d’amour et d’indulgence, on lui en donnait en abondance ;  de plus, on devait aussi prendre en compte qu’elle ne déviait pas de la vérité d’un millimètre. Avec le temps on prit l’habitude de s’appuyer implicitement sur sa version des faits dans une situation sujette à contreverse parce qu’on avait remarqué qu’on ne pouvait jamais l’entraîner dans quoique ce soit de fâcheux ou de malhonnête. Il et possible que Nirmala se soit bien amusée de toutes ces rumeurs ; un jour elle avait un pot d’eau sur la hanche et observait son ombre sur le sol. Quand elle fut debout en face de sa mère elle lui dit ‘Vous pouvez dire que je suis droite (soja, qui signifie aussi simplette), mais ne vois-tu pas maintenant que je suis tordue (banka, qui veut aussi dire rusée).n doit expliquer le mot kheyal car on va l’utiliser très souvent dans ce récit. Shri Ma l’utilisait quand d’autres auraient dit ‘je souhaite’ ou ‘je veux’. Elle avait ni souhait, ni volonté ni désirs mais parfois une inclination pour une manière de faire les choses, dictée peut-être par les gens autour d’elle ; une pensée spontanée qui prenait forme par les circonstances plutôt qu’une impulsion à l’action qui serait venue de son intérieur à elle. Cela prit un temps considérable à sa famille et à ses fidèles de saisir ce qu’elle voulait dire par ce terme, si même on a réussi à le comprendre.(p.11)

   Nirmala (c’était le nom de jeunesse de Ma) avait de nombreuses aires de jeu à Khéora. Il y avait un grand tas de sable près de leur maisonnette. On la voyait qui moulait de ses mains dans ce sable de nombreuses formes. Un jour elle fit une grosse boule ronde ; quand sa mère lui demanda de qui il s’agissait, elle répondit : « C’est Narayan, Laxmi, Siva, Parvati, Radha, Krishna ainsi que bien d’autres dieux. Ne m’as-tu pas dit que tout est contenu dans le un et que le un est toute chose ? »(p.12)

 

16

 

Ma reconnue par sa propre famille comme une femme d’intérieur idéale.

La nuit était déjà avancée, tous les visiteurs étaient partis et l’ashram avait été se reposer quand Ma sortit discrètement de sa chambre. Suivie d’une ou deux personnes elle vint au chevet d’une vieille dame dans le hall et l’éveilla doucement. Assise par terre près d’elle, Shri Ma lui prit les mains dans les siennes et lui parla gaiement dans son dialecte natal de village que ceux d’entre nous qui étaient réveillées autour pouvait à peine comprendre. On nous dit que la vieille dame était Pramoda Devi, l’aînée des belles-soeurs de Ma avec laquelle elle avait vécu quatre ans, après avoir quitté Khéora. Les circonstances avaient changées au-delà de tout ce que Pramoda Devi aurait pu imaginer. Elle n’avait pas eu jusqu’ici la possibilité de s’approcher de Shri Ma qui était entourée par un groupe gigantesque de fidèles. Bien que surprise au début, Pramoda Devi prit vite de l’assurance et se mit à sembler heureuse.  Auparavant elle avait dû désespérer de pouvoir échanger même quelques mots avec sa jeune belle-soeur.  Elle paraissait reconnaître maintenant dans la personnalité auguste qu’elle voyait la fille bien-aimée qui l’avait servie si fidèlement dans le passé. Cela lui faisait particulièrement plaisir de voir comme  Ma se souvenait bien des jours anciens, de quelques incidents amusants et d’amis perdus depuis longtemps. La façon dont Ma rendait le dialecte de village était très drôle ; celles qui s’était réveillées rapidement riaient aux éclats, ce qui eut le don de tirer de leur sommeil  celles qui dormaient encore et la chambre fut bientôt pleine à craquer.  Shri Ma se tourna vers sa belle-soeur et lui dit : « Regardez, toutes ces femmes pensent qu’elles sont de bonnes maîtresses de maison et expertes dans ce qu’elles font. Dis-leur si je m’occupais bien aussi de votre maison » Pramoda Devi paru réfléchir sérieusement à cette question et ensuite fit cette réponse sans réticence : « vous ne pouvez pas imaginer comme elle était douce et gentille.  Elle faisait non seulement tout mon travail mais je dois reconnaïtre qu’elle me ne donna jamais la moindre cause de mécontentement pendant toutes ces années qu'elle était avec moi. Pour dire vrai, un tel esprit de service est rare. »

 

17

 

    A mes yeux (de l’auteur), ce qui qui m’est apparu encore plus extraordinaire que ce témoignage spontané était l’aspect de contentement qu’avait Shri Ma. Cela lui faisait de fait plaisir d’avoir ses services reconnus et appréciés. Elle ne considérait rien comme acquis a priori, et elle n’avait pas ‘joué un rôle’ seulement en tant que jeune mariée chez sa belle-famille. Elle était vraiment ce qu’on attendait qu’elle soit.  En fait, cette caractéristique était le leit-motiv de son existence; ainsi, elle avait également été une sadhaka pour une brève période de sa vie ; il n’y avait pas d’idée de faire ‘comme si’, on ne pouvait parler que de lila (jeu). (p.27-28)

 

Kushir Ma

( la ‘Ma heureuse’ : c’était un des noms d’enfance de Ma que son entourage lui a donné de nouveau quand elle était jeune mariée à Ashtagram) Un voisin et ami écrivait à cette époque : « Ramani Babu (Bholonath) a ramené avec lui sa femme. Il y a autour d’elle une aura lumineuse tout à fait extraordinaire –elle est comme une flamme brillant doucement dans une lanterne ! » Pour commencer, Sri Ma enchanta tous ses voisins par son sourire radieux et sa façon de se comporter. La femme de Jaishankar Sen l’appelait Kushir Ma, ce qui était un de ses noms d’enfance. C’est ainsi qu’on en vint à la désigner à Ashtagram. Très vite toutes les dames du voisinage développèrent une admiration pour la propreté et le bon entretien des piècees où elle habitait, pour ses capacités culinaires hors-pair et pour son esprit de service exemplaire envers Bholonath. Elle observait scrupuleusement toutes les règles de comportement en vigueur dans les villages à cette époque. Sa simplicité enfantine et son ouverture était charmante et empêchait toutes sortes de bavardages et de cancans.(p.30)

18

En lotus

Un jour elle s’est vu prendre padmasana, la posture du lotus. Son dos se redressa ; elle sentit une vibration près de la base de la colonne accompagnée d’un son légèrement rythmique ; la colonne vertébrale semblait se vérouiller en une position verticale morceau par morceau. Il lui vint dans son kheyala (intuition complètement évidente) que c’était presque comme ce qu’elle avait vu à Narundi quand un train qui avait déraillé avait été hissé de nouveau sur les rails wagon après wagon en faisant un bruit rythmique. Elle décrivit ce phénomène en utilisant une autre image, celle qui consiste à placer des pots de plus en plus petit sur la base solide d’un grand pot, comme on voit parfois dans la partie supérieure des temples. A ce moment-là elle dit qu’elle avait un sentiment de facilté complète et de liberté. Le corps était lui-même une aide plutôt qu’une gêne à la méditation et au namajapa ; elle ressentait un pouvoir formidable à l’intérieur. Ensuite, elle pensa qu’il était temps d’aller se coucher car il était très tard, elle s’endormit et donc immédiatement tout le phénomène paru comme ‘déconnecté’. 

   Shri Ma a de temps à autre décrit bien d’autres expériences de ce genre qui défient un compilation exhaustive tellement elles sont variées. De plus, elle a dit qu’elle n’a pas même décrit un centième de l’ensemble de ses aventures spirituelles. Il était néanmoins clair d’après les descriptions qu’elle était consciente de ce qui prenait place et qu’elle n’était pas emportée par la marée montante de jeu spirituel, lîlâ, de la shakti.(p.35)

19

Les débuts de Ma avec Bholonath

Bholonath savait que Shri Ma était une jeune fille gaie et sympathique, obéissant sans questionner et fidèle de façon scrupuleuse à ses aînés. Sa mère lui avait dit qu’elle devait respecter et obéir à Bholonath exactement comme elle le faisait pour ses parents. Cela a  donné la couleur fondamentale de sa relation à celui-ci. Durant toute leur vie en commun, elle ne fit jamais quoique ce soit sans sa permission ou son accord préalable. Quant à lui, il apprit très tôt à respecter ses kheyalas et ne s’y opposa que rarement, ou au moins pas pour bien longtemps.

Quand Shri Ma vint à Ashtagram afin de garder la maison pour lui pendant son absence, il lui demanda un jour par curiosité si elle n’avait jamais ressenti le moindre désir d’avoir de ses nouvelles. Sa motivation pour s’enquérir de cela était que, bien qu’elle répondait scrupuleusement à ses lettres, il avait deviné correctement qu’elles lui étaient dictées soit par ses parents si elle était à Khéora soit par Pramoda Devi si elle était à Narundi ou Sripur. Shri Ma réponduit que non, que cela ne lui était jamais passé par l’esprit, qu’elle n’avait jamais eu le kheyala de penser à lui. Bholonath persista en disant :’Si je devais m’en aller, ou si je tombais malade, ou même si j’en arrivais à décéder, cela ne te poserait-t-il pas de problème ?’ Shri Ma répondit :’Quel problème ? Où sera la différence ?’ Bholonath ne fut pas offensé ou attristé par cette attitude d’équanimité parfaite. Il dit avec un étonnement admiratif :’tu es innocente comme une enfant. Cela s’ajustera quand tu grandiras’. Shri Ma, en rappelant cet incident, ajouta avec un sourire :’Il semble bien que je n’ai jamais grandi !’

   Un jour où elle était d’une humeur plus sérieuse, Shri Ma évoqua les débuts de sa vie avec Bholonath en ces termes :’Après tout, ce corps lui était confié, c’était son rôle de faire comme bon lui semblait ; mais il s’aperçut quce corps repoussait même une trace de pensée charnelle. Même le moindre changement dans le comportement de Bholonath en ce sens provoquait des symptômes de mort apparente ; il prenait peur et se mettait à faire du nama-japa afin de faire revenir ce corps à son état antérieur . Son comportement était toujours exemplaire ; il se préoccupait entièrement de mon bien-être.’

   En réponse à la question de savoir pourquoi Ma avait rejeté les possibilités légitimes de plaisir pour un couple marié, Ma déclara un jour :’Pour ce corps il n’y a pas de question de plaisir ou de rejet. Tout ce qui arrive à ce corps est nécesaire pour vous tous –peut-être cet aspect ne l’est pas tant que cela.’(p.36)

   Sri Ma était déjà  bien connue à Atpara. Elle était restée dans ce village pendant six mois avec Pramoda Dévi et sa famillle à la suite du décès de Révati Mohan (le frère de Bholonath). Il y avait  un quartier de hors-caste dans les environs. Les filles qui y habitaient s’attachèrent beaucoup à Shri Ma. Elles l’aidaient dans ses tâches ménagères lorsqu’elles voyaient à quelles pressions elle était soumise pour pouvoir assumer la cuisine et le ménage d’une grande famille. Shri Ma de son côté leur donnait ce qu’elle pouvait économiser de son cellier ou même sa propre part de fruits ou de desserts. Elles lui peignaient parfois les cheveux, ou lavaient ses vêtements. Shri Ma aussi arrangeait les cheveux de ces jeunes filles dans des styles variés.(p.39)

 

20

 

A propos de Niranjan Rai et de son épouse Vinodini Devi :

Il s’agissait d’un couple pieux qui était très cher à l’ensemble de la communauté des fidèles de Dhaka. Il se trouva que Vinodini Dévi mourut après avoir souffert d’une brève maladie. Shri Ma la visitait chaque jour. L’invalide attendait anxieusement cette visite quotidienne.  S’il y avait des nuages dans le ciel, son anxiété n’avait plus de limites car elle avait peur que Shri Ma ne puisse pas venir mais celle-ci venait quoiqu’il arrive et s’asseyait un moment avec elle. La mort de Vinodini Devi eut une conséquence tout à fait tragique. Niranjan Rai ne fit pas attention aux conseils de ses amis et prit l’habitude d’aller tous les jours au champ de crémation et d’y demeurer des heures assis en méditation à l’endroit du bûcher où avait été brûlé sa femme. Bhaiji parla de lui à Shri Ma.  Elle accompagna elle-même un jour Niranjan au ghat et lui expliqua longuement l’inutilité de telles veilles. Il ne put reprendre le dessus malgré de tels efforts. Il mourut peu après. Durant la dernière année de son existence,  son seul travail dans le monde fut pour la construction de l’ashram de Ramna destiné à Shri Ma et Bholonath. Beaucoup seront peut-être intéressés de savoir que le bracelet d’or qu’on voyait au poignet gauche de Ma était un cadeau de Vinodini Devi. (p.62)

21

 

Auprès de Ma Anandmayi

par Amulya Kumar Datta Gupta (suite)

 

   Ma : «  Je vous ai dit auparavant qu’à votre niveau vous avez une nature qui fondée sur le manque. Tout ce qui vouspréoccuppe est transitoire. Ce que vous ganez par votre métier est consommé par les besoins de la famille ; Rien ne demeure. Hier, ils ont pris une photo de ce corps ; J’ai dit :’Qu’allez-vous faire avec la photo de ce corps. Il est aussi changeant. Ce qui est ç présent sera ttransformé dans quelques jours.’ Par ‘nature fondée sur le manque’,  je signifie focalisée

Sur les choses qui s’en vont. On doit s’essayer à rechercher ce qui dure toujours et cela requiert un esprit complètement centré. Et il nous faut avoir recours à l’une des deux approches, des deux identifications de toute chose avec le ‘Je’ ou le ‘Tu’. Ensuite, on découvre qu’il n’y a qu’une seule chose dans l’univers. Rien d’autre n’existe ; en d’autres termes, il est présent  en sa plénitude dans chaque objet du monde.

   Je dis donc que l’état de jiva ‘individu) est un état de servitude. C’est comme un espace donné dans une prairie délimité par une haie qui est aussi dans la prairie. Je dis donc que bien qu’un individu est voilé par un écran d’ignorance, il y a inclus dans ce fait une porte vers la connaissance. C’est tout à fait comme si nous étions assis dans une chambre avec la lumière du soleil qui rentre par les portes et les fenêtres. Nous pouvons voir cette lumière, mais notre corps n’y est pas exposé. Si nous le souhaitons nous pouvons sortir par la porte et nous installer au soleil. De la même façon, l’individu a de nombreuses façons d’aller de l’état de servitude à celui de liberté ; Qu’on l’appelle un guru ou une statue de divinité, c’est une porte qui mène de la servitude à la liberté. Ce qui est nécessaire, c’est la concentration de l’esprit.  Tous proviennent de l’Absolu, l’Atma ; C’est pourquoi on doit considérer le guru comme divin. Pon n’obtient rien tant qu’on voit le guru comme être humain sans percevoir la divinité en lui, de meême qu’une statue d’un dieu qu’on considère comme une simple pierre ne servira à rien. C’est pourquoi je dis qu’un individu, jiva, ne peut jamais tre en meme temps Dieu. Si c(est un individu, c’est un individu. Et dans le même sens, si on le considère comme Dieu, il n’est rien moins que Dieu. Il en va de même pour le Guru. Il est Dieu ou un être humain, cela dépend de son point de vue. On doit regarder comme divin celui dont on recherche l’aide pour obtenir l’absorption complète de l’esprit. » (p.186)

   « Pour celui qui est dans la Vérité pure, tout est soit Je soit Tu. Je le répète,  Je, Tu et l’univers, tous trois se dissolvent dans le Suprême. C’est ceci, atteindre Dieu ou avoir la vision de Brahman.

Pramatha Babu : Mais on dit que Dieu vient

 et se manifeste ; Les gens peuvent parler avec Lui. Est-ce que tout cela est faux ?

Ma : je dis que c’est tout à fait faux. (Après un bref intervalle) Je dis encore que c’est tout à fait vrai. C’est ce don’t nous parlions ce matin.  Cess visions, ces vibrations sont vraies tant que nous sommes au niveau d’une nature fondée sur le besoin. Au moment-même où nous nous installons dans notre véritable nature, toutes les disctinctions disparaissent.

22

 

Nouvelles

 

           Nous préparons le 85e anniversaire de Vijayananda qui aura lieu 26 novembre. Dans ce sens, nous sommes en train de mettre ses entretiens de Kankhal au complet dans le domaine de Ma sur Internet. Pour le français, il y a déjà la section correspondant aux années 90-95 qui est en ligne en  tant que partie du livre Un Français dans l’Himalaya. Tout récemment, une dernière partie correspondant à la période 96-99 vient d’être compilée et sera en ligne fin novembre début décembre, ainsi qu’une première partie (86-89) qui est en train d’être retapée pour l’Internet par Annick à Brest. En anglais, les deux premières parties devraient être mises en ligne courant octobre et la troisième fin décembre. Courant novembre, la douzaine  articles de Vijayananda sur Ma en anglais (ceux en français sont déjà dans Un Français dans l’Himalaya) passeront aussi dans le domaine : www.anandamayi.org    

           Swami Nirgunanda a pu rencontrer les français intéressés ou engagés avec Ma lors d’une retraite dans une maison tranquille de Bourgogne entre le 9 et le 13 juillet et il n’a pas ménagé son énergie et sa parole pour faire passer le message de Ma au-delà des différences de culture. Il a retrouvé d’autres français en août : c’était un groupe d’une vingtaine de personnes venues par Terre du Ciel et guidées par Jacques Vigne. Elles ont  passé trois jours là-haut, une partie du groupe a même pu coucher sur place. Ils étaient venus directement de l’aéroport de Delhi dans le Kumaon où il y a l’ermitage. Il y eut aussi trente kilomètre de randonnée le long de la crête où est l’ashram dans les forêts de pin en vue du pic de Nanda Devi qui domine la région de ses 7860m, mais qui est le plus souvent dans les nuages en cette période de mousson. Le livret sur la méditation de Swami Nirgunananda va passer en ligne dans le domaine de Ma vers fin novembre, la version anglaise y est déjà depuis six mois.

Jacques Vigne se rend au Bangla-Desh début octobre pour un renouvellement de visa. Il en profitera probablement pour y visiter les lieux de Ma, en particulier Siddheshari à Dhakka et Khéora, son village de naissance près de la frontière orientale du pays. Il sera en principe à Dhaulchina (Shri Ma Anandamayi Ashram, Dhaulchina, 263881, Almora, UP) du 20 octobre au 20 novembre, et de nouveau du 5 janvier au 15 mars 2000. Il sera à Kankhal la première moité de décembre et ira accompagner un tour de Terre du Ciel ‘Sages et Temples du Sud de l’Inde’ à la fin de l’année. Le changement de millénaire se passera ppour ce groupe auprès d’Amma dans son ashram du Kérala. Un article de lui ‘Ermite en Himalaya’ doit paraître dans le  prochain numéro de Troisième Millénaire, et un texte d’une trentaine de pages ‘Scènes de la vie de Jésus’ qu’il a écrit à Dhaulchina doit être mis en ligne à www.anandamayi .org/devotees/jv  Il s’agit d’un texte proposant des méditations sur Jésus selon le raja-yoga et le système des canaux d’énergie et des chakras. Il a aussi écrit une quarantaine de pages de pensées sur le Yoga avec commentaires qui pour l’instant ne seront  diffuséees qu’à ceux qui lui en font la demande.

            La revue ‘L’âme et le coeur’ a publié un entretien avec Vijayananda, ce qui nous a valu une série de nouveaux abonnements à Jay Ma, qui est maintenant tiré à 150 exemplaires. Merci à Aurore Gauer pour cette initiative. Jean-Claude Marol va donner un séminaire d’un week-end sur Ma à Bruxelles avec Initiations les 22 et 23 janvier. Renseignements : Initiations Montagne Saint-Job 92, 1180 Bruxelles Fax 32 2 375 28 96 ou JC Marol 10 rue d’Orchampt 75018 Paris

 

Abonnements

Les nouvelles personnes qui souhaitent s’abonner peuvent le faire en envoyant un chèque de 50 Frs à Mme Vigne, 95 rue Jacques Dulud 922OO Neuilly ; Pour toute autre correspondance regardant Jay Ma, écrire directement à Jacques.(Ma Anandamayi Ashram Kankhal, 249408 Hardwar UP ou voir ci-dessus). Les abonnements vont jusqu’en fin 2000.

 

Table des matières

 

Paroles de Ma                                                                  p.1

Réponses de Vijayananda                                                 p.3

Ma est pour tous Gurupriya Didi                                     p.10

L’essence d’Ananda    Atmananda                                   p.12

Comme un oiseau sur la branche  B.Mukerji                      p.16

Auprès de Ma Anandamayi   AKD Gupta                         p.24

Nouvelles                                                                          p.28

Abonnements                                                                    p.30                                                   

Table des matières                                                            p28

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

NUMERO 56                              PRINTEMPS 2000

Jay Ma

Shree Shree Ma Anandamayi

 

 

 

 

1

Paroles de Ma

 

Q : Ma, comment se fait-il qu'aussitôt qu'on se met en méditation toutes sortent de pensées se mettent à surgir et à s'imposer au mental?

Ma : Ne savez-vous pas pourquoi on ne peut se concentrer? Le désir agit comme une force de dissuasion: de même, lorsque vous cherchez à pénétrer dans la mer, les vagues vous repoussent vers la plage; si vous persévérez et atteignez un niveau plus profond, les vagues cesseront de vous empêcher d'aller plus loin.

 

Comment un être humain peut-il être dépourvu de courage? Pour atteindre la vérité, on doit endurer toutes les difficultés en demeurant à tout jamais dans la patience: Ce sont les obstacles qui engendrent la patience: Ecrivez à mon ami et dites-lui qu'il doit devenir un voyageur sur le sentier où la Paix peut être trouvée.

 

   Un pélerin sur le chemin de l'Immortalité ne contemple jamais la mort. Par la méditation sur l'Immortel, la peur de la mort s'éloigne considérablement. Souvenez-vous de ceci: c'est dans la mesure où votre contemplation de l'Un deviendra ininterrompue que vous avancerez vers une Réalisation pleine et entière  

 

La quête de la vérité devrait déterminer toute la quête de la vie hamaine. Le désir authentique ouvre lui-même la voie à la Réalisation.

 

Dans notre périple pour traverser la vie de ce monde personne ne demeure heureux. Le pèleninage jusqu'au But

2

 

de l'existence humaine est la seule voie vers le bonheur suprême.

 

    Tout d'abord, il doit être clair que c'est l'action du pouvoir du Guru qui met en branle le pouvoir de votre propre volonté; en d'autres termes, on peut dire que ce pouvoir de la volonté vient du pouvoir du Guru.

 

    Le Bonheur Divin -ce que vous appelez parama sukhadam- est une félicité pure et sans mélange, un bonheur en soi.

 

   "Je suis Ton instrument; daigne oeuvrer à travers Ton instrument"  En regardant toutes la manifestation comme l'Etre Supreme, on obtient la communion. Quelque soit le travail qu'on entreprenne, qu'on le fasse avec tout son être et dans l'esprit suivant: 'Il n' ya que Toi qui travaille!'. Ainsi, il n'y aura pas d'occasion d'affliction, de détresse ou de chagrin.

 

   Tout devient fluide et doux quand on a resssenti qu'on a été touché par  la bénédiction de son contact.

 

   Dépendez absolument de Lui, quelques soient les conditions dans lesquelles vous puissiez vous trouver, maintenez Son souvenir uniquement. Que ceci soit votre prière: 'Seigneur, il t'a plu de venir à moi sous forme de maladie. Donne moi la force de la supporter, ceins-moi les reins de patience et fais moi comprendre que c'est Toi qui demeures en moi caché de cette façon.

 

 

3

 

En tout temps, soutenez en vous la contemplation deu Divin et le fllus de son Nom. Par le Nom, toutes les maladies se remetent facilement.

 

   Abandonnez-vous à Dieu dans tous les domaines sans exception. Qu'il fasse ce qu'il veut de moi, je ne suis qu'une créature entre ses mains, voilà qui doit être votre attitude d'esprit.

 

Rester calme et paisible en toutes circonstances est le devoir de l'être humain.

 

 

 

 

 

Questions à Vijayananda

 

 

     Comme dans le numéro précédent, ces questions-réponses proviennent des échanges durant le satsang de chaque soir auprès du samadhi de Ma.

 

 

Q : Qu’est-ce que la psychologie spirituelle?

V : C’est le silence.

 

Q : Le meilleur fil directeur en méditation n’est-il pas le ressenti?

 

 

4

 

V : D’habitude, ce ressenti correspond à un paquet de surimpositions, mais lorsqu’on réussit à calmer le mental et à avoir un perception vraiment pure, on est très proche de l’Absolu.

Q : Quand on a les yeux fermés en méditation, la seule perception pure est celle du corps.

V : Peut-être, mais en fait la perception du corps est complètement déformée par les représentations qu’on s’en fait. Quand on a atteint l’arrêt du mental, il n’y a même plus de sensations à percevoir.

Q : C’est la perception directe de l’être.

V : Il n’y a même plus de perceptions; c’est la subjectivité pure.

 

Q : Est-il utile de faire des voeux de silence?

V : En fait, je connais la meilleure manière de garder le silence : c’est d’être silencieux quand on ne parle pas. Cela paraît une plaisanterie, mais c’est au fait le signe d’un haut niveau spirituel : dire brièvement ce qu’on a à dire, et après avoir un mental complètement vide, ‘blank’ comme on dit en anglais.

 

Q : (Un Allemand qui avait visité quelques védantins) Pour me débarrasser de l’égo, j’observe ma colère, toutes mes émotions et je me dis qu’au milieu de tout cela il n’y a pas d’égo.

V : Ce sont des mots. Là où il y a de la colère, il y a de l’ego, là où il n’y a pas de colère il n’y a pas d’ego. Ceci dit, il est vrai qu’il ne faut pas chercher à ‘tuer’ un ego qui de toutes façons n’a pas d’existence fondamentale. Ce serait comme

 

 

5

 prendre un bâton et essayer de tuer une ombre en lui administrant de grand coups.

 

Q : Vous vous êtes mis à la sadhana pendant la guerre où votre vie était constamment en danger, et après où les horreurs de cette guerre sont venues en surface. N’en avez-vous pas été perturbé?

V : Non, pas même pendant que cela ce passait. Je prenais cela comme un jeu, les uns poursuivaient les autres, c’était comme une parite de gendarmes et de voleur; Et puis après les évènements, comme le passé n’a plus de réalité, il n’y avait pas lieu d’en être perturbé non plus.

 

Q : Si le passé n’a pas de réalité, quel sens reste-t-il à la Tradition?

V : En fait, la tradition est vécue dans le présent, quand on suit ce que le guru nous dit de faire. Du point de vue relatif et empirique, la question du passé et de son héritage existe, mais du point de vue absolu et dans l’expérience du sage, ce genre de questions ne se pose plus. Si vous vous les posez, c’est que vous êtes encore sur le plan empirique.

 

Q : Comment différencier l’être mental et l’être vital?

V : Pour connaître l’être mental d’une personne on se base sur son visage et sur sa voix; pour percevoir son état vital, il suffit d’être proche physiquement de l’autre ou de lui prendre la main pendant quelques temps. Le corps yoguique est atteint quand il y a l’union du masculin et du féminin à l’intérieur; le corps causal est appellé ainsi car il correspond à cette partie de l’égo qui passe d’une existence à l’autre, et représente donc la cause des renaissances. A un stade de la

 

 

6

 

sadhana, le corps  subtil peut être vécu comme un manteau merveilleux donné par le Guru; on voudrait que personne ne vienne y toucher; Mais c’est de l’orgueil, on doit aller au-delà. Tout ceci est une question d’expérience.

 

Q : Peut-on dire que le samadhi est une forme de sommeil?

V : J’ai trouvé une façon d’être complètement conscient alors que le corps est comme endormi, par exemple quand je reste allongé au peit matin, ou même assis. Ceci dit, ce n’est pas le samadhi, car dans celui-ci il y a en plus une joie intense. Les expériences proches de la mort ne sont pas réellement des expériences de mort mais donnent une expérience de bonheur et de lumière comme on peut avoir dans le sommeil profond.

 

Q : Beaucoup de gens venaient à Ma, ou viennent actuelllement à Amma pour une guérison. Peut-on dire que ces sages voient les maladies?

V : Ils voient l’origine spirituelle des maladies sous forme d’esprits qui possèdent le corps et apparaissent dans certaines parties.

 

 

 

 

 

Eléments méditation

 

par Swami Nirgunananda

 

 

 

7

 

     Swami Nirgunananda vit depuis douze ans à l'ermitage de Dhaulchina. Il est passé en France pour quelques jours durant l'été 99 et reviendra probablement  en fin aoüt ou début septembre 2000. Il est intéressant de lire quels sont les conseils de base qu'il donne pour la méditation après toutes ces années d'expérience. Même s'ils sont souvent simples, ils véhiculent une longue expérience de la vie intérieure.

 

 

I) LE CONTEXTE DE LA PRATIQUE

   Le Yoga n’est pas seulement pour le confort du corps et de l’esprit, mais est une voie complète de Libération. Il il y a quatre stades d’évolution : La Réalité ultime, la manifestation, la servitude et la Libération. Le premier et le dernier stages ne font qu’un. On doit garder présent à l’esprit que les pratiques de Yoga ne peuvent en elles-mêmes mener l’individu à l’Ultime. Elles représentent une préparation pour la descente de la Grâce, ou la survenue spontanée de la Connaissance (Jnana). Sinon, l’Ultime deviendrait conditionné, relationnel et relatif, ce qui est en contradiction avec le concept même d’Absolu.

   Le Yoga retire les obstacles à la manifestation de l’immuable qui réside derrière tous les changements de la création. La Réalité ultime n’est pas un objet d’expérience, mais se manifeste quand celui qui expérimente, l’objet d’expérience et l’expérience elle-même ne font plus qu’un. On peut être déconcerté de voir que certaines personnes pratiquent la méditation pendant des années sans beucoup de résultats apparents. C’est souvent dû à la dissipation d’énergie venant de la négligence des règles préliminaires

 

 

8

 

disciplinant le style de vie (yama-niyama) et le manque de contrôle des sens. La méditation produit de l’énergie, c’est certain, mais cette énergie restera comme de l’eau versée dans un seau percé si on ne respecte pas les règles préliminaires. Le niveau ne risque pas de monter. Parmi bien d’autres facteurs, les habitudes alimentaires jouent un rôle majeur dans la pratique spirituelle. La condition mentale dépend du type de nourriture ingérée. La méditation est reliée au mental de deux façons : déjà, elle aide à le connaître, lui qui est si proche de nous, et pourtant inconnu. Par ailleurs, elle tend à former l’esprit; bien que celui-ci soit insoumis et rebelle, on peut cependant le faire plier. Ma conseillait de préparer sa propre nourriture pendant les périodes de retraite au moins pour développer l’indépendance, un facteur important de réussite dans la voie du Yoga. Bien entendu, une alimentation végétarienne  est de première importance. Par exemple, Swami Vijayananda qui a été avec Ma depuis 1951 suit un régime très régulier qu’elle lui avait conseillé. Il dit d’après sa propre expérience que si vous trouvez un régime équilibré du point de vue diététique et que vous le répétez tous les jours, le mental se libère complètement du désir de nourriture, il n’y pense plus, c’est le mieux pour la sadhana. Ma n’insitait pas sur le jeûne, à part quelques jours dans l’année qui sont recommendés par la tradition (Shiva Ratri en février, la naissance de Krishna en août) ; elle citait souvent le proverbe,  l’homme doit manger pour vivre et non vivre pour manger.

 

 

9

 

II) POSTURE

   En hindi et sanskrit, asan signifie non seulement posture, mais facile également. Ceci nous rappelle l’aphorisme de Patanjali sthira-sukh-asana, ‘la posture (doit être) stable et facile’.On doit revenir régulièrement à la relaxation du corps pendant la pratique, seule la colonne et le cou doivent être dynamiques, bien perpendiculaires au sol. La posture du lotus (padmasana) et les autres postures jambes croisées sont plus faciles si l’on est assis sur un coussin. Les genoux touchent le sol avec moins de tension et forment un triangle stable. Pendant longtemps, la méditation requiert un objet, et le corps est l’un des meilleurs. Il nous permet de comprendre comment fonctionne la base du mental. Parce que nous nous identifions au corps, ‘revenir à soi-même’ signifie au moins au début revenir au corps et ête conscient de ce qui est la forme grossière du Soi. Cela peut être une bonne habitude de revenir au corps au début de chaque session.

   Si la pression des chevilles l’une sur l’autre est trop intense on peut mettre un serviette entre. Par ailleurs, si l’on médite avec les deux mains l’une sur l’autre, on peut mettre un tissu plié sous la main inférieure pour compenser un déséquilibre qui sinon a tendance à se propager jusqu’à la nuque et y provoquer des tensions qui peuvent être gênantes surtout quand on pratique de façon prolongée. Quoi qu’il en soit, on doit régulièrement vérifier la relaxation de la nuque. Vajrasana (la posture du diamant, assis sur les talons) peut être maintenue pendant plus longtemps si l’on dispose deux coussins, l’un en dessous et l’autre au-dessus des chevilles. Cette posture est conseillée après les repas. Certains hatha-yoguis recommandent également à cette période-là de masser

 

10

 

le cuir chevelu, de se peigner et d’éternuer trois fois ; l’idée est probablement de ramener vers la tête l’énergie et le flux sanguin qui est attiré principalement vers les intestins durant la période post-prandiale. Si on trouve certains moyens pour ramener l’énergie vers la tête, cela diminuera la somnolence spontanée. Pour trouver l’équilibre entre les latéralités du corps, on peut commencer la séance par des oscillations d’un côté à l’autre, et en réduire l’amplitude progreessivement jusqu’à ce que la colonne devienne exactement verticale, comme le mât du bateau qui a du roulis sur un lac après le passage d’une vague. La conscience (mindfulness) de la posture au début d’une séance consiste à décrire mentalement cette posture point par point tout en relaxant le corps. Ma conseillait ausi une prièère à la forme divine qu’on adore (ishta-devata) ou un genre d’auto-suggestion avant la méditation, par exemple : ‘je veux dépasser tous les obstacles. Que mon esprit soit concentré sur mon objet de méditation. Que le Tout-Puissant répandre sa grâce sur moi,’ etc…

 

 

III) SAHAJA (NATURAL) PRANAYAMA

   Il faut essayer d’avoir une respiration qui est harmonieuse, régulière et sans effort. Pour aider l’attention au souffle, on peut percevoir deux points appelés dvadashantas (cad la fin des douze) à douze travers de doigts de l’extrémité du nez, l’un à l’extérieur, l’autre à l’intérieur. En fait, le dvadashant interne est souvent placé au niveau du coeur. Dans le Shivaisme du Kashmir, l’inspir s’appelle prana et l’expir apana. Ainsi, le dvadashanta est considéré comme le lieu d’origine et de dissolution du prana et de l’apana. En fait, la

 

11

 

première respiration de l’enfant nouveau-né est une inspiration, et la dernière d’un mourant est une expiration, ainsi la durée totale de la vie d’un individu (jiva) est encadrée par une inspiration et une expiration. C’est pourquoi cette méditation sur les dvadashantas est ausi une méditation sur la vie et la mort. L’inspiration correspond à jiva et Shiva, l’expiration à Shakti, ainsi donc les dvadashantas sont considérés comme les lieux d’union de Shiva et Shakti. En pratique, il est très difficile de situer exactement ces lieux d’union.C’est pour cela que Ma conseillait un léger kumbhaka (arrêt du souffle avec les poumons soit vides soit pleins) pour avoir une perception plus claire de la dissolution et de l’origine du souffle. Avec la pratique, la période du kumbhaka décroît et le kumbhaka volontaire finit par disparaître; mais paradoxalement, quand on sent le point, un kumbhaka se développe de lui-même et peut se prolonger pendant une longure durée.

   Il ya une façon de se préparer au Svara Yoga –l’observation des différences de latéralités du corps et leur rééquilibrage- il s’agit d’utiliser un pranyama appelé nadi-shodana, la purification des nadis. Classiquement, le pouce et l’annulaire ferment chaque narine en alternance, en changeant de côté entre l’inspiration et l’expiration. Après quelques temps, on peut faire la même pratique avec seulement la conscience, sentant les latéralités du corps en alternance. Les gens qui souhaitent pratiquer une sadhana avec une grande partie consacrée aux pranayamas physiques doivent recevoir les conseils éclairés d’un maître qui a pratiqué lui-même cette voie. Ce qui est écrit dans les livres correspond à une pratique générale, mais concrètement,  on peut éprouver des difficultés à cause de différences

 

12

 

individuelles; on les résoudra mieux avec l’aide d’un guide expérimenté.

 

 

IV) MANTRA

   Une étymologie traditionnelle du mot mantra est manonat trayati –‘(le pratiquant) est libéré par la contemplation.’ Une difficulté du mantra, c’est que sa répétition peut devenir automatique tandis que le mental continue à se promener n’importe où. Pour empêcher cela, Ma disait souvent : Shvas shvas men jap karo ‘faites confluer la répétition de votre mantrtra dans votre respiration’. Déjà, le simple fait de faire un nombre régulier de mantras à chaque inspiration et expiration résultera dans une rythmicité et une régularité du souffle. De plus, on peut essayer d’être conscient de l’intervalle entre ces courtes séquences de mantra. De fait, le meilleur moment pour le faire est entre l’inspiration et l’expiration ; cela reviendra à une méditation du type de celle des dvadashantas que nous avons évoqué ci-dessus. Une autre façon d’intensifier l’expérience du mantra est nyasa, c’est à dire le fait de le placer dans chacune des parties du corps. Nyasa signifie installer, déposer, et aussi investir.  C’est donc une façon ‘d’investir’ Dieu dans le corps, un processus pratique d’incarnation si l’on peut dire. Nyasa signifie aussi le fait d’abandonner. Quand son abandon au Divin est complet, on atteint l’état de renoncement, san-nyasa.

   En pratique, si l’on a déjà un mantra avec le nom d’une divinité, il suffit de mettre seulement ce nom, ou même le bija-mantra, une syllabe correspondant à la divinité, dans

 

 

13

 

chaque partie du corps. Les fidèles de Ma peuvent placer le nom ‘Ma’ lui-même. Une première sorte de lieux pour faire nyasa correspond aux chakras. On conseile d’habitude de sentir les chakras le long de la colonne vertébrale, une ligne qui correspond au ‘méridien gouverneur’ de l’acuponcture ; cette méditation sur les chakras aide de fait à ‘gouverner’, maîtriser le mental rebelle. Une méthode efficace peut être d’imaginer le guru assis en face de soi. On trace une sorte de cercle qui part de son propren muladhara (à la base) vers le sommet de la tête et qui traverse jusau’au sommet de la têtre du guru, puis redescend par ses chakras jusqu’au muladhara. Pour les débutants, il est meilleur de n’inclure que les quatre chakras supérieurs, en commençant par le anahata au niveau du coeur. Le nyasa peut être également effectué avec les lettres de l’alphabet (qui sont les racines de tous les mantras possibles) et il est de deux sortes, interne ou externe, selon sa localisation dans les chakras ou dans la tête, les membres ou le tronc.

   On dit dans un fameux distique en sanskrit mantra-mulam guru-vakyam, ‘la racine du mantra, c’est la parole du guru’. Ceci signifie qu’en un sens chaque parole du guru peut être prise comme un mantra. En faisant le nyasa de ces paroles de vie les unes après les autres, on atteindra le san-nyasa, c’est à dire le renoncement à son égo mesquin en se laissant imprégner par la seule présence du guru, présence qui n’est pas différente du Soi.

 

V) NADA YOGA

   Nada est le son éternel qu’on percevoir directement à l’intérieur de nous-même. Nada, à la différence des autres sons engendrés habituellement par le choc de deux

14

 

objets (ahata), n’est pas produit de cette façon ; c’est pourquoi on l’appelle aussi anahata. Nada était là lors de la création du monde sous la frome du Pranava (Om). Tout l’univers provient de la rencontre de Shiva (nada) et de Shakti (bindu, le point, la première étincelle d’activité par laquelle Shiva a crée le monde). Le bindu correspond aussi au centre sur lequel on focalise son attention pendant la pratique  de la concentration, comme par exemple le point au milieu du Shri Chakra. En pratique, les débutants qui souhaitent avoir un avant-goût du Nada-yoga peuvent pratiquer le brahmari-mudra (la mudra du bourdon) après s’y être préparé par la pratique des préliminaires du Yoga : les deux pouces ferment les oreilles, les index les yeux, les médians les narines les annulaires poussent les lèvre supérieures et les petits doigts la lèvre inférieure. On peut le pratiquer avec les poumons pleins ou vides. On aura ainsi une idée de ce que peut être le nada dans sa forme la plus matérielle. Par la suite, deux autres mudras peuvent aider à saisir le nada spontané : d’abord, le jnana mudra avec les extrémités des pouces et des index dirigées vers le haut, et ensuite le mudra qui consite à diriger le bout de la langue vers le haut, mais sans pour autant toucher le palais. Dans le vide à cet endroit, on peut percevoir le nada. Classiquement, dix sortes de sons dont décrites, amais cela dépend en fait de la persone et de sa capacité à les différencier, de même qu’un expert en parfum peut distinguer dans une seule odeur un grand nombre de composantes grâce à sa pratique et à la précision de son intuition. Par exemple dans mon cas j’entends d’abord un son aigu et continu comme celui d’un groupe de criquets, ensuite un son

 

15

 

pulsatile comme celui de cloches, puis le son continu de conches et de flûtes, et enfin le pranava. Dans la Brihad-Aranyaka Upanishad, on donne une comparaison à propos de la connaissance de Brahman (brahma-vidya) qu’on peut appliquer aussi au son intérieur. Quand un père entend d’abord de loin un choeur d’enfant qui chantent les védas, il ne peut y distinguer la voix de son fils; mais lorsqu’il s’approche, il peut finalement la reconnaître. En fait, tous les timbres de sons peuvent être perçus comme le pranava si on réussit à les entendre d’une façon parfaitement continue ; cependant, il n’y a pas de raison de se faire croire qu’on entend une certaine sorte de son sous prétexte qu’on l’a vue décrite dans les textes.

   On peut combiner le Svara-yoga, qui est une manière d'équilibrer les latéralités, avec l'écoute du nada. Un arrêt de la respiration, kumbhaka, spontané survient souvent lorsqu’on cherche à percevoir avec une attention complète un son intérieur subtil ; c’est comme si celui-ci était plus audible lorsqu’il n’est pas couvert par le léger bruit que produit l’inspir et l’expir. On doit être conscient de ce réflexe et éviter des kumbhakas forcés qui engendreraient des tensions inutiles dans le corps. Un autre nom du Nada-yoga est Laya-yoga, le yoga de la dissolution. Si quelqu’un est conscient de la continuité du nada, il demeurera dans le présent éternel. Le son fondamental est toujurs le même, mais à cause de l’écran de notre mental nous l’entendons différemment à différents moments. Le nada aide à réduire au silence les souvenirs passés, car le mental est à l’arrêt dans le présent continu : le soi individuel et relatif entre en fusion
 
16
 
(laya) avec la conscience universelle, ce qui est le but de tout yoga.

 

    VI) MEDITATION SUGGESTIVE

   Ce type de méditation est basé sur la visualisation. Il correspond à la méditation avec forme, qui est une préparation pour la méditatation sans forme. Elle est largement utilisée par le bouddhisme tibétain par exemple, alors que le zen préfère orienter sa pratique directement vers le sans forme. J’ai pu parcourir un journal spirituel de Bholonath qui est maintenant détruit ; il y décrit une méditation sur les cinq éléments probablement d’après des instructions de Ma. La terre est visualisée dans le muladhara, l’eau dans le svadhisthana, le feu dans le manipura, l’air dans l’anahata et l’éther dans le vishuddha. On visualise d’abord l’eau qui inonde toute la terre, ensuite le feu évapore l’eau, le vent éteint le feu et finalement se dissout dans l’éther ; Cette pratique aide à dissoudre la conscience habituelle du corps et oà se fondre dans le sans forme (évoqué par les deux chakras supérieurs, l’ajna et le sahasrara).

   Des visualisations simples peuvent aider la méditation : par exemple visualiser deux anneaux qui remontent à partir des doigts de pieds les jambes et le ventre jusqu’à l’ajna, aspirant l’énergie vitale et la poussant vers ce centre. De là, on envoie des vibrations vers sa divinité d’élection en face de soi, et on en rapporte une lumière neuve qu’on répand dans son propre corps. Deux autres pratiques de visualisation s’appuient sur des faits scientifiques ; D’abord, la ‘méditation atomique’ est basée sur la notion que si l’on pouvait coller toutes les particules subatomiques ensemble, la Terre entière

17

 

pourrait tenir dans un sac à main. Dans ce cas, le corps du méditant n’existerait plus et ce qui resterait serait la conscience elle-même. Dans la seconde méthode, la 'méditation génétique’, on  sent qu’on retourne au moment de sa conception en visualisant  la régression de son état physique et mental, etc… Si l’on continue à essayer de retracer le processus qui a conduit à cet instant, on réalisera que son existence individuelle a été divisée entre les matériels génétiques de la mère et du père et divisée encore de plus en plus au fur et à mesure qu’on remonte l’arbre généalogique pour finalement se dissoudre dans le Soi universel. J’ai trouvé qu’il s’agissait d’une excellente méthode pour surmonter la difficulté principale de la méditation, c’est à dire perdre sa propre individualité et éveiller la conscience universelle.

   Si l’on souhaite méditer sur les chakras, une façon simple de la faire est de visualiser que le lotus de chaque chakra regarde d’abord vers le bas et qu’ensuite, après sa ‘percée’, bheda, par le serpent de la kundalini, il se tourne vers le haut. Une autre façon de travailler utilise le mantra. On peut l’installer au centre de chaque lotus (tourné cette fois-ci vers le haut) et le transporter de bas en haut et de haut en bas entre le muladhara et le sahasrara ; nous avons aussi mentionné dans la section sur le mantra la méthode qui consiste à visualiser le guru en face de vous et à réunir ses chakras aux vôtres dans une sorte de cercle. Le fil directeur de ce continuum est votre conscience elle-même. Il y a aussi une façon de combiner la méditation sur le Shri Chakra et celle sur les chakras du corps. En bref, le cercle extérieur représentant la terre est visualisé dans un chakra supplémentaire en
 
18
 
dessous du muladhara, le premier lotus dans un autre chakra surnuméraire un peu au dessus du chakra précédent, le second lotus dans le muladhara, les différentes séries de triangles dans les cakras asendants jusqu’au talu, le cakra au sommet de la voûte du pharynx et le bindu, le point central est placé dans l’ajna. A chaque niveau, le méditant se représente en face du chakra et adore la divinité qui y réside, mais quand il arrive à l’ajna, il se fond dans le point qui  représente la Mère divine.

   Les cinq chakras inférieurs correspondent aux cinq éléments matériels qui constituent le monde tel que nous le voyons. L’ajna et le sahasrara représentent le monde spirituel. Des textes comme le Shatchacra-nirupanam, ‘la localisation des six chakras’ distinguent deux sous-chakras dans l’ajna, l’inférieur qui correspond au mental, et le supérieur, un peu au-dessus, aui correspond au Suprême, paramatman. Encore au-dessus, après avoir passé la ligne des cheveux, il y a un-mani, le chakra après lequel on pénètre dans la région du ‘non-mental’. Juste au-dessus du sahasrara est le maha-bindu, la demeure de Shiva et la place de son union avec Shakti.

   En conclusion, il est utile de souligner l’importance de savoir pourquoi nous méditons. Parfois, certains sadhakas se plaignent de ne pas avoir de résultats dans leur pratique et se sentent frustrés. Une des raisons pour cela est qu’ils n’ont pas les conditions requises et la préparation pour bénéficier de leur pratique. Une seconde raison est qu’il travaillent mécaniquement, sans être conscient du but principal qu’ils poursuivent. Le souvenir du but doit être le fil conducteur dans toutes ces pratiques

 

19

 

de méditation. Ma disait souvent : ‘La grâce de Dieu est ici et maintenant, comme la pluie qui tombe continûment ; tout ce dont vous avez besoin, c’est de simplement tenir votre bol tourné vers le haut.’

 

 

 

Quelques conseils pratiques de Ma

Extraits du journal d'Atmananda

 

Pendant le séjour de Ma à Kishenpur (Dehra-Dun) en avril 1957, un dame américaine posa nombre de questions d'intérêt général:

 

Q: Juste quand je me réveille le matin je me sens proche de Dieu mais cet état intérieur s'évapore jusqu'à un certain point  le temps que je me lève et que je m'assoie pour la méditation. Est-ce bien de méditer allongée

Mataji : Quand vous apprenez par coeur, dans quelle position le faites-vous? Certaines personnes apprennent mieux assises, d'autres allongées et d'autres en marchant de long en large. Si vous trouvez facile de concentrer votre esprit sur Dieu en étant allongée, vous pouvez le faire en restant néanmoins bien droite dans cette position couchée. Mais la meilleure position de méditation est d'être assis droit et complètement immobile dans la posture qui est la  plus confortable pour une personne donnée.

 

Q : Est-il bon de dormir pendant la journée?

 

20

 

Mataji : La vie est de toutes façons une sorte de sommeil dont on doit se réveiller (Ma disait à peu près la même chose à propos des rêves : cette vie elle même est un rêve dont il faut s'éveiller). Il est donc bon de rester réveillé autant que possible. Les brahmacharis et sadhous ne sont même pas autorisés à dormir pendant la journée. Quand on progresse en méditation, on a besoin de moins en moins de sommeil. Une personne ordinaire ne rentre en contact avec son Soi que dans le sommeil profond et en demeure séparé pendant tout le reste du temps. Le contact est inconscient, pourtant il est là et rend la vie supportable. Par conséquent, le sommeil est absolument nécessaire pour les individus ordinaires.

   Le but de la sadhana est de devenir complètement conscient de son soi. Quand on a accompli cela on a atteint un état où l'on transcencde à la fois le sommeil et ce qu'on appelle communément l'état de veille. Dans le sommeille le corps se repose et récupère.  C'est pour cela qu'on donne des somnifères aux personnes quand elles sont malades.  Quand vous êtes très intéressé à quelque chose vous ne vous sentez pas somnolent, vous pouvez veiller jusque tard dans la nuit; mais après, vous provoquez une réaction et vous avez à recupérer le manque de sommeil.

   Quand vous vous mettez à vous intéresser réellement à la quête du Divin ou de la Vérité, vous trouverez toujours plus de joie dans la méditation et aurez besoin de moins en moins de sommeil. On doit réduire petit à petit le temps de sommeil. C'est un besoin qui doit décroître spontanément. Sinon, on est fatigué et on ne peut faire son travail correctement. Néanmoins, si l'on retire dix minutes sur un sommeil de six heures, il n'y aura pas d'effets défavorables. Le besoin de sommeil dépend jusqu'à un certain point de son

 

21

 

état de santé et de la qualité et quantité de nourriture.

 

Q : Bien des gens mendient par habitude alors qu'ils ne sont pas réellement dans le besoin. Doit-on donner à de tels mendiants?

Mataji : Si l'on se trouve être informé qu'ils ne sont pas dans le besoin  on ne doit certainement pas leur donner. Car s'ils font un mauvais usage du cadeau, une partie des mauvais résultats devra être supportée par le doneur. Parfois, on sent intuitivement si un mendiant est dans le besoin ou non, mais c'est loin d'être le cas tout le temps. Dans ces cas on doit donner avec la pensée que c'est Dieu lui-même qui demande l'aumône. Quand on donne avec une telle attitude, il n'y aura pas pour soi de mauvaises conséquences qui s'ensuivront.

                                                                                                (Amrita Varta, octobre 1999)

 

 

 

 

MA ANANDAMAYI

La joie de la sagesse et la sagesse de la joie

par Jacques Vigne

    

   Ce court article sur Ma avait été demandé par Charles Abot, directeur de la revue 3e Millénaire, pour leur numéro 53 d'été sur les femmes enseignantes spirituelles. Pour des raisons de délais trop brefs, il n'a pas pu être publié, cependant l'équipe de 3e Millénaire a fait une présentation de Ma d'après divers ouvrages qui était brève, mais de bonne qualité. La reprise de cet article dans Jay Ma permet

 

 

22

 

également de redonner aux lecteurs une bibliographie à jour de Ma.

 

     Charles Abot m'a demandé de développer particulièrement les aspects pratiques et concrets de la pédagogie sacrée de Ma Anandamayi. Je n'ai pas été directement formé par elle, étant arrivé trois ans après qu'elle a quitté son corps en Inde, mais je suis proche depuis quatorze ans de son disciple français Vijayanananda qui a passé trente ans à son école et vit actuellement à son ashram de Kankhal. J'ai écrit cet article dans un ermitage de Ma en Himalaya. Ma avait une approche de la pédagogie spirituelle éminemment féminine et maternelle. Ce n'est pas sans raison que son entourage et les foules de visiteurs voyait en elle une manifestation de la mère divine. Elle disait que le mental lui-même était comme un enfant à éduquer, avec ce mélange de fermeté de tendresse qui font les bons parents: s'il n'y a pas de fermeté envers le mental, on risque de tomber dans un pseudo-non- dualisme du genre " tout est là, il n'y a rien à faire ". C'est vrai dans l'absolu qu'il n'y a rien à faire, mais en pratique il y a beaucoup à défaire, d'où la nécessité d'un travail sur soi. Par ailleurs s'il n'y a pas de tendresse envers le mental, celui-ci risque de se dégoûter de la pratique spirituelle, ou de se venger comme un enfant qui a été battu par son père prend sa revanche à l'adolescence.

    La base de l'enseignement de Ma était solidement non- dualiste mais cela ne empêchait pas de revenir souvent à l'amour du divin. Elle exprimait la convergence des deux voies, celle de la connaissance et celle de l'amour, en des mots simples « se connaître soi-même, c'est connaître Dieu et connaître Dieu, c'est se connaître soi-même ». Ma, comme

 

23

 

les autres grands sages, n'aimait pas se lancer dans de long discours. Un jour en prenant son bain elle a eu l'intuition certaine (kheyal) qu'elle devait entamer différentes voies de sadhana; celles-ci se sont manifestées en elles spontanément et sont arrivées à leur perfection de façon rapide. Ella a été cinq ans en silence quand était jeune mariée, et de nouveau un an en 1976, mais ceci ne doit pas laisser penser qu'elle ne transmettait que par sa présence et qu'elle n'avait pas d'enseignement construit. Elle en avait un, qui correspondait à l'ancienne tradition de l'Inde. Certains occidentaux qui espéraient parler abondamment de leur vie intérieure avec elle comment avec un psychanalyste ont été déçus et ont quitté. Ils n'ont pu supporter sa simplicité brûlante qui éloignait les pensées superflues comme le fer chauffé à blanc fait fuir les insectes.

Elle a amené les gens à aller au-delà du mental de façon naturelle, en établissant avec elle un lien d'amour. La plupart des visiteurs, même s'ils avaient du mal à sonder sa profondeur sentait qu'il ressortaient de chez elle en ayant reçu le « don de l'amour ». Avec ses fidèles proche ce lien était très intense, même si avec les années il devenait de plus en plus intériorisé. Si ce lien n'est pas fortement établi, dès que le maître se met à travailler d'un peu près sur l'égo du fidèle, celui-ci s'enfuit ne revient plus ; cela représente en pratique le problème principal de l'enseignement spirituel. D'où la douceur de Ma dans son rapport aux autres. Elle était en faveur du système des quatre ashrams où les étudiants se marient et vers la fin de la vie prend le vanaprastha, ceci n'empêchant pas pour certains si l'appel était intense, de choisir le renoncement en étant encore jeune. Ma enseignait par la joie; elle décrivait parfois l'atmosphère autour d'elle

                                                                24

 

comme « l'ananda ka bazar » « le marché de la joie". Une des fonctions principales du maître spirituel est d'éveiller cette expérience de joie intérieure chez le disciple. Même si elle n'est pas durable celui-ci en gardera l'arrière-goût, n'aura de cesse de la retrouver et de se mettre à la pratique spirituelle avec une intensité véritable. Quand on lit ou entend les témoignages de la vie de Ma, il était évident qu'elle avait rapport à distance avec ses fidèles. Elle disait qua quand quelqu'un la priait, elle voyait son visage apparaître sur son écran mental.

   Elle portait peu d'attention gens qui faisait tout un plat de leurs expériences spirituelles, il lui arrivait même de détourner la tête quand ils en parlaient ; mais si la même personne quelques jours plus tard, faisait une grosse colère dans l'ashram, elle l'appelait et pouvez passer une heure à le faire réfléchir sur ce pourquoi il avait cédé à l'impulsion de colère. Elle attendait que les gens soient en situation pour donner un enseignement, de cette façon ils en gardaient un souvenir inoubliable.

   Nous avons vu que dans sa jeunesse, Ma avait pratiqué de façon condensée différents types de pratiques spirituelles, ce qui lui permettait de guider chacun sur sa propre voien ce que les maîtres en général ont du mal à faire. Cependant, quand on lui demandait si elle avait pratiqué le tantrisme de la main gauche, celui qui utilise les relations sexuelles, elle répondait qu'elle n'en avait pas eu besoin, car elle était arrivée la perfection du mariage mystique, de l'union du masculin et du féminin à l'intérieur. Ceci est rapporté par Amulya Datta Gupta dans la version bengali de 'En association avec Ma Anandamayi'. Il a traduit lui-même ce passage où il parle du jeu de sadhana de Ma en anglais pour Vijayananda.

25

 

    Elle enseignait par l'exemple la perfection dans la vie quotidienne et en cela se rapprochait et de la « petite voie » pratiquée par Thérèse de Lisieux, ainsi que d'autres grands saints de diverses traditions. Au cours de l'évolution spirituelle, on peut avoir souvent l'impression que Dieu, ou le Sir, sont éloignés, comme insaisissable. Cependant, ceux qui auront établi la relation intérieure avec Ma la sentent intensément et peuvent dire : "Dieu est loin, mais Ma est proche"

 

Pour aller plus loin

     Nous avons la chance français d'avoir une littérature assez développée sur Ma Anandamayi : déjà le classique  Enseignement de Ma Anandamayi  dans Spiritualités vivantes et dans la même collection la réédition de Aux sources de la joie. La Table Ronde à édité le petit livre Perles de sagess, et Jean-Claude Marol a fait une trilogie de paroles de Ma Vie en jeu (Accarias) En tout et pour tout (Le Fennec) et Une fois Ma Anandamayi (Le Courrier du Livre), ces deux derniers ouvrages contenant une série de photos e Ma. Il y a aussi Présence de Ma Anandamayi aux Deux Océans et Visage de ma Anandamayi au Cerf et récemment à Terre du ciel la traduction du Matri darshan de Bhaiji et Un Français dans l'Himalaya de Vijayananda présentant une vision authentique de la grande sage par des témoins très proches d'elle. A par ces deux ouvrages, les livres sur Ma sont souvent centrés sur ses paroles alors que la pédagogie d'un grand sage se manifeste plus clairement dans les anecdotes de ses relations avec ses disciples et visiteurs. Pour en savoir plus les lecteurs peuvent visiter le site que nous avons créé sur Ma http://www.anandamayi.org en français et en anglais, qui contient neuf livres complets, ainsi que des

26

 

extraits de cassettes audio et vidéo de Ma. On trouvera des liens également à d'autres sites sur des enseignement apparentés à celui de Ma.

   En anglais disponible facilement en Europe et aux Etats-Unis, signalons les deux livres d'Oxford, Anandamayi de Richard Lannoy, un grand livre de photos mais avec un texte aussi qui mérite d'être lu, et le livre tout recent Mother of Bliss de Lisa L Hallstrom dont nous parlons dans les nouvelles.

 

Un chant à Ma Ananandamayi

     Sarada Ma est française, elle a un ashram près d'Aix-en-Provence, et un autre à Laxman Jhula à Rishikesh. Elle a été ordonnée sannyas par un rite mixte hindou et chrétien avec Swami Shankarananda de la lignée du Kriya Yoga de Yogananda Paramahamsa et par un prêtre chrétien indien qui avait aussi pris le sannyas. Elle a été inspirée en cela par l'exemple de Swami Abhishiktananda (le Père Le Saux) qui portait la robe orange et avait organisé un rituel d'initiation monastique mixte pour son disciple Marc Chaduc en 1973 sur la plage du Gange à Rishikesh avec Swami Chidananda. Les paroles et la musique de ce chant lui était venu spontanément en fin avril 1983 au moment du premier anniversaire de Ma  après que celle-ci ait quitté son corps. Elle nous a fait entendre la mélodie elle-même en s'accompagnant de la guitare avec quelque qu'un qui jouait aussi de la tampoura un soir près du samadhi de Ma, et la musique et la voie était très inspirées. Ceux qui souhaiteraient l'écouter peuvent sans doute lui envoyer une cassette avec une enveloppe réponse et elle leur copiera

 

 

27

 

l'enregistrement du chant quand elle reviendra en France fin avril. (Kriya Yoga Ashram   Chemin des Pesses 13840 Rognes)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

28

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

29

 

Nouvelles

 

-         Swami Nirgunananda reviendra probablement en fin aoüt ou début septembre pour une retraite d'une semaine avec les Français. Claude Portal qui organise souhaite que les gens voudraient y participer se manifestent dès maintenant car il a besoin de connaïtre le nombre de participants pour pouvoir choisir un lieu ad hoc. 12 rue Lamartine 78100 St Germain en Laye Tel 01 34 51 74 41: Par ailleurs il y a un projet de retraite à l'ermitage de Dhaulchina à Pâques 2001 avec Nirgunanda assisté de Jacques Vigne. Léonard Appel et Initiations (92 Montagne Saint-Job 1180 Bruxelles) organiseront le transport à partir d'Europe.

-         Swami Chidananda a annoncé qu'il prenait sa retraite à partir d'avril 2000:

-         Il y a une nouvelle adresse pour la Maison Amrita en France: Ceux qui veulent connaître les activités de Ma Amritanandamyi doivent désormais contacter Mr et Mme Tailhardat, 32 rue du Moulin de la Pointe 75013 Paris Tél 01 45 80 39 42

-         Lisa L Hallstrom qui étudiait les religions à Harvard et maintenant les enseigne dans les universités américaines était venue il y a déjà plusieurs années en Inde, en particulier à Kankahl, faire une travail de recherche sur Ma Anandamayi et ses disciples. Elle a rencontré et s'est entretenue avec une quarantaine d'entre eux de par le pays et a finalement sorti un livre sur Ma chez Oxford: Mother of Bliss, London, New-York, 1999: Nous venons de l'avoir, nous en ferons une recension plus complète dans le prochain numéro.

30

 

-         La composition d'un livre de Vijayananda en anglais de presque trois cent pages, plus complet que Un Français dans l'Himalaya a été terminée en janvier à Kankhal. A l'époque où vous lirez ces lignes, il sera très probablement déjà en ligne dans le domaine de Ma   http://www.anandamayi.org

-         un article de Jacques Vigne intitulé Etre seul avec le seul- la vie d'ermite qui avait été demandé par Charles Abot, directeur de la Revue 3e Millénaire, a été publié dans leur numéro d'hiver; 54. Comme nous l'avons mentionné précédemment dans ce numéro, l'équipe de 3e Millénaire a fait aussi une présentation de Ma brève, mais réussie dans leur numéro 53 consacré aux femmes enseignantes spirituelles.

-         Pour la correspondance, Jacques Vigne sera à Kankhal (Ma Anandamayee Ashram 249408 Kanakhal Hardwar UP Inde) de fin avril à fin mai environ:

 

 

Abonnements

   Le renouvellement général de deux ans sera après le numéro d'automne. Les nouveaux venus qui voudraient cependant s'abonner maintenant peuvent le faire pour 11 numéros (jusqu'en fin 2002) en réglant 130 Frs à l'ordre de Jacques Vigne et en envoyant le chèque à Mme Vigne, 95 rue Jacues Dulud, 92200 Neuilly

 

 

 

 

 

 

31

 

Table des matières

 

Paroles de Ma                                                             p.1

Questions à Vijayananda                                            p.3

Elements de méditation Swami Nirgunanandanda     p.7

Quelques conseils pratiques de Ma                            

                                           par Atmananda                 p.15

Ma- la joie de la sagesse et la sagesse de la joie

                                           par J.Vigne                       p.22

Un chant à Ma   Saradama                                          p.26

Nouvelles                                                                    p.29

Abonnements                                                              p.29

 

 

 

Numéro 57 - été 2000

Paroles de Ma

Satsang signifie Dieu lui-même dans son être essentiel. Sa (Cela) veut dire l’Atma qui est éternellement et spontanément lumineux. Quand il y a un rassemblement de personnes dans la lumière de cette atma, c’est le satsang. Satsang, l’association à l’Etre, est la seule association et tout le reste n’est que non-satsang. Là où il n’y a pas d’Etre, sat, là est la destruction. Le seul devoir de l’humanité est de renoncer complètement à la destruction, de s’en détacher totalement (asang-nisang) et de diriger son regard vers cette Lumière essentielle. C’est pour cela qu’il faut chercher à être dans un satsang permanent.

Si l’on veut connaître son monde intérieur il ne suffit pas d’abandonner le monde extérieur, car l’image de celui-ci est comme gravée en nous. Ce monde, jagat, est une réflexion, une évocation de l’Eveil, jagrat. Ne vous laissez pas hypnotiser par des bonheurs, ananda, éphémères et prenez refuge auprès du Seigneur qui règne au-dedans de vous (antaryamin). (Amritavarta hindi, janvier 2000)

(Extraits de satsangs pendant des Samyam Saptas, Amritavarta, avril 2000):

Dieu vous a pourvu de mains pour adorer le Seigneur, d’une bouche pour louer le nom du Seigneur, d’yeux pour voir l’image de Seigneur, d’oreilles pour entendre les paroles du Seigneur, de pieds pour faire le parikrama (circambulation) du Seigneur. Maintenant, qu’attendez-vous de plus?

Celui qui est assis dans son coin (kona) a trouvé le trikona, les trois mondes la terre et les mondes supérieurs et inférieurs).

Quand on a demandé à Ma pourquoi tout le monde l’aime, Ma a répondu: il y a relation avec l’Atma, c’est pour cela que vous aimez ce corps. Ce corps restera où vous l’installez et de la façon dont vous l’avez installé et il mangera ce que vous lui servez. Pour ceux qui n’ont personne tout le monde fait partie de leur famille. Ce corps n’a rien qui lui soit propre.

Quand on demandait de nombreuses fois comment atteindre la réalisation, Ma disait répétitivement: Suivez les conseils de votre Guru. Si l’on n’a pas trouvé le Guru, il faut répéter le Nom qu’on préfère.

Le Japa est ce qui devient une partie intégrante de votre être, sans laquelle vous ne pouvez vivre.

Le réel pranava (le Om fondamental qui était là à la création du monde et qui continue de résonner pour ceux qui savent l’écouter) survient quand il ne reste plus de différence entre le masculin et le féminin, quand tout le monde devient un, quand tout les noeuds, granthis, sont ouverts. Quand on a obtenu cela le pranava réel se manifeste

Questions à Vijayananda

Q : Quand une relation gourou-disciple intense est établie, il semble bien qu’en pratique elle soit très personnelle. Pourquoi alors tant insister sur son aspect impersonnel? N’est-ce pas introduiire une différence entre la théorie et la pratique qui n’a pas lieu d’être?

V : Il n’y a qu’un seul Gourou, c’est le Divin suprême (c’est ce que Ma disait). Les gourous physiques, humains, ne sont que des conducteurs du Pouvoir suprême. Le Sadgourou, le Gourour parfait n’est une personne qu’en apparence parce que le pouvoir divin passe à travers lui sans obstrction. Il et un conducteur parfait. L’amour intense que le disciple a pour son gourou ne s’adresse pas à la personne, mais au pouvoir divin qui rayonnne à travers cette personne. Il est vrai qu’il arrive souvent en debut de sadhana que le disciple devienne intensément attaché à la personne physique du gourou. Cet attachement est comme un transfert affectif qui permet au sadhaka de se libérer des attachements mondains et quand il est arrivé à maturité il sera libéré aussi de l’attachement à la personne physique du gourou. Il ne faut pas oublier cependant qu’il n’y a pas de volition de la part du gourou physique. C’est toujours le Divin suprême qui crée les liens et les défait selon le degrè de maturité du sadhaka. Le Gourou physique se comporte selon l’inspiration qu’il reçoit du Suprême. C’est ce que Ma nommait son kheyal.

Q : Dans la Gita on dit que le Divin est au-delà du sat et de l’asat. Pourquoi ne pas dire simplement qu’il est l’Etre pur?

V : En termes de pensée occidentale cela veut dire que le Divin suprême est au-delà du Bien et du Mal [sat signifie être mais aussi ce qui est substantiel, c’est à dire finalement aussi le Bien] et peut jouer (et joue en effet) tous les jeux. Dire qu’il et le sat pur voudrait dire qu’il et seulement dans la pureté immaculée mais il est plus que cela. Il est ce qui donne l’éclat à cette pureté mais il est aussi ce qui permet à l’impureté de se manifester. Les nuages noirs ne sont visibles que parce que le soleil qu’ils essaient de masquer est derrière eux; mais le soleil reste toujours ce qu’il est et n’est pas affecté par la noirceur des nuages bien qu’il ne soit visible que grâce à lui.

Q : Quel est le rapport entre karma et libre-arbitre.? (Swamiji a déjà répondu à cette question auparavant, mais il souhaite redire les choses plus clairement)

V : Tout ce qui nous arrive est le résultat de notre propre karma; mais le karma que nous produisons n’est pas dû à l’acte lui-même,mais au bhava (attitude mentale) avec lequel l’acte est effectué. Et nous sommes libres en ce qui concerne ce bhava. Par exemple, une mère peut battre son enfant avec colère ou le punir par amour pour corriger sa faiblesse. Une fois que nous avons lancé le karma nous ne pouvons plus le stopper: C’est comme lorsque vous jetez une pierre. Vous êtes libres de jeter la pierre mais vous ne pouvez contrôler les vaguelettes qu’elle produit dans l’eau.

Q : (une jeune femme de Paris) Swamiji, êtes-vous heureux?

V : Pour répondre à cette question, il faut déjà s’entendre sur la définition du bonheur. On raconte peut-être dans le Talmud ou dans un autre texte du judaïsme qu’un jour des rabbins se sont réunis pour discuter de ce qu’était le bonheur. L’un était d’avis que le vrai bonheur était d’avoir une belle femme, d’autres participants émirent toutes sortes de critères, pour l’un d’entre eux le bonheur était par exemple d’avoir de beaux WC dans sa maison…Le bonheur vient de la satisfaction des désirs. En génénral, cette satisfaction est temporaire, d’où un bonheur éphémère. La seule satisfaction complètement stable est dans l’unité avec le Suprême. Dans mon cas, j’éprouve facilement un bonheur intense dans la méditation, mais dans la vie quotidienne il s’agit plutôt de ce qu’on nommme shanti, terme qui signifie plus que ‘paix’: c’est une sérénité, un calme intérieur accompagnée d’une maîtrise du mental.

Q : Une lectrice de Jay Ma qui a eu de nombreux rêves de Ma et s’efforce de suivre son enseignement depuis plusieurs années là où elle est dit qu’elle a cependant de nombreux doutes quant à savoir si ses idées et sa pratique de sadhana sont justes.

V : Ne suivre que ses intuitions dans le domaine spirituel peut-être très dangereux. On a besoin de beaucoup d’humilité; pour cela, il n’y a rien de meilleur que de se souvenir combien de fois noss intuitions nous ont trompés. Dans ces circonstances, que faire si l’on n’a pas de gourou? Se référer à chaque fois au dharma: est-ce que la décision que je souhaite prendre va dans le sens du dharma ou de l’adharma, et ce moment-là on choisit toujours le sens du dharma. Si on ne réussit pas à faire ce discernement, il est alors meilleur de demander conseil à quelqu’un de réellement avancé spirituellement.

Q : Peut-on vivre sans désirs?

V : Pour la plupart, les désirs, le rajas est nécessaire. C’est ce qui peut les sortir de la torpeur, du tamas. Tout dépend du niveau des gens. On ne peut pas vivre sans amour. L’amour mystique est le seul où l’on puisse obtenir la fusion totale. La fusion de l’amour physique ne dure pas. (A un vieil homme qui souffrait de glaucome) Pour vous, il vaut mieux vous concentrer sur le coeur que sur l’ajna; mais ce n’est qu’un stade, un marche-pied pour pouvoir ensuite visualiser l’énergie dans le coeur de tous les autres et puis après de tout l’univers. A ce moment-là, vous débouchez sur le Sans-forme.

Q : Est-ce que finalement tout n’est pas l’effet de la grâce?

V : Cela dépend de ce que vous mettez exactement sous le mot grâce. Quand vous appelez ce que vous considérez être le Dieu personnel, il y a un écho qui vous revient qui en fait n’est pas différent de vous-même mais qui est au-delà de votre ego.

Q : Des fois, je réussis à pacifier mes émotions pendant un peu de temps, mais ensuite cela reprend de plus belle!

V : Il ne suffit pas d’atteindre une sorte de ‘paix intellectuelle’; il faut donner à la base du mental ce qu’il aime, c’est à dire par exemple un rasa intense de joie, pour qu’il soit vraiment attiré et stabilisé. Quand on est dans les émotions on est emporté. Quand on les dépasse, l’accent passe sur la conscience pure accompgnée de joie.

Q : Mais la joie est aussi une émotion?

V : Non, dans ce cas-là les émotions sont changeantes mais la joie de la pure conscience est stable; ceci dit, il y a des jours où l’on n’a pas d’émotions à diriger vers le Divin, à ce moment là on peut pratiquer l’atma vichara, ce qui suis-je’ par exemple. Si cela ne vient pas non plus, il y a quelque chose que vous pouvez faire pour arrêter le mental au moins momentanément; c’est d’arrêter votre respiration poumons vides ou poumons pleins, comme vous sentez. Vous rassembler toute l’énergie dans le coeur et de rester comme cela le plus longtemps possible. On peut aussi faire ses pratiques de méditations habituelles avec des concentrations sur différents chakras, mais se les représenter dans une sorte de double de son corps à un ou deux mètres en avant de soi.

Q : Faut-il voir le monde comme une illusion ou comme une réalité, ou comme le corps de la Mère divine?

V : Ramakrishna avait un maître védantin qui s’appelait Totapuri. Celui-ci avait eu le nirvikalpa samadhi; Ramkrishna n’avait pu l’obtenir à cette époque, mais il voyait le jeu de la Mère divine dans le monde, qui était rejeté par TotoPuri comme illusion, maya. Chacun a enseigné à l’autre ce qui lui manquait. Ramakrishna avait pu faire le lien, la navette entre le samadhi et la samsara. Védanta signifie l’accomplissement des Védas. En Inde, c’est la métaphysique qui correspond à la culmination des trois premiers ashramas dans le quatrième, c’est à dire le sannyasa. C’est le résultat de toute une formation du comportement et de pratique de la bhakti pendant le stade d’étudiant, de maître de maison et de vanaprastha (en retraite dans la forêt). Le védanta ne consiste pas en des discussions interminables plus ou moins psychologiques comme on le croit en Occident. Les occidentaux n’aiment

9

pas trop l’idée ‘le monde n’est qu’un rêve’: Il faut comprendre qu’il ne s’agit que d’un stade, après on retrouve une réalité au monde mais avec un point de vue autre en ce sens qu’on n’y voit que la pure conscience. C’est ce que dit le zen : ‘au début les montagnes sont les montanges, ensuite elles ne le sont plus puis vient un stade où elles le sont de nouveau.’ Si on cherche à se concentrer directement sur la conscience pure, au bout d’un certain temps on s’endort. C’est pour cela qu’il faut un élément affectif, une joie, un amour dans la méditation.

Q : Il semble qu’il y ait beaucoup de ‘pensée positive’ dans le védanta. Ramana Maharshi par exemple conseillait souvent à ses disciples de lire la Ribhu Gita qui répète sans cesse ‘je suis le Soi, l’infini, le sans-limite’… Qu’en pensez-vous?

V : C’est pour les débutants. Pour ceux qui sont pous avancés, observer le mental sans le contrer est suffisant, c’est le meilleur moyen de le calmer.

Q : Que signifie ‘ouvrir les canaux d’énergie?’

V : Quand j’étais à Almora en 1954, j’ai travaillé pendant un an continûment sur l’ouverture des nadis. Grâce à cela, je savais que je pourrais obtenir une chasteté parfaite sans conflit intérieur ni répression et aussi une immunité contre les maladies. L’ouverture s’est faite en plusieurs phases. Un jour j’ai entendu Ma qui disait à sa mère en bengali : khuliatsé ce qui signifie ‘ça c’est ouvert’. J’avais ressenti quelque chose d’important. Cela sert de lire des livres comme le Yoga Tibétain d’Evans-Wentz: Cela donne une base intellectuelle et traditionnelle aux expériences qu’on peut avoir. Sinon on les interprète de façon personnelle et ça peut donner des résultats bizarres. L’intérêt des gurus qui enseignent des techniques de méditations très précises comme les tibétains, c’est que leurs disciples ont le sentiment de suivre un chemin fréquenté et sûr. Les nadis latéraux s’ouvrent sur les côtés du coeur. Il faut d’abord bien confirmer l’éveil de ceux-ci ensuite vient l’éveil du canal central qui correspond à un silence complet du mental. On parle aussi de l’éveil du Kurma nadi qui favorise une posture très ferme et bien redressée. De manière générale il faut repérer les pratiques qui mènent au silence du mental et les suivre à fond. Si l’on décide de faire descendre l’énergie jusqu’au muladhara, il faut déjà avoir une bonne purification mentale pour soutenir l’éveil sexuel que cela donne, et ce sans régression dasns la sadhana.

Il faut distinguer dans l’éveil des nadis s’il s’agit de la gauche ou de la droite. Leur rasas, goûts, saveurs sont différents. C’est une expérience psychophysiologique qu’on sent clairement et qui correspond aussi à un état mental. L’énergie peut également se bloquer dans l’ascension des nadis. Quand ceux-ci sont ouverts, il faut vivre en solitude. Les relations sexuelles sont impossibles.

Q : Dans ce cas-là, pourquoi le guru n’ouvre-t-il pas les nadis à un maximum de gens?

V : Il ne le fait pas, car s’il éveille l’énergie chez des disciples qui n’ont pas la pureté mentale nécessaire, elle va passer en direction des émotions perturbatrices.

Q : Est-ce que cette ouverture correspond à une pratique consciente ou est spontanée?

V : En fait, c’est une émotion intense qui pousse le prana dans les nadis. Cela peut être la colère, mais la meilleure émotion est un amour intense pour le Guru. Des Sadgurus comme Ma pouvait ‘ouvrir le tunnel’ comme un géant percerait une montagne d’un coup de pouce en disant aux ouvriers :’Terminez le petit travail par vous-même’. Quand on n’a pas l’ouverture des nadis, on n’est pas encore un vrai sadhaka. Au début, j’avais du mal à ouvrir les nadis quand les narines correspondantes étaient bouchées, après les deux phénomènes sont devenus indépendants. A un moment, je me suis mis à cesser de travailler les nadis pour faire du védanta, de l’observation pure du mental. C’était plus confortable, il y avait moins d’intensité émotionnelle; mais Ma me l’a reproché. Un jour, elle m’a dit en me regardant du coin de l’oeil en satsang :nadi khulne se kitna labh hê. ‘Dans l’ouverture des nadis il y a tant d’avantages’ J’ai donc repris la pratique d’ouverture des nadis. Tous ces phénomènes de nadi ne sont pas de la théorie, je les vois comme s’ils étaient en face de moi. Par leur ouverture, on peut expérimenter les rasas à volonté; mais il ne faut pas se perdre dans ceux-ci, ce serait un obstacle au samadhi que Patanjali appelle rasavada. Il faut expérimenter une première phase du retour sur soi qui revient de l’objet de sensation, par exemple du plaisir, jusqu’au plaisir lui-même qui reste une expérience locaalisée. Puis dans une seconde phase on revient à celui qui observe ce plaisir, et on arrive au niveau de la joie sans objet, à la subjectivité pure.

Q : Est-ce que le yogui visite les mondes subtils?

V : Il y a sept mondes supérieurs, parmi lesquels le Devaloka, le Brahmaloka, etc.. Cela est en lien avec la sadhana des sept chakras, à chaque niveau on a des visions, on se promène dans des plans subtils, enfin on s’amuse… Cependant, dans le Jnana, on ne tient pas compte de ces mondes subtils.

Q : L’ouverture des nadis est-elle nécessaire pour obtenir le samadhi?

V : Oui, le samadhi vient de l’union des deux courants d’énergie, posif et négatif. Lorsque ces deux énergie entrent en coalescence, il ya une félicité intense qui survient et c’est le samadhi.

A propos d’une photo de Ma où elle est jeune et elle a la tête penchée sur le côté, en extase :

V : Ce n’est pas un samadhi, c’est un bhav (un état intérieur spirituel passager et moins profond que le samadhi). Dans le samadhi, la colonne est droite, dans l’axe, cela facilite le passage de l’énergie jusqu’à l’ajna. Il y a perte de conscience du monde extérieur. En mettant la tête sur le côté, c’est à dire en s’appuyant sur une des deux nadis latérales, on évite cette perte de conscience et on reste au niveau du bhav.

Q : Est-ce que chez les Yoguis, il y a aussi des variations, des rythmes de l’énergie vitale?

V : Oui, cela m’arrive assez régulièrement. Il y a trois jours dans un pôle, négatif ou positif, et puis ensuite, assez rapidement, parfois en quelques minutes, ou en quelques heures, ça s’inverse. Ce qu’il y a d’intéressant à remarquer, c’est qu’il y a le plus souvent un catalyseur extérieur à ce changement : même en solitude, vous pouvez avoir une visite, ou un petit problème, etc… Si on n’est pas conscient de ce rythme, on projettera sur le catalyseur extérieur l’origine du changement d’humeur. Par contre, si on en est conscient, on se contentera d’observer ce phénomène de dvandva, de paires d’opposés qui fait partie des lois du corps, ou en Inde on dirait de notre prarabdha karma. En n’y réagissant pas, on ne crée pas de second karma venant compliquer le premier.

Q : Est-ce que vous pratiquez le mantra?

V : Quand je vaque à mes occupations quotidiennes, la cuisine, etc…je le récite pratiquement constamment. Mais lorsque je m’asseois pour méditer, je le laisse.

Q : Une visiteuse : Quand je vais chez quelqu’un et que je vois que les plantes sont mal soignées, c’est comme si je les entendais crier.

V : Moi-aussi, je ne cueille pas de fleur, même une feuille, car j’aurais le sentiment de créer une souffrance pour la plante. A Calcutta, vers le début de mon séjour en Inde, j’avais une relation spéciale avec un arbre de l’ashram. J’allais le caresser tous les jours. Il avait une branche desséchée. Un jour, j’ai eu l’idée de la caresser en disant intérieurement :’Si Dieu veut, des bourgeons vont venir sur cette branche aussi’. Le lendemain, ils sont venus. L’intéressant, c’est que quelques jours plus tard ils n’y étaient plus, quelqu’un avait sans doute dû les arracher. C’est comme si je ne devais pas pouvoir me vanter d’avoir fait un miracle.

Q : Le dépouillement aide –t-il à la sadhana?

V : Quand j’habitais à l’ashram de Bénarès, Arthur Koestler est venu me visiter. A l’époque, je n’avais pas de lit et il l’a mentionné dans son livre. En lisant ce livre par la suite, le manager de l’ashram, Panuda, a réalisé cela est est venu protester auprès de moi en me disant :’Pourquoi ne nous l’avez-vous pas dit plus tôt? Nous vous en aurions donné un!’ Et finalement il m’en a donné. Je ne suis pas du genre à demander. Ma elle-même vivait très simplement.

Q : Vous couchez-vous parfois pour cause de maladie?

V : Très rarement; pendant un demi-siècle ou plus je ne me suis jamais couché, il n’y a qu’en 1993 que j’ai dû être hospitalisé quinze jours pour dysenterie. En me couchant, je trouve que ce serait reconnaître ma défaite devant la maladie.

Q : Qu’est-ce que ça fait de vieillir?

V : C’est très bien; quand vous avez mis votre maison en ordre, vous retrouvez ce dont vous avez besoin tout de suite. Il en va de même avec votre mental quand vous avez travaillé sur vous-même. De plus, si vous avez été très intense dans votre sadhana, cette intensité même a pu être un obstacle. Avec l’âge elle diminue, et cela vous permet en fait de passer l’obstacle. Evidemment, je n’ai absolument pas peur de la mort. Cela m’aide aussi à profiter de mes vieux jours. Et puis, je peux communiquer avec de jolies jeunes femmes sans qu’il n’y ait aucune trace d’ambivalence… Je suis également dans le même état quand je médite et quand je suis avec les gens.

V : (Une disciple proche) Vijayananda, je voudrais que vous nous écriviez des maximes de sagesse.

Q : Un sage n’ira pas écrire des maximes de sagesse, cela ferait trop pédant. Ce qu’il y a de possible, c’est que ses disciples notent de ses paroles

Sauvée

Asha Saini

La veille du jour où je tape cet article, nous avons vu avec Vijayananda au satsang du soir à Kankhal le fils d’Asha Saini qui était présent à la maison le matin des évènements qui sont relatés ci-dessous. Il avait conseillé à sa mère de ne pas hésiter à prendre la route, qu’elle serait protégée, et effectivement elle l’a été.

Ce qui suit est le récit d’une expérience où j’ai frôlé la mort mais où j’ai été sauvée par la grâce de notre Ma.

Le 14 février 2000, je devais faire un court voyage en voiture en dehors de la ville. Après avoir fini ma sadhana du matin et avoir fait le pranam à Ma j’ai entendu une voix intérieure me donnant clairement l’instruction suivante: ‘Conduis prudemment aujourd’hui!’. Avec ces mots j’ai vu une image de la grande route que je devais emprunter ce jour-là. Je fermai la porte du temple et me rassurai en me disant que cette grande route n’avait pas beaucoup de circulation, qu’elle n’était guère dangereuse et que je ne devais pas me faire du souci sans raisons. (Inutile de dire que j’ai réalisé plus tard que cette ‘confiance’ n’était que l’oeuvre de mon égo qui essayait de se donner bonne contenance). Quand je quittais le temple j’entendis de nouveau la même voix répétant la même chose. Intriguée, je dis à mon mari que j’essaierai d’être prudente en chemin. Il regarda par la fenêtre avec moi et examina la condition de la route et l’enneigement: ‘Il n’y a presque pas de neige, dit-il, de toutes façons dans quelle direction te rends-tu?’ Je lui répondit que mon travail m’amènerait à prendre la N 19 à 25-30 km de Madison, dans le Wisconsin, où nous vivons. En réfléchissant là-dessus, il dit: ‘La N 19 n’a pas beaucoup de circulattion et de plus elle est d’habitude bien nettoyée par les chasse-neige en hiver.’ En entendant cela, j’ai été bien rassurée et j’ai pris la route quelque temps plus tard.

Tandis que je roulais sur la N 19, le message que j’avais entendu plus tôt dans la matinée me forçait à rester prudente en conduisant. Après avoir roulé dans un segment de la route limité à 100km/h, j’entrai dans une zone limitée à 70km/h. Parce que j’essayais d’être particulièrement prudente ce jour-là, j’ai réduit ma vitesse à 60 km/h. Mais tout d’un coup, sorti d’on ne sait où, je vis un énorme camion-remorque qui me coupait la route venant d’une route perpendiculaire à la mienne. A la place de laisser la priorité, il rentrait directement dans le traffic de la grande route, mon véhicule étant le premier à arriver sur lui. Comme le camion était très grand, il avait à négocier le tournant au plus large et coupait ainsi toute la nationale alors qu’il n’avait pas la priorité.

Maintenant, avec cet énorme poids-lourd tout d’un coup à une dizaine de mètres de moi et qui bloquait tout l’espace pour passer, j’étais obligée de me décider en une fraction de seconde. Comment me sauver? Cela semblait impossible. J’étais piégée sans aucun passage de quelque côté que ce soit. J’écrasai la pédale de freins. Le seul petit espace qui s’offrait à moi était à l’extrême gauche, dans la voie d’où sortait le poids-lourd. Je déviai vers ce côté de la nationale et mon car s’immobilisa dans un crissement de pneus à quelques centimètres seulement de l’arrière de l’énorme camion. Tout cela se déroula en quelques secondes. Comme le poids-lourd continuait, mon coeur battait la chamade et j’étais stupéfiée d’avoir échappé un collision directe sans la moindre égratignure.

Merveilleux! Qui sur terre peut faire ceci si ce n’est Elle? C’était pour moi un rappel vigoureux de sa présence immanente et de la vérité de sa parole:’Je suis toujours avec vous!’ C’était une expérience qui vous remet à votre vraie place et qui vous amène à vous exclamer avec humilité et gratitude:’Merci, Ma, pour garder un oeil protecteur sur vos enfants!’

 

 

Jay Ma

 

 

Numéro 58 - Automne 2000

 

Paroles de Ma

 

 

Devenez des buveurs de nectar, vous tous, buveurs du vin de l'immortalité. Cheminez sur la route de l'immortalité, où ni mort ni maladie n'existent.

Quand vous sentez le pouvoir en vous, quand une lumière neuve point à l'intérieur comme le soleil à l'aube, cela grandira en intensité dans la mesure où vous réussissez à le garder caché sous un calme et une tranquillité complète. Si la moindre ouverture apparaît, il y aura toujours le risque que cela se gaspille.

 

Les efforts soutenus s'achèvent dans le fait d'être sans effort -en d'autres termes, ce qu'on a atteint par une pratique constante est finalement transcendé, c'est alors que la spontanéité vient.

  • Nous écoutons tant de belles choses!
  • Ma:« Beau? Aussi longtemps que vous faites une distinction entre beau et laid, vous n'avez pas écouté».

Il est bon de tirer profit des bonnes activités (satkarma), celui qui doit agir, qu'il le fasse d'une façon pure (sattva guna). Si vous ëtes constamment pur et libre, la lumière constante, éternelle se manifestera d'elle-même. Si l'on fait quelque chose, un fruit en résulte: vous ne pouvez rester sans agir, donc fait de bonnes actions (sat-kriya). «Qui suis-je?» -ce travail divin qui ouvre la voie fera aussi s'ouvrir la voie de la lumière du Soi (svayam-prakash). Il faut tout prendre en compte pour se trouver soi-même. Pratiquez (kriya karo) pour vous trouver vous-même ainsi que pour trouver Dieu.

Dans ce monde d'imcomplétude, il n'y a rien qui resssemble à la paix complète.

Dans le monde, tout est le fruit de la force de la volonté (ou de la Volonté divine, iccha shakti)

Le premièr degré qui va vers la connaissance du Soi, c'est la pratique d'un état d'esprit (bhav) simple et pur.

 

Editorial

 

Après nous avoir mené jusqu'en l'an 2000, Jay Ma continue son chemin et nous conduit à l'orée du réel changement de millénaire maintenant que 2001 approche. Il ne s'est jamais mieux porté avec un tirage à plus de deux cent exemplaires et nombre de nouveaux lecteurs. Le lien entre l'Inde et la France à propos de Ma s'est aussi concrétisé par le venue de Swami Nirgunananda en juillet 99 et tout récemment en août 2000 pour une retraite en Bourgogne. Certains participants qui n'étaient pas habitués à de longues durées d'assise en posture se sont plaints des genous, mais ont été fort heureux de l'atmosphère de ces retraites et de cette possibilité d'établir un contact vivant avec la tradition de Ma. Ces retraites avec Nirgunananda auront lieu aussi en Inde à Patal Devi dans la première moitié d'avril avec Initiations, le groupe de Bruxelles et probablement mi-mai avec un autre groupe. Celui-ci aura d'abord été à l'anniversaire de Ma le 11 mai à Kankhal, puis partira pour le pélerinage de Kedarnath et la visite d'autres sanctuaires moins connus près de cette source du Gange.

Il y a eu un article de sept pages sur Ma Anandamayi dans la revue Yoga et Vie de Shri Mahesh (50 rue Vaneau 75007 Paris), avec une page finale sur le témoignage de deux élèves de Mahesh avec Vijayananda à Kankhal récemment.

Ces deux ans ont aussi vu en novembre 2000 le cinquantième anniversaire de la Samyam Saptah en présence des Swamis disciple de Ma et de Swami Chidananda, un bel exemple de fidélité à l'enseignement de Ma et à la pratique spirituelle en général.

Vous trouverez plus d'informations pratiques dans la rubrique Nouvelles à la fin de ce numéro, par exemple à propos du camp de Ma dans la prochaine grande Kumbha-Méla d'Allahabad pour ceux qui voudraient y participer en janvier 2001, ou pour ceux qui ne peuvent y aller mais qui veulent simplement rêver…Sur une feuille séparée, vous trouverez la feuille de réabonnement pour les deux ans à venir. Malgré la baisse du franc, les prix du Jay Ma ne changent pas. Nous vous serons reconnaissant de ne pas tarder à les renvoyer à l'adresse indiquée pour simplifier le travail des bénévoles qui gèrent les réabonnements.

 

 

Réponses de Vijayananda

Q : On parle maintenant souvent du védanta en Occident. Pensez-vous que le passage d’une culture à l’autre se fasse dans de bonnes conditions ?

V : Les deux piliers du védanta sont vairagya, le détachement et viveka, le discernement. S’il n’y a pas cela, c’est du védanta occidentalisé qui risque de se terminer dans les mots. Il ne suffit pas de lire Shankaracharya ou d’apprendre du sanskrit, il faut pratiquer. Après une période de début où l’on peut étudier toutes les voies, il est mieux

d’en choisir une et d’étudier les Ecritures sacrées de cette voie précisément. Par exemple le védanta est la culmination des Védas et des Upanishads et est lié au quatrième des ashrams (stades de la vie), qui est le sannyas. En sautant d’une voie, d’un guru à l’autre les occidentaux finissent par prendre des itinéraires qui paraissent bizarres et à s’imaginer qu’ils suivent des enseignements très élevés alors qu’ils n’ont pas de bases solides. Par exemple, les Juifs ont une tradition de sexualité sacralisée, mais il faut pratiquer cela avec toute la base de la Torah. De toutes façons je ne connais pas les détails, ce n’est pas ma ligne. On raconte qu’à la mort de sa femme le Baal Shem Tov a dit :’je pensais que si je mourais le premier je pourrais monter au ciel dans un char de feu’. Mais maintenant qu’elle est morte, j’ai perdu la moitié de mon pouvoir’. J’ai un ami qui avait acheté une vriae montre Rollex très coûteuse, mais comme il avait peur de se la faire voler, il a aussi acheté une Rollex d’imitation qu’il porte habituellement. En Occident, c’est comme cela. Les gens font une sadhana d’imitation car ils ne savent même pas les exigences de la vraie sadhana. En Inde aussi, il y a peu de vrais sadhakas, mais au moins les gens connaissent les exigences de la sadhana authentique. Les occidentaux souvent intellectuallisent de trop. C’est un grand obstacle, surtout quand on approche un sage. En face de lui ou d’elle, il faut savoir être comme un enfant. Si Saint François d’Assise est si populaire en Occident, je ne crois pas que ce soit seulement à cause de son amour ou de son contact étroit avec la nature, je pense que c’est surtout à cause de son humilité.

 

Q : A votre avis, pourquoi y a-t-il quatre fois plus de suicides en France qu’en Inde ?

V : Ce pourquoi les gens se suicident en Occident, c’est qu’ils ont exploré tous les désirs possibles, qu’ils voient que cela ne mène nulle part mais qu’ils n’ont rien à mettre à la place. Les gens qui savent se discipliner ont toujours de l’espoir et l’espoir fait vivre.

Q : L’Inde croit aux asuras, aux ‘démons’ qui peuvent cependant avoir de bons côtés comme les dieux ont leurs mauvais côtés, mais elle ne croit pas au ‘Prince des Ténèbres’, au Mal absolu comme le christianisme ou le judaïsme récent. Quel est l’avantage du point de vue indien ?

V : La croyance au Diable des premiers moines chrétiens par exemple est bonne pour les gens qui ont un tempérament agressif, cela leur donne un ennemi pour se battre. En fait, dans la Bible, le Diable n’est qu’un petit bonhomme, c’est Dieu qui a tout cré, le Bien et le Mal, le Diable n’est qu’un serviteur. Par contre, dans la Cabale, il devient si important qu’on n’ose même pas prononcer son nom de peur de l’invoquer. On l’appelle par les deux premières lettres de son nom, Samaël cad samachem. Ce nom signifie l’ange aveugle, et on le désigne par ‘l’autre côté’. Il y a sans doute une influence manichéenne sur le judaïsme tardif. Un jour, le Baal Shem Tov a prononcé le nom complet de Satan malgré l’interdit. Celui-ci est venu furieux, en protestant :’je n’ai été dérangé que deux fois par les appels des hommes, la première fois par Eve au Jardin d’Eden, et la seconde lors de la destructiondu Temple ; que me veux-tu ? A ce moment-là, le Diable se met à voir la lumière sur le front des disciples du Baal-Shem-Tov, et il en est tellement impressionné qu’il est bien obligé de remercier celui-ci de l’avoir fait venir.

Q : Une visiteuse occidentale qui était souvent à l’ashram de Ma entendait parler au satsang de la beauté de la veillée Pascale dans le

judaïsme et le christianisme. Elle demanda :’Est-ce que à cause de mon manque de formation religieuse de base je n’ai pas un grand handicap sur la voie spirituelle?’

V : Non. Religion signifie relier, unir, comme le mot Yoga. Vous suivez le Yoga, donc vous avez une religion. On peut aussi dire que vous avez la religion de Ma, puisque vous passez longtemps ici pour suivre son enseignement… Il n’y a pas besoin d’attendre la Réalisation pour être complètement indépendant du guru extérieur. Cela se fait quand il y a l’éveil du guru intérieur.

 

Lettres de Ma Anandamayi

à Bhramar Gosh

Traduit du bengali par Swami Nirgunananda

 

  

Bhramar Gosh a été en Angleterre pour faire ses études et enseignait l’anglais à l’Université. Elle était proche de Ma et avait une relation particulièrement intense avec elle, ainsi qu’il apparaît dans le texte suivant. Ma, au début, dictait ses lettres en style direct, c’est à dire qu’elle demandait à son secrétaire de signer Ma. C’était le cas dans ces lettres à Bhramar Gosh. La première remonte à octobre 1934 et fut dictée par Ma à Bhaiji. Swami Nirgunananda les a retrouvées par hasard en rangeant de vieux papiers à l’ashram d’Almora. Il les a traduites du bengali et y a ajouté quelques remarques. De cette façon, il continue le travail de secrétaire qu’il avait assuré auprès de Ma durant les trois dernières années de la vie de celle-ci. Il a essayé de rester proche du texte bengali et du style extrêmement simple de Ma quand elle exprimait les réalités spirituelles.

Pourquoi pensez-vous à mes allées et venues? Quand on vient, il faut aussi s’en aller. Je sais que je suis toujours avec vous. C’est parce que vous allez de ci de là que vous ne me voyez pas. Bien, maintenant, allez-vous vous asseoir (en méditation)?

Commentaire: dans cette lettre, Ma confirme ce qu’elle a souvent dit par la suite: «Ce corps ne fait pas d’allers et venues». Ici elle dit directement «je sais», donnant plus de force à son affirmation. Ma ne doit donc jamais nous manquer sous prétexte de son absence physique. «Aller de ci de là» concerne ici les fluctuations du mental de Bhramar et Ma insiste en douceur sur le fait qu’elle devrait s’asseoir. Elle insistait rarement de cette façon, ce qui montre qu’à cette période Ma pouvait être très personnelle.

2) A une date non précisée en 1934.

Didi a écrit cette lettre sous la dictée de Ma:

L’état de méditation vient de la repétition du Nom. (Bhramar demandait probablement quelle était l’importance respective de la répétition et de la méditation. Vous n’avez pas besoin de faire la distinction entre les deux. Essayez de chanter le Nom avec les lèvres et de le répéter dans le coeur. C’est alors que vous constaterez que l’état de méditation vient spontanément. (Bhrama demandait des informations à propos des rêves): certains rêves peuvent se réaliser en leur temps mais personne ne peut prédire quand. Souvenez-vous que je suis toujours avec vous, adhérez au Divin, passez votre vie dans la pureté, la joie (ananda) et l’enthousiasme (utsaha). C’est tout ce que j’ai à dire (kathâ) 

Cette lettre indique une relation personnelle avec Bhramar Gosh. Pour elle, Ma insite sur la répétition du Nom. Toute la méditation repose sur le principe de rendre le mental focalisé. Ma suggère que dans la sadhana il ne doit pas y avoir de doute sur la voie que l’on suit. Ici, la méditation elle-même vient comme résultat du chant du Nom, il n’y a donc pas lieu de les opposer.

3) 5-8-34

Bhramar venait d’installer un petit temple chez elle et souhaitait que Ma lui donne un nom; celle-ci lui répond:

Soyez une bonne pujari (prêtresse). Que vos actions et vos sentiments (bhâva) soient fondus et qu’ils vous aident à atteindre l'Ultime. Pourquoi donc ne pas appeler le temple Temple du Yoga? Ainsi, cela vous préparera à avoir le yogashram dans votre vie (ashram signifie non seulement le bâtiment mais aussi un stade de la vie: par exemple, la période de maître de maison s’appelle grihasta ashram. Pour distinguer les deux, les indologues français ont l’habitude d’ècrire ashrama dans ce cas). Gardez ce que vous ressentez à l’intérieur. Le fait de voir ne peut venir que de l’intérieur. On ne peut voir au dehors tant que cela ne vient pas de l’intérieur. Essayez de garder votre oeil intérieur ouvert.

Yoga signifie union avec l’Ultime. Ceci ne doit pas être limité à la période de rituel ou de méditation dans le temple (Yoga mandir) mais doit être étendu à toute la journée d’activité transformant ainsi le foyer en un ashram. De cette manière on peut être en constante communion avec Dieu.

5) 9-11-34 Dehra-Dun

from Ma to Bhramar Gosh

Ma

I received your letter. Rien n’arrive avant que le temps ne soit venu: par exemple, j’ai eu votre lettre il y a longtemps mais je ne répond qu’aujourd’hui. Vous êtes au courant, je ne fais rien de ma propre volonté. Bhaga jamon chalai, tamni chali : Je vais comme Dieu (Bhaga) me fait aller. Même si je veux vous voir, je ne peux m’en aller d’ici. Pourquoi cela? Soyez plus mure et vous le comprendrez bien. Je sais combien vous m’aimez et avec quelle anxiété vous attendez mes lettres; mais dites-moi, avez-vous le pouvoir de faire arriver les choses exactement comme vous le désirez? Gardez présent qu’il y a une force supérieure (mahashakti) au-delà de la force de volonté personnelle (iccha shakti). Tous sont sous son contrôle. De mon côté, je suis toujours présente avec mon visage tourné vers vous mais du vôtre vous voyez tant d’autres choses quand vous tentez de vous tourner vers moi! Ce que vous voyez avec constance, par une vision unique et avec un but unique, cela, vous l’obtiendrez. Ce n’est pas que vous le déniez réellement, mais parce que vous êtes bloquée par votre colère à mon égard, vous le déniez.

Toujours, vous me chercherez des complications mais j’aime ça car je vois bien que vous n’êtes pas autant attirée vers moi quand vous n’êtes pas en colère. Souvent mes yeux se ferment automatiquement pour voir votre état intérieur (bhava). Quand nous nous retrouverons, tout sera résolu. En vous disputant avec moi à distance, vous vous libérerez de tous les autres attachements. A ce moment-là, lorsque nous nous rencontrerons avec un attachement unique (c’est à dire avec une attention concentrée l’une sur l’autre), ce sera très doux (madhu, un adjectif évoquant à la fois la douceur du spirituel et celle du miel). Qu’en dites-vous? Peut-être êtes-vous en colère, mais je me sens pleine de joie (anand) car je n’obtiens pas de vous autant d’amour quand vous êtes heureuse que j’en reçois quand vous êtes en colère. Je vois que quand vous êtes en colère toutes vos paroles intérieures sont focalisées moi. Ecrivez-moi de très longues lettres et votre esprit s’allégera, comme s’il était dilué. Vous verrez alors à l’intérieur qu’il n’y a plus que moi et vous, et c’est ce que vous voulez…

L’effort, la patience et l’endurance sont au coeur de la sadhana. Munie de tout ceci, essayez de suivre le chemin qui mène au but – c’est cela que je souhaite. Sachez que la grâce de Dieu soutient chacun constamment de même qu’une mère tient son enfant sur les genoux.

Ma

5bis ) Le même jour

Bhaiji écrit pour compléter ce que Ma a dit:

Soeur,

Dans ma première lettre je vous ai fait savoir comment Ma vous aime beaucoup, se souvient beaucoup de vous et pense constamment à la façon dont vous pouvez rendre votre vie belle et dont vous pouvez devenir une personne idéale. Sachant cela, je sens que le droit que vous avez à son affection (lit. à ses pieds, les pieds du guru représentant sa présence toute entière dans la voie dévotionnelle) n’est pas inférieur à qui que ce soit d’autre. En répondant à vos lettres, j’ai écrit ce que Ma disait, parfois mot à mot. Ma a été très heureuse de recevoir votre dernière lettre. Elle m’a même demandé deux ou trois fois si ce n’était pas le moment de recevoir une lettre de vous. Vous êtes en colère contre Ma sans raison aucune et j’en suis attristé.. Elle dit :« Upasana (la pratique spirituelle) est seulement un jeu des sentiments de l’âme (bhava). Avant de contempler clairement la divinité (upasya) que vous adorez, il faut d’abord vous l’attacher avec le lien de la récitation du Nom. Soyez attentive à cela: quand vous faites votre upasana, que ce soit toujours avec joie et enthousiasme. Cette beauté, cette laideur que vous voyez, ces bonnes ou mauvaises odeurs que vous respirez, tout cela est une réflexion de votre mental…

6) 3-12-34

From Bhaiji to Bhramar

(Il y avait un projet de publier des conseils spirituels de Ma. Un fidèle nommé Pashupati devait s’en charger et il demandait sa permission.)

Ma a demandé qu’on inclue votre nom avec celui de Pashupati. Sa grâce n’a pas de limites. Elle vous a attirée d’une façon particulière. Ma souhaitait que vous offriez à ses pieds votre vie à tout jamais. Elle nous tire sans cesse à elle même si nous ne le voulons pas.

7) 6-12-34 Rishikesh

De Ma à Bhramar. L’écriture est celle de Bhaiji.

Très chère,

J’ai bien reçu votre lettre. Le retard que je mets pour y répondre vient du fait que j’étais à Hardwar. Vous êtes blessée à cause de l’écho de vos propres paroles. Qu’y puis-je? Vous dites vous-même, «je ne vais pas lui obéir!»; mais je sais bien que vous n’avancerez pas d’un seul pas sans que je vous le dise. Essayez de tout le temps faire ce qui est pour votre bien.

Veuillez faire enfiler les graines de rudraksha pour en faire un nouveau rosaire par quelqu’un. Il ne serait pas sanctifié sinon. Répétez aussi le Nom autant que vous le pouvez. En le répétant, l’esprit sera détourné des autres directions. Ne soyez pas désolée du fait que je n’ai pu venir. Vous êtes ma fille avec une maîtrise ès lettres…Vous comprendrez pourquoi je n’ai pu venir. Je pense beaucoup à vous, vous ne pouvez même pas imaginer combien. Est-ce que les enfants sont conscients que leur mère passe des nuits blanches (lit: n’a pas de sommeil dans les yeux) à cause d’eux? Je veux seulement le souvenir de Dieu en vous. Sans être concentrée, est il possible de devenir folle (pagal) pour le Un? Tâchez de demeurer dans la félicité avec le joie du Nom. Sans félicité le monde n’est pas complet.

8) 11-1-35

J’ai bien reçu votre lettre du 8 janvier. Je pense que vous m’avez mal comprise. C’est pourquoi, lorsque Kittish est venu de Calcutta, je lui ai demandé d’aller vous voir et de vous expliquer. Aujourd’hui, c’est le 27 du mois de Poush. C’est le jour même où il y a bien des annés vous êtes venue sous la protection de vos parents. Soyez dans la joie (anand), recevez de la joie et donnez de la joie à tous. Pour sûr, je vais venir visiter votre Yog mandir (le temple que Bhramar avait installé chez elle). Chaque chose doit venir en son temps. Cela, je vous l’ai déjà dit.

De mon côté, je n’ai pas de problème. Vos sentiments religieux me gardent en forme de toutes façons.

Ma

Dans les quatres lettres qui précèdent, nous avons la chance d’avoir une trace sous forme de coorrier de de la manière do’t Ma essaie de désamorcer une situation tendue psychologiquement et spirituellement avec une disciple proche. Bhramar avait une grande attente, elle pensait sans doute qu’elle allait faire de grands progrès en un rien de temps, mais il n’en a pas été ainsi. De plus, elle était possessive et jalouse d’autres fidèles qui pouvaient passer tout leur temps avec Ma. D’où son agressivité que nous pouvons déduire des réponses de Ma et des gens qui l’entouraient. D’où aussi la compassion de Ma qui avec une grande douceur essaie d’atténuer sa peine. Dans la lettre du 9-11-34, elle appelle Bhramar «Ma», ce qui ne l’empêche pas de s’adresser à elle comme ‘ma fille avec une maîtrise ès lettres un mois plus tard. Quelque temps auparavant, Bhaiji, probablement suivant les instructions de Ma, l’avait appelée Yogananda, ce qui allait dans le sens du nom Yoga mandir qu’elle avait suggéré pour son nouveau temple et avec ses conseils de vivre le yogashram, c’est à dire un stade de vie consacré au Yoga, dans sa maison elle-même.

9) 25-2-35 Rishikesh

from Bhaiji

Sister

Nous sommes heureux d’apprendre par votre lettre votre nomination comme professeur d’université et des félicitations que vous avez reçus de l’Université de Cambridge. Durant ce cycle où l’activité prédomine dans le monde, on doit progresser spirituellement grâce à elle seulement. C’est une chance pour votre chemin spirituel de devenir plus aisé et nous nous en réjouissons. Vous avez écrit à Ma: «vous êtes pleine d’égo». Une mère est fière de son enfant. Ce n’est pas logique de croire que votre colère va se calmer par le fait d’appeler Ma «pleine d’égo».

Vous écrivez :« Bhramar est morte» (more gache). En entendant cela, Ma a dit «Peut-être, ure gache, c’est à dire envolée!» (allusion à la signification du nom Bhramar, le bourdon, cet insecte qui s’éloigne de la ruche et finit par y revenir). Une fois que Bhramar a goûté le nectar du Dharma, où peut-elle aller? Et même si elle va ici ou là pour quelque temps, elle retournera à son rayon de miel, je n’ai aucun souci à ce propos.

Nous nous occupons de votre japamala (rosaire). Acceptez les bénédictions de Ma avec joie et révérence.Gardez toujours présentes à l’esprit les paroles suivantes (en anglais dans le texte):«L’amour de Dieu est toujours au-dessus de la réalité du moi; mais une fois que l’esprit arrive à être complètement vidé du moi, l’Amour dépourvu d’égoïsme, l’Amour éternel et suprême devient une présence intérieure stable.» Soyez quelqu’un de bien, de formidable et gardez la forme.

Dada

10) 3-3-35 Rishikesh

Postcard written by Bhaiji in the name of Ma

Affectueusement (la coutume bengali est de commencer les lettres souvent par des termes d’affection que généralement nous gardons pour la fin)

J’ai bien reçu vos lettres et je suis heureux d’apprendre que vous avez un nouvel emploi. Je vous ai déjà informée à propos du rosaire.

Dans toutes vos activités, tâchez de garder le souvenir de Dieu.

Ma

11) by Bhaiji

Yogananda

(Ma m’a demandé de vous appeler Yogananda car vous êtes Yogeshvari, la déesse du Yoga qui adorez Yogesvar, c’est à dire Shiva dans un temple du Yoga en tant que Yogananda, la félicité du Yoga). Je m’adresse donc à vous sous le nom de Yogananda en suivant les instructions de Ma et je prie pour que vous soyiez digne de notre vénération à cause de votre état intérieur (bhava) et de vos actions (karma)… Ma désirait savoir comment vous passez votre temps après avoir quitté votre emploi. Dites-nous tout ce que vous avez au fond de (lit: en réserve dans) votre coeur.

Dada

12) 4-5-35 Dehra-Dun

Affectueusement

J’ai reçu votre lettre. Le temple d’Uttar-Kashi n’est pas encore terminé. Il n’y a donc rien de décidé à propos de mes mouvements. Vous savez tous que je vais avec le présent. Est-ce que tout va bien dans vos activités?

Avec tous mes voeux de bonheur

Ma

(Ces deux dernières lignes correspondent en fait à «shubha-kankshini» Ma en bengali, ce qui est un nom de la déesse).

 

13) 5-6-35 Dhera-Dun

Affectueusement

J’ai bien reçu votre lettre. Il semble d’après elle que vous avez trouvé la paix. Je ne savais pas que vous ne viendriez pas sans invitation. C’est pour cela que je vous écris de venir avec les pèlerins d’Uttar-Kashi. Bien que j’aie le teint clair, sachez que le noir est la couleur qui m’orne. Soyez heureuse en priant constamment pour la grâce divine.

(Bhramar avait un teint de peau plutôt sombre et en faisait un complexe, c’est pour cela que Ma plaisante sur ce sujet)

14) 27-8-35 Bhagat (vallée de Kangra, en Himachal Pradesh, c’est à dire dans l’Himalaya au nord-ouest de Delhi)

Affectueusement

Votre lettre du 3 août est finalement arrivée ici après s’être promenée un peu partout. Il semble que lorsque vous écrivez Anandamayi dans l’adresse, la lettre s’en va ailleurs.

Je suis heureux d’apprendre qu’il y a eu des évènements extraordinaires dans votre Yog mandir. Il (Dieu) se révèlera en proportion de la profondeur de votre dévotion et de vos sentiments religieux (bhav). Le monde n’est que bhav, c’est le domaine du bhav. En fait, je voulais aussi vous demander si vous vouliez apprendre la manière traditionnelle de faire la puja ou si vous souhaitez continuer comme vous faites à présent? Est-ce que cela ne vous est jamais venu à l’esprit que votre puja n’est pas accomplie corrrectement? Tenez-moi au courant.

Quelque soit le bhav qui remonte, faites votre puja avec lui seulement. Tous (les dieux et les désses) sont uns. L’adoration de l’un est l’adoration de tous. Tant qu’il y a des samskaras variés (conditionnements anciens) qui reviennent dans votre mental, on prescrit diverses méthodes pour les neutraliser. Si vous souhaitez adorer Shiva d’une façon différente, faites-le mais ne touchez pas au shiva lingam, laissez-le tel quel. Quand les samskaras seront neutralisés, vous aurez des flashs du Un et vous comprendrez le Un…

Votre Mère 

15) 29-12-35 Tarapeeth (un centre de pèlerinage à Tara à 200 km au nord de Calcutta o ù Bholanath, le mari de Ma, a fait des pratiques intensives)

Ma tante bien-aimée,

(lit: «boro Ma», cad la soeur aînée du père, celle qui occupe une des positions d’autorité les plus élevées dans le syte de famille élargie)…ce soir, je vais devoir dormir sans ma tante…

Votre fille de deux mois et demi.

Ici, Ma se présente presque comme un enfant nouveau-né et Bhramar Ghosh devient quasiment sa mère. A partir de ce moment-là, Ma s’adresse toujours à elle sous le nom de «boro Ma» et se dénomme elle-même sa petite fille. La relation est inversée. Cela est peut-être dû au fait que Bhramar avait accusé Ma d’avoir un gros égo dans une lettre récente…

16) durant janvier 1936 à Tarapith

Ecrit par Didi sous la dictée de Ma

Ma tante bien-aimée,

Je vais fort bien mais vous comprendrez que ma tante me manque. Je viens de recevoir votre lettre et je ris beaucoup, j’ai ri toute seule. Parce que vous êtes ma tante, je peux bien comprendre la signification de votre lettre. Vous avez tellement d’énergie (shakti) que vous pouvez donner aux autres plusieurs années de votre existence et quand même vous frayer un chemin vers la libération. Je veux que votre shakti se manifeste (lit: vienne à la lumière, prakash). Que vous me donniez de l’affection ou non, que vous me compreniez ou non, j’ai la part qui me revient…

Mère, souvenez-vous toujours de ceci: ce n’est que quand les plaisirs extérieurs sont détruits que l’on peut obtenir la félicité permanente. Ce qui doit être brûlé est brûlé, ce qui est permanent ne peut être brûlé.

Votre petite fille.

 

17) 1-1-36 Tarapith

Didi de la part de Ma

Chère tante,

Je vous écrirai seulement quand j’aurai reçu la réponse de toutes mes lettres précédentes. En vérité, il est nécesssaire de s’attacher à un lien pur pour se libérer des autres liens. Faites de votre mieux pour vous en souvenir et faire effort en ce sens.

Votre petite fille

18) 2-1-36

Didi de la part de Ma

Chère tante,

Tâchez de tout le temps vous souvenir de la nécessité d’un esprit conscient. Est-ce que vos pratiques spirituelles se passent bien?

Votre petite fille.

19) 3-1-36

Didi de la part de Ma

Chère tante,

Sachez que j’attends l’heure de vos pratiques spirituelles quotidiennes. Je les observe.

Votre petite fille.

  

 

Ananda

par Monique Manfrini

traduit de l'anglais

O Rishis, vous qui voyez, aidez-nous à atteindre le samadhi!

Mon coeur est découragé aujourd'hui,

Il aspire à une naissance neuve

Loin de ce monde

De chagrins et de douleur.

J'aimerai aller au-delà

De mon corps, être une âme pure,

Libre d'un poids de chair

Et d'os. Mais le temps n'est pas encore venu!

O dieu, puissions-nous te connaître

Toujours généreux et aimant

Envers nos coeurs souffrants.

Puissions-nous nous approcher

De ton Mystère, au-delà

Des barrières de la vie et de la mort.

Etre séparé de toi

Est notre châtiment le plus douloureux

Puisque nous aspirons à l'Unité, il n'est jamais trop tard…

Envoie-nous le baume

Qui guérira nos blessures!

Jusqu'à ce que nous parvenions à nous unir à toi, pour de bon,

Quand cette vie se retirera de nous,

Qui alors la pleurera?

Qui en fera le deuil?

 

Notre pérégrination sur cette terre

Est éphémère et pleine

De souffrances…O Rishis,

Nous n'avons pas besoin de connaissance

Afin d'accomplir notre but.

Une fois que l'être humain a découvert

Le sens réel de notre passage

Ici et notre destination future…

C'est alors que la Paix, l'Harmonie, le Bonheur

S'écoulera dans nos coeurs comblés.

Ils ne rechercheront plus des réponses

Des apparences trompeuses mais reposeront

En quiétude, pleins de sagesse

Dans leurs propres profondeurs.

08-10-1999

             Monique Manfrini

40 Chemin de Cézanne

n° 23 La Campagne Bleue

1306 Marseille

  

 

Le Maître

par Silviane Le Menn

Ce poème a été publié au sein d'un recueil Dans le droit fil de l'âme écrit par Mme Le Menn à la suite de la mort de sa fille unique âgée de vingt ans et atteinte de cancer.Par le fait de revivre sur le mode poétique et spirituel les souvenirs de son enfant et des évènements qui ont accompagné sa fin, elle a pu dépasser sa souffrance et atteindre la sérénité.

 

Le maître n'est rien

Il est tout dans l'un

et un dans le tout

 

Il est la balle de ping-pong

qui renvoie sans cesse

l'être à sa propre image

 

Ouvert ou fermé

il cultive la rose

Humain et divin

d'un pôle à l'autre

il suit l'éternel rythme

du flux et du reflux

 

Point d'interrogation vivant

il est

Les pieds dans la terre

et la tête dans les étoiles

Il est planté droit

à l'intersection de lui même

à la verticale de son horizontale

dans l'axe de sa transparence

à la croisée du coeur avec le Coeur

 

Le maître n'est rien

et pourtant il est tout

Compris et incompris

Il est danger et sécurité

 

 

Il va d'un extrême à l'autre

Il fait tout et son contraire

et trouve ainsi le Centre

La Voie du milieu

 

 Silviane Le Menn

29150 Dinéol

 

Le concept d' ananda

par G.Gispert-Sauch, SJ

 

Ananda, la félicité, a été le sujet d'un doctorat en théologie que le Père Gispert-Sauch, un jésuite espagnol vivant depuis longtemps en Inde a effectué durant ses années d'étudiant à Paris sous la direction du Cardinal Jean Daniélou et du Pr Olivier Lacombe. Il s'est centré sur le sens d'ananda dans les Upanishads (Bliss in the Upanishads- An analytical study of the origin and growth of the Vedic concept of Ananda, Oriental Publishers, Delhi, 1977). Après, la notion a été développée par le tantrisme qui donne des moyens pratiques d'atteindre ananda, par la bhakti qui associe cette notion avec l'union au dieu personnel et par le védanta pour lequel l'Absolu est, on le sait, être-conscience-félicité, sat-chit-ananda. Dans ce premier article, nous allons nous contenter de préciser l'origine et le sens du mot ananda

Contrairement au deux premiers éléments de la formule satchidânanda, le dernier élément n'est pas d'une base simple. Il est lui même un mot composé dérivé de la racine nand et du préfixe â. Le préfixe sanskrit â est très souvent ajouté aux vocables de mouvement et suggère un déplacement horizontal, quai-mécanique et spontané; en général, c'est un mouvement vers l'avant mais il peut aussi parfois suggérer un recul (cf gam, aller, âgama, venue). Dans ce sens, on peut souvent traduire le préfixe par vers et il se rapproche du latin ad ou in avec l'accusatif. La particule peut aussi avoir une connotation plus statique de l'endroit vers où le mouvement a eu lieu et dans lequel il demeure à présent. (cf shrama, travail et â-shrama, âshram, dhâra, base et â-dhara, support). En combinaison avec nand, il semble suggérer un aspect dynamique de l'intériorisation et de la concentration (cf â-kunchahana, contraction, praty-â-hâra, réabsorption) et peut-être même d'envahissement intérieur complet (cf â-kasha, espace).

Contrairement à sat, qui est le participe présent indo-européen du verbe être, et chit qui a aussi probablement des connections indo-européennnes, le mot ânanda ne semble relié à aucun mot indo-européen connu…Certains pensent cependant qu'il pourrait être rapporté à la racine nad, résonner. Cependant, Jean Gonda penche plutôt pour un sens premier du genre se sentir rafraîchi, renforcé, tout particulièrement par des bénédictions ou par des louanges. Il n'approuve pas le point de vue de Deussen que le plaisir sexuel est le sens original d'ânanda. Il penche plutôt pour une racine du Tamil nantu signifiant prospérer, fleurir, être luxuriant, orgueilleux, être resplendissant de gloire et d'éclat. Il faut savoir que le lien entre la culture dravidienne du sud (Tamil-Nadu, etc…) et la civilisation d'Harappa et de Mohenjo-Daro est probable. La fusion entre cette culture et l'apport indo-européen a été sans doute précoce. La Taittirîya Upanishad -où l'on parle d'ânanda beaucoup plus que dans les autre Upanishads- est particulièrement reliée au sud de l'Inde.

à suivre

 

Un jour

dans les ashrams de Ma

 

Emploi du temps

                                                   bhajans, stotras et mantras

 

Ce texte est un extrait d’un livret qui couvre la journée quotidienne avec ses prières, chants et mantras dans les ashrams de Ma. Les chants et mantras

du soir ont déjà été publiés il y a plusieurs années dans un autre livret.

 

Kirtans du matin

 

Lever:

une heure et demi avant le lever du soleil

Méditation sur Ma

 

(Note sur la translitération à partir du sanskrit: pour simplifier, les consonnes rétroflexes

d'habitude marquées par un point souscrit seront rendues par une italique. Les voyelles longues seront signalées par un accent circonflexe. Le cha se prononce tcha, le a bref est intermédiaire entre le a et le o ouvert, le â long est comme le a français)

 

Om dhrita-sahaja-samadhim vibhrantîm hemakântim

Nayana-sara-sijâbhyâm snehâ-râshîn kirantîm

Om (O Ma), tu as un visage rayonnant comme l'or et vous restez simplement en samadhi spontané (le sahaja-samadhi est considéré comme le plus haut niveau du védanta, où le sage peut garder la haute conscience du nirvikalpa samadhi -enstase non-duelle complète- tout en gardant le contact avec le monde.)

A travers tes yeux de lotus tu répands l'affection et le bonheur.

Manasî kalita-bhaktim bhaktam-ânanda-yatîm

Smita-jita-sharad-imdum mâtaram dhîmahîha

Nous méditons sur toi, qui donne la pleine dévotion ainsi que la félicité dans le coeur de ton fidèle; ton sourire rafraîchis (le feu de nos épreuves) comme une lune d'auto

Tapana-shakal-kalpam kalpa-vriksh-opamânam

Sharana-gata-janânâm târakam klésha-pâshât

En tout temps, tu es l'arbre à souhaits qui éloigne les brûlures de la souffrance

Tu libére de la servitude ceux qui prennent refuge en toi

Hridaya-kamala-madhye sthâpayitv-eha mâtuh

Vihita-vividha-kalpam pâda-pîtam bhajâmah

O Ma, te voici installée ici, au beau milieu du lotus de notre coeur

Nous te chantons et nous nous inclinons à tes pieds que ce soit en suivant un rituel traditionnel, ou sans s'en occuper. (pîtam signifie un lieu sacré spécialement destiné à la déesse, pâda-pîtam désigne donc les pieds de la déesse en tant qu'objet de culte, comme c'est la tradition dans l'hindouisme)

 

Bhajan

a) Bhajo Mâ Anandamayî, japo Mâ Anandamayi, gâho Mâ Anandamayi nâm ré.

Bhajo Mâ, japo Mâ, gâho Mâ, balo Mâ, dâko Mâ, Mâ, Mâ…

Chante Ma Anandamayi, récite Ma Anadamayi, répète le nom de Ma Anandamayi.

Chante Ma, récite Ma, répète Ma, dis Ma, appelle Ma, Ma, Ma, Ma…

b) shri guru sharanam namo namah…cf evening bhajans.

Hymne au Guru

(en vieil hindi)

1. bhavasâgara-târana-kârana he

ravi-nandana-bhandana-khandana he

sharana-gat-kinkar-bhîta-mane

gurudev dayâ karo dîna jane

Tu es la cause d'une traversée sans encombres de l'océan de ce monde

Tu libères des chaînes du fils du Soleil (Yâma, le dieu de la mort)

Tes fidèles pleins de peurs viennent prendre refuge en toi

O Gurudev, fais preuve de compassion envers ceux qui sont humbles.

24

 

2. hridi-kandara-tâmasa-bhâskara he

tumi vishnu prajâpati shankara he

parabrahma parâtpara veda bhane

gurudev dayâ karo dîna jane

Tu es le soleil qui illumine les ténèbres de la grotte (du coeur)

Tu es Vishnou, Prajapati (Brahman, lit. le maître du peuple) et Shankar (lit. celui qui fait la paix, Shiva)

Tu es ce Brahman suprême, cet au-delà de l'au-delà qu'évoquent les védas.

O Gurudev, fais preuve de compassion envers ceux qui sont humbles.

 

3. Mana-varâna-shâshana-ankush he

Naratrâna tare hari châkshusha he

Gun-gan-parayan devagane

Gurudev dayâ karo dîna jane

Tu es le frein qui contrôle et stoppe le mental

Tu es la vision du Seigneur au delà de la trinité

(Il y a deux aspects différents de Vishnou, l'inférieur correspond à sa fonctin de conservation du monde uniquement à l'intérieur de la trinité qu'il forme avec Brahman et Shiva, l'autre aspect, suprême, correspond au Dieu unique et universel)

Tu es présent tout au long du culte rendu aux dieux

O Gurudev, fais preuve de compassion envers ceux qui sont humbles

4. Kulakundalinî-ghuma-bhanjaka he

Hridi-granthi-vidârana-kâraka he

Mama mânasa chanchal râtri-dine

Gurudev dayâ karo dîna jane

Tu secoues le de la kundalini lovée (comme un serpent à la base du corps)

Tu es la cause de la percée du noeud du coeur (permettant à l'énergie de monter dans les chakras supérieurs)

De jour comme de nuit, je suis dans l'agitation mentale.

O Gurudev, fais preuve de compassion envers ceux qui sont humbles. 

5. Ripû-sûdana mangala-nayaka he

Sukha-shânti-varâbhaya-dâyak he

Trayatâpa hare tava nâma-gâne

Gurudev dayâ karo dîna jane

Tu élimines les brigands, tu fais venir les bénédictions.

Tu répands sur nous la joie, la paix, les grâces et la non peur.

Les trois sortes d'épreuves sont écartées par le chant de ton nom.

O Gurudev, fais preuve de compassion envers ceux qui sont humbles.

(les trois sortes de souffrances sont adhyatmik, spirituelle, adhibhautik, naturelles (calamités etc) et adhidaihik, physiques(maladies…)

6. abhimân-prabhâv-vinâshak he

gati-hîna jane tumi rakshaka he

chita shankita vanjita bhakti ghane

gurudev dayâ karo dîna jane

Tu contrecarres l'influence de l'orgueil

Tu nous empêche de suivre le mauvais chemin

Tes fidèles ont leur esprit plein de craintes et de frustrations

O Gurudev, fais preuve de compassion envers ceux qui sont humbles.

7. tava nâm sadâ shubha sâdhaka he

patitâ-dhama mânav-pâvaka he

mahimâ tava gochar shuddha mane

gurudev dayâ karo dîna jane

Ton nom assure des bénédictions à tout jamais

Tu es le rédempteur de l'être humain quand il a misérablement chuté

Ta louange bourdonne dans un mental purifié

O Gurudev, fais preuve de compassion envers ceux qui sont humbles.

8. jaya sadguru ishwara prâpaka he

bhava-roga-vikâra-vinâshaka he

mana jaino rahe tav shrî-charane

gurudev dayâ karo dîna ja 

Victoire à toi, Sadguru; tu nous mènes à Dieu

Tu détruis les perversions provoquées par la maladie (de l'attachement) au monde

Que notre mental et notre corps demeure à tes pieds

O Gurudev, fais preuve de compassion envers ceux qui sont humbles.

Haribol, haribol : dis (le nom de) Dieu

* * *

 

Nouvelles

 

  • Nous avons déjà donné certaines nouvelles dans l'éditorial en début de numéro.Pour ceux qui voudraient réserver une place dans le camp de Ma durant la Kumbha-Mela, il y a deux possibilités: soit des tentes familiales avec cinq lits de camp, soit le dortoir sur de la paille couverte d'un tapis dans de grandes tentes de dix ou vingt personnes. J'ai essayé cette dernière formule lors de la dernière grande Kumbha-Méla à Allahabad il y a douze ans, et je dois dire qu'elle est confortable…Le premier grand bain de la Méla aura lieu pour Makar Sankranti, c'est à dire le 14 janvier. Le pèlerinage continuera pendant un mois environ. Pour les renseignements pratiques et inscriptions, écrire à

Panuda, Shree Shree Ma Anandmayee Ashram, Bhadaini, Varanasi, 221001, UP (Tél 00 91 542 31 00 54 ou 31 17 94 en dehors des heures de bureau).

  • Jacques Vigne fait parvenir à celui-ci au nom de Jay Ma la somme de 20000 Rps qui correspond au bénéfice fait, malgré les 10% de revues que nous envoyons gratuitement aux bibliothèques d’ashrams, ermites, chômeurs, etc…En effet, Panuda gère l'Amrita Varta qui est publié en quatre langues, bengali, hindi, gujarati et anglais à partir de Bénarès. Cela représente un investissement d'énergie et de finance important, aussi il mérite d'être aidé par les lecteurs français de Jay Ma.
  • Cet automne à Bénarès sera publié le Journal d'Atmananda. Elle l'avait confié il y a peut être dix-huit ans à Ram Alexander et il trouve finalement le chemin de l'édition chez Alvaro Enterria à Indica Books, D 40/18 Godowlia Varanasi 221001 Fax 00 91 542 32 16 40. Alvaro a aussi publié l'an dernier le très beau livre de Richard Lannoy sur Bénarès, avec nombre de photos de Ma, prises dans les années 50.
  • Jacques Vigne doit partir en novembre en dehors d'Inde pour un renouvellement de visa, il sera de retour au Ma Anandamayee Ashram, Kankhal, 249408, Hardwar avant Noël, accompagnera un voyage dans le sud de l'Inde les trois dernières semaines de janvier, puis sera au Ma Anandamayi Ashram, Dhaulchina, 263881, Almora, UP en février, mars. Il aidera Swami Nirgunananda à accueillir un groupe d'Initiations de Bruxelles pour une retaite de quinze jours début avril à Almora, et probablement de nouveau un autre groupe à Dhaulchina courant mai, après l’anniversaire de Ma à Kankhal.
  • Le site de Ma se développe www.anandamayi.org Pour accéder à la partie française, il faut choisir la colonne de droite au départ, correspondant à une présentation de la page web avec une technique plus avancée. On y trouvera aussi la partie espagnole. Gitanjali Dhingra a traduit Words of Ma Anandamayi dans cette langue, et Jacques Vigne doit le taper prochainement sur ordinateur pour pouvoir le mettre sur le site. Il y a aussi depuis peu une partie italienne.
  • Swami Nirgunanda a retrouvé dans la bibliothèque d'Almora le premier livre collectif de témoignages sur Ma Anandamayi datant de 1946. Il s'appelle tout simplement Anandamayi, et a été publié à Calcutta. Tout le monde semblait l'avoir oublié. La concordance des témoignages sur Ma par des auteurs différents est frappante. Nous mettrons quelques extraits dans les numéros suivants de Jay Ma. On y trouve, entre autres, un témoignage intéressant de Barindra Kumar Ghose, le frère de Shri Aurobindo.
  • Comme ce numéro est quelque peu spécial puisqu'il marque un renouvellement après un cycle de deux ans, les photos dont vous avez un exemplaire sur le présent numéro ont été déposées contre le samadhi de Ma pendant la pûjâ. Je sais que nombre d'entre vous peuvent être sensibles à ce genre de geste. 

 

 

Table des matières

Paroles de Ma

Editorial

Réponses de Vijayananda

Lettres de Ma à Bhramar Gosh

Ananda, poème par Monique Manfrini

Le Maître, poème par Siviane Le Menn

Le concept d'ananda par G. Gispert-Sauch, SJ

Nouvelles

Table des matières

 

RENOUVELLEMENT GENERAL DES ABONNEMENTS

 

 

100 Frs pour deux ans, c’est à dire jusqu’en fin 2000, pour huit numéros, par chèque à l’ordre de Jacques Vigne à adresser à:

José et Nadine Sanchez-Laudebat

210 rue Galliéni

92100 Boulogne

01 41 31 28 00

NOM

Prénom

Adresse

Je souhaite abonner un(e) ami(e)

NOM

Prénom

Adresse

Certains ont déjà réglé leur abonnement d’avance, ils peuvent donc ignorer cet avis. Pour ceux qui souhaitent correspondre à propos du contenu du Jay Ma, proposer des articles ou annoncer un changement d’adresse, il est mieux d’écrire à Jacques Vigne Shree Shree Ma Anandamayi Ashram, Kankhal, 249408 Hardwar UP

Pour avoir des numéros anciens ou réclamer un numéro qu’on n’aurait pas reçu, écrivez à José et Nadine. Que ceux qui souhaitent se réabonner le fassent sans trop tarder pour éviter de compliquer la tâche des bénévoles qui s’occupent du Jay Ma.

 

 

 

 

Numéro 59 - hiver 2000-2001

Paroles de Ma

 

Avec Gopi Babou durant le satsang on se mit à refléchir sur ce qu'était ces «intuitions» de Ma qu'on appelle khyal. Amulya Babou (Amulya Kumar Datta Gupta, auteur d'un des meilleurs recueils de satsang avec Ma, In Association with Ma Anandamayi) intervint: «De même qu'un petit enfant en jouant pendant un certain temps finit par tout d'un coup sauter, de même, bien que sans raison apparente, Ma agit ainsi dans un élan d'expansion (sphuran, une notion centrale par exemple dans le Shivaïsme du Cachemire) indomptable.» Y a-t-il dans l'Atma suprême une telle expansion qui voit le jour sous forme de khyal? En réponse à cette question, Gopi Babou dit : «On ne peut lui l'expliquer par une quelconque raison.» Ma ne s'exprima pas sur ce sujet dans cette séance de satsang mais reprit la question plus tard : «Qu'y a-t-il au-dessus du khyal? C'est le Brahman Un qui n'a pas de second. Il est au delà des actions et des excercices spirituels (kriyâtît), où donc se pose la questin de khyal et de non-khyal? Tout est là lorsqu' il y a un état d'acceptation de ce qui est. Pour parler à votre niveau, on pourrait dire que là où il y a action et monde, il y a khyal(Amrita Varta Janvier 2000, propos recueillis par Chitra Ghosh).

Ma était en train de partir de Nainital, les visiteurs lui dirent: «Quand vous allez partir, nous nous sentirons très seuls; comment faire face à cela?»

Ma : Jamais je ne m'en vais. Pourquoi voulez-vous me repousser? Je suis toujours avec vous

- Alors, vous demeurez dans nos coeurs?

- Dans vos coeurs? Pourquoi voulez-vous me confiner en un lieu particulier? C'est le sang de votre sang et l'os de vos os que je suis. C'est la vérité.Je ne dis pas de mensonges. (Death must die. Journal d'Atmananda, 28 juin 1954, édition complète en anglais qui vient de paraître, cf nouvelles à la fin)

Q : Est-ce que la liberté est une illusion?

Ma : Non, l'homme est libre

Q : Mais l'homme est un individu, un ego, et l'ego est une illusion, comment peut-il donc être libre?

Ma : Oui, l'homme extérieur qui est identifié avec l'égo n'est pas libre, mais en réalité l'homme est libre, l'ati-manush [l'homme véritable, au-delà du commun] est libre.

 

 

Réponses de Vijayananda

 

Q : En cette période où nous rentrons réellement dans le troisième millénaire, on est porté à méditer sur la nature du temps. Est-il un absolu, ou une construction du mental?

V : Le temps présuppose un mouvement. Le mouvement des aiguilles de la montre nous donne la notion de l'heure. Le mouvement de soleil (en fait la rotation de la terre) nous donne celle du jour et de l'année. La modification de notre corps nous fait dire que nous avons vieilli. Cette croyance dans l'idée de temps fait partie des vérités empiriques qui sont vraies au moment où nous les vivons parce que le Soi suprême qui réside en chacun de nous leur donne le cachet de la vérité temporaire. Mais ce «Soi» est immuable, touours le même, et de Son point de vue le temps est un concept illusoire, un jeu du mental. Nous pouvons reprendre l'exemple que donnait Ramana Maharshi, celui du cinéma: le Soi est l'écran inchangeable et le jeu du mental, les images qui apparaissent sur cet écran.. On ne peut pas dire que le temps soit une «construction du mental», c'est une illusion qui confond le changeant avec l'immobile. «La corde est prise pour un serpent» (comme on dit dans le védanta).

Q : Est-ce qu'il y a une différence dans la présence de Mâ avant qu'elle n'ait quitté son corps et maintenant?

V : Quand Mâ était présente dans son corps physique, elle n'était pas identifiée à ce corps mais au Divin suprême. Le corps physique servait de canal, d'intermédiare avec le Divin; maintenant que que ce corps a disparu de notre présence, le Divin suprême, c'est-à-dire la vraie Mâ, omniprésente, est toujours la même. Mais de notre point de vue le contact est plus difficile car il faut que nous soyons réceptifs et lancer un appel.

Quand Mâ était physiquement présente, elle pouvait faire un acte positif pour réveiller et attirer vers elle même les indifférents; mais je crois que cela a dû aussi se produire pour certaines personnes par l'intermédiaire d'une photo de Mâ, d'une lecture, par les vibrations du Samadhi (tombe), et aussi par le contact avec les disciples qui ont été proches de Mâ.

(Question d'une nouvelle correspondante de Vienne en Autriche): Quelle était l'attitude de Mâ envers les harijans (hors-castes); comment étaient-ils traités dans ses ashrams?

V : Les harijans, on les appelle les dalits maintenant, ont toujours été traités avec gentillesse et compréhension dans notre organisation et en particulier par Mâ. Mais comme l'organisation est basée sur la tradition védique ancienne, il y a des rituels auxquels ils ne peuvent pas participer. De toutes façons c'est idiot de vouloir porter un jugement sur une religion qui est si différente de nos conceptions occidentales. Les indiens religieux sont aussi parfois profondément choqués par les manières et modes de vie occidentale, en particulier la liberté sexuelle.

Voeux pour le troisième millénaire

Nous remercions les lecteurs de Jay Ma de leur fidélité et en cette période de rentrée réelle dans le troisième millénaire, nous leur souhaitons nos meilleurs voeux de progrès vers une meilleure connaissance du Divin, ou du Soi. Ma disait «en se connaissant soi-même, on connaît Dieu et en connaissant Dieu on se connaît soi-même» Que souhaiter de plus?

La vérité derrière Ma Anandamayi

par Barindra Kumar Ghose

Barindra Kumar Ghose était le frère de Shri Aurobindo, et donc aussi un Bengali. Son témoignage sur Ma est inspirant, nous le reproduisons ci-dessous intégralement. Il est inclus dans le premier recueil d'expériences de fidèles de Ma a avoir été publié, c'était à Calcutta en 1946, et donne une bonne idée de la manière dont Ma était reçue par l'élite intellectuelle et littéraire bengalie. Il n'a pas été republié depuis, mais il contient des contributions fort intéressantes, nous en reproduisons d'autres après ce texte et le feront aussi probablement dans les prochains numéros. Swami Nirgunanda en a récemment retrouvé un exemplaire par hasard dans la bibliothèque de l'ashram d'Almora.

Ma Anandamayi est l'Amour et la Joie divine incarnée sous forme humaine. Il existe de rares êtres qui sont nés sans ces limites des capacités mentales et vitales qui enferment les gens ordinaires dans l'ignorance comme en un champ clos. Ils sont plutôt pétris de la substance des régions supramentales et cosmiques, nés avec les portes de leur être ouvertes vers les vastes espaces de l'Infini. Ils sont les précurseurs d'un Age nouveau et n'ont pas comme nous à lutter durement pour se libérer des chaînes de la matière et de ses lois (dharmas) rigides; en effet, ils appartiennent en essence mais aussi partiellement en substance à l'hémisphère supérieur de lumière pure, de pouvoir et de félicité.

On peut trouver de tels hommes ou femmes doués d'une vision plus vaste et de la connaissance ésotérique dans les pays occidentaux, bien qu'ils y soient rares. En fait, l'Occident qui suit un point de vue matérialiste est fortement attaché au soit-disant réalisme. Les grands progrès réalisés dans le domaine des sciences centrées sur la matière ont découragé l'éveil de facultés supérieurses et plus subtiles chez l'être humain. En Orient, c'est différent. L'Orient est par nature, culture et tradition méditatif, intériorisé et intuitif. C'est ainsi qu'on y a étudié depuis des millénaires la Science de l'Esprit qui est plus haute, plus vraie et plus large dans ses vues. On y a effectué des recherches de plus en plus profondes pour explorer ce qu'il y a derrière la matière et ses manifestations physiques. L'appel en Orient est d'être plus centré sur Dieu que sur l'égo et le matériel, de transcender la matière et de vivre la vie de l'Unité de l'âme immergée dans la félicité, ses hauteurs lumineuses et sa vaste infinité, et à partir de là de redecendre vers la multiplicité riche et harmonieuse au-niveau de la manifestation. C'est ainsi qu'en Orient de nombreuses âmes sont nées avec de plus grandes facilités pour la vision de la vérité et les pouvoirs miraculeux.

L'être humain doit transcender son petit égo agité, ses désirs mesquins et ses disputes futiles. Il doit s'élever au-dessus de ce plan de division et d'ignorance pour pénétrer cette unité cosmique où seulement se trouve la clé pour harmoniser les conflits de dualités apparemment irréconciliables. Des êtres établis dans la Vérité comme Ma Anandamayi et Shri Aurobindo sont naturellement des guides conduisant à des hauteurs inaccessibles, dans les mystères profonds qui sont derrière la création. C'est donc en Orient qu'on doit chercher d'une façon ou d'une autre cette clé pour une harmonie née de l'esprit qui elle seule a la capacité de guérir l'humanité de ses maux et de reconcilier tous les conflits et les haines, tous les facteurs irreconciliables dans la vie humaine et aide à poser une fondation saine en vue d'une civilisation parfaite.

Comment connaître, discerner le niveau d'un être «psychique» [terme à comprendre dans le langage de Shri Aurobindo] rare comme Ma Anandamayi et établir un contact des plus intérieurs avec elle? Aux yeux d'un observateur superficiel, elle n'est qu'un être mortel ordinaire de chair et d'os. Il est vrai que ces enfants de lumière sont difficiles à saisir et connaître car la grandeur spirituelle n'est pas un phénomène matériel visible. La splendeur d'une aurore aux couleurs multiples et la profonde beauté sous-jacente aux sommets enneigés des Himalayas ou bien la grace, l'élégance d'un lotus pleinement épanoui sont perdus pour un homme du monde comme si elles n'avaient jamais existé. Seul un Rabindranath [Tagore] est pleinement conscient; lui seul peut soulever le voile et vous faire rentrer dans un ciel de mélodie et de beauté qui vous avait été fermé et inconnu depuis si longtemps. Dans le monde de l'esprit, il est vrai que ces âmes d'un niveau spirituel rare peuvent nous donner un aperçu de la Félicité et de la Paix ineffable du grand Au-delà, mais il n'y a pas malheureusement de moyens ou de méthodes évidentes par lesquels le commun des mortels puisse apprécier la grandeur et la gloire de ces grands esprits à moins qu'eux-mêmes, de leur propre accord, ne choisissent de se révéler. Cependant, il y a certaines indications.

On peut reconnaître une personne établie dans l'esprit, reposant sur l'esprit comme Ma Anandamayi par son impersonnalité entre autres choses. Quand vous la rencontrez, elle n'est guère là, identifiée au corps comme n'importe qui d'autre le serait. Si vous avez un tant soit peu d'intuition, vous la sentez facilement être surtout ailleurs, comme le vaste dôme d'azur au-dessus de vous que vous percevez mais pourtant ne saississez pas complètement. Vous êtes là, remplis de crainte sacrée devant queque chose de vaste, d'incompréhensible qui atteint des étendues inexplorées et des altitudes ou profondeurs jamais mesurées. Nous sommes stupéfaits par le simple pouvoir chez ces grands hommes d'action, ou par un volcan en éruption ou par l'arrivée d'une tornade; mais des êtres spirituels établis dans le samadhi avec beaucoup plus, voire même un pouvoir qu'on ne peut imiter se tiennent dans un calme statique et son enveloppés dans une paix ineffable et une félicité divine tout en étant actifs avec douceur. Son calme pareil au rocher s'harmonise avec un mouvement irresistible; en fait, tous les aspects de la vérité, terrible et douce, bonne et mauvaise, poison et nectar ont été synthétisés en eux d'une façon ou d'une autre. C'est ici, en de tels êtres rares, que la conception unique des visionnaires (rishis) de l'Inde a réussi la grande synthèse intégrale des principes cosmiques, la véritable Divinité de tous les dieux.

Ma Anandamayi es une forme mise en avant par l'Energie divine (Shakti). Elle en est le condensé même, son émanation et épanouissement dans la matière; elle est le signe de la capacité infinie du véhicule humain d'incarner et manifester la Divinité de Shiva immanente de façon multiple dans la création.

Ma Anandamayi by devotees, Ma Anandamayi Ashram, Calcutta, 1946, p.151-155

Nous donnons des extraits ci-dessous d'une autre contribution du même ouvrage, celle-ci par un certain G.C. Das Gupta (p.48-49)

D'habitude dans ses ashrams e silence est observé pour une heure ou à plus, quand descend un charme céleste de paix et de tranquillité trop profond pur être exprimé. On sent que son soi s'est immergé dans ce caélme extatique. Une atmosphère, un élan d'expansion élargit alors l'horizon de notre esprit; nous en venons à réaliser la mesquinerie et le manque d'intérêt de nos dizputes quotidiennes et de nos recherches sans but. Elle symbolise à ce moment-là toutes les étincelles les plus infimes de nos existences se fondant pôurun tmps dans la flamme unique de la mère divine.

Quand elle parle, elle répand des flots de douceur sur toutes les personnes présentes...Ceux d'ntrenous qui ont eu la chance de pouvoir être influencés par sa personnalité magnétique ont toujours senti qu'elle et comme «une étoile qui demeure à distance» de tout le tohu-bohu de l'existence terrestre; pourtant elle indique clairement, avec son calme naturel et sa vision prophétique, la voie qu'on doit suivre dans la vie et communiqueprofondément à chacun l'importance du bien réel de chque être humain -la réalisatin de lAtman divin.

Les deux niveaux des paroles de Ma

Ces réflexions sont extraites de la contribution de Girija Shankar Bhattacharya, professeur au Presidency College, l'une des universités les plus réputées de Calcutta. Il avait été avec Bhaiji et Pran Gopal Mukerjee -dont nous avons publié auparavant les lettres qu'il a reçues de Ma- l'un des premiers à découvrir Ma à Dhaka en 1925.

....Une autre caractéristique de Ma que je voudrais mentionner est sa réticence à imposer sa volonté à qui que ce soit. Je ne l'ai jamais vu faire ainsi depuis environ vingt ans que je la connais. Elle suggère, elle recommande, elle dit qu'il serait bon de faire telle ou telle chose au vu des circonstances actuelles, mais avec fineese de sentiment elle n'insiste jamais que quelqu'un ne suive une ligne d'action particulière dans la vie du monde aussi bien que dns le domaine spirituel. En fait, la liberté qu'elle donne à chacun nous donne l'impression d'un manque de cohésion parmi ceux qui suivent Ma. Cela ne la trouble pas le moins du monde, car elle n'est pas là pour former une nouvelle secte ou un nouveau parti. Au contraire toutes les sectes ou croyances se dissolvent d'elles-mêmes en sa présence et sous son influence. A ce propos, il faut considérer une qustion: Est-ce que Ma dit tout ce qu'elle exprime à partir d'un plan supérieur? -en d'autres termes, peut-on estimer que tout ce qu'elle déclare provient de son état de conscience supérieur? Je pense que je ne peux mieux faire que de traduire les paroles de Ma elle-même du livre original bengali d'Amulya Kumar Datta Gupta qui a tous les signes de l'authenticité dans la manière dont il la présente : «Quand vous parlez au niveau du monde il y aura à la fois de la vérité et de la fausseté dans ce que vous dites car les deux sont présents dans le monde.» (le sens que nous pouvons inférer du contexte, c'est qu'il est futile d'attendre la vérité absolue dans les propos d'une personne quelle qu'elle soit, quand elle parle à la facon du monde. En effet, de ce point de vue, personne ne peut être réellement véridique dans ce qu'il dit, et même avoir une quelconque idéee de la vérité. Bien sûr, il n'est pas question de déguiser sciemment les faits. Ma poursuit: « Quand je parle à la façon du monde, rie et plaisante avec vous, vous devez me comprendre de cette manière (c'est-à-à dire comme vous comprenez des personnes du monde). Supposez par exemple que je dise: «Apportez un verre d'eau de cette cruche». Vous y allez et trouvez qu'il n'y a pas d'eau dedans. Vous pouvez penser alors que Ma a été induite en erreur, qu'elle a dit quelque chose de faux parce qu'elle a pensé qu'il n'y avait pas d'eau dans la cruche (c'est-à-dire que vous pouvez estimer que Ma n'a pas la perception de l'état véritable des choses); mais si vous jugez au niveau relatif du monde, vous ne pouvez appeler cela une fausseté ou un mensonge. Quand vous aussi vous parlez de cette façon, vous ne dites pas de mensonge. Cela prouve seulement que votre supposition à propos de l'eau n'était pas correcte. Quand je parle avec vous, je parle de cette manière.

«Si vous pensez que je sais tout, je n'aurais pas alors d'occasion de parler avec vous. En effet, si je connais tout, qu'est-ce que je devrais vous demander? Je ne pourrais pas m'enquérir de si vous avez eu votre bain, ou votre repas, car je serais supposée tout connaître. Au-delà de tout ceci, il y a un état où il n'y a pas de distinction de vérité ou de non-vérité; mais dans cet état, il ne peut y avoir de rapports comme on les conçoit dans le monde, car cela y créerait une confusion. Il y aurait un grand désordre si nous prenions comme base de notre conduite cet état de super-conscience où toutes les distinctions se fondent les unes dans les autres. Il y a un autre état au-delà de ces deux-là. Dans celui-ci, tout ce qu'on dit s'avère authentique. Tout ce que je dis dans cet état est obligatoirement vrai.

Amulya Datta Gupta demanda: «Ma, que se passerait-t-il si quelqu'un a une telle foi en vous qu'il considère toutes vos paroles comme vraies de toutes façons?» Ma répondit: «Si quelqu'un a une telle foi en moi, toutes les paroles que je lui adresserai seront vraies». Il me semble qu'il n'a pas été rare que des malentendus ou même des conséquences indésirables ont résulté du fait que l'on ait considéré certaines paroles de Ma sans réfléchir comme inspirées et en provenance d'un état de conscence supérieure. En fait, comme on l'a déjà dit, elle ne commande que très rarement, si jamais elle le fait, elle se contente de suggérer. Ainsi, à chaque fois que je ne pouvais pas être d'accord avec elle sur un point précis et que je lui ai exprimé, elle n'a rien dit de plus. Naturellement, ma conclusion, c'est que Ma n'est pas en faveur de l'abrogation du jugement personnel.

C'est notre but d'atteindre la Consience Suprême, tattvagyân, la connaissance de la Vérté ou de la Réalité) qui apporte une union du fini et de l'infini. Tato mâm tattvato gyatvâ vishaté tadanantaram Connaissant Ma réalité, on pénètre sans délai dans Cela (le Soi) (Bhagavad-Gîtâ). Il ne sert à rien de fuir les responsabilités, de supprimer la conscience et d'obscurcir la petite lumière qui nous a été donnée. Il ne s'agit pas d'avoir une dépendance non critique envers qui que ce soit, vichara, (la raison, le discernement appliqué seulement pour découvrir la vérité) est le plus grand de nos amis et en aucun cas nous ne pouvons l'abandonner complètement. Beaucoup d'entre nous prétendent être sharanâgata, c'est-à-dire s'être abandonnés au Divin ou au Guru sans réaliser ce qu'est l'abandon véritable. Cela nous mène seulement à nous mentir à nous-même et nous conduit vers les ténèbres et la confusion. En déterminant nos devoirs nous devons, comme il est prescrit, prendre en considération 1)l'avis de l'enseignant, guruvâkya 2) les instructions des Shastra, shastravâkya et 3) les ordres de notr propre conscience. A chaque fois que nous manquons à cela, il y a toutes les chances que nous perdions pied.

Ma est absolument sans sankalpa, c'est-à-dire motivations Cela peut sembler étrange au commun des mortels, qui ont toujours quelque motivations derrière leurs actions. Quand on lui demande ce qui devra être fait dans le futur à propos de quoi que ce soit, elle répond d'habitude jo ho jâya, soyez ouvert à tout ce qui peut arriver. Ceci ne signifie pas repousser les choses à faire à la façon des gens paresseux, mais cela veut dire agir spontanément sous l'inspiration du moment. Souvent par exemple elle conseilllait d'acheter des tickets de trains pour une gare intermédiaire par rapport à la destination finale. En partant, disons, de Calcutta, on prenait des tikets pour Bénarès, d'où de nouveau à partir de la gare elle-même on continuait le voyage jusqu'à Delhi et de la même manière jusqu'à Shimla. J'ai remarqué cette absence de propos chez d'autres saints également. C'est ce manque de motivations qui rend les actions de Ma comme un jeu, lîlâ, et effectivement les actions de personnes comme elle rendent possible de croire que tout l'univers est la lîlâ de l'Eternel...

Om Shanti

 

Girija Shankar Bhattacharya

 

La mort doit mourir

D'après la nouvelle édition complète du journal d'Atmananda en anglais

La sortie officielle de l'édition du journal d'Atmânanda a eu lieu durant la Samyam Saptah en novembre à Kankhal en présence de Swami Chidânanda. Il est difficile de rendre par des extraits toute la complexité du travail intérieur d'une pianiste autrichienne qui a évolué pendant dix ans à l'école de Krishnamurti à Raj Ghat an nord de Bénarès et est venue progressivement à Mâ. Ses réflexions sur Krishnamurti éclairent des aspects peu connus de sa manière d'enseigner. Le passage qui suit donne un exemple des préoccupations à la fois concrètes et spirituelles qu'avait Atmânanda au moment où elle pensait s'engager dans la vie d'ashram avec Mâ. (En pratique, ceux qui voudraient commander le livre peuvent le faire auprès d'Alvaro Enterria, Indica Books, D 40/18 Godowlia Varanasi 221001 Tel/Fax 00 91 542 321 640. Le prix est de 500 Rps, port en sus (peut-être 100 ou 200 Rps en plus, IFr=6Rp30)

Gagner sa vie 17 janvier 1953

A une question d'une jeune fille pour savoir si elle gagner sa vie comme enseignante, Mâ répliqua: L'attitude moderne, c'est que les gens doivent se prendre en charge et donc ils vont prendre un travail d'enseignant. Ils ne réalisent pas que l'acte même de partager la connaissance avec leurs élèves, engendre automatiquement leurs moyens de subsistance. La connaissance ne doit pas être vendue.

Cela fut une révélation pour moi et je compris soudain que la solution de mon problème concernant le fait de «gagner» ma vie ne résidait pas dans le fait de laisser tomber mon travail et de ne plus rien faire, mais dans le fait d'abandonner l'attitude commerciale de vendre mon travail. Faites votre service comme une fin en soi puis prenez ce qui est donné comme venant de Dieu et débrouillez-vous avec cela.

Cette idée m'a consumée et je ne pouvais dormir de toute la nuit, mais je ne me suis pas senti du tout fatigué pendant la matinée. Quand on a lu la Gîtâ, j'ai eu de nouvelles prises de conscience à propos de la signification de bien des passages, le texte paraissait complètement neuf. Je décidai de ne plus prendre d'argent mais de continuer le travail que je faisais et de laisser au Comité (de l'école de Krishnamurti à Rajghat) la décision de ce qu'ils me paieraient, puis de donner ma démission en juillet.

Le soir, Mâ remarqua que j'avais pleuré et Didi me fit venir auprès d'elle. Je lui dit que je n'allais plus accepter d'argent pour mon travail. Elle dit: «Comment allez-vous manger?» Moi : «de toutes façons, j'aurai de la nourriture». «Supposez que vous désiriez venir et vivre de manière permanente à l'ashram?» Moi: «Je ne viendrai pas!» Ma dit :«Voulez-vous venir?» Deux fois je dis: «Oui, je veux venir». Mais quand elle ajouta: «D'accord, je vais organiser les choses pour cela», j'ai eu peur et j'ai répliqué: «Non, non». Elle répondit à cela: «Vous avez dit oui deux fois, si vous l'aviez dit trois, cela se serait réalisé».

Elle me dit ensuite de ne rien faire à propos des questions d'argent maintenant mais d'attendre et de lui parler à Bénarès. Quand j'élevai une objection en disant: «Pour une fois que j'ai compris quelque chose, et vous ne m'autoriserez pas d'agir en fonction de cela!» Elle dit: «Attendez jusqu'à ce qu'un jour favorable selon le calendrier religieux) arrive et que Thakourji (le Seigneur) vous apparaisse en rêve et vous instruise».

Mâ parle avec des chrétiens Varanasi, 10 octobre 1957

Un jounaliste irlandais, Mr Fennell et Raimon Panikkar, un étudiant faisant des recherches à l'Université Hindoue de Bénarès et originaire du Malabar dans le Sud de l'Inde (son père était du Kérala: Panikkar est maintenant connu de par le monde pour ses nombreux livres sur le dialogue interreligieux, en particulier hindou, bouddhiste et chrétien. Il faisait partie du comité qui a accueilli à Sarnath le Dalaï-Lama lorsqu'il est venu du Tibet en exil en 1959. Il l'a retrouvé là bas il y a juste un an lors d'un séminaire de la Fondation Abhishiktananda, le Père Le Saux dont il était l'ami. Il vit maintenant en retraite dans le pays de sa mère, la Catalogne)

Panikkar: Quand il n'y a que le Un seulement, pourquoi y a-t-il tant de religions différentes dans le monde? Qu'avez-vous à dire à propos de ceux qui insistent que seulement une rligion est la bonne?

Mâ : Parce qu'Il est infini, il y a une infinité de conceptions de Lui, et une infinité de variété de chemins qui mènent à Lui. Il est tout, quelque soit le type de croyances ou d'incroyances comme dans le cas des athées. La croyance dans l'incroyance est aussi une croyance. Cela signifie que vous acceptez la cryance quand vous ne croyez pas. Il est dans toutes les formes et il est le Sans forme.

Panikkar: De ce que vous avez dit je déduis que vous considérez que le Sans forme (Nirguna) est plus proche de la Vérité que Dieu avec forme (Saguna)?

Mâ : Est-ce que la glace est autre chose que de l'eau? Saguna est autant Lui que nirguna. Dire qu'il y a seulement un Atma et que toutes les formes sont des illusions impliquerait que le Sans-forme est plus proche de la vérité que la forme; mais je dis que chaque forme et le Sans-forme également sont Lui et Lui seul.

Q : Je suis chrétien

Mâ : Je suis aussi chrétienne, musulmane, tout ce que vous voulez.

Q : Comment puis-je trouver le bonheur?

Mâ : Dites-moi d'abord si vous êtes d'accord pour suivre les instructions que je vous donne.

Q : Oui

Mâ : L'êtes-vous réellement? Eh bien, supposez que je vous demande de rester ici; en serez-vous capable?

Q : Non! (rires)

Mâ : Voyez-vous, le bonheur qui dépend de quoi que ce soit en dehors de vus, femme, enfants, argent, réputation -n'importe quoi- ce bonheur ne peut durer. Maçs si vos trouvez le bonheur enDieu qui et partout omniprésent, qui est votre propre Soi, voilà le bonheur réel.

Q : L'individu en moi n'a-t-il aucune substance? N'y a-t-il pas quelque chose en moi qui n'est pas Dieu?

Mâ : Non, même la forme du non-être n'est que Dieu. Tout est Lui.

Q : Y a-t-il une quelconque justification à l'activité professionnelle ou à toute autre activité du monde?

Mâ : Etre occupé avec les choses du monde, cela agit comme un poison lent. Progressivement, sans que vous vous en aperceviez, cela vous mène à la mort. Est-ce que je devrais conseiller à mes amis, à mes parents (Mâ appelait d'habitude les gens quelque peu âgés Père ou Mère) de suivre ce chemin? Je ne puis le faire. Je dis de prendre le chemin de l'Immortalité, de prendre une voie ou une autre qui vous convienne, elle vous mènera à la découverte du Soi. Mais vous pouvez faire quelque chose: quelque soit le travail que vous effectuez pendant la journée, essayez de le faire avec un esprit de service. Servez-Le sous toutes les formes, regardez chacun et chaque chose comme des manifestations de Dieu et servez-Le Lui seul quelque soit le travail que vous entrepreniez. Si vous vivez dans cet état d'esprit, le chemin de la réalité s'ouvrira devant vous.

Q : Quel est votre travail?

Mâ : Je n'ai pas de travail. Pour qui pourrais-je travailler puisqu'il n'y a que le Un?

 

Une question de Denise Desjardin sur l'adversité Kishenpur, le 12 octobre 1960

Ce matin, une jeune fille française de 20 ans est arrivée ici de Kaboul où elle avait travaillé pour un film avec Arnaud Desjardin. Elle avait été si impressionnée par un autre film sur Mâ qu'il lui avait montré qu'elle avait décidé de faire étape en Inde rien que pur la voir. Elle a dix jours à passer ici. Elle n'a quitté Kaboul qu'hier et elle a pris le train de nuit pour Dehra-Dun. Après une heure du darshan de Mâ, qui avait été principalement employée par les offrandes faites par les gens et par leur pujâ à Mâ -suivies par une demi-heure de conversations en bengali et hindi dont elle ne pouvait comprendre un mot, je lui ai demandé comment elle trouvait Mâ. Elle répondit: «J'attendais beaucoup, mais j'ai trouvé bien plus». En réplique à une question sur son désir de voir d'autrs choses en Inde elle dit simplement: «Non, je ne veux que rester auprès de Mâ.»

Plus tard dans la journée

Je demandai: Mataji, Madame Desjardins souhaite savoir ce que vous voulez dire par «vipad diya tini vipad haran karen», par l'adversité Il détruit l'adversité.

Mâ : Puisque vous dites cela, parlez-nous d'abord des sens possibles que vous avez présents à l'esprit.

Denise D: Etre un individu signifie en soi souffrance puisque cela veut dire lien, séparation du Un; mais plongé qu'il est dans les plaisirs du monde, l'individu n'est pas conscient de sa souffrance. Ainsi donc, Dieu envoie les chagrins et l'adversité pour qu'on puisse s'éveiller et réaliser le fait de sa misère innée.

Mâ :En effet, vous voyez que le bonheur de ce monde ne dure pas et vous vous mettez donc à chercher un bonheur qui dure. Quel autre signification voyez-vous?

Denise D. : Cela veut aussi dire qu'il envoie des problèmes pour éviter une grande catastrophe.

Mâ : Oui, il apparaît parfois qu'une grande catastrophe est karmiquement inévitable mais elle est évitée ou atténuée par une plus petite. Le fait est aussi qu'on doit endurer les souffrances dues à son karma, mais une fois que c'est passé, on en est débarassé. De cette façon aussi, la souffrance est utile. D'autre part, si survient une grande difficulté, on est obligé de se tourner vers Dieu puisqu'on se sent complètement incapable d'y faire face. Dans de telles circonstances, même si quelqu'un a des doutes sur l'existence de Dieu, il va se mettre à Le prier

Tout cela me rappele un incident que Mr Modi [un des plus grands industriels d'Inde] m'a raconté. Il était une fois dans un avion et il s'est mit à avoir des problèmes de moteur. On a annoncé aux passagers qu'ils étaient tous perdus, puisque le moteur ne pouvait fonctionner encore que quinze minutes. Ce fut la panique et les gens se mirent à se lamenter et à pleurer sur leur sort. Modi leur dit: «Pourquoi vous lamenter? Vous avez de la chance. C'est le moment de prier Dieu. Si vous décédez avec la pensée de Dieu vous irez droit à Lui.» Donc tous se mirent à prier avec une grande ferveur et d'une façon ou d'une autre l'avion réussit à atterrir. Bien qu'on ait réparé le moteur à ce moment-là, Modi et d'autres eurent l'intuition de ne pas remonter. Quand l'avion a redecollé, il heurta un fil électrique et prit feu instantanément avec tous les passagers dedans.

Ananda dans les Upanishads

Nous avons déjà présenté un court article dans le numéro précédent sur l'origine et le sens du mot ânanda dans les Upanishads. Nous allons maintenant continuer ce thème plus à fond, grâce déjà à des citations des textes eux-mêmes, en particulier la Taittiriya, et à la traduction intégrale de la conclusion de la thèse du Père George Gispert-Sauch qu'il a soutenu à l'Institut catholique de Paris sous la direction du Cardinal Daniélou, et qui a été publiée par la suite àDelhi (Oriental Publishers, 1977). D'origine espagnole, il vit depuis longtemps en Inde où il enseigne dans le grand institut des Jésuites à Delhi, Vidya Jyoti, et où il s'occupe d'une bibliothèque considérable d'environ 150000 livres. Ayant moi-même travaillé là-bas à des heures souvent indues, tard le soir ou le week-end, je peux témoigner qu'il est un grand travailleur devant l'Eternel et régulièrement le dernier à quitter son poste quand le reste de la maison est vide. Il a en évidence sur un mur de son bureau depuis longtemps un tissu avec un Om imprimé qui avait été offert à un de ses amis par Mâ Anandamayi elle-même, ce n'est donc pas entièrement par hasard que ses conclusions sur «ânanda» paraissent dans ce bulletin consacré à l'enseignement de Mâ.

Extraits des Upanishads à propos d'ânanda

(Comme je n'avais pas sous la main de texte français, j'ai traduit les extraits ci-dessous fidèlement de la version anglaise de Hume qui est considérée comme une des meilleures et qui a l'avantage d'indiquer les mots sanskrits importants au fur et à mesure)

Taitiriya upanishad, seconde vallî, septième anuvâka

Au commencement, en vérité, ceci (le monde) n'existait pas

De là, l'être (sat) a été produit.

Cela s'est transformé de soi-même en Ame (Atman).

C'est pourquoi on l'appelle «bien faite »(su-krita)

En vérité, ce qui est bien fait est réellement l'essence, rasa, [de l'existence]. C'est en obtenant l'essence qu'on devient bienheureux. Car en fait, qui pourrait respirer, qui pourrait vivre, s'il n'y avait cette félicité dans l'espace! Il est vrai en effet que quand on trouve une fondation dans ce qui est invisible, san corps (anâtmya), non défini, sans support, on a atteint la non-peur. Quand par contre on y crée un creux, un intervalle, c'est alors qu'on se met à avoir peur. Mais c'est en fait la peur de celui qui se considère comme sujet connaissant [en tant que séparé de l'objet connu].

A ce propos il y a aussi le vers suivant:

Huitième anuvâka

C'est par peur de Lui que le Vent souffle

C'est par peur de Lui que le Soleil se lève

C'est par peur de Lui que le Feu, Indra -et la Mort comme cinquième du groupe- se hâtent.

Voici maintenant une réflexion sur le bonheur:

Considérons un jeune, un bon (sâdhu) jeune homme bien éduqué, très rapide, très ferme, très fort. Supposons que la terre entière soit pleine de richesses à sa disposition. Voilà une unité de félicité humaine.

Cent félicités de cette homme en constituent une pour les Gandharvas humains (esprits musiciens qui habitent dans un paradis spécial) -ainsi que pour l'homme qui possède bien les Ecritures (shrotiya) et qui est indemne de la morsure du désir.

Cent félicités des Gandharvas humains en constituent une pour les Gandharvas divins - et aussi pour l'homme...

[La gradation exponentielle continuent ainsi par les étapes suivantes] : les ancêtres dans leur monde qui dure lontemps/ les dieux qui le sont par naissance/ ceux qui le sont par leurs oeuvres/ les dieux/ Indra / Brihaspati/ Prajâpati et enfin:

Cent félicités de Prajâpati en constituent une pour Brahma -ainsi que pour l'homme qui connaît bien les Ecritures (shrotiya) et qui est indemne de la morsure du désir.

Celui qui est ici dans une personne et celui qui est là-bas dans le soleil -les deux ne font qu'un.

Celui qui sait cela, en quittant ce monde, s'en va vers ce soi qui est constitué de nourriture (annamaya kosha, le début d'une série de cinq «enveloppes» décrites ailleurs dans les upanishads), s'en va vers ce soi qui est constitué de souffle (prâna), s'en va vers s'en va vers ce soi qui est constitué de mental (manas) s'en va vers ce soi qui est constitué de connaissance (vijñana) s'en va vers ce soi qui est constitué de félicité (ânanda).

Il existe également à ce propos les vers suivants:

Neuvième anuvâka:

Là d'où les paroles reviennent,

avec le mental, sans avoir pénétré -

Celui qui connaît la félicité de Brahman

Ne craint absolument rien.

Une telle personne n'est pas tourmenté par ce genre de questions: «Pourquoi n'ai-je pas fait ce qui est bon (sâdhu)? Pourquoi ai-je commis le mal (pâpa)? Celui qui connaît ceci se libère lui-même (âtmânam) de ces deux [pensées] -en vérité, de ce deux il se libère lui-même, celui qui connaît ceci!

Telle est la doctrine mystique (upanishad)

Brihad-Aranyaka Upanishad:

Ainsi parla Yanjñavalkya : [à propos de l'âme durant le sommeil profond: celui-ci est souvent comparé au samâdhi, dépourvu néanmoins d'hyperconscience]: ceci est réellement la forme qui est au-delà des désirs, libre du mal, sans peur. De même qu'un homme quand il est dans les bras de son épouse bien-aimée ne connaît rien ni dedans ni dehors, de même cette personne, embrassé par l'Ame intelligente, ne connaît rien ni dedans ni dehors. En vérité, c'est sa forme [authentique] dans laquelle son désir est satisfait, dans laquelle l'Atman constitue son désir, dans lequel il est sans désir et sans souffrance...

En vérité, quand il y a un autre, l'un peut voir l'autre...l'un peut connaître l'autre; [mais] celui dont le monde est Brahma devient un océan, celui qui voit purement et sans dualité...C'est l'homme du chemin supérieur, à la réussite supérieure. Voilà le monde suprême, voilà la félicité suprême. Sur une part seulement de cette félicité, les autres créatures vivent. (4.3. 21 et 31-32)

 

Conclusion du livre de G.Gispert-Sauch sur «ânanda dans les Upanishads»

Nous sommes venus à la fin de notre étude sur ânanda dans les Upanishads. Nous avons commencé notre étude par ls spéculations liturgico-psychologico-cosmiques qui ont trouvé leur pleine expression dans la Taittiriya bien qu'on les trouve également dans d'autres Upanishads. Dans ces réflexions on nous enseigne qu'ânanda se trouve au plus profond de la personnalité humaine correspondant d'une part à la couche supérieure de l'autel védique et de l'autre au ciel des dieux. En tant que partie la plus intime de la réalité de l'homme, on l'identifie avec Brahman qu'on décrit aussi comme satyam, jñanam, anantam (vérité, connaissance, infini). Nous avons vu comment cett réalité et expérience d'ânanda est donc caractéristique de l'Etre à sa source même, quand on ne l'a pas encore concrétisé dans la pluralité des formes, mentales ou physiques: yad vâ aniruktam tad ânandamayam, ce qui est aussi caché (à la raison) est constitué d'ânanda. (Shatapatha Brâhmana 8.2.3.11). C'est pourquoi ânanda est appelé brahma-yonî, la matrice de Brahman (Taittiriya Aranyaka 10.63.1). La félicité est donc de même nature que l'homme lui-même, et non pas une simple forme surimposée sur son noyau le plus intérieur, une alternative superficielle à une dukha, souffrance, non moins superficielle. Cette expérience de félicité est reliée au sens d'intériorité et à l'expérience de non-dualité (Taittiriya Upanishad 2.6.8). Elle est aussi en relation intime avec manas, le mental qui est sa demeure, bien que par elle-même elle soit au -delà de la vie intellectuelle de l'homme et apparentée au concept d'immortalité, non-manifeste et pacifiée (amritam, avyaktam, shântam)

Les autres chapitres de notre étude viennent confirmer la sagesse déjà enchâssée dans la Taittiriya Upanishad et dans les spéculations associées. Une des découvertes les plus intéressantes de cette étude des textes upanishadiques en détail, c'est le fait que les mêmes conceptions métaphysiques émergent répétitivement dans des spéculations différentes et dans des contextes divers, indiquant ainsi la cohérence fondamentale de l'appréhension archétypale de la réalité en Inde. Les spéculations sur le sommeil profond, comme celles sur le Yoga, insisteront sur le fait que l'ânanda parfait est vécu seulement dans l'état d'unification parfaite quand l'homme redécouvre le sense de plénitude complète (kritsna) qui correspond à l'état authentique et absolu de l'être humain, son «état céleste» au-delà de la portée et de l'appréhension du vijñânamaya purusha, l'être constitué de connaissance. Bien que la Mandukya Upanishad postule un quatrième état de l'homme, le turîya, apparemment au-delà des limites d'ânanda, la plupart des spéculations upanishadiques mettent en corrélation l'expérience de félicité avac celle des aspects ashabda (dépourvu de paroles, ou au-delà du son intérieur), amûrta (dépourvu de forme) et akâla (au-delà du temps) de Brahman, l'expérience ultime de non-dualité.

Les spécuations philosophiques sur l'expérience sexuelle dispersées dans les Upanishads et la littérature pre-upanishadiques se concentrent sur l'unité et le retour à une plénitude originelle de l'être humain dont la division des sexes est déjà un éloignement. C'est cette plénitude qui explique la félicité de la non-dualité que l'on peut recapturer dans la reconstitution de l'être humain complet grâce à l'union sexuelle. Cette expérience est aussi mise en référence avec le mental, manas, et pourtant elle est conçue au-delà du prodédé normal de pensée, au-delà de l'expérience concrète, asamvidâ iva.

Les imaginations et aspirations de l'homme sont projetées sur une vie qui est au-delà de la vie céleste. Le chapitre 6 a relevé l'évolution dans la littérature védique à propos du concept de paradis, svarga, qui s'est transformé en celui de libération complète. Ce qui importe pour nous, c'est de remarquer que le thème d'ânanda est central bien qu'ils soit joué en des modes différents. De cette façon ânanda n'est pas seulement conçu comme la source de l'être de l'homme, mais devient aussi le centre de ses apirations, le but de ses efforts en vue de la libération complète. D'abord associé à l'expérience produite par cette boisson appelée soma, ânanda se trouve être dans les Samhitâs la caractéristique des réalités célestes auxquelles le rituel védique nous mène. Cette caractéristique s poursuit dans l'eschatologie des Upanishads qui ajoute la prise de conscience -souvent exprimée sous forme mythologique- du fait que l'homme a besoin de se transformer en une réalité nouvelle avant de pouvoir entrer dans la plénitude d'ânanda. Il se trouve que cette félicité est la caractéristique des dieux, de leur demeure et de la Liberté absolue elle-même, l'état au-delà de la dualité.

Les réflexions métaphysiques ds Upanishads et du reste de la littérature védique qu'on étudie dans le dernier chapitre confirme les intuitions de base des spéculations précédentes. La félicité suppose une plénitude de l'être, un infinité, le fait de n'être lié par aucune forme, et pourtant une consistance pleine de la Réalité parce qu'établi sur sa propre grandeur. (Maitriya Up. 2.4; 6.28,38). C'est en même temps l'objet de tous les désirs. C'est dans la concentration parfaite de l'être, dans l'expérience parfaite de l'advaita qu'on trouve la félicité. C'est pourquoi il ne faut pas être surpris si les rishis, les visionnaires des Upanishads affirment avec audace qu'ânanda est Brahman et Brahman est ânanda, une affirmation déjà préparée dans la littérature pré-upanishadique qui parle d'ânanda dans le contexte du bien-être, de la prospérité, la plénitude et la perfection. Dans cet aspect de plénitude et de non-dispersion on doit chercher, mystérieusement, la raison pour laquelle ânanda est aussi la véritable racine et explication de ce partage de l'être qu'on trouve dans les Upanishads: tasyaivâ'nandasyâ'nyâni bhûtâni mâtrâm upajivanti D'un simple fragment de cette félicité, les autres êtres tirent leur subsistance (Brihad-Aranyaka Upanishad 4.3.32)

Il serait intéressant, mais au-delà des limites de cette étude de pousser plus loin l'importance de l'idée d'ânanda dans la tradition indienne postérieure. Nous savons que pour les systèmes Nyâya et Vaishesika qui ont tant de points faibles dans leur compréhension de la réalité, ânanda ne peut être conçue que comme un plaisir accidentel, sukha, en aucun cas relié au coeur de l'Etre ou à l'état de libération. On pourrait peut-être dire la même chose des systèmes du Samkhya et du Yoga, bien qu'une étude plus approfondie serait nécessaire particulièrement pour certains développements du Yoga influencés par le tantrisme ou la bhakti. L'étude des grands maîtres, âchâryas, de la tradition védantique nous amènerait certainement à recapturer l'importance centrale d'ânanda dans la tendance religieuse et philosophique de l'Inde la plus importante et la plus durable, et on devrait analyser la raison pour laquelle ce concept est devenu omniprésent dans les Upanishads des diverses écoles dévotionnelles et continue de façon prééminente comme par exemple dans l'école de la Reconnaissance (pratyabhijña) du Shivaïsme du Cachemire:

Le Seigneur suprême est un conquérant! La splendeur de sa félicité est rendue brillante par Pashyantî, le Son excellent (il s'agit de la première intuition de ce qu'on veut dire avant une verbalisation mentale claire et définie précédant elle-même l'expression orale; à ce titre, Pâshyanti est proche de cette masse sonore continue qu'on perçoit quand on se met à écouter le son du silence) qui, aussitôt qu'il est perçu (lit. «vu»), captive la conscience. (Bhatta nârâyana, stavacintâmani, 1)

Nous remarquons donc que les sytèmes et traditions qui donnent de l'importance à la notion d'ânanda sont précisément celles qui ont maintenu leur vitalité et se sont développées durant l'histoire de la pensée et des religions de l'Inde: ansi trouve-ton les différentes écoles des cultes bhakti, les Tantras et les diverses écoles de Védanta, car même la tradition du kevalâdavaita (l'advaïta suprême, de l'Unique) a maintenu en principe la suprémacie de la triade sat-chid-ânanda, être-conscience-félicité. D'autre part, les écoles qui ont minimisé l'importance d'ânanda sont celles qui ont justement cessé d'exister comme des mouvements autonomes, même si elles ont puissament influencé la pensée indienne et y ont laissé l'empreinte de leurs intuitions de sagesse de façon permanente. Aoinsi donc, ânanda justifie son importance pour l'histoire postérieure de la tradition indienne. Ce concept corrige en partie le danger de gnosticisme sec dans cette tradition. La recherche de l'Absolu est de fait une voie de connaissance, ou l'est pricipalement, déjà dans les Upanishads et souvent par la suite. Mais le but ultime de cette recherche n'est pas simplement une vision intellectuelle ni même une fusion pure de celui qui connaît et du connu ou de la lumière sans tache de la conscience du Soi: il y a là aussi ce qu'on pourrait appeler un élément méta-intellectuel, il y a la félicité, ânanda, qui ne peut jamais être réduite aux catégories philosophiques. Ceci ne signifie pas une dualité dans l'Absolu, mais un certain débordement de l'Etre dans la lumière et la joie. De cette façon l'Absolu de la philosophie védantique devient un but religieux à atteindre et attire d'une certaine façon le dynamisme religieux du chercheur.

Abonnements

Le renouvellement général des abonnements a eu lieu lors du dernier numéro. Dû à une erreur dans l'inclusion des formulaires à l'envoi, quelques personnes n'ont pas reçu le formulaire de renouvellement. Elles peuvent de toutes façons s'abonner maintenant en même temps que ceux qui ne l'auraient pas encore fait en envoyant un chèque de 100 Frs à l'ordre de Jacques Vigne à Nadine et José Laudebat-Sanchez, 210 rue Galliéni, 92100 Boulogne Tél 01 41 31 28 00

L'abonnement est pour deux ans, soit 8 numéros.

Table des matières

Paroles de Ma

Réponses de Vijayananda

Voeux pour le troisième millénaire

 

 

 

Jay Ma n° 60

Printemps 2001

 

Paroles de Mâ

Le chemin qu'on a choisi doit être poursuivi avec une grande vigueur afin de pouvoir développer la pureté du coeur et de l'esprit. Quand le but est toujours devant soi comme une réalité vivante, tout le nécessaire viendra de lui-même.

Si vous pouvez développer la beauté intérieure et l'installer dans ce temple glorieux qu'est votre coeur, vous serez capable de percevoir la beauté en tout.

Où que vous alliez, n'importe où et n'importe quand, allez-y de tout votre coeur et de toute votre âme, et personne ne vous paraîtra étranger.

Aucun mal ne peut submerger celui qui reste étroitement associé au Nom de Dieu. Si le flot du nom de Dieu est entretenu, chaque travail mènera au bien.

Balloté qu'il est entre les épreuves et les plaisirs de la vie de famille, l'homme du monde sent parfois s'éveiller en lui un esprit de renonciation avec une aspiration désespérée pour Dieu. Quand il en va ainsi, celui qui mène la vie de famille est en meilleure position que bien des ascètes qui ont quitté foyer et parents.

Puisque l'Esprit éternel s'est répandu dans les créatures, il est obligé que l'appel divin au retour à Shiva se fasse entendre en chacun : tous les êtres vivants, chaque créature doit être retransformée en Shiva.

Le Suprême est la Joie en soi. C'est pourquoi le but de la vie pour tous les êtres vivants est la Joie (ananda) : en tout temps, donnez et recevez le bonheur.

Réponses de Vijayananda

- Comment peut-on savoir si ce qui paraît un souvenir de vie antérieure n'est pas de l'imagination, une construction mentale?

- Vijayananda : Le premier critère est son apparition spontanée, quand on n'était pas concentré sur ce sujet. Il y a de nombreux exemples de personnes qui avaient des images et des notions claires d'une vie antérieure récente et qui ont pu retourner sur les endroits où elle s'était déroulée et vérifier les faits. Cependant, il n'y a pas lieu d'attribuer une si grande importance à des images précises. En fait tout le monde se souvient de ses vies antérieures, mais cela peut se manifester de façon non-imagée, comme par exemple à l'occasion d'un choix professionnele, etc... ou d'une tendance inexplicable par ailleurs, ce qu'on appelle samskara en Inde.. Par exemple, si quelqu'un a une passion pour les sujets militaires alors que personne autour de lui n'est dans l'armée ni n'est intéressé par ce domaine, cela peut indiquer une vie antérieure comme soldat (la conversation avait commencé car Vijayananda avait dit récemment à un visiteur indien d'âge mûr qui avait des lobes d'oreilles particulièrement longs, comme le Bouddha, qu'il avait dû faire beaucoup de pratiques spirituelles dans des vies antérieures. Cette personne est revenue aujourd'hui en disant combien elle avait été remuée par cette réflexion, et on sentait à son ton de voix que c'était vrai. Vijayananda a alors ajouté :) Il s'agit d'un signe corporel décrit par la tradition. Les personnes qui ont fait beaucoup de Yoga dans une vie passée mais n'ont pu atteindre la libération à cause d'un désir survenant au moment de la mort, se réincarnent pour essayer de satisfaire ce, ou ces désirs. Ceux-ci prennent alors la forme de samskaras ou vâsanas (inclinations profondes qui remontent en force à la surface de temps en temps), mais quand ils sont épuisés, le yoga-brashta, celui qui a «manqué le yoga» -c'est ainsi que s'appellent ces personnes- redécouvre son entraînement antérieur et se met à progresser rapidement vers le but. Ceci dit, il faut bien avouer que la plupart des souvenirs que les gens croient venir d'une vie antérieure sont en fait des fantasmes, des constructions mentales auxquelles ils adhèrent.

Vijayananda, en parlant d'une personne qui a un tempérament plutôt batailleur :

Je lui ai conseillé de ne plus méditer sur l'ajña, car cela peut accroître une colère de base quand celle-ci est présente. En fait, c'est un des conseils que Mâ m'a donné lors de notre première entrevue (il y a juste un demi-siècle). Je me suis donc mis à méditer sur le coeur, mais par la suite elle m'a demandé de nouveau de me concentrer sur l'ajña.

Q : On dit dans certain textes de Yoga ou de Tantra qu'il y a en fait deux ajña, l'un inférieur à la racine du nez et l'autre supérieur vers le milieu du front, et que le premier est relié à

l'égo et à la colère, alors que le second est associé à l'âtma et à la sublimation; avez-vous aussi cette notion?

V : C'est vrai, cela peut aider de méditer plus haut que la racine du nez pour dépasser une tension de l'égo reliée à une méditation mal avisée sur l'ajña inférieur; cepêndant, ces centres sont surtout des supports pour la rencontre des nadis. Ils mènent à une conscience au-delà du corps.

Q : Est-ce que Mâ pouvait faire comme certains maîtres tibétains qui donnent des exercices pour développer certains pouvoirs, par exemple réchauffer le corps par le tou-mo, afin d'attirer le chercheur débutant à l'intérieur de lui-même ?

V : C'est possible, mais il est difficile d'en être sûr car les excecices qu'elle donnait devaient être tenu secrets à sa demande. Ce qu'il y avait de bien avec Mâ, c'est qu'elle donnait non seulement un exercice de méditation, mais avec lui elle incluait aussi le pouvoir de le faire correctement.

Q : Est-ce qu'on peut dire que le védanta consiste réellement en une méditation sans support?

V : Même dans le védanta, il est bon pendant longtemps d'avoir un support, comme la lumière, de se représenter plongé dans une mer de lumière. On peut aussi faire cela avec le son. On peut ensuite se demander qui est celui d'où provient la lumière ou le son.

 

La mort doit mourir

par Atmananda

Nous continuons à donner maintenant des extraits du journal d'Atmananda qui vient d'être publié à Bénarès. Nous mettons d'abord des textes de 1947, c'était la période où elle se détachait d'anciens amis ou enseignants, en particulier de Krishnamurti dans l'école duquel elle avait passé dix ans à Bénarès, pour s'engager avec Mâ. Il faudrait citer plus de textes pour voir les nuances de son évolution avec celui qu'elle appelait J.K., ou simplement K., dans son journal, mais la page du 24 décembre 1947 que nous donnons ci-dessous donne une bonne idée de ce qu'Atmananda ressentait à son sujet. Elle commence par parler d'un de ses amis proches Lewis Thomson, qui est mort précocément. Il fréquentait Ramana Maharshi, et ses recueils de poèmes ont inspiré la jeune génération anglophone des années 60 et 70. Atmananda lui doit beaucoup, mais elle ne manque pas de lui envoyer quelque pointe dans son journal, comme celle que nous donnons au début des extraits ci-dessous. Dans l'édition anglaise du journal, quand Atmananda, comme un certain nombre de disciples d'Anandamayi, se réfère à Mâ à la troisième personne, elle le fait avec la majuscule Elle, Son, etc... Nous n'avons pas suivi cet usage; en effet, autant les hindous et ceux qui vivent en Inde ont l'habitude de voir le Divin dans un corps humain, autant les Français ne l'ont pas et ils risquent de percevoir dans cet usage un excès. Ceux qui voudraient commander Death must die, ce nouveau livre d'Atmananda qui mérite d'être lu, trouveront après le dernier extrait les renseignements pratiques à cet effet.

Rajghat (Bénarès), le 19 juillet 1947

Lewis ne semble plus avoir la bonne influence qu'il avait d'habitude. Ceci est dû en partie au fait que j'ai cessé de l'adorer. Le conflit profond en lui est terrible et destructif. Je peux aussi voir comment un fort esprit de critique, aussi lucide soit-il, ruine l'esprit, en particulier quand on s'y complaît et qu'on y donne une importance excessive. Il y a un certain orgueil, auto-suffisance et sentiment de supériorité dans le fait de juger constamment et de voir avec acuité les défauts subtils des gens et des choses. Mâ dit: Vous ne devez pas regarder les défauts des gens, mais rester dans votre coin et consacrer tout votre temps à ce qui est réellement important. Je ne lui obéis pas autant que je le devrais et je suis tenté de parler aux gens sans nécessité. Je n'ai pas de vrai satsang ici.

Le 23 juillet 1947

Le conseil de Mâ à propos de la colère était un autre «oeuf de Christophe Colomb» [du genre «C'était simple, mais il fallait y penser !»...] Maintenant, à chaque fois que je me mets en colère, je me rappelle que cela me détourne du Suprême. Quelles que soient les justifications qu'on puisse y trouver, cela n'en vaut pas la peine. Parfois je me mets quand même en colère, mais simplement par habitude, et je le vois maintenant. Elle tire toujours dans le mille ! ...

Le 10 août 1947

Mâ est arrivée le 29 juillet mais je ne l'ai su que le 31. Je suis à l'ashram plusieurs nuits par semaine. J'ai eu une grande dispute avec elle sur le fait d'être toujours chassée de certaines parties de l'ashram à cause des «règles». Elle a dit : C'est bien, je vais quitter Bénarès et tu vas habiter confortablement à Rajghat. Elle a réellement extrait cela de mon esprit, car je pensais en moi-même qu'il n'y avait pas de raison d'aller dans un ashram incomfortable comme celui de Mâ alors que Rajghat était beaucoup plus agréable. Elle m'a aussi dit : Pourquoi t'es-tu mis dans la tête que je suis ton ennemie? Cela a été également quelque chose qui m'a guéri. Quoi qu'elle fasse, c'est le mieux pour moi. Hier, j'ai eu un aperçu soudain de sa divinité. Son corps est à la fois un corps et pas un corps, c'est une affaire des plus mytérieuses.

Le 18 août 1947

L'autre jour, quand Mâ m'a parlé, elle m'a aussi dit : Personne ne peut être en colère avec moi pour longtmps, personne ne peut combattre avec moi. Je lui ai dit : «Je vais m'en aller». Elle répondit : Tu ne peux me quitter, plus tu essaieras, plus tu seras proche, comme collée à moi.

Le 4 septembre 1947

John est arrivé hier [Il s'agissait d'un membre actif de la Société théosophique qui avait été un instructeur d'Atmananda auparavant]. Dans quelle forteresse John vit, même s'il a sa propre profondeur ! Mais qu'en est-il de tout cela? Quand je vois toutes ses affaires et ma propre chambre pleine de livres, d'images et de je ne sais quoi, j'ai vraiment ressenti pour la première fois de prendre le sannyas ! Si on ne le fait pas, la société s'attend à ce que vous fassiez une chose, une autre et encore une autre. Il n'y a que la robe orange qui vous protège de ces demandes. Si je veux réellement être un sadhaka, je ne dois pas être troublée par quoique ce soit. Même ce soir, je sens la présence de Mâ, si forte et elle me manque tant ! Pourtant, elle a quand même dit : Faites chaque chose comme un service. Vous ne devez pas laisser tomber cela [vos activités] avant de ne pouvoir plus du tout travailler à cause de la force de votre absorption complètement en Dieu ...

Des gens vinrent et couvrirent Ma avec des guirlandes, elle en donna à tous ceux qui étaient présents. Quand je pensais qu'il n'y en avait plus et je ne regardais pas dans sa direction, elle me lança un morceau de guirlande avec deux grandes fleurs à chaque extrémité. Je regardais cela en demandant : «Qu'est-ce que c'est?». Ma répondit : main aor tum (moi et toi). Je ne pouvais l'entendre correctement et cela me fut répété trois fois. J'ai pensé que tout cela tombait vraiment bien, car je m'étais senti quelque peu oppressée par mon passé qui était remonté à cause de la visite de John. Je suppose que ce qu'on a en soi doit remonter à la lumière afin d'être dénoué, démêlé et éclairci. Sa grâce m'a particulièrement touchée ce soir- là ... Elle a dû voir tout ce qui dans mon passé me liait à John et l'a maintenant défait. C'est pourquoi l'abandon à un vrai gourou est si important ...

23 octobre 1947

John est parti hier. Je réalise qu'il n'y a rien qui puisse justifier que je m'identifie à la Blanca [le nom d'Atmananda auparavant] qui était tellement fascinée par lui à 16 ou 18 ans. Je ne peux plus considérer cette fille comme moi-même. Qu'est-ce que c'est que l'individualité ? Qu'est-ce qui lie les expériences ensemble ? Est-ce seulement le corps ? Mais lui aussi n'est plus le même. Chaque atome qui le compose doit avoir changé depuis. Mais il y a une structure qui se dégage d'elle-même et qui maintient une certaine forme. Si je ne peux m'identifier avec la Blanca d'il y a des années, il s'ensuit que ce que je semble être maintenant est également temporaire et ne représente pas du tout l'essence. Mais alors, qu'est-ce qui demeure?

24 décembre 1947

J'ai lu plus des entretiens récents de J.K (Krishnamurti) à Madras et je sens que je n'ai plus envie d'aller l'écouter. Cela me serait plus ou moins inutile et même probablement perturbant. Je trouve qu'il y a quelque chose qui manque en lui. Il ne pas donne pas le Tout, mais présente seulement un aspect, très probablement en réaction à la situation d'aujourd'hui, mais cela induit en erreur. Il vous emmène pour un bout de chemin, mais ensuite vous laisse courrir à vide et sans aucun soutien. Après tout, c'est sa propre intensité et expérience qui donne de l'impact à ce qu'il dit et quand il est parti, vous revenez virtuellement à votre état d'esprit précédent, induit et influencé par votre entourage qui est tout à fait contre vous. Je doute qu'il soit possible de maintenir cette conscience

tout le temps, à moins de vivre dans un environnment où les autres sont vraiment conscients. C'est pourquoi il est nécessaire -en dépit de ce qu'il dit- de vivre auprès de quelqu'un de réalisé autant que possible ou au moins de vivre dans une sangha, une sorte de couvent où les autres font des efforts dans le même sens que vous.

Mâ semble être bien plus réaliste et avoir un plus grand sens de ce qui marche vraiment quand elle dit aux gens de s'en tenir à leurs prescriptions dharmiques traditionnelles. L'Inde menace de devenir une imitation bon marché de la «civilisation» occidentale, qui, en fait, dans sa manifestation matérialistique actuelle n'est pas une civilisation du tout. En effet, elle est née de ce qui est superficiel et pas comme la culture indienne, des profondeurs considérables de la réalisation des Rishis. C'est ici qu'on doit trouver la base pour une nouvelle culture.

L'éducation ici est complètement occidentale, mise à part celle donné par un vrai Gourou à son disciple. Il n'est pas vrai, comme le dit J.K, qu'elle soit basée sur l'autorité. Cela peut en avoir l'apparence, mais en fait elle est fondée sur un amour qui vous submerge et un abandon complet qui accomplit l'annihilation de l'ego avec ses limitations inhérentes et son ignorance. J.K. a ses limites, car il refuse de reconnaïtre que c'est complètement différent d'aimer et d'être aimé par un Etre réalisé que par humain ordinaire accablé par son ego.

Ce n'est pas seulement une satifaction émotionnelle qui relie le disciple au Gourou. Cet amour des pus intimes, qui est réellement la révélation de son Soi le plus intérieur, absorbe votre esprit et vous devenez Cela. Ainsi donc, le Gourou est un véhicule qui vous fait monter de plus en plus à son niveau et alors c'est toute votre perspective qui se transforme-vous devenez déconditionné- libre.

De toutes façons, si l'on rencontre un tel grand Etre qui fait surgir votre amour, on ne se préoccupera jamais de ce que J.K. dit et c'est peut-être pour cela qu'il ne sera jamais confronté avec une telle situation, car après avoir trouvé un tel Etre, qui s'emcombrerait donc la tête à aller discuter avec lui ?

Malati souhaite aller à Bombay pour écouter J.K., mais sa position est différente. Elle ne prend pas dogmatiquement ce qu'il raconte, mais en retire ce qui fait sens pour elle et il y a une clarté en lui qui l'influencera probablement dans le bon sens. Elle se met, par exemple, en quatre pour préparer la cérémonie de la cordelette de Ravi [rituel d'initiation des garçons brahmines vers l'âge de douze ans qui en font des «deux fois né», avec entre autres le devoir de réciter le mantra de Gayatrî tous les jours] et se prosterne tant et plus devant Mâ, etc,... et ne se soucie pas du fait que J.K. tourne en dérision toutes ces choses. En cela elle est comme la plupart des Indiens dont la conscience est naturellement installée dans leur culture au-delà du temps et qui absorbent ainsi facilement des contradictions de surface. Les Occidentaux en sont incapables. Comme Mâ lui a dit, telle l'abeille elle va rassembler son miel de nombreuses fleurs.

Hatha-Yoga spontané Allahabad, Kumbha-Méla, 1er février 1960

Kriyânanda (un américain disciple de Yogananda Parmahamasa et qui a fondé un bon nombre de communautés spirituelles) : Est-ce que les femmes peuvent pratiquer siddhâsana ? (Une posture de yoga similaire au lotus, mais avec les deux talons l'un sur l'autre au niveau de la ligne médiane : certains enseignants de yoga la déconseillent aux femmes)

Mâ : Quand ce corps a joué le jeu de la sadhana (les pratiques spontanées qui sont venues à Mâ quand elle était jeune femme dans les années 20), siddhâsana est apparue d'elle-même. Elle peut donc être pratiquée par les femmes aussi bien que par les hommes. Quand une âsana est pratiquée comme une expression naturelle de l'état intérieur, elle sera parfaite, c'est- à-dire que la position des jambes, des mains, des bras, de la tête -tout sera exactement comme cela doit être. Effectuer une âsana par un effort de volonté n'aura jamais la même perfection. Les âsanas sont reliées au rythme de la respiration et celle-ci l'est avec l'état intérieur à un moment donné. Quand les âsanas sont accomplies comme une pratique yoguique, c'est-à-dire avec l'ntention d'atteindre la révélation de l'union avec le Un qui existe éternellement, ce n'est qu'à ce moment-là qu'elles parviendront au résultat escompté. Si on les fait uniquement comme un exercice physique, elles procureront la santé et le bien-être, mais c'est tout -pas l'union véritable (yoga). Même quand on a atteint la perfection d'une posture particulière et que son essence s'est pleinement révélée, on doit penser : j'ai atteint ceci, mais qu'est-ce que ça vaut ? Ce n'est pas le but ultime  

Cette attitude est le vairagya (détachement). On s'efforce ensuite d'atteindre le stade suivant et ainsi de suite. On doit garder cette attitude jusqu'à ce que rien ne reste à atteindre, c'est seulement à ce moment-là qu'on parviendra à l'Ultime. Sinon, on est bon pour traîner lontemps à un niveau donné plutôt que de progresser rapidement vers le but final. On doit associer le hatha-yoga avec le râja-yoga (la gradation des excercices d'intériorisation jusqu'à la méditation et au samâdhi), sinon il s'agit d'un simple excercice physique.

Quand ce corps a effectué des âsanas, elles sont survenues spontanément, les jambes ont pris les positions justes d'elles-mêmes poussées par un pouvoir intérieur qui n'était pouvoir rien d'autre que la Shakti de l'Atma. Une fois, j'ai bougé ma jambe de façon volontaire et je me suis fait mal. Le trouble est resté, il est toujours là.

Lumières Allahabad, le 2 février 1960

Le professeur de chinois de l'université d'Allahabad, Mr Chow, demanda : Une fois, en méditant dans une pièce obscure, j'ai eu l'impression qu'elle était baignée par le clair de lune; mais lorsque j'ai ouvert les yeux, je me suis aperçu que j'étais dans le noir. Qu'est-ce que cela veut dire ?

Mâ : Voir de la lumière est un bon signe. Tant que le chemin n'est pas éclairé, comment peut-on voir quelque chose ? Il en va de même dans le monde matériel, tant qu'il n'y a pas d'éclairage vous n'y voyez rien. A présent il y a la lumière à l'extérieur et l'obscurité au-dedans. Quand la lumière se répand sur le monde intérieur, celle du dehors s'efface. Cependant, il s'agit d'u